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Les 160 ans de l??lection pr?sidentielle fran?aise

Un Pr?sident ?lu par le peuple, c?est un concept tr?s gaullien. Pourtant, il avait ?t? d?j? invent? plus d?un si?cle avant.

Il y a exactement 160 ans, le 10 d?cembre 1848, le premier Pr?sident de la R?publique fran?aise ?tait ?lu au suffrage universel direct?

Un Pr?sident peu connu de nos jours dans le cadre de ses fonctions pr?sidentielles car il fut surtout c?l?bre pour avoir restaur? l?Empire. Et un score appr?ciable (plus de 74%) qui n?est cependant pas le record puisque c?est Jacques Chirac qui fut le Pr?sident le mieux ?lu du suffrage universel direct en 2002 (mais au second tour, avec plus de 82%?!).

Il n?est pas dans mes intentions de comm?morer Napol?on III ni son oncle d?autant plus que les bonapartistes choisiraient plut?t le 2 d?cembre ou encore le 9 novembre (18 brumaire 1799) pour cela.

Mon but ici est double?: d?une part, faire une petite analogie entre le sentiment bonapartiste et le sentiment gaulliste, le G?n?ral De Gaulle ?tant sans doute le dernier « h?ros » politique et militaire de la France et, ? ce titre, hiss? au m?me niveau que Napol?on Ier dans les livres d?histoire?; d?autre part, ?voquer les d?but de l??lection pr?sidentielle.

Gaullisme et bonapartisme

Le d?calage de 160 ans est assez frappant si on fait une translation dans le temps.

Imaginons que 2008 devienne 1848. Alors, la p?riode napol?onienne, qui part du Consulat jusqu?aux Cent Jours, se d?roulerait entre fin 1959 et 1975. ? peu pr?s les m?mes dates que le retour au pouvoir de Charles De Gaulle (fin 1958 ? 1969).

Mais dans ce rep?re chronologique, il y a deux diff?rences notables.

La premi?re, c?est que la l?gende napol?onienne est n?e de cette p?riode-l? alors que la l?gende gaullienne est bien ant?rieure ? son retour au pouvoir et se situe entre 1940 et d?but 1946, soit, si on retranslate plus d?un si?cle et demi avant, ? l??quivalent de la p?riode entre 1780 ? 1786, soit l?g?rement avant la p?riode de la R?volution fran?aise. Or, la Seconde Guerre Mondiale a eu ? peu pr?s le m?me effet que la R?volution sur la soci?t? fran?aise, une remise ? z?ro de beaucoup de param?tres politiques, ?conomiques, sociaux et culturels m?me si quelques fondamentaux furent conserv?s (la noblesse au XVIIIe si?cle, les valeurs r?publicaines au XXe si?cle).

La seconde diff?rence, c?est qu?entre la fin de la Pr?sidence de De Gaulle et maintenant, les gaullistes ?taient au pouvoir pendant vingt-quatre ans, soit 61% du temps alors que les bonapartistes ?taient politiquement inexistants entre 1815 et 1848 et pouvaient donc se pr?valoir avec nostalgie d?une grandeur disparue.

L?innovation d?un Pr?sident

Il est int?ressant d?analyser l??lection de 1848 dans cette perspective. Il n?existait ?videmment pas de marketing ?lectoral et personne n?aurait donn? un seul sou pour parier sur le fait que la fonction pr?sidentielle que la IIe R?publique venait d?instituer aurait un quelconque sens politique.

Car justement, Pr?sident et R?publique ?taient, depuis 1792, des mots plut?t antagonistes?: la R?publique est le pouvoir du peuple, il ne s?agit donc pas de le remettre ? une seule personne mais ? une assembl?e de repr?sentants. Lazare Carnot puis La Fayette avaient tent? en vain cette formule d?instaurer un Pr?sident de la R?publique.

1848, prime au nom? et ? une d?marche ?lectorale

? cette ?lection, deux personnages politiques importants avaient la stature pour la fonction nouvelle?: Adolphe Thiers, 51 ans, qui refusa car il ?tait conservateur et monarchiste, et le G?n?ral Louis-Eug?ne Cavaignac, 46 ans, chef du gouvernement en 1848, qui pensa l?emporter sans trop de difficult?. Un autre candidat ministre, connu aussi pour ses ?crits, pensait ?tre ?lu, Lamartine.

Bon, on conna?t ?videmment la suite de l?histoire, Louis Napol?on Bonaparte l?emporta avec plus de 74% d?s le premier tour gr?ce ? son nom et gr?ce ? la forte ambigu?t? qu?il laissait planer?: sans parti, il voulait repr?senter tous les Fran?ais, et il avait r?ussi ? avoir partout sur le territoire des bases militantes d?centralis?es qui lui servaient de relais sur le terrain.

Un Pr?sident, pour quoi faire??

