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LES IMP?RATIFS DU BIEN COMMUN SOUS GOUVERNE DE L’?TAT

Image Flickr par OZinOH

La pr?occupation que nous retrouvons derri?re ce titre est celle de l?harmonisation des forces du march? avec les exigences du BIEN COMMUN d?une soci?t?. Dans nos d?mocraties modernes les libert?s individuelles sont respect?es et les initiatives priv?es encourag?es. Elles le sont toutefois dans le cadre du respect des droits des autres et de la prise en compte des exigences du BIEN COMMUN dont l??tat a l?ultime responsabilit?.

Le d?bat auquel donne lieu l?exploitation et la mise en valeur du gaz de schiste nous oblige, comme soci?t?, ? poser de nouveau la question des droits inali?nables de la soci?t? sur ses richesses naturelles tout comme ceux de l??tat d?en encadrer l?exploitation de mani?re ? ce que soient respect?s les droits des propri?taires terriens, l?environnement et que les rendements servent prioritairement au d?veloppement du Bien commun de l?ensemble de la population. L??tat ne peut se soustraire ? sa responsabilit? de rentabiliser au plus haut point ses ressources collectives pour que les revenus ainsi obtenus s?ajoutent aux budgets d?di?s ? la sant?, ? l??ducation, au logement, au soutien des personnes ?g?es etc. Cette responsabilit? ne peut ?tre transf?r?e au priv?. D?ailleurs ce dernier a une toute autre priorit? : celle d?assurer les meilleurs rendements pour ses actionnaires. Le premier veille au grain pour que la soci?t? en soit la premi?re b?n?ficiaire, le second, pour que ses actionnaires en retirent les plus grands b?n?fices.

Ce r?le de l??tat n?exclut d?aucune mani?re l?intervention du ? priv? ?, comme c?est d?ailleurs le cas dans nombre de secteurs o? le priv? vit des contrats que lui octroie l??tat. C?est vrai avec tous les sous-traitants priv?s d?Hydro-Qu?bec, des minist?res du transport, de l?environnement, de la Sant? et de diverses autres soci?t?s d??tat. Rares sont les entreprises priv?es qui op?rent sans avoir recours aux subsides des gouvernements ou ? des avantages fiscaux qui correspondent finalement ? des contributions indirectes toujours fort importantes.

Il y a un discours qui laisse entendre que l??tat devrait s?occuper de tout ce qui n?est pas rentable et laisser au priv? tout ce qui l?est. Je ne pense pas que les ?lecteurs et ?lectrices qui sont tous et toutes des actionnaires de l??tat partagent ce point de vue. Le peuple s?attend plut?t ? ce que l??tat g?re suffisamment bien l?usage des richesses du pays pour qu?elles puissent r?pondre ? ses besoins fondamentaux.

Le bon vieux pape Jean XXIII, peu de temps avant de mourir, a laiss? un dernier message ? l?Humanit? sous le titre de PAIX SUR TERRE. Une encyclique qui reprend ? son compte l?analyse des graves probl?mes qui laissent plus des deux tiers de l?Humanit? en marge de la qualit? de vie des soci?t?s d?velopp?es, Il y traite des exigences du Bien commun, des responsabilit?s des divers intervenants ?conomiques et politiques ainsi que de celles des organisations internationales. Il y est question du r?le fondamental de l??tat et de ceux qui en assument les responsabilit?s premi?res. Ces derniers doivent prendre tous les moyens pour que les exigences les plus fondamentales du Bien commun que sont la vie, la sant?, l??ducation, l?alimentation, l?habitation, le respect, soient accessibles ? tous et ? toutes les composantes de la soci?t?. Ce r?le de l??tat, tout essentiel et n?cessaire qu?il soit, ne doit toutefois pas supprimer l?initiative priv?e qui doit, pour sa part, s?inscrire dans le respect de ces grands objectifs du BIEN COMMUN.

? 65. (?) l?action de l’?tat en mati?re ?conomique, si loin qu’elle porte, si profond?ment qu’elle atteigne les ressorts de la soci?t?, ne peut supprimer la libert? d’action des individus ; elle doit au contraire la favoriser, pourvu que soient sauvegard?s les droits essentiels de chaque personne humaine(48). ? (PACEM IN TERRIS)

Cette pens?e a ?t? reprise en d?autres mots par nul autre qu?Hugo Chavez alors, qu?en 1999, il assumait pour la premi?re fois son mandat ? la Pr?sidence du Venezuela.

