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Les grandes questions que nous pose la Chine

Elizabeth MARTENS

Hier soir, j’étais invitée à un spaghetti bolo chez une amie. Autour de la table nous étions six, dont une journaliste de la RTBF et un plombier philosophe. Un tablée très sympathique. La discussion allait bon train, passant de la recette des spéculoos de bonne-maman, à la manière d’amadouer un âne récalcitrant, aux prérogatives de construction d’une annexe et les exigences urbanistiques du namurois. Fin de soirée, la discussion s’est accrochée aux dangers menaçant notre planète à cause du réchauffement climatique. Comme un nuage ne décollant plus de son sommet alpin, elle nous a mené au bord d’un gouffre d’angoisses partagés par les convives. Cela m’a inspiré.

Les paradis perdus

Nombreux sont ceux qui sont atteints de la nostalgie du « bon vieux temps », un temps révolu, regretté. Pour les uns, il remonte à la fin du XIXe siècle, quand les découvertes scientifiques ornaient les volutes de l’art nouveau de leurs progrès techniques ; électricité, lumière, photons, l’histoire des télécom démarrait. Pour d’autres, la nostalgie se reporte à l’époque « entre-deux-guerres » quand le facteur apportait le courrier à vélo passant d’un village à l’autre, que la carriole de lait poussait sa petite chanson clopin-clopant sur les pavés mouillés et que les matins s’éveillaient au chant du coq. D’autres, plus modérés, se contentent des Golden sixties, quand le monde sortait des marasmes de l’après-guerre, que la reconstruction était terminée et qu’on pouvait souffler. L’époque des Beatles et des hippies fut aussi celle du baby-boom et de la new way of life, le début d’une consommation effrénée.

Mais tout cela appartient désormais au passé. De même que 70% des espèces animales sauvages de notre planète qu’on ne verra plus. Sur les routes, il n’y plus de panneaux indiquant qu’il faut faire attention au passage des grenouilles, il n’y a plus de salamandres noires et jaunes qui font leur réunion dans ma cour les soirs d’été, il n’y a plus de chouettes qui hululent quand je m’endors, il n’y a plus de papillons monarques qui viennent butiner les lupins. D’ailleurs, il n’y a plus de lupins. Et c’est sans parler des forêts, qu’elles soient wallonnes, bourguignonnes ou transylvaines, elles sont malades. Les arbres sont écorchés vifs, leur sève bave le long des troncs, leurs moignons amputés se dressent vers le ciel. Les cadavres s’alignent comme une armée de légionnaires impuissants.

Pire, quand on demande aux jeunes en âge de procréer : « et alors, c’est pour quand votre petit ? », ils nous regardent avec des yeux ronds, l’air de dire : « ils nous prennent pour des cons ? » Ils sont conscients, eux, de l’état de la planète, ils ne veulent pas offrir un tel spectacle à leurs enfants. Alors, non, ils ne feront pas de bébé. D’ailleurs, je ne suis pas sûre qu’ils sachent encore comment les faire, même les jeux de séduction les plus naturels sont placés en garde à vue.

Tout ça, est-ce la faute du progrès ? Est-ce la faute du numérique ? Les nostalgiques semblent le penser, ils dénoncent les réseaux sociaux comme instigateurs de perversité sociale. Mais Facebook, Twitter, Instagram, Whatsapp, etc. ne sont rien d’autre que des outils. De la même manière que pour une machine à laver, un grille-pain ou un meuble Ikea, il y a un mode d’emploi dans la boîte. Il y a des manières d’utiliser ces outils pour qu’ils nourrissent les liens sociaux, pas qu’ils les détruisent. L’ennui, c’est que beaucoup les utilisent en mode « kleenex ».

La perversité des virus

Certes, tout cela est bien triste, même plus triste que ces virus dont on nous bourre les oreilles. Ils sont tombés à bon escient ces virus ! La pandémie du Covid-19 s’est avérée salutaire pour nos gouvernants : se souvient-on encore qu’en 2019, le mouvement des Gilets jaunes dénonçait des conditions de travail déplorables, l’insécurité de l’emploi et des salaires, l’accumulation des dépenses indispensables des ménages, le chômage sans perspective, les taxes qui se superposent, etc. ? Ce mouvement de colère sociale s’est atténué au cours de l’année 2019, mais le climat d’insécurité a persisté.

