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Les bienfaits de la civilisation

ANDRE LEFEBVRE

Vous croyez peut-?tre que combattre le froid en s?habillant de plusieurs couches de v?tements souples est une ??d?couverte??? r?cente? D?trompez-vous. Les ??Canayens?? la connaissaient depuis longtemps. Voici leur fa?on de s?habiller pour combattre le froid?:

a)La chemise, b) les bas, c) la culotte, d) un habitant v?tu de son gilet, e) la veste, f) les mitasses, g) les bottes ??mocassins??, h) les nippes, i) les mocassins.

Ce qui donne?:

a)L?habitant de gauche est coiff? du casque de fourrure. Outre son ??capot??, il porte des mitasses et des grappins ? ses mocassins.

b) Cet homme porte la tuque et les ??bottes mocassins??.? Son ??capot?? poss?de de larges ??parements? en bottes?? typique du r?gime fran?ais.

c) Le curieux ??tapabord?? dont les ailes se portent relev?es ou rabattues.

d) Le ??camail??, en vogue au d?but des ann?es 1730, sera m?me adopt? par les bourgeois.

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Martin jr Lefebvre

Martin jr, aussi appel? Martin Thomas, est n? le 17 Juin 1853 ? Ste-Ursule de Maskinong?. Il est fils de Martin sr et de Suzanne Turner. Son parrain se nomme Pierre Grenier et sa marraine, Marguerite Cloutier.

Au bapt?me de Martin, le 19 Juin, qui est un dimanche, aussi curieux et peut-?tre significatif que cela puisse ?tre, son p?re Martin sr est absent. Est-il parti faire la traite des fourrures ou travailler au loin comme ??forestier??? On ne sait pas. Sur le registre on le dit « cultivateur …de cette paroisse.

Suzanne, m?re de Martin jr, d?c?dera le 5 f?vrier 1867 ? l’?ge de 36 ans.

Martin jr ?pousera Cord?lia Laporte le 3 juin 1872 ? la Basilique de Montr?al. Cette fois-ci son p?re Martin sr sera pr?sent et signera le registre tout autant que l’?poux. Les deux signatures d?montrent que Martin junior est assez instruit et poss?de une belle signature. Son p?re, par contre, d?montre une difficult? certaine ? signer. Cord?lia d?clarera ne pas savoir signer.

Martin sr assistera au mariage de son fils avec sa deuxi?me ?pouse Catherine Casavant dit Ladebauche; veuve de Francois Dub? qu’il a ?pous? le 26 Ao?t 1867 ? Montr?al et o? on le dit charpentier. Martin sr a, encore une fois, sign? le registre ? son mariage.

Martin jr est pl?trier et il enseignera son m?tier ? son fils Louis-Delphis.

Il d?c?dera ? Montr?al le 20 F?vrier 1926 ?g? de 83 ans.

Mais dans quel environnement a v?cu la famille de Martin Lefebvre jr?

Voici une description du Montr?al de l??poque?:

Les quartiers limitrophes du fleuve sont consacr?s aux affaires. La population, en majorit?, y est anglaise. Plus loin, escaladant la montagne, on rencontre les rues Craig, Vitr?, de la Gaucheti?re, Dorchester, la grande rue Ste-Catherine. Encore plus loin, la rue Sherbrooke. Toutes sont parall?les.

Les rues au sud de Sherbrooke sont habit?es par des ??Canadiens-Fran?ais??; la rue Sherbrooke, s?par?e des autres rues plus au sud, est celle de l?aristocratie anglaise. Sur cette rue Sherbrooke, on n?entend ni tumulte, ni grincement criard. Le chant des oiseaux, les soupirs d?une romance, les fr?missements d?une harpe et le chuchotement d?un piano viennent caresser les oreilles. On n?y trouve aucun magasin qui pourrait d?ranger les habitants des cottages gracieux, des villas pimpantes et des manoirs f?odaux en miniature qui s?y trouvent. Tout y est calme et silencieux. La rue n?est pas pav?e mais la poussi?re? y est rarement soulev?e.

C?est ? ses pieds que Montr?al chauffe ses fourneaux, ouvre ses chantiers, charge et d?charge ses cargaisons, agite ses milliers de bras. Tout ce brou-ha-ha est principalement le fait des travailleurs? canadiens qui cherchent ? gagner leur salaire.

