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Les inégalités sont une fatalité mais la vérité est un droit

Plus d’emplois seront perdus. Plus d’entreprises feront faillite. Plus de personnes sombreront dans la précarité. Plus d’enfants auront faim. Ne nous faisons aucune illusion sur le coût économique exorbitant de la crise à venir. Aussi, le peuple doit savoir à quoi se préparer et il mérite des explications claires de la part de l’exécutif. Encore faudrait-il que celui-ci soit clair sur la méthode à adopter pour tenter de nous tirer du scénario le pire qui se profile pourtant à l’horizon, et à très court terme. Il semble pourtant ne pas trop savoir comment s’orienter – cet exécutif – car il est écartelé entre deux voies opposées et c’est donc cette indécision – ou cette ignorance des processus – qui l’empêche d’avoir un discours simple et direct, le seul à même de rassurer une population meurtrie par des crises successives et qui pressent l’inévitable déclassement qui l’attend.

Faut-il opter pour la voie traditionnelle consistant à réduire les endettements afin de protéger les générations à venir ? Ou continuer à soutenir, ce qui peut encore l’être, grâce au levier des endettements rendu possible par la courroie de transmission de la création monétaire ? Face à cette panique qui semble désormais tenailler nos gouvernants – tous pays confondus -, face à un tel choix de politiques économiques diamétralement opposées, quelle contenance adopter face au citoyen ordinaire et comment lui expliquer ce qui se trame réellement  – pas dans son dos – mais sans qu’il en soit vraiment informé ?

La vie aurait effectivement été plus simple pour nos responsables politiques sans la crise des années 2007-2008 qui a littéralement chamboulé la gouvernance et qui les a conduit, forcé, contraint à tolérer des niveaux d’endettement plus élevés, qui plus est de manière permanente. Car la doctrine en vigueur chez les orthodoxes – qui représentaient à l’époque l’écrasante majorité des penseurs ès économie face aux infimes minorités keynésiennes moquées et honnies – enseignait que les Etats ne pouvaient se financer que grâce à la taxation et à des emprunts nécessairement levés sur les marchés financiers. Cette année 2008 fut celle où ils se résignèrent à admettre que l’Etat peut également se financer – et largement ! – en empruntant … à lui-même. Ce qui devait être pourtant une mesure temporaire voire exceptionnelle devint néanmoins la règle car l’activisme à bon escient des banques centrales révolutionna à jamais la gestion des finances publiques. Les faits sont là et ils sont limpides : un prêt sans intérêt consenti à un Etat par sa banque centrale est un don.

Précisément, l’objectif des banques centrales était de persuader toute la gamme des investisseurs et des spéculateurs de la nature permanente de ces prêts assurés à leur Etat afin de rétablir la confiance et la stabilité macro économiques. Une ère nouvelle s’ouvrait ainsi qui autorisait une dépense publique financée par de l’argent fraîchement créé par la banque centrale. Le terme élégant de «monétisation» fut employé pour caractériser les cadeaux faits par la banque centrale à son pays de tutelle (USA, Japon, Grande Bretagne, Europe). Dès lors, tout le monde voulut être de la partie et voilà pourquoi les marchés financiers eux-mêmes – pourtant peu enclins à l’altruisme – en vinrent à prêter à 0%, voire à des taux négatifs, à des pays comme l’Italie… Comme tout ce monde sait que ces dettes ne seront jamais remboursées, comme nul n’a du reste plus envie que sa créance lui soit jamais remboursée car il ne saurait quoi faire de cet argent imprimé à tours de bras par les banques centrales, il apparut qu’il devenait possible de creuser davantage les déficits. A cet égard, la gestion des conséquences financières de la Covid a bien démontré que les économies pouvaient être maintenues sous respiration artificielle grâce à la création monétaire. La crise sanitaire a donc achevé de prouver que la puissance publique pouvait et devait être financée et maintenue par les banques centrales.

Les effets secondaires, le principal en fait – à savoir l’hyperinflation – ne fut en effet pas au rendez-vous de cette création monétaire ayant permis de gagner du temps et de renflouer les économies. Si ce n’est que l’inflation est bien là, pas où on la soupçonne certes, mais elle exerce quand même ses ravages en exacerbant les inégalités. Cette création monétaire intense et sans nul précédent dans l’Histoire de l’Humanité, qui s’est logiquement traduite en une augmentation significative de l’argent à disposition de la société, a fini sur les comptes bancaires des plus riches, pendant que les pauvres – eux – accumulaient les dettes. L’inflation fut donc ailleurs : dans les flambées boursières et dans les appréciations immobilières qui – à leur tour – aggravent et continuent de creuser les inégalités. Comment un citoyen britannique de la classe moyenne serait-il capable de se payer un bien à Londres où les prix de l’immobilier sont à leur plus haut niveau historique ? Comment un jeune investisseur américain pourrait-il bien avoir le courage d’investir sans trop de risques de casse sur son marché boursier qui s’est envolé de près de 70% en 8 mois ?

En conclusion, la crise économique actuelle et la dépression à venir ne peuvent pas être encore et toujours systématiquement être payées par la famine des pauvres, des classes moyennes, des jeunes et des vieillards. Sont-ils tous condamnés, comme le craignait Keynes, à être à la rue alors même que les logements à disposition sont innombrables ? Car la femme et l’homme ordinaires se retrouvent aujourd’hui confrontés à une réalité contre-nature : condamnés à l’appauvrissement et à un avenir de plus en plus incertain, ils ignorent que cette création monétaire – à l’objectif initial pourtant louable – se résume essentiellement à des orgies sans fin pour les plus riches. Les responsables politiques s’honoreraient de leur dire la vérité. Nos citoyens méritent cette vérité. Car, oui, il est possible d’imprimer de la richesse. Et, non, il n’est pas possible d’imprimer l’égalité.

 

Michel Santi

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