Le Covid-19 est alors venu au secours de nos gouvernements, il y avait enfin autre chose à raconter aux citoyens. Il y aurait même de quoi les occuper pendant quelques années encore, et ça tombait bien. L’insécurité sociale s’est transformée en insécurité sanitaire… au moins, les malades ne font pas trop de bruit !

Puis, la controverse des vaccins est elle aussi devenue une aubaine pour nos gouvernants. Les antivax soutiennent que la vaccination est inutile, voire nuisible, qu’on n’en connaît pas les conséquences à long terme et qu’elle pourrait même déclencher des pathologies. Quant au monde scientifique et médical, il s’entend sur le consensus de l’efficacité vaccinale. On ne rentrera pas dans la discussion des lobbys pharmaceutiques qui orchestrent la vaccination à coup de millions de dollars. Ôôô grands dieux, il paraît qu’on pourrait la rendre obligatoire… quel affront aux libertés fondamentales !

Où nous situer dans ce mic-mac sanitaire ? Est-il un labyrinthe où le Petit poucet a perdu tous ses cailloux ? La perversité du Covid-19, de tous ses variants et de ses successeurs – car les pandémies du XXIe siècle nous pendent au nez –, n’est pas la maladie elle-même. Celle-ci se combat, que ce soit en favorisant les méthodes préventives, en améliorant les remèdes ou en en cherchant d’autres.

La perversité de ces nouveaux virus est qu’ils sont utilisés comme une arme destinée à nous diviser. Entre provax et antivax, on se dispute, des soignants ne veulent plus s’occuper de malades non vaccinés, les vaccinés se tiennent à distance des non-vaccinés. La perversité de ces nouveaux virus est d’accroître le climat d’insécurité, de défiance, voire de dénonciation, un climat malsain qui se généralise, se banalise et qui s’infiltre dans les foyers.
 
L’utopie du capitalisme vert

Pendant que les citoyens se disputent, les problèmes qui devraient vraiment les interpeller sont mis sous le boisseau. Ils ne voient pas l’absence des moineaux et des hérissons dans les jardins, ils ne voient pas l’absence de la neige, ils ne remarquent pas que les forêts brûlent de l’autre côté de la planète. Ni même de notre côté.

La logique nous dirigerait vers les Écologistes : ne sont-ils pas censés apporter des solutions, ou au moins de suggestions, pour éviter le collapsus des écosystèmes planétaires ? Comment nos « démocraties », coincées dans les échéances à court terme et soumises aux intérêts privés, vont-elles relever ce défi planétaire ? Cette question ne devrait-elle pas alimenter en priorité la réflexion des Écologistes ? Malheureusement, leur incompétence est endémique. Les exemples se multiplient depuis qu’ils siègent au gouvernement de la plupart des pays européens.

Pas plus tard qu’au mois de septembre, Madame Tinne Van der Straeten (Groen de Belgique) s’est mise au service du numéro un de la sidérurgie mondiale, la multinationale Arcelor Mittal. Les Mittal, père et fils, ont en tête de produire de l’hydrogène en grande quantité et devenir les premiers sur le marché européen de l’hydrogène vert. La Belgique serait sous peu une terre de stockage d’hydrogène… en provenance de Namibie, du Chili et de l’Oman… importé par frets maritimes ! C’est signé Groen-Belgium.

Autre exemple : les Écolos belges prônent la sortie du nucléaire pour 2025. Bonne nouvelle ! Que proposent-ils en lieu et place ? Il faudra remplacer par des centrales au gaz : « si on installe des centrales TGV (turbine – gaz – vapeur), cela va produire un peu plus de CO2 en Belgique, mais au niveau européen, cela va faire fermer des centrales plus polluantes comme celles au charbon », dixit le coprésident d’Écolo. Cher Monsieur Nollet, n’avez-vous pas entendu dire que le développement de mini-centrales nucléaires permet de réduire de façon drastique la production des énergies fossiles ? C’est pourtant écrit dans les dossiers du GIEC.

