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Le « Projet Jugement dernier » et les ?v?nements profonds : JFK, le Watergate, l?Irangate et le 11-Septembre

Dans cette analyse en deux parties, l?ancien diplomate et professeur de sciences politiques Peter Dale Scott montre comment, par quelles ?tapes successives depuis l?assassinat de John Kennedy, les ?tats-Unis on bascul? dans la situation que le pr?sident Eisenhower redoutait et ? propos de laquelle il avait mis en garde ses compatriotes. Depuis le 26 octobre 2001 et l?instauration du Patriot Act, c?est l??tat profond, une structure secr?te au-del? des apparences d?mocratiques, qui gouverne d?sormais le pays.


Le 22 novembre 1963 ? 13h, JFK est officiellement d?clar? mort. A 14h38, le vice-pr?sident Lyndon B. Johnson pr?te serment dans l?avion pr?sidentiel Air Force One. A ses c?t?s se tient Jacqueline Kennedy, qui porte encore son costume Chanel ?clabouss? par le sang de son ?poux. Dans un entretien qu?elle accordera quelques mois apr?s l?assassinat ? l?historien Arthur Schlesinger Jr, elle soup?onne Johnson d?avoir orchestr? l?assassinat de son mari en lien avec des lobbies p?troliers du Texas.

??Je suis conscient de la possibilit? d?instaurer une v?ritable tyrannie aux ?tats-Unis. Nous devons donc nous assurer que cette agence [la National Security Agency], et toutes celles qui poss?dent ces technologies, op?rent dans un cadre l?gal et sous une supervision appropri?e, de sorte que nous ne tombions jamais dans cet ab?me. Y sombrer serait sans retour.?? ? S?nateur Frank Church (1975)


Dans cet article, je vais discuter de quatre ?v?nements importants et toutefois mal compris?: l?assassinat de John F. Kennedy, le Watergate, l?Irangate et le 11-Septembre. J?analyserai ces ?v?nements profonds comme faisant partie d?un processus politique encore plus profond qui les relie entre eux, un processus qui a favoris? la construction d?un pouvoir r?pressif aux ?tats-Unis, au d?triment de la d?mocratie.

Ces derni?res ann?es, je me suis r?f?r? ? une force obscure derri?re ces ?v?nements ? une force que j?ai maladroitement appel?e ??l??tat profond?? (n?ayant pas trouv? mieux) qui ?volue ? la fois ? l?int?rieur et en dehors de l??tat public. Aujourd?hui, pour la premi?re fois, je vais t?cher d?identifier une partie de cette force obscure, qui a fonctionn? depuis au moins cinq d?cennies en marge de l??tat public. Celle-ci porte un nom que je n?ai pas invent??: le Projet ??Jugement dernier?? (Doomsday Project). C?est le nom donn? par le D?partement de la D?fense aux planifications d?urgence visant ??? assurer le fonctionnement de la Maison Blanche et du Pentagone pendant et apr?s une guerre nucl?aire, ou toute autre crise majeure.?? [1]

L?objectif de ce travail est simple mais important?: il consiste ? d?montrer que le Projet Jugement dernier des ann?es 1980, ainsi que les planifications de crise ant?rieures qui ont men? ? ce projet, ont jou? un r?le d?terminant dans les coulisses des ?v?nements profonds que je vais analyser.

De mani?re plus explicite, cette planification a ?t? un facteur majeur derri?re les trois ph?nom?nes pr?occupants qui menacent aujourd?hui la d?mocratie ?tats-unienne. Le premier d?entre eux a ?t? la conversion de notre ?conomie en une ??plouto-nomie??, une ?conomie ? vis?e ploutocratique, marqu?e par une scission grandissante des ?tats-Unis en deux classes ? les nantis et les d?favoris?s, les ??1 %?? et les ??99 %??. Le second ph?nom?ne est la militarisation croissante des ?tats-Unis, et principalement sa tendance ? mener ou ? provoquer des guerres dans des r?gions lointaines, ce qui est devenu de plus en plus courant et pr?visible. Il est clair que les op?rations de cette machine de guerre US ont servi les int?r?ts du percentile au sommet de la pyramide. [2]

