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Le scandale du Libor: comment les banques manipulent les taux d?int?r?t de r?f?rence mondiale

Par Barry Grey
7 juillet 2012

Le r?cent scandale bancaire, qui avait avant ce jour surtout ?clabouss? la banque Barclays au Royaume-Uni, s??tend maintenant au coeur du syst?me financier mondial. Il y est r?v?l? comment une poign?e de banques g?antes manipule le march? dit ? libre ? pour accro?tre leurs b?n?fices et les fortunes de leurs gestionnaires et de leurs gros investisseurs. En fait, on est devant un pillage ?conomique dont le r?sultat est le ch?mage de masse, la pauvret? et une in?galit? sociale grandissante.

De nombreuses grandes banques ont suivi la Barclays qui, la semaine pass?e, a ?t? la premi?re ? admettre qu?elle avait manipul? le plus important indice des taux d?int?r?t internationaux, le Libor (pour London Interbank Offered Rate), le taux interbancaire de r?f?rence sur le march? londonien. Le Libor, qui est fix? quotidiennement, est cens? indiquer le taux d?int?r?t moyen auquel les grandes banques se pr?tent mutuellement de l?argent ? court terme. Le Libor sert de r?f?rence pour les taux d?int?r?t des pr?ts personnels et des pr?ts pour investissement, ce qui affecte des centaines de millions de personnes partout dans le monde.

Le taux du Libor influence les taux d?environ 360.000 milliards de dollars en pr?ts et en swaps sur d?faillance (? credit default swaps, CDS ?). Il a un impact sur les contrats ? terme n?goci?s ? la Bourse de commerce de Chicago (Chicago Mercantile Exchange, CME) dont le volume quotidien des transactions est sup?rieur ? 564.000 milliards de dollars.

Le Libor, et son homologue bas? ? Bruxelles, l?Euribor (le taux interbancaire de r?f?rence sur le march? europ?en), qui est ?galement la cible de manipulation bancaire, sont utilis?s pour calculer le taux de pr?ts hypoth?caires, de pr?ts ?tudiants et de cartes de cr?dit s??levant ? 10.000 milliards de dollars. Environ 90 pour cent des pr?ts commerciaux et hypoth?caires am?ricains sont li?s ? cet indice.

Dans les mots d?un commentateur du Financial Times, manipuler le Libor correspond ? ? contaminer l?eau courante ?.

Dans un accord ? l?amiable pass? avec l?Autorit? britannique des services financiers (FSA), l?Autorit? am?ricaine de r?gulation des march?s ? terme et d?riv?s (CFTC) et le D?partement am?ricain de la Justice, Barclays, la quatri?me plus grande banque du monde en termes d?actifs, a admis la semaine pass?e avoir commis des ? erreurs ?. Elle a accept? de verser un total de 453 millions de dollars aux trois agences pour avoir tent? de manipuler le taux du Libor entre 2005 et 2009.

Les rapports publi?s par ces trois services renferment des courriels, des messages SMS et des conversations t?l?phoniques montrant qu?entre 2005 et 2007 la banque avait sciemment pr?sent? ? la direction du Libor de fausses ?valuations, le plus souvent trop ?lev?es, des taux d?int?r?t auxquels elle empruntait aux autres banques. La Barclays r?pondait ainsi aux demandes de sa section charg?e des produits d?riv?s qui avec ses donn?es fauss?es pouvait tirer profit de leurs paris sur les swaps par d?faillance et autres d?riv?s.

Entre 2007 et 2009, au plus fort de la crise financi?re mondiale, la banque a volontairement sous-estim? les co?ts d?emprunts des autres banques dans les chiffres qu?elle envoyait ? la direction du Libor dans le but de mieux dissimuler la vuln?rabilit? de sa situation financi?re.

Ce genre de pari sur les taux du Libor et de l?Euribor (ainsi que sur le Tibor, bas? ? Tokyo) a ?t? pratiqu? par pratiquement toutes les grandes banques internationales. Une douzaine de r?gulateurs de par le monde sont en train d?enqu?ter sur 12 ? 20 autres banques, dont le conglom?rat bancaire HSBC, la Royal Bank of Scotland en grande partie propri?t? d??tat, la Deutsche Bank, le Cr?dit Suisse, la UBS, JPMorgan Chase, Citigroup, Bank of America, la Banque de Tokyo-Mitsubishi et Sumitomo Mitsui. On s?attend ? ce que d?autres accords soient conclus suivant l?exemple de l?arrangement pass? entre Barclays et les agences de r?gulation au courant de la semaine prochaine.

Ce complot des banquiers a un tr?s r?el et immense impact sur la vie des gens ordinaires. D?innombrables milliards ont en fait ?t? vol?s aux nouveaux propri?taires de maisons et d?immeubles ou aux d?tenteurs d?hypoth?ques ? taux variables, de cartes de cr?dit, aux d?tenteurs de pr?ts ?tudiants, au financement de petites entreprises ou autres consommateurs chaque fois que les banques ont fix? le Libor de mani?re artificiellement ?lev?e. Le Wall Street Journal a soulign? jeudi qu?un taux d?int?r?t trop ?lev? de 0,3 pour cent se traduisait par une augmentation de 100 dollars du remboursement mensuel sur un cr?dit hypoth?caire ? taux variable de 500.000 dollars.

La sous-estimation du taux du Libor a, d?autre part, co?t? aux d?tenteurs d?obligations qui ne font pas partie du complot, d?innombrables milliards en rendement de moins. Sont concern?s les gouvernements f?d?raux ou locaux qui ont diminu? les d?ficits budg?taires en supprimant drastiquement les emplois, en r?duisant consid?rablement les salaires et les services publics. Sont concern?s aussi les fonds de pension et les retrait?s disposant de placements fixes et dont les revenus furent substantiellement r?duits.