N’est-ce pas aussi la ministre belge de l’environnement Zakia Khattabi qui, suite à Nicolas Hulot et sa « Contribution climat énergie » (CCE), a failli faire passer en commission de la Chambre une taxe carbone ? Cette taxe qui aurait dû être prélevée sur le diesel, l’essence, le gaz et le mazout de chauffage, bref sur toutes les énergies fossiles, aurait coûté 281€ par an pour une famille moyenne. Ce fut le tollé !

Le système ETS (Emission Trade System), le système communautaire d’échange de quotas d’émission mis en place au niveau de l’UE et qui fut complété plus tard par le CCE, n’a lui non plus jamais été décrié par les Écolos, alors que ce système s’avère inefficace et défaillant à long terme pour diminuer les gaz à effets de serre. Ils n’en ratent pas une, les Écolos… et pour quelle raison ?

Pour la seule raison qu’ils n’ont pas compris que « sauver la planète », c’est juste l’inverse du « capitalisme vert » auquel ils ont accroché leurs wagons. A présent que toutes les analyses climatologiques convergent pour dire que le passage aux énergies vertes est indispensable pour sauver la planète, que font les capitalistes, Écolos compris ? Il s’emparent du marché vert, s’échangent des quotas de CO2, s’arrachent des pipelines d’hydrogène, se battent à coup de palettes d’éoliennes, se déchirent sur le marché du photovoltaïque.
 
Les Verts sont-ils encore de gauche ? Vous voulez rire, on les retrouve jusque dans les coulisses de l’Otan ! Les Verts allemands, par exemple, était un parti pacifique au départ. Mais ils sont depuis longtemps pro-OTAN. Ils ont joué un rôle déterminant dans la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie (Joschka Fischer, grand ami de Madeleine Albright, vit depuis longtemps aux EU). En ce qui concerne la Russie et les sanctions antirusses, ils bataillent ferme. Ils soutiennent les nationalistes ukrainiens ouvertement fascistes et antisémites. Certains de leurs dirigeants, par exemple Cem Özdemir, font partie des réseaux atlantistes comme l’ « Atlantik-Brücke ». Ils sont parmi les plus fervents admirateurs de « Sa Sainteté, le dalaï-lama », grand ami de la droite républicaine aux EU (Bush, MacCain, Nancy Pellosi,…).

Bref, les Verts ont viré de couleur et, certes, les capitalistes ont gagné. Ils gagneront toujours si on ne les nomme pas : les Mittal (Arcelor), mais aussi les Bill Gates (fondateur de Microsoft), Peter Thiel (PayPal), Jef Bezos (Amazon), Jaan Tallinn (Skype), Mark Zuckerberg et Duston Moskowitz (Facebook), Jack Ma (Alibaba), Ma Huateng (Tencent), Robin Li (Baidu), etc. Ces bonzes du capitalisme se prêtent aux sourires angéliques en accumulant des milliards derrière leur cravate. Ils ont même le toupet de se déguiser en philanthropes pour secourir les nécessiteux, voyez les « Altruistes efficaces ». Matthieu Ricard, le célèbre lama français, en fit l’éloge lors du lancement de l’association en 2016 à la Sorbonne.

Ne nous y trompons pas, ils sont à la tête d’un capitalisme de plus en plus hargneux, arrogant, insolant. Même s’il est vert, tant que le système de la concurrence n’est pas remis en question, nous n’en sortirons pas, ils gagneront toujours. « Le capitalisme est en guerre contre le climat », écrit Noami Klein avec justesse. Pour être cynique, on pourrait suggérer à Al-qaïda de diriger ses offensives armées vers les châteaux, villas, propriétés au bord du Pacifique plutôt que d’assaillir des marchés de Noël, égorger des prêtres et bombarder des métros. Au moins, l’Islam en sortirait la tête haute.

Sus aux collapsologues

« Est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant », disent les collapsologues. Certes, il est impossible que tout continue comme avant. L’affirmer relève du déni. Plus que ça, l’affirmer, c’est entrer de plein pied dans l’histoire des catastrophes dont les collapsologues se régalent, car si tout continuait comme avant, nous n’aurions plus aucun espoir. Ni Gaïa ni les sept milliards d’êtres humains n’auraient plus assez de larmes pour pleurer. Bonjour le tsunami !