Le troisi?me ph?nom?ne, qui est le sujet de cet essai, est l?influence consid?rable des ?v?nements profonds structurels sur l?Histoire des ?tats-Unis, une influence de plus en plus n?faste?: des ?v?nements myst?rieux, (comme l?assassinat de JFK, l?effraction du Watergate ou le 11-Septembre, qui affectent brutalement la structure sociale ?tats-unienne), ont un impact majeur sur la soci?t? de ce pays. Par ailleurs, ils impliquent constamment des actes criminels ou violents. Enfin, bien souvent, ils sont g?n?r?s par une force obscure inconnue.

De nombreuses analyses ont ?t? men?es sur la d?composition actuelle des ?tats-Unis en termes d??carts de revenus et de disparit?s de richesse, ou au sujet de sa militarisation comme de sa tendance belliciste croissante. Mon approche dans cet essai est selon moi in?dite?: elle consiste ? faire valoir que les disparit?s de revenus ? autrement dit, la ??plouto-nomie?? ? autant que les tendances guerri?res des ?tats-Unis ont ?t? consid?rablement favoris?es par des ?v?nements profonds.

Il faut comprendre que les disparit?s de revenus dans l??conomie US n?ont pas r?sult? d?une action des forces entrepreneuriales ind?pendamment de l?intervention politique. Au contraire, ces in?galit?s furent en grande partie engendr?es par un processus politique continuel et d?lib?r?, datant des ann?es 1960 et 1970 ? p?riode durant laquelle les individus les plus riches de ce pays craignaient d?en perdre le contr?le.

? cette ?poque, dans son m?morandum de 1971, le futur juge ? la Cour Supr?me Lewis Powell avertit que la survie du syst?me de la libre-entreprise d?pendait de ??la planification et [de] l?application soigneuses, sur le long terme??, de r?ponses abondamment financ?es contre les menaces incarn?es par la gauche. [3] Cette mise en garde engendra une virulente offensive de la droite, coordonn?e par quelques cercles de r?flexion et g?n?reusement financ?e par un petit groupe de fondations familiales. [4] Il faut garder ? l?esprit que tout cela r?pondait ? de graves ?meutes ? Newark, ? Detroit et dans d?autres villes, et que la gauche lan?ait alors un nombre croissant d?appels ? la r?volution (en Europe autant qu?aux ?tats-Unis). Je me concentrerai ici sur la r?ponse de la droite ? ce d?fi, et sur le r?le des ?v?nements profonds dans la facilitation de cette r?ponse.

Ce qui importait vraiment dans le Manifeste Powell ?tait moins le document en lui-m?me que le fait qu?il ait ?t? command? par la Chambre de Commerce des ?tats-Unis, l?un des groupes de pression les plus influents et des plus discrets. Par ailleurs, ce m?morandum ?tait seulement un signe parmi bien d?autres qu?une guerre de classes prenait forme durant les ann?es 1970, un processus plus vaste qui se d?roulait ? l?int?rieur autant qu?? l?ext?rieur du gouvernement (et qui comprenait ce qu?Irving Kristol qualifia de ??contre-r?volution intellectuelle??), et mena directement ? la soi-disant ??R?volution Reagan??. [5]

Il appara?t clairement que ce plus large processus a ?t? men? pendant pratiquement cinq d?cennies, la droite injectant des milliards de dollars dans le syst?me politique des ?tats-Unis. Ce que je d?sire d?montrer ici est que les ?v?nements profonds ont eux aussi fait partie int?grante de ces efforts de la droite, depuis l?assassinat de John F. Kennedy jusqu?au 11-Septembre. Le r?sultat du 11-Septembre fut la mise en ?uvre de plans pour la ??continuit? du gouvernement?? (COG pour ??Continuity of Government??), qui furent qualifi?s de plans pr?parant ??la suspension de la Constitution des ?tats-Unis?? durant les auditions d?Oliver North relatives ? l?Irangate en 1987. Ces plans de la COG, ?labor?s sur la base de planifications ant?rieures, ont ?t? soigneusement d?velopp?s depuis 1982 dans le cadre de ce que l?on appelle le Projet Jugement dernier (Doomsday Project) par une ?quipe secr?te nomm?e par Reagan. Celle-ci ?tait compos?e de personnalit?s publiques et ?galement priv?es, dont Donald Rumsfeld et Dick Cheney.