L?extr?mit? de la rue Sherbrooke, vers l?Est, s?arr?te ? la rue St-Denis, grande art?re perpendiculaires qui va de Sherbrooke ? la rue Notre-Dame. C?est l? les limites du faubourg Qu?bec o? s?affairent les artisans, d?taillants et d?biteurs de boissons. C?est le quartier le plus populeux de la ville et les Anglais s?en tiennent le plus loin possible. ?videmment, aucun des dignitaires et des rentiers Canadiens-Fran?ais n?osent avouer un domicile dans le faubourg Qu?bec. Ils habitent, si possible, la rue Sherbrooke eux aussi pour s??loigner des usines et des fabriques. Autour des usines se regroupent les magasins.

L?ouverture du canal Lachine a favoriser le mouillage des bateaux jusqu?au bout de l??le. Les docks, futur projet de M. Young, ?tendront le port de la rue Bonsecours jusqu?? la? pointe St-Charles, ? la t?te du pont Victoria.? On trouve l? la gare centrale de la compagnie du chemin de fer du Grand-Tronc. C?est l? le quartier Sainte-Anne ou ??Griffinton??. Un bourbier infect ou grouille une population irlandaise, pauvre, sordide, d?guenill?e, un peu fanatique, arriv?e quelques ann?es auparavant. Pour plusieurs, et avec raison, c?est la honte et l?effroi de la m?tropole canadienne. C?est l??quivalent des Cinq-Points de New York, dont on a la description dans l??mission t?l? actuelle intitul?e?: ??Copper?? ou encore, dans le film avec Di Caprio: « Les gangs de New York ».

La famille de Martin Lefebvre jr a v?cu dans le Quartier Qu?bec et, plus tard, dans le Mile-end, actuellement faisant partie du Plateau Mont-Royal.

????? Voici certains ?v?nements importants de l??poque?:

1851?Le gouvernement du?Canada-Uni?d?m?nage ? Qu?bec.?

1852?Cr?ation de?l?Universit? Laval.?

1854?Abolition du?r?gime seigneurial ? ? ? ???

1854?Une incendie des ?difices parlementaires de Qu?bec fait envisager de d?m?nager le gouvernement ? Ottawa.? Entre-temps, il si?ge ??Toronto.?

1859?Construction du Parlement de Qu?bec.? Le gouvernement du?Canada-Uni?y si?ge jusqu?? son d?m?nagement ??Ottawa?? l?automne 1865.? ? partir de 1867 l??difice de Qu?bec devient le si?ge de?l?Assembl?e l?gislative de la province de Qu?bec. ??

1861?les tramways tir?s par des chevaux, apparaissent ? Montr?al.

Les si?ges des futurs gouvernements sont install?s.? La conf?d?ration canadienne en prendra possession en 1867.? Mais on remarque tout de suite que ce qui s?installe est la base n?cessaire ? l?exploitation de la puissance de travail de la population.? Le capitalisme installe, peu ? peu, son nid.? Est-ce nocif pour l?individu ?? Certainement pas ? l??poque dont nous parlons.? Les ??bourgeois?? ont besoin de main-d??uvre et la population urbaine a besoin de moyens de survie.

Aurait-on pu continuer le d?veloppement des terres ?? S?rement encore pendant un certain temps; mais, d?j?, ? cette ?poque, le d?veloppement des terres nuit ? l?exploitation foresti?re des compagnies qui deviennent de plus en plus riches et puissantes.? Ils doivent s?assurer qu?on leur donne des ??droits de coupe?? sur de grands territoires le moins ?loign?s possible.? Ce qui limite l??mancipation des fermes priv?es.? D?ailleurs, pour l?individu, il est moins harassant, croit-il, de travailler 12 hres/jr pour une compagnie que de travailler sur une ferme o? le travail dure du lever du Soleil jusqu?? son coucher.? La vraie raison est que ceux qui ??travaillent en ville?? ont un revenu continuel tout au long de l?ann?e; contrairement au ?propri?taire d?une ferme.