A priori, la fonction ?tait honorifique bien qu??lu par le peuple, ce Pr?sident devait ?tre un peu ce que sont, de nos jours, le Pr?sident autrichien ou le Pr?sident portugais, c?est-?-dire, n?avoir qu?un r?le de repr?sentation et d?arbitrage institutionnel malgr? leur l?gitimit? populaire.

C?est pour cela d?ailleurs que Thiers avait soutenu Louis Napol?on, sentant qu?il avait un nom dont la notori?t? lui donnerait la victoire, mais qui, n?ayant qu?une m?diocre exp?rience politique, pourrait se faire man?uvrer par le parti de l?Ordre (celui de Thiers). Thiers ?tait convaincu que le pouvoir ?tait dans l?assembl?e qui, ? domination conservatrice, fut tr?s difficile ? « dompter » tant les querelles internes ?taient nombreuses.

Le Prince Pr?sident se faisait de plus en plus aimer du peuple au fur et ? mesure que la classe politique se discr?ditait. Et petit ? petit, Louis Napol?on grappillait de plus en plus de pouvoirs, d?abord sur son budget ? l??lys?e, puis sur les nominations de ministres et hauts fonctionnaires qu?il devait ratifier.

La peur r?publicaine du coup d??tat

Face ? une classe politique incapable et ? son incapacit? ? se repr?senter, un coup d??tat devenait in?luctable et souhaitable par de nombreux protagonistes (les r?publicains ?taient dans l?opposition et les monarchistes ?tant au pouvoir).

C?est bien entendu cet ?pisode f?cheux de l?histoire r?publicaine fran?aise qui motiva les premiers repr?sentants de la IIIe R?publique proclam?e par L?on Gambetta en 1870 ? retirer le pouvoir trop personnel d?un Thiers en 1873 et surtout, ? mettre un filtre parlementaire ? l??lection du Pr?sident de la R?publique qui, de facto, d?signa ce que Clemenceau appelait des « ectoplasmes ». Les tentatives de r?formes constitutionnelles d?Alexandre Millerand et d?Andr? Tardy ne purent r?ussir en raison de cette trop forte peur d?un retour au bonapartisme populiste.

Et c?est finalement le G?n?ral De Gaulle qui ranima en 1962 le suffrage universel direct pour la magistrature supr?me, non sans mal?: il s??tait mis ? dos toute la classe politique encore traumatis?e plus de cent dix ans apr?s.

Le poids des vieux h?ros

Alors, si en 1848 Louis Napol?on pouvait b?n?ficier des vieux grognards napol?oniens, anciens combattants du Ier Empire, il serait tr?s imprudent de dire qu?aujourd?hui, il existe encore des vieux grognards du gaullisme. Ceux-l? sont pratiquement tous disparus (notamment Pierre Messmer), et les personnalit?s qui se r?clament encore du gaullisme, comme Nicolas Dupont-Aignan qui a cr?? son propre parti politique au m?me moment que la d?bandade du congr?s socialiste de Reims, sont soit des souverainistes soit des n?o-gaullistes qui n?ont plus rien d?historique.

Sans doute d?ailleurs que le principal d?entre eux, Dominique de Villepin, ne pr?sente plus beaucoup d?avenir. Mais, ? la diff?rence du principe h?r?ditaire qui guidait le bonapartisme (encore que le dernier repr?sentant de la famille, Charles Napol?on, f?t candidat MoDem malheureux aux l?gislatives contre le d?put? UMP Didier Julia), le gaullisme fut tr?s rapidement transform? au fil de la vie politique ordinaire en devenant pompidolien, puis chiraquien, et maintenant sarkozyen.

De la deuxi?me ? la sixi?me

Alors, quel effet cette ?lection de 1848 dans la m?moire collective?? Depuis le gaullisme, moins d?inqui?tude. Peut-?tre quand m?me un regret?: la IIe R?publique se voulait institutionnellement irr?prochable (en limitant ? un seul mandat pr?sidentiel) et lorsque les institutions sont trop parfaites, pour une classe politique qui n?en est pas digne, le risque est grand d?une forte discontinuit?.

C?est sans doute pour cette raison-l? que beaucoup d?hommes politiques pr?nent ? intervalles irr?guliers l?instauration d?une mythique VIe

R?publique, qui n?aurait comme seule cons?quence que de faire table rase de 50 ans d?histoire de la R?publique gaullienne qui, finalement, ne fonctionne pas trop mal et a r?sist? ? une discontinuit? politique majeure (en 1981), ? un choc extr?miste majeur (en 2002) et m?me ? des interminables querelles de successions, tant du c?t? gaulliste que socialiste.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 d?cembre 2008)

Pour aller plus loin?:

Cinquantenaire de la Deuxi?me R?publique.

Cinquantenaire de la Cinqui?me R?publique.

Article sur le mandat pr?sidentiel.

Articles sur les institutions.

?(Derni?re illustration?: sch?ma des institutions de la IIe?

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