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Les ?conomistes Atterr?s : La zone euro d?couvre l?ajustement structurel

par?Les ?conomistes Atterr?s

Les derni?res ?volutions au sein de la zone Euro (adoption en cours d?un pacte budg?taire, cure d?aust?rit? en Gr?ce, risque d?insoutenabilit? de la dette en Italie, risque de faillite bancaire en Espagne, etc.) font craindre l?imminence d?un plan d?ajustement structurel (PAS) pour l?ensemble de la zone Euro, ? l?instar de ceux mis en place pour les Etats africains au d?but des ann?es 1980.

 

Lorsqu?on fait le bilan des PAS en Afrique trente ans apr?s leur adoption, on ne peut que s?inqui?ter de ce qui attend l?Europe dans les mois et ann?es ? venir, sous la triple f?rule du Fonds Mon?taire International (FMI), de la Commission de Bruxelles et de la Banque Centrale Europ?enne (BCE).

Rappelons tout d?abord que ces PAS illustrent sur le plan id?ologique ce qu?il est d?sormais convenu de nommer ? la suite de l??conomiste am?ricain John Williamson ??le consensus de Washington??, ou encore ??la d?sinflation comp?titive??, expression ch?re ? Jean-Claude Trichet, ancien Pr?sident du board des gouverneurs de la BCE. Quatre ?l?ments permettent de caract?riser les mesures des PAS?:

  • Une politique mon?taire ayant comme seul objectif la lutte contre l?inflation et ne tenant aucun compte des pr?occupations de croissance ?conomique?;
  • Une politique budg?taire dite ??budg?tariste??, avec comme objectif unique l?assainissement des finances publiques?;
  • Une politique de r?duction des co?ts de production, en particulier le co?t du travail, donc le salaire?;
  • Un ensemble de r?formes dites ??structurelles??, au premier rang desquelles il convient de mentionner la lib?ralisation du march? du travail.

Face au d?sastre ?conomique et social de ces PAS dont l??chec manifeste a paradoxalement justifi? la poursuite, les Institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale) ont imagin? une ligne de d?fense autour de la notion de ??bonne gouvernance?? ? partir de 2000, ainsi que le montre l??conomiste sud cor?en de l?universit? de Cambridge, Ha-Joon Chang. L?argumentaire fut le suivant?: l?Afrique ne dispose pas de bonnes institutions, celles du march? de concurrence pure et parfaite, raison pour laquelle elle n?a pas su tirer b?n?fice de l?ajustement structurel, pourtant bien con?u?quand le mod?le ne cadre pas avec la r?alit?, cette derni?re a s?rement tort?!

L?absence de classe moyenne dans les pays subsahariens rendant difficile l?action collective a facilit? la mise en place et la brutalit? dans la mise en ?uvre des PAS en Afrique (blocage des salaires, licenciement massif des fonctionnaires, r?duction drastique des d?penses d??ducation et de sant?, privatisation des services publics). La complicit? passive de dirigeants africains dont la l?gitimit? d?mocratique est g?n?ralement sujette ? caution, rendant difficile le bras de fer avec les ?conomistes du FMI, a fait le reste.

Le r?sultat aujourd?hui se passe de commentaires?: des soci?t?s africaines exsangues et proches de l?anomie, des ?conomies faiblement productives et transformatrices de mati?res premi?res, avec une insertion d?pendante au sein du commerce international, un ch?mage de masse dont le pendant est une vague sans pr?c?dent de migration de populations jeunes cherchant au loin une vie meilleure.

Les m?mes causes produisant les m?mes effets, on peut d?j? anticiper ce qui va arriver en Europe dans les mois et ann?es ? venir?: la poursuite de politiques ?conomiques d?flationnistes, la fin programm?e des services publics, la d?structuration du tissu social et plus g?n?ralement la fin du mod?le social europ?en. La question est la suivante?: pourquoi les dirigeants europ?ens d?mocratiquement ?lus et donc disposant d?une l?gitimit? endog?ne a priori plus forte que celle de leurs homologues africains, acceptent de se lier les mains via des politiques n?olib?rales qui ont conduit au d?sastre social africain et aux errements de la finance mondialis?e??

Les r?ponses sont nombreuses et non mutuellement exclusives.

Il y a tout d?abord le dessaisissement du politique d?s le d?but des ann?es 1980 sous les coups de boutoir du mon?tarisme triomphant, illustr?s par la c?l?bre formule ??There is no alternative?? (TINA). Il y a ensuite l?acceptation par les gouvernements europ?ens du n?omercantilisme des pays ?mergents adeptes du dumping mon?taire et peu regardants sur les conditions sociales de la production, cr?ant de fait les conditions d?un d?ficit structurel des balances commerciales europ?ennes. Il y a enfin l?aveuglement des dirigeants europ?ens relatif ? la nature du d?sespoir des populations du ??Sud??, aveuglement entretenu par la sous-estimation du caract?re universel de l?aspiration des populations ? la libert?, ainsi que l?a montr? le ??printemps arabe???; les d?terminants r?els de la d?connexion croissante entre des dirigeants africains soumis au dogme de l??quilibre des comptes macro?conomiques et leurs populations sans perspective d??panouissement social ne furent donc pas analys?s par des dirigeants europ?ens exclusivement pr?occup?s par la lutte contre l?immigration clandestine, en lieu et place de la construction de p?les des croissance et de d?veloppement reliant les deux rives de la m?diterran?e.

L?Europe doit m?diter le fait que l?ajustement structurel n?est qu?une pratique gestionnaire. Il ne saurait se substituer ? l?imp?ratif de construction d?un projet de soci?t?. Le processus de culpabilisation des populations les plus modestes qui seraient ? la base de la persistance et/ou de l?aggravation des d?ficits publics est un exercice dangereux. Il d?bouche ? l?heure actuelle en Afrique sur la mont?e des extr?mismes religieux, musulmans et chr?tiens. Il pourrait demain se traduire en Europe par l?arriv?e au pouvoir de partis extr?mistes. On pense in?vitablement ? la situation de l?entre-deux-guerres?

Kako Nubukpo *

Les Economistes Atterr?s. Paris, le 24 ao?t 2012.

* Kako Nubukpo?est n? en 1968 ? Lom? (Togo), docteur en sciences ?conomiques de l?universit? Lumi?re Lyon 2, il fut notamment macro?conomiste et chef de service au si?ge de la Banque centrale des ?tats de l?Afrique de l?Ouest ? Dakar, avant de rejoindre le Centre de coop?ration internationale en recherche agronomique pour le d?veloppement. Depuis 2010, il est chef du P?le ??Analyse ?conomique et recherche?? de la Commission de l?Union ?conomique et mon?taire ouest-africaine (UEMOA).

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