L?arrangement convenu avec Barclays est un blanchiment permettant aux directeurs des banques de se tirer d?affaire et de dissimuler la complicit? des gouvernements et des r?gulateurs bancaires dans cette escroquerie. L?amende de 453 millions de dollars est une portion infinit?simale des milliards que Barclays a gagn? ill?galement au cours des ann?es en falsifiant ses taux d?int?r?t du Libor et de l?Euribor. Ce n?est pas cher pay? pour permettre ce qui en essence est une op?ration criminelle en continu.

En d?pit de courriels et autres preuves du contraire, les r?gulateurs ont conclu qu?ils ne pouvaient d?terminer si les directeurs de Barclays ?taient impliqu?s dans la fraude. L?accord ? l?amiable d?un montant de 160 millions de dollars conclu avec le D?partement am?ricain de la Justice a exon?r? la banque de poursuites p?nales. Aucun responsable de Barclays ou d?une autre banque n?a ? ce jour eu ? faire face ? des poursuites criminelles ou a fait l?objet de poursuites civiles. Y compris, le directeur ex?cutif Robert Diamond, qui a d?missionn? mardi.

L?ann?e derni?re, Diamond a eu pr?s de 39 millions de dollars de r?mun?ration totale. Depuis qu?il est arriv? en 2005 ? la direction de Barclays, il a empoch? un salaire totalisant 311,7 millions de dollars de b?n?fices, de primes et de dividendes. Il y a moins d?un an, Diamond, qui a ?t? convoqu? mercredi devant le Comit? du Tr?sor britannique de la Chambre des communes (British House of Commons treasury select committee) a dit ? cette occasion que ? le temps des remords et des excuses ? des banques ?tait r?volu.

L?une des raisons pour lesquelles les gouvernement am?ricain et britannique et les r?gulateurs voulaient balayer aussi vite que possible le scandale sous le tapis est qu?ils sont directement impliqu?s.

Des accusations selon lesquelles les banques manipulaient le Libor furent avanc?es au moins d?s 2007 et furent ignor?es par les gouvernement am?ricain et europ?en ainsi que les r?gulateurs. En fait, ils avaient encourag? les banques ? soumettre des chiffres de taux d?int?r?t bas apr?s l??ruption de la crise financi?re en 2007 afin de cacher l?ampleur de la crise et de prot?ger l??lite financi?re. Barclays estime que Paul Tucker, le vice-gouverneur de la Banque d?Angleterre, avait sugg?r? en octobre 2008 ? Diamond que ses chiffres pr?sent?s ? la direction de Libor ?taient trop ?lev?s.

Le Libor en soi est un produit de d?r?glementation des banques effectu?e au cours de ces 30 derni?res ann?es par les gouvernements capitalistes de tous bords, se disant de ? gauche ? aussi bien que conservateurs. Lanc? au milieu des ann?es 1980, c?est un bel exemple de l?? autor?gulation ?, un euph?misme pour donner aux banques un blanc-seing pour manipuler les march?s et piller la population.

Le Libor est pr?sid? par l?Association des banquiers britanniques (British Banker?s Association, BBA), un groupe de pression du service bancaire priv? actuellement dirig? par le pr?sident de Barclays, Marcus Agius. Dix-huit des plus grandes banques du monde pr?sentent tous les matins ? la direction du Libor des donn?es sur les pr?ts pour contribuer ? fixer le taux mondial auquel leurs propres paris commerciaux sont li?s. Ces m?mes banques contr?lent la BBA.

Le Libor, comme beaucoup d?autres m?canismes du march?, est intrins?quement corrompu et cribl? de conflits d?int?r?ts.

Toute affirmation que ce creuset d?avarice et de corruption peut ?tre ? r?form? ? est le produit de l?ignorance, de l?aveuglement et de la tromperie. Les banquiers qui ont fraud? doivent ?tre poursuivis en justice et leurs fortunes, obtenues de mani?re ill?gale, doivent ?tre saisies et utilis?es pour fournir de l?aide aux ch?meurs, aux sans-abris et ? tous ceux qui sont victimes de la mafia financi?re.

Le sort de l?humanit?, l?allocation rationnelle et progressiste des ressources pour profiter aux habitants du monde et emp?cher une nouvelle situation de d?vastation sociale, requi?rent l?expropriation des banques par la classe ouvri?re et leur transformation en institutions publiques d?mocratiquement contr?l?es et g?r?es dans l?int?r?t des besoins sociaux et non des profits priv?s.

(Article original paru le 6 juillet 2012)

Source: WSWS

Circulez! Ya rien ? voir…

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    Merci pour cet article Il est bon qu’on documente ainsi, bribe par bribe, l’énorme arnaque bancaire. Je n’ai pas le moindre espoir, cependant, que faire un peu plus la lumière sur leurs agissements modifie significativement le comportement des banques.

    Elles ont le pouvoir, elles en abusent… comme l’ont toujours fait tous ceux qui ont eu le pouvoir.

    Cette exploitation ne se terminera que quand un pouvoir plus grand y mettra fin, ce qui à court terme n’est pas toujours pour le mieux; le seul gain cumulatif pour l’humanité étant acquis durant les brefs intermèdes entre deux systèmes matures d’exploitation.

    (Petite remarque: quand les masques tombent, Barclay n’est pas le numéro 4, mais de loin le numéro 1 des exploiteurs… (voir ci-dessous) Mais cette division n’est aussi qu’un masque. L’ennemi est UN.)

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2011/10/03/si-on-change-les-maitres-du-monde/

    PJCA