Sans s?en rendre compte, la population laisse tomber sa ??libert? individuelle?? en ?change d?une s?curit? factice.? Le fermier est plant?, debout, solide sur ses pieds, en parfait ?quilibre sur sa terre.? L?employ? d?une compagnie marche continuellement en ?quilibre instable sur un fil de fer qui bouge selon l?offre et la demande du commerce; et surtout, selon l?honn?tet? et l?implication sociale de son employeur. De nos jours, le fermier marche sur un fil de fer instable tenu par l??conomie g?n?rale au lieu de son ?conomie personnelle. La « finance » s’est accapar? de cette « production » rentable.

Il est ?vident que pour un employeur, rencontrer ses responsabilit?s sociales devient un handicap dans un monde capitaliste, face ? ceux qui se fichent compl?tement de la base de leur soci?t?, c?est-?-dire, la population.? Les employeurs responsables seront toujours limit?s ? la petite et moyenne entreprise.? Ils ne pourront jamais s??manciper en grosse entreprise, puisqu?ils se servent de leur surplus pour rencontrer leurs responsabilit?s envers leurs employ?s et la soci?t? qui les entourent.? Ce sont eux, maintenant, qui seront des h?ros.? Malheureusement, nous ne pourront pas en parler puisqu?ils sont m?connus et m?me inconnus socialement.

Il y a ?videmment quelques exceptions.? En fait, une seule pour l?instant me vient ? l?esprit, et c?est ??La famille Molson??.? Cette famille d?entrepreneurs Canadiens, semble avoir toujours appuy? l?int?r?t de la population. ?Ce n??tait ?videmment pas sans int?r?t personnel, car l?int?r?t de leur commerce demande que leurs clients poss?dent une certaine qualit? de vie pour s?offrir leur produit qui n??tait pas de premi?re n?cessit?.? Par contre, les ??Canayens?? ont toujours ?t? de puissants consommateurs de bi?re; et encore aujourd?hui, la compagnie Molson est toujours prosp?re.? Elle s?implique toujours, ?galement, dans la qualit? de vie de ses concitoyens.

Est-elle sans tache ?? Elle ne peut probablement pas l??tre.? Elle doit se plier ? la philosophie capitaliste?du moment,?pour survivre; mais elle fait son maximum pour aider et remettre une partie de ses profits au service de la population.? Curieux que je pense de cette fa?on; puisque je ne suis pas du tout un consommateur de bi?re.? C?est un liquide qui ne me pla?t pas du tout.

L?adoption de la conf?d?ration canadienne s?est faite sans consultation ou consentement populaire.? Elle est issue d?un consentement de la Reine Victoria d?Angleterre pour ??l?Acte de l?Am?rique du Nord britannique??.? Les choses avaient chang? au Canada ? cause d?une pouss?e de l?immigration ? partir de l?Angleterre.? Le Haut-Canada ?tait maintenant plus populeux que le Bas-Canada et la repr?sentation par 42 si?ges pour chacun des partis est jug? ??injuste?? par les Anglais.? Ce qui est assez curieux puisque la situation inverse, lors de l?instauration du Canada-Uni, n?avait pos? aucun embarras aux Anglo-Saxons.

« Avant 1867, l?Am?rique du Nord britannique?est un groupement de six colonies ind?pendantes?: la?Nouvelle-?cosse, le?Nouveau-Brunswick, le?Canada-Uni (anciennement Haut et Bas-Canada),?Terre-Neuve, l??le-du-Prince-?douard?et la Colombie-Britannique.? En 1867, seules les trois premi?res colonies mentionn?es plus haut constituent la Conf?d?ration (qui est, en r?alit?, une F?d?ration.? En fait, si elle ?tait une Conf?d?ration, les probl?mes actuels dispara?traient).? ? cette ?poque, la ??Terre de Rupert?? et ??les territoires du Nord-Ouest?? appartiennent ? la Cie de la Baie d?Hudson qui les?c?dera?en 1870. »