Je vais tenter de prouver que, dans cette perspective, le 11-Septembre ne fut que l?aboutissement d?une s?quence d??v?nements profonds remontant ? l?assassinat de Kennedy, voire plus loin encore, et que les germes du Projet Jugement dernier peuvent ?tre d?cel?s derri?re chacun d?eux.

Plus pr?cis?ment, je vais tenter de d?montrer, au sujet de ces ?v?nements profonds?:

1) que des comportements malveillants ? la CIA et dans d?autres agences similaires ont contribu? ? l?assassinat de Kennedy et au 11-Septembre?;

2) que les cons?quences de chaque ?v?nement profond inclurent un accroissement du pouvoir r?pressif autoritaire en faveur de ces agences, au d?triment du pouvoir d?mocratique persuasif?; [6]

3) qu?il existe des recoupements symptomatiques de personnel entre les auteurs de ces diff?rents ?v?nements profonds?;

4) que l?on observe dans chacun de ces ?v?nements l?implication d??l?ments li?s au trafic de drogue international ? ce qui sugg?re que notre ??plouto-nomie?? actuelle soit aussi, dans une certaine mesure, une ??narco-nomie???;

5) que derri?re chaque ?v?nement, on peut observer le Projet Jugement dernier (qui joue un r?le de plus en plus important au fil des ann?es), c?est-?-dire la structure alternative de planification d?urgence ayant ses propres r?seaux de communication, op?rant comme un r?seau de l?ombre en dehors des canaux gouvernementaux r?guliers.

Les comportements bureaucratiques malveillants comme facteur contribuant ? l?assassinat de JFK ainsi qu?au 11-Septembre L?assassinat de JFK autant que le 11-Septembre furent facilit?s par la mani?re avec laquelle la CIA et le FBI manipul?rent leurs dossiers sur les auteurs pr?sum?s de chaque ?v?nement (Lee Harvey Oswald dans ce que j?appellerai l?affaire JFK, et les pirates de l?air pr?sum?s Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi dans le 11-Septembre). La d?cision prise le 9 octobre 1963 par Marvin Gheesling, un agent du FBI, d?effacer Oswald de la liste de surveillance du FBI fait partie de cette facilitation. Cette d?cision fut mise en ?uvre peu apr?s l?arrestation d?Oswald ? la Nouvelle-Orl?ans en ao?t 1963 et son voyage pr?sum? au Mexique en septembre. De toute ?vidence, ces ?v?nements auraient normalement d? faire d?Oswald un candidat pour une surveillance renforc?e. [7]

Ce comportement malveillant constitue un paradigme si on l?associe avec les agissements d?autres agences, en particulier ceux de la CIA, dans l?affaire JFK et le 11-Septembre. En effet, le comportement de Gheesling va nettement dans le sens d?une coupable r?tention d?information de la part de la CIA, durant ce m?me mois d?octobre [1963] ? information dissimul?e au FBI, et selon laquelle Oswald aurait rencontr? ? Mexico Valeriy Kostikov, un agent pr?sum? du KGB. [8] Cette dissimulation contribua ?galement ? assurer qu?Oswald ne serait pas surveill?. En effet, dans ses m?moires, l?ancien directeur du FBI Clarence Kelley se plaignit que la r?tention d?informations de la CIA f?t la principale raison expliquant pourquoi Oswald n??tait pas sous surveillance le 22 novembre 1963. [9] La provocation des Renseignements militaires en 1963 fut encore plus alarmante. En effet, l?une de ses unit?s ne se contenta pas seulement de retenir des informations sur Lee Harvey Oswald, mais elle fabriqua aussi de faux renseignements qui semblaient destin?s ? provoquer une riposte [militaire] contre Cuba. Je qualifie de telles provocations de r?cits primaires, en l?occurrence des tentatives de d?peindre Oswald comme un comploteur communiste (au contraire des r?cits secondaires ult?rieurs, ?galement faux, le d?crivant comme un loup solitaire r?volt?). Un c?ble du commandement de la IVe Arm?e, situ? au Texas, peut ?tre consid?r? comme un exemple frappant de r?cit primaire. Il fait ?tat d?une information donn?e par un policier de Dallas, qui appartenait aussi ? une unit? de r?serve des Renseignements militaires?:

