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Le rayonnement de Saint-Vincent de Paul

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Avec toutes ces histoires de corruption, de guerres raciales, de mensonges, de laideurs rev?tues de beaux masques apparents, on a l?impression que l??thique et le rayonnement humain ne courent pas les rues. Pourtant, il y a plein de gens qui vivent paisiblement. Ils restent silencieux. Leur murmure est doux comme un ruisseau qui s??coule.

Je me permets de reproduire l?article publi? il y a plus d?une ann?e sur l??thique de Saint-Vincent de Paul et son rayonnement. Pour moi, il est une source d?inspiration parce que lui aussi a v?cu ? une ?poque o? la corruption et le pouvoir sur autrui dominaient. Cet homme n?a pas voulu participer ? cette sorte de monde, il a pr?serv? son? ?thique.

Voici son histoire.

Le contexte de vie de Vincent de Paul (1581-1660)

Nous sommes en France au d?but du XVIIe si?cle, en Gascogne, dans une famille d?agriculteurs de la petite noblesse et apr?s avoir montr? un grand int?r?t pour les ?tudes en g?n?ral, et celles de la pr?trise, Vincent de Paul est ordonn? pr?tre en 1600 et envoy? dans les paroisses les plus recul?es et les plus pauvres. Gr?ce ? ses mani?res bienveillantes, et ? son rayonnement, il se hissera parmi les plus grands du pays et fera partie du conseil de conscience de la reine Marguerite de Valois (la reine Margot).

En 1605, jeune pr?tre abb?, le ministre du Roi le convoque et lui confie le poste d?Aum?nier g?n?ral des gal?res. Vincent de Paul refuse poliment. On lui fait comprendre qu?il n?a pas le choix. Non seulement c?est un honneur qu?on l?ait choisi, mais c?est un ordre. On ne dit pas non au Roi.

Bien ? contre-coeur, il accepte cette nomination. Un jour, assis sur le pont avant du vaisseau du Roi ? un b?timent de guerre et de commerce ? ? c?t? des dignitaires, le vaisseau file majestueusement sur le fleuve. Plus loin, en contrebas, on aper?oit les esclaves crasseux et maigres, encha?n?s au b?timent dans la cale qui, sous le manque d?air, transpirent, crachent et rament avec effort sous les coups des fouets des bourreaux.

Clac! Clac! Clac! crient les fouets.

L?aum?nier Vincent de Paul est raide sur sa chaise. Avec un air d?sol?, il observe le spectacle des gal?riens fouett?s sans merci.

? ses c?t?s, s?avance pompeusement l?amiral dans son beau costume ?l?gant, brillant de m?dailles d?or sur sa poitrine, pr?s du c?ur. Le torse bomb?, les pieds bien camp?s sur le sol, il dit de sa belle voix onctueuse de mondain?:

– Ce que vous voyez l?, monsieur l?Aum?nier, tous ces coups de fouet qui pleuvent sur ces ? hommes de rien ? n?est pas aussi cruel que vous le pensez.

L?abb? se tait. Ses yeux illumin?s de l?int?rieur se concentrent sur la sc?ne. Son corps exprime humilit? et respect.

D?autres coups de fouet s?acharnent sur les hommes. On les entend geindre, haleter.

-?Je vous le dis, monsieur l?abb?, insiste l?autre, ces coups effleurent ? peine leur chair. Ils ne sentent m?me plus la douleur, tant ils sont habitu?s. Le cerveau s?habitue ? la douleur, ne le saviez-vous pas? Ces coups les aident m?me, ils stimulent leur sang. Si on ne les fouettait pas, ils imploreraient qu?on le fasse.

M?dus?, Vincent de Paul ne r?pond toujours pas. Ces coups qui d?chirent la chair des esclaves meurtrissent sa vision d?amour et le rendent malade de d?go?t.

Il aper?oit un gal?rien qui, ?puis?, est sur le point de s?effondrer. Sans h?siter, il se l?ve, court vers l?homme, le pousse gentiment afin de prendre place ? ses c?t?s. De toutes ses forces, il rame, de ses bras maigres et non entra?n?s. Il pousse les lourdes pi?ces de bois sous la clameur des esclaves couverts de suer et de sang. L?amiral et ses aides regardent les yeux agrandis l?abb? oser ce geste d?plac?.