Les ??p?res de la Conf?d?ration?? choisissent de baptiser le nouveau pays?: le Dominion du Canada,?apr?s avoir rejet? les noms de?Royaume?et Conf?d?ration.? Les ??p?res de la? Conf?d?ration?? sont donc plut?t les ??p?res du Dominion??.? Ce titre de ??p?re de la Conf?d?ration?? est digne de l?hypocrisie? woops?!? Excusez-moi?; ?est digne de la ??subtilit? politique??, puisque le Canada n?est pas une Conf?d?ration mais bien une F?d?ration, nous l?avons d?j? soulign?.? Les membres d?une Conf?d?ration gardent leur ind?pendance individuelle en assumant ensemble, les co?ts produits par les d?penses du groupe?; comme des joueurs de poker qui font venir une pizza.? Les membres d?une F?d?ration, sont contr?l?s par un groupe qui administre l?ensemble du regroupement au moyen de taxes qu?il d?cr?te.? Comme l?arm?e qui d?cide d?envoyer une pizza ? des soldats qui jouent au poker.

Plusieurs de ces ??p?res?? sont men?s par leurs int?r?ts ?conomiques pour promouvoir la Conf?d?ration.? Par exemple?: George-?tienne Cartier poss?de des actions dans la compagnie de chemin de fer qui devait relier le Canada d?est en ouest.

 » Les ??p?res de la Conf?d?ration?? Qu?b?cois, sont?:? Sir George-?tienne Cartier, Jean-Charles Chapais,?Sir Alexander Tilloch Galt,?Sir Hector-Louis Langevin,Thomas D?Arcy McGee?et?Sir ?tienne-Paschal Tach?. » Seul ce dernier sera sans tache (malgr? son nom).

Il devient premier ministre du Canada de 1855 ? 1857 et en 1864-1865.

? 17 ans, il rejoint son fr?re et s?engage comme?soldat?lors de la?guerre de 1812?contre les??tats-Unis.? Il participe alors ? la?bataille de Ch?teauguay?(o? il re?oit une m?daille de bravoure) et ? la bataille de?Plattsburgh.? Il est donc l?un de nos vrais h?ros.? Il profite de son s?jour dans la milice pour compl?ter son ?ducation de fa?on autodidacte.

Le Dr Tach? pratique la m?decine dans la r?gion de Montmagny, avec z?le et d?votion, pendant vingt-deux ans.

Apr?s quelques ann?es de pratique, Tach? commence ? s?inqui?ter de la difficult? qu?ont les?Canadiens-fran?ais?? se faire entendre dans les?professions lib?rales.? Ainsi, au d?but des ann?es 1830, il s?investit dans diff?rentes organisations visant la reconnaissance des droits et des comp?tences de ses confr?res m?decins,?notaires?ou?avocats, et qui favorisent l?acc?s des Canadiens-fran?ais ? ce type de?profession.? Cette implication, combin?e ? l?influence de son voisin et ami Jean-Charles L?tourneau, l?am?ne ? prendre une part active au sein du mouvement patriote en croissance.

Cependant, il est contre la prise des armes et ne participe pas ? la?r?bellion des Patriotes?de 1837-1838.? Il poss?de donc un esprit libre qui n?est pas manipulable.? Il est de la vieille ?cole des h?ros ??canayens??.

En 1841, il quitte la m?decine et il est ?lu comme?d?put??du comt? de?L?Islet ? l?Assembl?e l?gislative du Canada-Uni, en tant que repr?sentant d?un groupe qui prendra plus tard la d?signation de Parti R?formiste. ?Il rejoint ainsi certains de ses amis qui ?taient ?galement actifs au sein du d?funt parti patriote.

? partir de ce moment, et jusqu?? sa mort, ?tienne-Paschal Tach? consacre toutes ses ?nergies ? la d?fense et ? la sauvegarde des institutions et des int?r?ts des Canadiens-fran?ais.? Pour ce faire, il utilisera ses armes les plus redoutables, son?int?grit??et sa force de?conciliation. On reconnait l? un trait caract?ristique de nos « Canayens » coureurs de bois.

Il quittera son r?le de d?put? en 1846.? Jouissant d?j? d?une renomm?e enviable d?homme sinc?re, ? la fois engag? et d?f?rant.? Les instances gouvernementales feront alors appel ? lui pour occuper diff?rentes charges administratives importantes?: adjudant-g?n?ral des milices du?Canada-Est, conseiller l?gislatif et ex?cutif, receveur-g?n?ral, commissaire des?travaux publics. ?Enfin, dans un?Canada-Uni?au bord d?une?guerre civile, il est m?me pri? par ses pairs, ? deux reprises, d?occuper le poste de?premier ministre, soit en 1855-1856 et en 1864-1865.