??Le premier assistant Don Stringfellow, section des Renseignements, D?partement de la Police de Dallas, a notifi? le 112e Groupe INTC [des renseignements], [rattach? ?] ce quartier g?n?ral, que les informations obtenues d?Oswald ont r?v?l? sa d?fection pour Cuba en 1959 et sa qualit? de membre du Parti communiste, dont il poss?de une carte.?? [10]

Le 22 novembre [1963, jour de l?assassinat de JFK], ce c?ble fut envoy? directement au Commandement US des Frappes militaires ? Fort MacDill en Floride, la base pr?te ? lancer une ?ventuelle attaque de repr?sailles contre Cuba. [11]

Ce c?ble ne repr?sentait pas une aberration isol?e. En effet, il ?tait appuy? par d?autres faux r?cits primaires venant de Dallas concernant le fusil qu?aurait utilis? Oswald. Ces faux r?cits se basaient en particulier sur une s?rie de traductions erron?es du t?moignage de Marina Oswald. Ces falsifications visaient ? sugg?rer que le fusil d?Oswald ? Dallas ?tait une arme qu?il s??tait procur?e en Russie. [12]

Ces derniers rapports falsifi?s concernant Marina Oswald, apparemment sans lien avec les pr?c?dents, peuvent n?anmoins nous ramener ? la 488e unit? de r?serve des Renseignements militaires ? laquelle appartenait Don Stringfellow. [13] Ilya Mamantov, l?interpr?te qui fournit initialement la fausse traduction des t?moignages de Marina Oswald, fut choisi par Jack Crichton, un magnat du p?trole de Dallas, et par George Lumpkin, le directeur adjoint de la police de cette m?me ville. [14] Crichton et Lumpkin ?taient [respectivement] le chef et le premier adjoint de la 488e unit? de r?serve des Renseignements militaires. [15] Dans la communaut? des p?troliers de Dallas, Crichton ?tait aussi un sympathisant d?extr?me droite?: administrateur de la Fondation H.L. Hunt, il fut ?galement membre du Comit? am?ricain d?aide aux combattants de la libert? du Katanga (American Friends of the Katanga Freedom Fighters), une organisation d?opposition aux politiques de Kennedy au Congo.

Nous devons garder ? l?esprit que certains membres du Comit? des chefs d??tats-majors interarm?es [JCS pour Joint Chiefs of Staff] ?taient extr?mement irrit?s par le fait que la crise des missiles de 1962 n?avait pas conduit ? une invasion de Cuba. Par ailleurs, en mai 1963, sous la direction de son nouveau chef Maxwell Taylor, le JCS ?tait encore persuad? ??qu?une intervention militaire des ?tats-Unis ? Cuba [serait] n?cessaire??. [16] Nous ?tions six mois apr?s que Kennedy e?t donn? des garanties explicites ? Khrouchtchev afin de r?soudre la crise des missiles en octobre 1962, lui assurant que les ?tats-Unis n?envahiraient pas Cuba ? bien que ces garanties fussent soumises ? d?importantes conditions. [17] Ces initiatives pr?sidentielles n?emp?cheront pas le J-5 du Comit? des chefs d??tats-majors interarm?es (la Direction des planifications et des politiques du JCS) d??laborer une liste de ??provocations fabriqu?es pour justifier une intervention militaire??. [18] (L?un des exemples de ??provocations fabriqu?es?? envisageait d???utiliser des avions de type MiG pilot?s par des aviateurs US pour [?] attaquer des navires commerciaux ou l?arm?e des ?tats-Unis??.) [19]