Là où les collapsologues prophétisent un effondrement apocalyptique et dirigent les plus influençables vers des groupes de survivalistes à la Baden Powell, ou pire, vers l’idéal de la Hitlerjugend poussant les jeunes à être « prestes comme le lévrier, solides comme le cuir et durs comme l’acier Krupp », ne pourrait-on pas tenter de définir de quel type d’effondrement ils parlent ?

C’est « l’effondrement de notre civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder », disent-ils. Or si nous passons outre les influenceurs de la chaîne de télévision franco-allemande Arte et son marketing anticommuniste quasi quotidien (c’est un euphémisme !), force est de constater que c’est un petit pays communiste, à économie socialiste, qui sert d’exemple à tous les autres en ce qui concerne les réalisations écologiques. Je nomme Cuba. Les Nations Unies accordent au socialisme cubain la médaille d’or des réalisations sociales (santé, enseignement, culture, etc.) combinées au développement écologique.

Que ce soit dans n’importe quel pays, l’agro-écologie, c’est-à-dire la transition vers une agriculture écologique, doit se situer en tête de liste des changements urgents à réaliser. Cuba l’a compris. Son avantage, c’est que la terre n’était pas privatisée, cela a donné l’occasion au pays d’être pionnier dans le développement de l’agriculture urbaine, de la permaculture, de l’utilisation d’engrais naturels. L’agriculture biologique a été protégée par la loi, une loi qui interdit aussi les pesticides et les engrais chimiques (ce compris, le glyphosate). Le passage à l’agro-écologie a été possible parce que le projet n’était pas guidé par le profit. Ce sont les Cubains qui, privés d’aide extérieure, ont dû inventer des solutions pour se nourrir. Le gouvernement cubain, communiste et socialiste, les a soutenu par des financements publics et la mise à disposition des outils.

Cette transition vers l’agro-écologie aurait été impossible dans une logique de marché où le seul but est le profit. D’où le slogan : « change the system, not the climate ». Si on change le système, le climat changera aussi. Ce qui fait obstacle, c’est uniquement l’économie de marché, et quand les collapsologues parlent d’effondrement, c’est de cet effondrement-là dont il s’agit.
 
L’opportunité du danger

Nous pourrions penser la situation périlleuse de la planète comme une opportunité d’engager l’humanité dans un gigantesque brain-storming. En chinois, le mot weixian qui signifie « crise », se traduit littéralement par « opportunité du danger ». Nous sommes exactement à ce point de bascule, et nous devons en profiter au lieu de nous figer dans l’angoisse.

Nous pouvons penser ensemble un avenir hors normes, c’est-à-dire hors des normes que nous connaissons depuis plus de trois siècles. Avec quelques données de départ établies : nous savons que la planète est en danger, que l’augmentation de la température est inévitable, que ce soit de 1,5° ou 2° ou plus, et que cela entraînera inévitablement des catastrophes naturelles, on l’a déjà constaté.

Nous savons qu’une partie des écosystèmes planétaires est détruite irréversiblement. Non pas que plus rien n’y adviendra, mais qu’ils ne seront plus comme nous les avions connus avant. De nouveaux écosystèmes peuvent apparaître si nous limitons l’augmentation de la température. Nous devrons nous adapter à eux, et non l’inverse comme nous l’avons fait jusqu’à présent.

Nous savons aussi que, techniquement, « change the system », c’est possible. Certes, cela demande des investissements énormes, donc une croissance économique planifiée, du court au long terme, dans la durabilité. Cette planification permettrait de passer à l’agro-écologie, à une économie circulaire, à une logique de récupération, à l’élimination de produits inutiles, aux énergies vertes, etc.

Une question simple nous est posée dans ce moment de bascule : voulons-nous utiliser les nouvelles technologies ? Beaucoup de nostalgiques du passé disent préférer leur tourner le dos arguant qu’elles sont sources de nos malheurs. C’est leur donner trop d’importance, car ce ne sont pas elles qui sont la cause de nos malheurs, c’est le but pour lequel nous les utilisons. Par exemple, la poudre noire qui a été inventée en Chine a servi pendant des siècles à égayer les enfants par des feux d’artifice. Ce n’est que quand elle est tombée entre les mains des Britanniques qu’elle est devenue de la poudre à canon.

