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Le rêve d’Anne Hidalgo : faire de Paris un port de mer

En matière de mégalomanie, rien n’arrête Anne Hidalgo. Fin septembre, elle a repris à son compte un délire exprimé par Nicolas Sarkozy en 2008, époque où, entre autres âneries, l’agité de Neuilly voulait également « rendre constructibles les terrains inondables ». L’idée : faire de Paris un port de mer en étendant la capitale jusqu’à l’embouchure de la Seine…

On pourrait croire à un gag électoral, à l’une de ces propositions autrefois inscrites dans les programmes politiques des candidats farfelus qui faisaient alors le bonheur des gazettes. L’on pense évidemment à Ferdinand Lop dont le principal slogan, lors de la campagne présidentielle de 1946, était : « Il faut au char de l’État la roue d’un Lop ! ». Pourquoi citer Lop ? Parce que ce candidat à la triste figure, imperméable aux railleries de ses adversaires – les « Anti-Lop » – avait déjà, bien avant Sarkozy et Hidalgo, émis l’idée de « prolonger le boulevard Saint-Michel jusqu’à la mer ». Ce faisant, Lop était, eu égard à la topographie de la capitale, plus réaliste qu’Albert Caperon, plus connu, grâce à l’humoriste Alphonse Allais, sous le pseudo de « Captain Cap ». Lors des législatives de 1893, celui-ci avait en effet mis la barre encore plus haut en prétendant « transformer la place Pigalle en port de mer » ! Il est vrai que l’on rencontrait déjà dans le quartier pas mal de bars, fréquentés par des maquereaux et des morues.

L’adhésion d’Hidalgo à ce vieux projet aux allures de « serpent de mer » est peut-être liée à des objectifs ciblés : permettre par exemple aux pêcheurs à la ligne parisiens d’aller – grâce au futur prolongement du RER A jusqu’au Havre – taquiner l’anguille à Honfleur et le bar à Sainte-Adresse en lieu et place de la brême du quai de la Mégisserie et du sandre du canal Saint-Martin. Bannir en outre sur une distance de 200 km la circulation automobile de l’ A13 pour en réserver la chaussée aux vélos, tricycles, grands bi et draisiennes aurait en outre une sacrée gueule pour la Lucky Luke de la vie politique parisienne qui, aiguillonnée par les remuants écolos de Paname, dégaine les initiatives vertes plus vite que son ombre. Hidalgo s’est d’ailleurs résolument engagée dans ce qu’il faut bien appeler une « vélorution », pour reprendre le slogan lancé durant les sixties par le tribun des resto-U, Aguigui Mouna. Un sacré personnage, celui-là, défunt leader de la croisade anti étrons – « Des trottoirs, pas des crottoirs ! » – et ennemi juré des méfaits de ce capitalisme qu’il pourfendait : « À bas le caca, le pipi, le caca-pipi-talisme ! »

Plus sérieusement, Hidalgo semble croire à la pertinence territoriale d’un « Grand Paris » ayant, si l’on peut dire, pignon sur mer. Elle l’a confirmé le mardi 29 septembre au Sommet du Grand Paris en compagnie d’un certain… Édouard Philippe, qui ne dit pas non à ce projet*, la faute peut-être à une consommation abusive de produits stupéfiants ou de calvados frelaté. Hidalgo justifie ainsi son ambition pour la capitale : « Il faut que Paris, la capitale de la France, soit beaucoup plus rapprochée [de] la mer pour avoir un débouché maritime. » Et Hidalgo d’enfoncer le clou : « Cette idée du Grand Paris jusqu’à la mer […] me paraît être une vision. » Diable ! On avait déjà, dans notre patrimoine national d’illuminées, Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous et la lexovienne Thérèse Martin, pour ne citer que les plus connues, et voilà que surgit Anne Hidalgo, la nouvelle visionnaire. Certes, elle n’a pas vu la « Dame en bleu », ni entendu de voix céleste, mais le résultat n’est guère différent : Hidalgo pédale allègrement dans la choucroute politico-urbanistique !

Ce projet est évidemment une aberration. Au plan de l’urbanisme, un rapprochement des entités urbaines de Paris, Rouen et Le Havre dans le cadre d’une mégalopole « grand parisienne » reviendrait en effet de facto à encourager la « bétonisation » des rives de la Seine sur 200 km, avec pour conséquence la disparition de ce qu’il reste d’espaces naturels le long du fleuve. Comble de l’absurdité, Hidalgo promeut cette idée – très peu écolo, Madame la Maire ! – au moment où, Covid oblige, un nombre croissant d’entreprises met (ou va mettre) en place des pans entiers d’activité par télétravail. À l’évidence, il s’agit là d’une opportunité, non pour une mégalopole tentaculaire, mais pour les petites villes, lesquelles offrent aux salariés à distance une bien meilleure qualité de vie que les grandes structures d’affaires et leur corollaire métro-boulot-dodo, n’en déplaise à Hidalgo, la visionnaire à courte vue ! Au plan politique, la pilule ne passe pas non plus du côté d’Hervé Morin, le président de la région Normandie. « Non, la Normandie n’est pas le paillasson de l’Île-de-France », s’est empressé d’affirmer dans un tweet agacé l’élu normand, avec le soutien de son homologue francilienne Valérie Pécresse. On ne peut que leur donner raison. Et par le biais d’un traitement psychotrope adapté, encourager Hidalgo à soigner ses bouffées délirantes !

À noter que ce Sommet du Grand Paris s’est déroulé dans les salons du très chic Pavillon Gabriel, à deux pas de ce Palais de l’Élysée où, quoi qu’elle en dise, notre visionnaire se verrait bien entrer en grandes pompes au mois de mai 2022. Outre l’honneur de présider aux destinées de la France, quelle plus belle opportunité pour Anne Hidalgo de piloter, via son Haut commissaire au Plan, la mise sur orbite de son projet phare : la transformation de Paris en port de mer ? Autre avantage d’une victoire à la présidentielle : elle serait débarrassée de la très encombrante Alice Coffin. Encore que, tout bien pesé, celle-ci pourrait se révéler une précieuse alliée. Pensez donc : une femme à l’Élysée, quelle rupture avec cette interminable litanie de mecs ! Et quel intense bonheur pour l’enragée féministe !

En réalité, l’ex-Premier ministre brosse la maire de Paris dans le sens du poil, histoire de ne pas la contrarier. Car dans les faits, Édouard Philippe n’a pas du tout la même « vision » qu’Anne Hidalgo. Son vœu : que soient renforcées les collaborations entre les ports autonomes de Paris, Rouen et Le Havre en matière de fret.

À lire également :

Hommage à Aguigui Mouna, poète de l’utopie et pourfendeur du capitalisme (février 2018)

Aux urnes, citoyens : votez Duconnaud ! (mars 2017)

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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