Les tromperies sur Oswald qui ?manaient de Dallas furent lanc?es imm?diatement apr?s l?assassinat [de JFK]?; de ce fait, elles ne suffisent pas ? ?tablir que l?assassinat ait constitu? un complot impliquant la tromperie et la provocation. En revanche, elles en disent long sur l??tat d?esprit anticastriste qui pr?valait au sein de la 488e unit? de r?serve des Renseignements militaires ? Dallas?; et elles nous confirment que cet ?tat d?esprit ?tait remarquablement similaire ? celui du J-5 au mois de mai 1963 ? c?est ? dire l??tat d?esprit qui produisit une liste de ??provocations fabriqu?es?? pour attaquer Cuba. (Selon Crichton, ??[la 488e unit? de r?serve] comptait une bonne centaine d?hommes, dont environ 40 ? 50 ?taient originaires du D?partement de la Police de Dallas.??) [20]

Ces comportements malveillants au sein des bureaucraties de la CIA, du FBI et de l?arm?e ? les trois agences avec lesquelles Kennedy avait eu de s?rieux d?saccords durant sa pr?sidence tronqu?e [21] ? peuvent difficilement s?expliquer par le seul hasard. Dans cet article, j??tablirai ult?rieurement un lien entre le p?trolier de Dallas Jack Crichton et la planification de crise de 1963, qui devint le Projet Jugement dernier.

Le m?me type de comportements malveillants au sein de la bureaucratie autour du 11-Septembre En 2000 et 2001, avant le 11-Septembre, la CIA s?est de nouveau abstenue de divulguer des preuves accablantes au FBI ? des informations qui, si elles avaient ?t? partag?es, auraient conduit le FBI ? surveiller Khaled al-Mihdhar et Nawaz al-Hazmi, deux des pirates de l?air pr?sum?s. Cette importante r?tention d?informations a amen? un agent du FBI ? pr?dire avec exactitude, en ao?t 2001, qu???un jour, des gens perdront la vie??. [22] Suite au 11-Septembre, un autre agent du FBI d?clara au sujet de l?Agence?: ??Ils [la CIA] ne voulaient pas que le Bureau se m?le de leurs affaires ? c?est pourquoi ils ne dirent rien au FBI. [?] Et c?est pourquoi le 11-Septembre eut lieu. C?est pourquoi cet ?v?nement s?est d?roul?. [?] Ils ont du sang sur les mains. Ils sont responsables de la mort de 3 000 personnes.?? [23] Dans cette affaire, la r?tention d?informations cruciales avant le 11-Septembre ? que l?Agence se devait de transmettre au FBI en vertu de ses propres r?gles ? ?tait comparable aux dissimulations de la NSA. [24]

En d?autres termes, sans ces r?tentions de preuves, ni l?assassinat de Kennedy ni le 11-Septembre n?auraient pu se d?rouler ainsi. Comme je l?ai ?crit dans mon livre American War Machine, il semblerait qu?? un moment donn?,

??Oswald, et plus tard Al-Mihdhar, avaient ?t? pr?s?lectionn?s comme sujets d?sign?s pour une op?ration. L?objectif initial n?aurait pas forc?ment ?t? celui de commettre un crime contre les ?tats-Unis. Au contraire, des d?marches furent probablement entreprises afin de pr?parer Oswald en lien avec une op?ration contre Cuba et al-Mihdhar pour une op?ration contre Al-Qa?da [comme je le suspecte]. Mais ? mesure que les mythes [exploitables] commen?aient ? s?accumuler autour de ces deux personnages, il devenait possible pour des individus mal intentionn?s de subvertir l?op?ration autoris?e en un plan meurtrier qui aurait ensuite ?t? dissimul?. ? ce stade, Oswald (et par analogie al-Mihdhar) n??tait plus un simple sujet d?sign?, mais ?galement un coupable d?sign?.?? [25]