Il consacre la derni?re ann?e de sa vie ? son plus grand et prestigieux projet; la?conf?d?ration?des provinces de l?Am?rique du Nord britannique.? Selon lui, la situation politique est telle que ce plan est essentiel ? la sauvegarde des institutions canadiennes et qu?il garantit les provinces contre une?annexion?par les ?tats-Unis. Il est donc contre l?option de Louis Joseph Papineau.

Malgr? ses 69 ans, en plus de ses charges de premier ministre et de ministre de la milice et des finances, il accepte le r?le de pr?sident de la?Conf?rence de Qu?bec?qui jeta les bases du plan conf?d?ratif.? Par la suite, ? titre de premier ministre, il a ? d?fendre ce projet en chambre.? Apr?s une attaque de?paralysie, il est forc? de se retirer de la vie publique.

Il s??teint ? Montmagny le 30 juillet 1865, sans conna?tre l?aboutissement du projet pour lequel il s?est battu jusqu?au bout de ses forces.? Ce projet se concr?tisera finalement en 1867 par l?Acte de l?Am?rique du Nord Britannique de 1867?qui cr?era la f?d?ration du?Canada. Cette concr?tisation n?est pas du tout celle qu?il voulait.

Il est le seul qui ait pr?serv? son honneur, ses id?aux et son int?grit? et il est pratiquement effac? de notre histoire. Sir ?tienne-Paschal Tach? est le seul, parmi tous les ??p?res de la conf?d?ration??, qui puisse, honn?tement, ?tre qualifi? de h?ros ??Canayen??.

Les h?ros qui suivront seront des inconnus parce qu?ils poss?dent, au d?part, un esprit individualiste qui ne les pousse pas ? se lancer dans la vie publique.? Ces h?ros inconnus travailleront, chacun de leur c?t?, pour le bien-?tre de leur entourage, sans se pr?valoir d?un pouvoir asservissant?sur ceux qui les c?toient qui en ferait des ??profiteurs du syst?me??.

La structure de notre soci?t?, que l?on vient de voir s??tablir, ne leur permettra que tr?s rarement de sortir de leur anonymat.? Par contre, chaque famille ??Canayenne?? poss?de ses h?ros qui, la plupart du temps, sont reconnus comme ?tant les ??moutons noirs?? de la famille.? Ce sont des hommes ind?pendants, comme l??taient leurs anc?tres, qualifi?s de ??noirs?? parce qu?ils ne sont pas du tout des ??moutons??.? Il y en aura toujours dans notre population?; c?est un trait de caract?re g?n?tique (et oui, cela date des Gaulois; principalement d’Armorique, c’est ? dire Bretagne).

? partir de Martin Lefebvre jr, l?h?ro?sme ??canayen?? ne se manifestera plus que dans l?histoire interne des familles. Tr?s rarement sortira-t-il vers le public.

Voici une autre photo de Martin jr avec une partie de sa famille?:

J’esp?re que c’est l’appareil photo qui est « hors niveau »; sinon cela doit ?tre difficile de servir des bols ? soupe.

Martin jr est le troisi?me ? partir de la gauche. Avant lui, le deuxi?me, se tient mon grand-p?re Delphis dont je parlerai plus loin; et devant ce dernier, assise, ma grand-m?re L?ontine regardant mon p?re Joseph. L??pouse de Martin jr, Cord?lia, est assise en face de sa fille ? sa gauche. C?est ? partir de cette arri?re-grand-m?re que les Lefebvre de ma lign?e ont atteint des tailles plus ?lev?es que 5 pi et 6 po. Mon grand-p?re Delphis mesurait au moins 5 pi 10 po.

Je ne peux y r?sister; voici une autre photo de Martin jr?:

Vous ne la voyez peut-?tre pas mais sa pipe est solidement encr?e au coin droit de sa bouche. Le bonhomme est beau et, sans ?tre d?une haute taille, il a vraiment l?air ??solide??. Je l?aime beaucoup sans l?avoir jamais connu. J?aurais aim? ??m?argumenter?? avec lui. Il m?aurait appris beaucoup, je pense.