 » Notre projet ne veut pas une ?tatisation de l’?conomie, mais il n’est pas non plus n?olib?ral. Nous cherchons une voie moyenne, o? la main invisible du march? collabore avec la main visible de l’?tat : autant d’?tat que n?cessaire, autant de march? que possible.  » 19 Richard Gott, Hugo Chavez and the Bolivarien Revolution, Verso, Londres, 2005, p. 175)

Dans l?un et l?autre cas, celui de Jean XXIII et celui de Chavez, l??tat et le Priv? ont un r?le important ? jouer dans le d?veloppement de la soci?t?. Si les objectifs de l??tat sont ceux du Bien commun, ceux du Priv? sont par contre ceux du profit. Comme le disait r?cemment l?ambassadeur du Canada en Ha?ti, Gilles Rivard, les investissements du priv? ne se font pas sur la base de la sympathie et de la solidarit?.

? Le probl?me, c’est que ce n’est pas avec la sympathie et la solidarit? qu’on fait des investissements, c’est plut?t avec un climat d’investissement s?curitaire et fiable?, a-t-il affirm? sans d?tour ? des dizaines de gens d’affaires et ? deux ministres ha?tiens venus discuter ?investissements? et ?cr?ation d’emplois? en Ha?ti. ? Le Devoir, 5 octobre 2010.

Il y a donc in?vitablement un arbitrage incontournable qui doit s?exercer entre les int?r?ts de la collectivit? et ceux du priv?. Il revient ? l??tat d??laborer les lois qui doivent r?gir le rapport des droits qu?a une collectivit? avec ceux qu?ont les individus et les corporations nationales et multinationales. Dans tous les cas, les pr?rogatives du BIEN COMMUN doivent s?imposer ? celles du priv? et si ces derni?res n?en tiennent pas compte ou, pire encore, les bafouent, il sera alors de la responsabilit? de l??tat d?y rem?dier.

Le v?ritable probl?me du rapport de l??tat avec le Priv? ne vient pas du secteur priv? aux mille visages, de ces entrepreneurs qui recoupent tous les m?tiers et toutes les professions, mais de celui qui est devenu un v?ritable monopole et dont les ressources lui permettent d?agir comme il l?entend au niveau des prix, des approvisionnements et de la distribution des biens et des services sur lesquels il a plein contr?le. Il parvient souvent ? s?infiltrer dans les institutions politiques et ? en contr?ler des pans entiers. Une sorte d??tat dans l??tat qui ne r?pond plus ? une d?mocratie mais ? des imp?ratifs corporatifs. Ce dernier type d?entreprises s?impose comme une v?ritable dictature sur les plans politique, ?conomique et social. Pour de nombreux monopoles le Bien commun se ram?ne au bien de leurs int?r?ts corporatifs.

Tout r?cemment, le gouvernement d?Hugo Chavez est intervenu, entre autres, dans le secteur de l?alimentation en nationalisant une de ces entreprises qui avait le contr?le de l?approvisionnement et de la distribution des aliments. Elle pouvait cr?er ? volont? la raret? des produits, augmenter les prix au-del? du normal et s?associer aux initiatives de gouvernements ?trangers pour cr?er le chaos et renverser, bien que l?gitimement ?lu, le gouvernement en place. Apr?s plusieurs avertissements, le gouvernement a pris la d?cision d?en prendre le contr?le et de permettre ainsi au peuple d?avoir acc?s en quantit? suffisante aux produits alimentaires et ? un prix beaucoup plus bas.

Il faut dire qu?il y a de ces monopoles qui s?ajustent aux pr?rogatives de l??tat et qui, en d?pit de redevances mieux ajust?s au prix r?el, continuent ? faire des profits suffisants pour y justifier la poursuite de leurs activit?s. La Bolivie est parvenue ? conclure plusieurs ententes avec des multinationales concernant ses droits sur les richesses de son sol. Ces redressements, dans les compensations financi?res, lui ont permis d?accroitre suffisamment ses revenus pour financer des d?veloppements importants dans les secteurs de l??ducation, de la sant? et de la recherche. Sa croissance ?conomique pour le premier trimestre de 2010 a ?t? de 3.5% en d?pit de la crise ?conomique. Dire que ce pays ?tait le plus pauvre de l?Am?rique latine, il y a ? peine quelques ann?es.

Cette mise au pas des monopoles et des multinationales ne peut se faire qu?avec des gouvernants qui se refusent aux attraits de la corruption sous toutes ses formes. Leur engagement au service du bien commun de leurs commettants doit ?tre sans faille. Il y a ?videmment des co?ts humains rattach?s ? pareille option. Certains y laisseront leur vie, d?autres vivront sous la menace constante de ces puissances financi?res qui n?acceptent pas d??tre mis au pas des lois donnant priorit? aux droits de la collectivit? sur les leurs. Dans pareil cas, il ne peut ?tre question de ? gauche ? ou de ? droite ?, mais de justice et de respect ? l?endroit de toutes les personnes qui constituent la soci?t?. Esp?rons que le Qu?bec trouvera de ces gouvernants pour qui le peuple est plus qu?une corporation au service de multinationales et d?empires financiers.

Oscar Fortin

Qu?bec, le?10 mars 2011

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