Kevin Fenton, dans son ouvrage tr?s complet intitul? Disconnecting the Dots [??Semer le trouble??], en est arriv? ? la m?me conclusion au sujet du 11-Septembre, ? savoir qu???? partir de l??t? 2001, l?objectif de la r?tention d?informations ?tait dor?navant de permettre le d?roulement des attaques??. [26] Il a ?galement identifi? le principal responsable de ce comportement administratif malveillant?: l?officier de la CIA Richard Blee, directeur de l?Unit? ben Laden de l?Agence. Alors que Clinton ?tait encore Pr?sident, Blee avait fait partie d?une faction de la CIA qui militait activement pour une implication plus belliciste de l?Agence en Afghanistan, en conjonction avec l?Alliance du Nord afghane. [27] Ces projets se r?alis?rent imm?diatement apr?s le 11-Septembre, et Blee lui-m?me fut promu chef de station [de la CIA] ? Kaboul. [28]

Comment la r?tention de preuves par la CIA et la NSA lors du deuxi?me incident du golfe du Tonkin a contribu? ? d?clencher la guerre avec le Nord-Vietnam Je vous ?pargnerai les d?tails de cette r?tention d?informations, qui est expliqu?e dans mon livre American War Machine, (? para?tre en fran?ais, en ao?t 2012). N?anmoins, l?incident du golfe du Tonkin est comparable ? l?assassinat de Kennedy ainsi qu?au 11-Septembre, car cette manipulation de preuves a contribu? ? diriger les ?tats-Unis vers la guerre (tr?s rapidement, dans le cas pr?sent).

Aujourd?hui, des historiens comme Fredrik Logevall sont d?accord avec l??valuation du sous-secr?taire d??tat George Ball, selon laquelle la mission des contre-torpilleurs US dans le golfe du Tonkin ? qui d?clencha les incidents du m?me nom ? ??relevait principalement de la provocation??. [29] La planification de cette mission provocatrice venait du J-5 du Comit? des chefs d??tats-majors interarm?es [JCS], la m?me ?quipe qui avait avanc? en 1963, concernant Cuba, que ??la fabrication d?une s?rie de provocations visant ? justifier une intervention militaire [?tait] r?alisable??. [30]

La dissimulation de la v?rit? par la NSA et la CIA le 4 ao?t 1964 se produisit dans un contexte marqu? par une d?termination av?r?e (mais controvers?e), aux plus hauts niveaux de l??tat, d?attaquer le Nord-Vietnam. ? cet ?gard, l?incident du golfe du Tonkin est remarquablement similaire ? la dissimulation de la v?rit? par la CIA et la NSA qui conduisit directement au 11-Septembre, alors qu?existait de nouveau une d?termination gouvernementale pour partir en guerre (m?me si elle ?tait aussi controvers?e).

Peter Dale Scott

A suivre

Traduction Maxime Chaix Sven Martin

[1] Tim Weiner, ??The Pentagon?s Secret Stash??, Mother Jones Magazine, mars/avril 1992, p.26.

[2] J.A. Myerson ??War is a Force That Pays the 1 Percent?: Occupying American Policy?? Truthout, 14 novembre 2011. Cf. Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau D?sordre Mondial?: 50 ans d?ambitions secr?tes des ?tats-Unis (?ditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.33, etc.

[3] Scott, Ibidem, p.53, pp.60-62, pp.144-46.

[4] Scott, Ibidem, p.53, pp.143-44.

[5] Scott, Ibidem, pp.51-52, pp.87-90?; Kristol, cit? dans Lewis H. Lapham, ??Tentacles of Rage?: The Republican Propaganda Mill, a Brief History?? Harper?s Magazine, septembre 2004, p.36.

[6] Voir par exemple Peter Dale Scott, American War Machine, pp.204-05.

[7] Peter Dale Scott, The War Conspiracy, p.354.

[8] Peter Dale Scott, Deep Politics II, pp.30-33?; Scott, The War Conspiracy, p.387?; Scott, American War Machine, p.152.

[9] Clarence M.?Kelley, Kelley?: The Story of an FBI Director (Andrews, McMeel, and Parker, Kansas City, MO, 1987), p.268, cit? dans Scott, The War Conspiracy (2008), p.389.