On pourrait aligner des milliers d’exemples du même type montrant l’importance du « comment allons nous en servir et dans quel but ? ». Dans une économie libérale, tout ce qu’on invente comme nouvelle technologie va, au final, servir à augmenter des revenus, même des panneaux solaires, des éoliennes et des satellites pour étudier le climat. Ce n’est pas le cas dans une économie « à la cubaine », une économie socialiste.

La Chine est un autre exemple de pays communiste. On ne peut pas le passer sous silence, c’est la deuxième puissance mondiale, bientôt la première. Par contre, son économie n’est pas celle de Cuba, elle n’est pas à 100% socialiste. On dit qu’elle est « hybride », même à ce point hybride que nos économistes s’y perdent et la qualifient de « complexe ».

C’est un cas unique dans le monde : une économie qui combine 60% de production privée à une large présence du secteur public. C’est Deng Xiaoping qui a lancé ce type d’économie fin des années 1970. D’après lui, pour arriver à un réel communisme, il était nécessaire de passer par une période d’économie de marché. Quand la Chine est entrée à l’OMC, l’Occident a applaudi et lui a largement ouvert ses portes. Il s’est frotté les mains, le marché chinois était une opportunité à ne pas manquer.

Mais le piège pour la Chine était qu’elle n’échappe plus aux dents du monstre capitaliste. C’était très risqué de la part de Deng. Mais il l’a fait. La Chine l’a suivi et s’est vue entraînée vers les gouffres du capitalisme. Pourtant le régime politique chinois est resté communiste. A présent, Xi Jinping veut redresser la barre du paquebot et ramener l’économie chinoise vers une plus grande planification socialiste. Cela ne plaît plus du tout à l’Occident.

Avez-vous remarqué la quantité d’attaques médiatiques contre la Chine ? Elles ne font que se multiplier. Aujourd’hui encore, la RTBF annonçait dans son journal du matin que l’Europe met des bâtons dans les roues de la nouvelle Route de la Soie, celle qui relie la Chine au reste du contient eurasiatique et au-delà, à l’Afrique et l’Amérique latine. L’Europe craint que la Chine n’achète ses ports, ses vignobles, ses forêts, ses terres agricoles, même ses ex-colonies, et que finalement des pays entiers soient sous la coupe de la Chine.

L’Europe est congénitalement incapable de réfléchir la Chine autrement que comme une dangereuse concurrente, car elle n’a pas appris à réfléchir l’économie autrement qu’en termes de concurrence. Les médias qui obéissent docilement aux tendances du marché alimentent le China bashing de jour en jour. Arte est maître à ce jeu, ce qui assureà nos gouvernements l’aval des intellectuels et des universitaires, de la gauche à la droite, tant que ni les uns ni les autres ne frolent les extrêmes et qu’ils s’en tiennent aux « valeurs démocratiques ».

La Chine comme exemple de transition écologique ?

L’Europe craint-elle que la Chine serve d’exemple pour une transition écologique réussie ? En effet, la Chine a un planning écologique clair, précis, elle suit son objectif sans concession. En 2030, elle arrivera à un pic d’émission de carbone, et en 2060, elle atteindra la neutralité carbone. C’est 10 ans plus tard que l’échéance que s’est fixée l’Europe, mais à la différence que la plupart d’entre nous ne croient pas à la possibilité d’honorer cette échéance. Nous nous demandons comment nous allons y arriver. Tandis qu’en Chine, tout le monde le veut, le gouvernement et les citoyens compris, et ils y arriveront car ils se donnent les moyens d’y arriver.

Actuellement, et ce jusqu’en 2030, la Chine est encore dans une phase de croissance économique (6% en 2020). Pour répondre à ses besoins, elle doit encore utiliser un mélange d’énergies classiques : pétrole, gaz, nucléaire, charbon. Le sous-sol de la Chine est riche en charbon, elle continue à exploiter ses mines. Le charbon représente 60% du mix énergique de la Chine, or c’est l’énergie la plus polluante. C’est elle qui place la Chine en tête de liste des pays les plus pollueurs du monde, ceci en valeur absolue.

Dans ce cas comment imaginer qu’elle puisse donner l’exemple en matière de transition énergétique ? Tout en étant la plus plus pollueuse du monde, elle est aussi à la pointe des énergies renouvelables, tant dans la Recherche et Développement (R&D) – tous les jours de nouveaux brevets chinois sont déposés dans le secteur « vert » –, que dans la réalisation de projets verts. Elle a augmenté ses capacités d’énergies renouvelables à un pourcentage et à une vitesse qu’aucun pays occidental n’a atteint.