Apr?s cette sc?ne, Vincent de Paul se d?met de ses fonctions. Il va se retirer du monde. Sa position est sans appel.

-?Je ne veux pas, dit-il d?une voix grave, participer ? ce monde de pouvoir et de domination.

L??tat lui retire tout ce qu?il poss?de, ses terres, la maison familiale. Il ira rejoindre les pauvres et les humbles. Pour mieux les comprendre, il va vivre comme eux, descendant toujours plus bas jusqu?? dormir dans les auberges et les maisons les plus crasseuses. Il d?couvre que la pauvret? engendre la d?ch?ance, l?alcoolisme, la mis?re, la violence. La haine. Et il dira?: ??tre pauvre est une grande calamit??.

?Cet homme fondera au cours de sa vie plusieurs mouvements pour accueillir les pauvres et les nourrir. Le premier se nomme LES LAZARISTES. ? un ami pr?tre venu le rejoindre dans sa mission, il dira?:

-?Nous avons tort de parler aux pauvres de leur ?me. C?est de pain qu?ils ont faim. Apr?s seulement, on peut parler de sauver leur ?me.

Par la suite, il fondera LES FILLES DE LA CHARIT?, aid? de madame Louise de M?rillac, une femme du monde. Celle-ci avait l?habitude de s?arr?ter dans son abri et de lui parler. Un jour, elle le d?couvrit en train de laver lui-m?me les linges souill?s et les torchons des malades et de tous ceux qu?il h?bergeait ? car il n?avait pas les moyens de payer une servante pour le faire. Madame de M?rillac d?cida de l?aider, retroussa ses manches, et les semaines suivantes, amena quelques-unes de ses amies du grand monde qui finalement prirent plaisir, une fois par semaine ? jouer ? la servante. Elles se firent m?me faire un joli costume de soubrette.

Avec le temps, de v?ritables servantes se joignirent ? plein temps ? l??uvre de Vincent de Paul. Un jour, l?une d?elles qui arrivait de la campagne pour lui offrir ses services lui confia?:

-?Tant qu?? ?tre la servante de mes ma?tres, je pr?f?re ?tre la servante des pauvres de Dieu.

Pendant plus de quarante ans, Vincent de Paul se consacre aux d?munis. Non seulement pour les accueillir, les soigner et leur donner ? manger, mais surtout pour les aimer, ces mal-aim?s dont plus personne ne voulait. Il savait que ces pauvres gens souffraient d??tre pauvres et qu?ils aspiraient ? ?tre trait?s en personnes de valeur.

L?abb? Vincent de Paul avait l?habitude de dire?:

-?Les pauvres transportent leur pauvret? comme un v?tement impitoyable. Ces haillons qu?ils portent, ces maladies, ces mis?res, ces endroits o? ils habitent avec les rats sont pitoyables ? ce sont des hommes, il faut les faire rire aussi. Surtout les aimer, un d?fi pour le c?ur.

? la fin de sa vie, sentant sa derni?re heure venue, il fit venir la jeune servante Jeanne nouvellement arriv?e.

-?Ma ch?re Jeanne, tu es nouvelle dans le service. Je te sens bonne. Rappelle-toi toujours que ce n?est pas tout de donner le pain aux pauvres, car cela les riches peuvent le faire. Tu es la petite servante des pauvres, la fille de la charit?, toujours souriante et de bonne humeur. Ils sont tes ma?tres, le sais-tu, des ma?tres terribles et exigeants?

Devant l?air ahuri de la jeune servante, il pr?cisa sa pens?e.

-?Plus ils seront laids et sales, plus ils seront injustes et grossiers, plus tu devras leur donner ton amour. Car ce n?est que pour ton amour ? pour ton amour seul ? que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes.

L?int?grit? de Saint-Vincent-de-Paul

Cet homme nous apporte un mod?le d?int?grit? et de don de soi sans illusion et sans attente.

La v?ritable int?grit? est de garder une chose intacte, dans le sens d?incorruptible. Saint-Vincent-de-Paul ?tait un ?tre pur dans ce sens.

Il disait aussi?: ?Si aujourd?hui vous n??tes pas meilleur qu?hier, c?est que vous ?tes pire!?

Il nous a montr? par son implication personnelle que la soci?t? avait aussi sa part de responsabilit? dans son comportement envers les plus d?munis.

 

 

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