[10] Scott, Deep Politics, p.275?; Scott, Deep Politics II, p.80n129?; Conf?rence des critiques de la HSCA du 17 septembre 1977, p.181. Stringfellow travailla pour Jack Revill au sein de la brigade des m?urs du Bureau des services sp?ciaux du DPD. A ce titre, il rendait r?guli?rement des rapports au FBI sur des proches associ?s de [l?assassin de Lee Harvey Oswald] Jack Ruby. Parmi ces associ?s figurait James Herbert Dolan, un ??gros bras et voyou connu [des services de police]??, qui ?tait fich? sur la liste du FBI r?pertoriant les principaux criminels de Dallas (Robert M.?Barrett, rapport du FBI du 2 f?vrier 1963, NARA#124-90038-10026, p.12 [Stringfellow]?; cf. NARA#124-10212-10012, p.4 [voyou], NARA#124-10195-10305, p.9 [principaux criminels]). Cf. 14 WH pp.601-02 [Ruby & Dolan]. Robert Barrett, qui recevait les rapports de Stringfellow au FBI, surveillait ?troitement Dolan, l?ami de Ruby?; il participa ?galement ? l?arrestation d?Oswald au cin?ma Texas Theater, et avan?a avoir vu Westbrook, un officier du DPD, avec le portefeuille d?Oswald sur le site du meurtre [du policier de Dallas] J.D. Tippit (Dale K. Myers, With Malice?: Lee Harvey Oswald and the Murder of Officer J.D. Tippit [Oak Cliff Press, Milford, MI, 1998], pp.287-90).

[11] Ce c?ble fut envoy? pour information ? Washington, qui le re?ut trois jours plus tard (Scott, Deep Politics, p.275?; Scott, Deep Politics II, p.80n129?; Scott, War Conspiracy, p.382).

[12] Pi?ce ? conviction N?1778 de la Commission Warren, 23 WH p.383. (Les v?ritables termes employ?s par Marina, avant la fausse traduction, ?taient relativement anodins?: ??Je ne peux pas d?crire [l?arme] car pour moi, un fusil ressemble ? tous les autres?? (Pi?ce ? conviction N?1778 de la Commission Warren, 23 WH p.383?; analys? dans Scott, Deep Politics, pp.168-72).

[13] Stringfellow lui-m?me ?tait la source d?un autre faux renseignement le 22 novembre 1963, selon lequel Oswald avait avou? les meurtres du Pr?sident et de l?officier Tippit (Dossier du FBI ? Dallas DL 89-43-2381C?; Paul L. Hoch, ??The Final Investigation?? The HSCA and Army Intelligence?? The Third Decade, 1, 5 [juillet 1985], p.3).

[14] 9 WH p.106?; Scott, Deep Politics, pp.275-76?; Russ Baker, Family of Secrets, pp.119-22.

[15] Rodney P. Carlisle et Dominic J. Monetta, Brandy?: Our Man in Acapulco (University of North Texas Press, Denton, TX, 1999), p.128.

[16] Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es (JCS), ??Courses of Action Related to Cuba (Case II)??, Rapport du J-5 au Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12. Cf. pp.15-16?: ??Les ?tats-Unis devraient intervenir ? Cuba et pourraient (a) fabriquer des incidents provocateurs ostensiblement perp?tr?s par le r?gime de Castro pour servir de pr?texte ? l?invasion [?]??.

[17] Robert Dallek, An Unfinished Life, p.568?; James A. Nathan, The Cuban missile crisis revisited, p.283?; Waldron et Hartmann, Legacy of Secrecy, p.9.

[18] Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es (JCS), ??Courses of Action Related to Cuba (Case II)??, Rapport du J-5 au Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12.

[19] Ibidem, p.20. Je ne vois rien dans ce document indiquant qu?il devait ?tre notifi? au Pr?sident que ces ??provocations fabriqu?es?? ?taient fausses. Au contraire, le rapport appelait ? la ??compartimentation des participants?? pour s?assurer que les v?ritables faits n?auraient jamais fait surface (??Courses of Action Related to Cuba (Case II)??, NARA #202-10002-10018, p.19).