La Chine représente un foisonnement d’idées et réalisations nouvelles dans ce domaine. Quelques exemples, parmi les plus gigantesques : les installations de champs d’éoliennes offshore et onshore, les fermes et bâtiments publics solaires, la mise sur orbite d’une centrale solaire, la production d’hydrogène vert, les technologies de captage du carbone, les centrales hydroélectriques, l’utilisation de l’énergie géothermique, la transformation d’algues en carburants biodiesel à combustion propre, les mini centrales nucléaires, etc.

Et puis il y a le Tokamak, le réacteur à fusion nucléaire, un réacteur chinois. Les réacteurs à fusion nucléaire sont une promesse énergétique pour le futur, c’est une énergie propre sans émissions de gaz à effet de serre ni de déchets polluants. Les recherches de la Chine pour le Tokamak sont inscrites dans des objectifs nationaux mais, sur le plan scientifique, cela fait aussi partie d’un projet international (ITER) impliquant 35 pays.

La Chine s’est aussi mise à replanter des forêts pour arrêter le désert et pour limiter la hausse de la température dans les zones les plus arides. Elle est passée à une vitesse supérieure en matière de protection de la nature avec une législation sévère limitant la marchandisation des espèces sauvages, la création de parcs naturels gardés par les populations locales, avec l’assainissement des zones humides et des rivières, avec la préservation de la biodiversité dans les écosystèmes fragiles, etc.

Les exemples foisonnent aussi dans la vie au quotidien : le tri sélectif et le recyclage des plastics, des vêtements, du papier, l’élimination des déchets électriques et électroniques, l’objectif zéro-déchet, le green friday, le partage des voitures, vélos, motos, la participation de tous à la détection des polluants, les fermes urbaines, les villes-forets, etc.

Il y a tellement d’exemples montrant la volonté de la Chine, gouvernement et populations réunis, de réussir la transition écologique que cela devrait nous poser question. Et je me permets de poser cette question, sérieusement : la Chine ne pourrait-elle pas servir d’exemple à l’Europe pour qu’elle aussi réussisse sa transition écologique ?

Je pense moins aux avancées et aux performances technologiques de la Chine – beaucoup d’exemples européens sont à leur hauteur – qu’à son indécrottable « envie de vivre et de donner la vie », une volonté de vie qui la pousse sans cesse à ouvrir l’avenir, à inventer de nouvelles réponses aux crises même les plus dangereuses. Face à une Europe en plein burn-out et qui s’enfonce dans une dépression sans fond, c’est une attitude fort stimulante que nous montre la civilisation la plus ancienne du monde.

En 50 ans à peine, l’économie de la Chine est passé d’un communisme austère à un capitalisme débridé. Elle revient maintenant à un socialisme planifié qui va lui permettre de réussir sa transition bas-carbone, puis neutralité carbone. Elle l’a décidé et rien ne l’en empêchera, telle est la volonté de la Chine. Son entêtement à vouloir maintenir l’unité du pays vise cet objectif.

Je me doute bien qu’en proposant le basculement de l’Europe vers une économie socialiste, j’en choque plus d’un, pour ne pas dire que je fonce droit dans le mur. Comment pourrait-on penser un seul instant à laisser de côté nos sacro-saintes « valeurs démocratiques » et nous tourner vers un système socialiste ? Cela exigerait un brain storming de grande ampleur qui pose les question justes : qu’est-ce que la démocratie ? n’y a-t-il qu’une seule forme démocratie valable ? Qu’entend-on par libertés fondamentales ? Quels sont les premiers droits humains et civiques ? Qu’est-ce que le progrès ? Voulons-nous le progrès ? Quel futur voulons-nous offrir à nos enfants ?

Mais bon, je crois que pour aborder ces questions fondamentales, il faudra que je me refasse inviter encore quelques fois chez mon amie pour un spaghetti bolo. Suite au prochain numéro.

En attendant, un conseil pour voir la Chine d’un autre oeil que par la lorgnette des médias, lisez et offrez autour de vous ce livre : Quand la Chine s’éveille verte de Nathalie Bastianelli.

2 décembre 2021

Le Grand Soir 

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