Martin jr et Cord?lia auront au moins sept enfants dont voici les photos:

1) Clara (Marie) ?pouse Eugene Clavette le 7 f?vrier 1916 ? Lanoraie

2) Raoul-Edmond n??le 26 d?cembre 1878 ? St-Justin de Maskinong?. ?pouse Diane L?veill? dit Thibeault le 7 janvier 1902 ? Montr?al. D?c?d? le 23 oct 1958 ? St-Didace

3) Albert ?pouse Clara Delorme le 7 janvier 1896 ? Montr?al. Il ?pousera Victoria Paquette en deuxi?me noces.

4) Albina, la plus belle de la famille, ?pouse Casimir Brisebois le 20 novembre 1893 ? Montr?al.

5) Napol?on n? le 29 octobre 1885 ? St-Didace d?c?d? le m?me jour

6) Louis-Delphis, mon grand-p?re, n? le 27 f?vrier 1889. Il ?pouse L?ontine Clavette, ma grand-m?re, le 6 octobre 1913.

7) Joseph pl?trier comme son p?re et son fr?re.

Martin jr est pl?trier et il enseignera son m?tier ? ses fils Louis-Delphis, Raoul et Joseph. ?Il d?c?dera ? Montr?al le 20 f?vrier 1926 ?g? de 83 ans.

Louis-Delphis, mon grand-p?re; est mon h?ros personnel. Il?d?c?dera?? l??ge de 58 ans; et mon p?re, Joseph, h?ros de ses petits-fils, ? l??ge de 83 ans.

Au sujet de ces deux derniers ?h?ros??, voici ce qui refait surface?:

Delphis, mon grand-p?re, ?tait pl?trier. Mais il ?tait sp?cialis? dans les moulures de pl?tre (corniches, centre de plafond, etc…) avec enjolivure de feuille d’or tr?s mince qu’il collait sur le pl?tre. On en voyait encore derni?rement au plafond des ?glises et des ?difices importants.

Il a enseign? son m?tier ? son fils Joseph, de sorte que celui-ci, beaucoup plus tard, eut la possibilit? de refaire les corniches en pl?tre du parlement d’Ottawa (dans les ann?es 70) parce que?personne d’autre ne savait plus comment proc?der.

Delphis ?tait un sportif. Il faisait de la lutte gr?co-romaine ? la palestre nationale de Montr?al. Il avait ?galement une qualit? remarquable: il flottait sur l’eau comme un bouchon. Souvent il allait se baigner. Il s’?tendait dans l’eau, n’enfon?ant que la moiti? de son corps. Il pla?ait son tabac et son papier ? cigarette sur son thorax et partait en nageant sur le dos. Certains affirme que parfois, il allait jusqu’?…s’endormir couch? sur l’eau. Il ?tait tellement toujours calme, que je suis port? ? les croire.

Pierre, mon fr?re rapporte souvent l?anecdote suivante qui d?montre le caract?re calme, logique et assur? de cet homme?:

??Je me souviens d’une histoire que papa m’a racont? ? propos de son p?re Delphis concernant un contrema?tre qui lui sugg?rait fortement de fumer des cigarettes toutes faites, au lieu de rouleuses, pour diminuer la ??perte de temps??. Sur ce, grand-papa demande ? ce m?sieu de bien vouloir s’allumer une de ses ??toutes faites??. Et le grand-p?re allume la sienne (qu’il venait de rouler) sur la m?me allumette que lui !

Toutes les fois que je regarde un film western o? un cowboy se roule une cigarette, cette image mentale de grand papa, que je n’ai pas connu, me reviens.??

Au sujet de mon p?re, h?ros de ses petits-fils, je me contenterai de dire ceci?:

Apr?s la guerre, Joseph qui ?tait pl?trier, a cr???sa propre?compagnie. Sa plus grande inqui?tude ?tait de fournir du travail?? ses employ?s, car il se sentait responsable de subvenir?aux besoins de ces familles. Il n’a jamais manqu? d’argent pour sa propre famille, mais il n’est jamais devenu riche.