[20] Cit? dans Baker, Family of Secrets, p.122. L?un d?entre eux, le d?tective du DPD John Adamcik, ?tait membre de l??quipe qui r?cup?ra un drap suppos? avoir contenu le fusil d?Oswald?; et que la Commission Warren utilisa pour lier Oswald au c?l?bre Mannlicher Carcano. Plus tard, Adamcik ?tait pr?sent ? l?interrogatoire de Marina [Oswald] men? par Mamantov au sujet du fusil, et il corrobora le compte-rendu de ce dernier ? la Commission Warren. Il existe des raisons de croire que la traduction du t?moignage de Marina par Mamantov f?t inexacte (Scott, Deep Politics, pp.268-70, p.276).

[21] Voir James Douglass, JFK and the Unspeakable (Orbis Books, Maryknoll, NY, 2008).

[22] 9/11 Commission Report (disponible en fran?ais sous le titre 11-Septembre, Rapport final de la Commission d?enqu?te sur les attaques terroristes contre les ?tats-Unis, [?quateurs, Paris, 2004]), p.259, p.271?; Lawrence Wright, The Looming Tower?: Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York, 2006), pp.352-54 (l?agent du FBI).

[23] James Bamford, A Pretext for War?: 9/11, Iraq, and the Abuse of America?s Intelligence Agencies (Doubleday, New York, 2004), p.224. Pour un compte-rendu plus complet sur la r?tention d?informations de la CIA avant le 11-Septembre, voir Kevin Fenton, Disconnecting the Dots?; Rory O?Connor et Ray Nowosielski, ??Insiders Voice Doubts about CIA?s 9/11 Story??, Salon, 14 octobre 2011.

[24] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.7-12, pp.142-47, etc.

[25] Scott, American War Machine, p.203.

[26] Fenton, Disconnecting the Dots, p.371, cf. p.95. D?une mani?re assez diff?rente, Richard Clarke, coordinateur national du contre-terrorisme ? la Maison Blanche durant le 11-Septembre, a avanc? qu???il y avait eu une d?cision au sommet de la CIA ordonnant les [agents concern?s] de ne pas partager les informations?? (Rory O?Connor et Ray Nowosielski, ??Insiders Voice Doubts about CIA?s 9/11 Story??, Salon, 14 octobre 2011). Voir ici la traduction en fran?ais?: ??La r?action des initi?s et leurs doutes ? propos de la version de la CIA concernant le 11-Septembre.??

[27] Coll, p.467-69.

[28] Fenton, Disconnecting the Dots, pp.107-08.

[29] James Bamford, Body of Secrets, p.201. Cf. Fredrik Logevall, Choosing War?: The Lost Chance for Peace and the Escalation of War in Vietnam (University of California Press, Berkeley, 1999), p.200, citant John Prados, The Hidden History of the Vietnam War (Ivan R. Dee, Chicago, 1995), p.51.

[30] Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es (JCS), ??Courses of Action Related to Cuba (Case II)??, Rapport du J-5 au Comit? des chefs d??tats-majors Interarm?es, 1er mai 1963, JCS 2304/189, NARA #202-10002-10018, consultable ici [ou ici, pp.177-190].

Article original en anglais :

The Doomsday Project and Deep Events: JFK, Watergate, Iran-Contra, and 9/11, publi? le 22 novembre 2011.

Traduction Maxime Chaix

Version fran?aise publi? initialement par le R?seau Voltaire le?4 janvier 2012.

Peter Dale Scott est docteur en sciences politiques, professeur ?m?rite de Litt?rature anglaise ? l?Universit? de Californie (Berkeley) et ancien diplomate canadien. The Road to 9/11 est son premier livre traduit en fran?ais, publi? ? l?automne 2010 par les ?ditions Demi-Lune sous le titre?La route vers le nouvel ordre mondial. Cet ouvrage a fait l?objet d?une recension ?logieuse de la part du g?n?ral d?arm?e a?rienne Bernard Norlain dans la prestigieuse revue D?fense Nationale de mars 2011.

 

Peter Dale Scott est un collaborateur r?gulier de Mondialisation.ca. ?Articles de Peter Dale Scott publi?s par Mondialisation.ca

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