Il est all? prendre des cours de?Chiropractie?? Indianapolis (USA) dans les ann?es 50. Nous, ses enfants, sommes demeur?s l?-bas durant la premi?re ann?e de son cours et nous sommes revenu. Un an plus tard, il ?tait chiropraticien. Il a pratiqu? ce travail pendant 2 ans au Canada. Il a ensuite laiss? tomber parce que, disait-il, il ?tait ?tann?? d’entendre, inutilement, l’histoire des bobos de ses patients depuis qu’ils ?taient enfants. La Chiropractie est le r?ajustement des vert?bres d?plac?es; il avait l’impression que le patient n’avait presqu’aucun besoin de parler avant de se faire « ajuster ». J’ai b?n?ficier de ses traitements une grande partie de ma vie; ma colonne vert?brale est « droite ».

J’avoue qu’il n’aimait pas le bruit inutile. Dans son auto, lorsqu’il ouvrait sa radio et que ce n’?tait pas le moment des nouvelles, il refermait,?avec un sourire en coin vers moi, ?ce qu’il appelait « la boite ? tapage ». Je riais et j’ouvrais ensuite la radio pour ?couter la musique. Si celle-ci n’?tait pas ? mon ?go?t, je refermais « la boite ? tapage ». Aujourd’hui, je n’ouvre jamais la radio de l’auto. Quand je suis seul, je pr?f?re chanter en conduisant.

Mon p?re a commenc??? jouer au golf?? l’?ge?de 60 ans et?a jou? jusqu’? 82 ans. Il est d?c?d? ??83 ans d’une maladie des poumons suppos?ment inconnue et tr?s rare. Il ne fumait plus depuis 35 ans et un an avant son d?c?s, le m?decin lui avait dit que ses poumons ?taient comme ceux d?un enfant, avant de lui donner son « vaccin contre la grippe ». ? son d?c?s, ils ?taient comme des pneus.

On pourra dire toutes sortes de choses sur Joseph Lefebvre mais on ne pourra jamais lui enlever le « fait » ?tabli qu’il a sauv? la vie d’un enfant de Terre-Neuve, durant la guerre, lorsqu’il ?tait en permission sur une plage de l?-bas. Un enfant se noyait et avait coul? pour la troisi?me fois, lorsqu’il a plong? pour aller le r?cup?rer. Il m’a racont? qu’il arrivait ? bout de souffle lorsqu’il a attrap? l’enfant par les cheveux pour l’enlever ??la mer. Il a eu ?norm?ment de difficult?s ? le ranimer?au moyen de?la respiration artificielle. Cet ?v?nement a paru dans les journaux de Terre-Neuve de l’?poque (1942 ? 44 je ne sais plus vraiment) mais j’ai vu l’article du journal relatant l’exploit avec la photo de mon p?re sur la plage, dans les vieux papiers de ma grand-m?re.

Je ne vous raconterai pas l?h?ro?sme de ma grand-m?re L?ontine, ni celui de ma m?re, car vous ne me croiriez pas. Je garderai ces r?cits pour mon cercle familial rapproch?. Ceci termine donc la saga de ??Mes propres Canayens??.

?videmment, durant cette derni?re p?riode de leur histoire, il y a eu un nombre incalculable de faits h?ro?ques fait par des « Canayens » durant les deux grandes guerres; mais je ne voudrais pas d?valoriser encore plus les « exploits » officiels de l’histoire nord-am?ricaine. J’ajouterais qu’en omettant de parler des deux grandes guerres, je manque compl?tement le but du titre de cet article qui voulait souligner les « bienfaits de la civilisation ». Veuillez m’en excuser; mais ces « bienfaits » sont racont?s ? profusion dans l’histoire officielle depuis les 6,000 derni?res ann?es. D’ailleurs, les guerres semblent se multiplier un peu partout, depuis une vingtaine d’ann?es. Mais restons positif: une fois termin?e, chacune des guerres est finie.

Amicalement

Andr? Lefebvre

 

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One comment

  1. avatar

    Et voilà, maintenant, que l’image à la Une est reléguée à l’infini. Qui disait, déjà, : Les premiers seront les derniers?