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Le petit monde de Donald (13) : la démocratie mise à mal

Trump, on l’a vu, n’est qu’un magouilleur de bas étage, dont la fameuse tour de New-York en béton a été bâtie par la mafia, et qui devenu accidentellement président. Depuis toujours, il ne s’entoure que de gens à son image, ou de ceux qui supportent tous les jours d’être rabroués par ce personnage odieux et prêt à trahir le premier venu ou ne jamais reconnaître ses propre fautes. Celui qui lui a permis d’accéder au titre suprême l’a fait aussi par pari, celui de miser toute une campagne électorale sur les réseaux sociaux et de ne faire de grands meetings que dans les états-clés, dans une élection inédite et new-style pour ce vieux monsieur de plus de 70 balais, à la mémoire déjà chancelante, séduit par la proposition innovante. En réalité, Trump lui-même ne se voyait pas gagner et encore moins… Melania.

Depuis, l’heureux élu (pas Trump, celui qui l’a fait élire) coule des jours heureux à l’ombre des tas de billets verts qu’il a reçu en échange… oh, pas par Donald, resté bien trop Picsou dans l’âme. Non, l’homme a suivi son modèle à la lettre et a tranquillement pillé les fonds du Parti Républicain, sous les yeux des sénateurs aveugles ou consentants, pris au col par une victoire qui les arrangeait à défaut de les satisfaire complètement : aujourd’hui, ils sont tous devenus les otages de Donald. Paris valait bien une messe, dit-on, pensez-donc pour Washington !!!

L’homme en cause s’appelle Brad Parscale, est un plus grand en taille que Donald (il fait plus de 2 mètres, pour 1,87m pour Trump) et arbore une barbe de viking bien distinctive. Avant Trump il n’était pas grand chose à vrai dire: né il y a 44 ans dans une famille (riche) de Topeka, Kansas, il avait rejoint en 1999 son père, Dwight à la tête en Californie d’une société informatisé appelée Electric Image. Elle n’a duré que trois et ans et a déclaré faillite, en laissant les employés sur le carreau et en prenant soin de détruire des documents comptables. Le plus grand créancier d’Electric Images étaient le département des impôts de l’Etat fédéral, restés impayés alors que les taxes sur l’emploi dues à l’agence fédérale avaient pourtant bien été retenues sur les fiches de salaire des employés ! Selon une enquête, le père avait puisé personnellement 46 500 dollars dans les comptes de la société, de l’argent qui devait être utilisé pour régler au départ les dettes, payer les salaires et qui a permis en réalité à la famille et déménager à San Antonio. Le fils avait touché 6 200 dollars, sa mère avait  reçu 4 800 et Dwight s’était palpé 33 000 dollars. Après ça, Brad ne fera rien pendant plusieurs années avant de fonder en 2005 une société de web médias appelée Parscale Media. Ce n’est pas un grand spécialiste du genre et sa société vivote jusqu’en 2010 où il se charge de la campagne politique d’une juge appelée Karen Crouch, mais aussi de celle de »My America Again! », sorte de Tea Party local d’extrême droite, ou encore met en place un magasin de vente en ligne pour Dury’s Gun Shop, à San Antonio, qui comme son nom l’indique, vend des armes (ici à gauche).. En 2011, il est rejoint par Jill Giles, designer graphique et architecture (et plutôt démocrate, ici à droite leurs beaux locaux) qui étoffe le catalogue de clients. Parmi les nouveaux, un contact de la Trump Organisation, à qui Brad va proposer un tarif très bas (1500 dollars seulement !), ayant compris comment fonctionne l’équipe : au moins-disant, façon Donald. Son compère lui fera la remarque : « je pense qu’il manque un zéro, et je ne sais si tu es juste stupide ou si tu ne sais pas ce que tu fais » lui avait-il dit. Giles, qui aura tort sur le long terme, car la Trump Organisation, pleinement satisfaite du premier jet, avait ensuite passé avec régularité d’autres commandes pour les Trump Wineries; la Eric Trump Foundation; le Caviar Complexe, (les produits de beauté  de Melania Trump au nom risible) !! « En février 2015, pour quinze cents dollars, Parscale a construit DonaldJTrump.com, une page d’accueil vide pour le comité exploratoire présidentiel de Trump. Quatre mois plus tard, lorsque Trump a annoncé sa candidature, Parscale, facturant cette fois dix mille dollars, l’a mis à jour et développé pour en faire un site de campagne à part entière. » Jolie culbute ! A partir de là, en cas de victoire, il pouvait espérer devenir le roi du pétrole.  S’il est plutôt moyen dans sa branche d’origine, c’est un fervent partisan de l’usage de Facebook, apparu en 2006. A droite ce qu’on trouve aujourd’hui sur le serveur de Trump : un livre de coloriage pour enfants à 20 dollars avec un Donald en Superman d’un ridicule achevé.

Changement d’époque

Pour Brad, l’outil Internet est en effet révolutionnaire en politique : « nous sommes maintenant à l’ère du microtargeting, qui a commencé, sans doute, en 2012 – l’année de l’introduction en bourse de Facebook, alors la plus importante de l’histoire de la Silicon Valley – et se poursuivra, indiscutablement, bien après 2020. Il ne suffit plus de faire fonctionner une seule radio annonce à Scranton et une autre à Pittsburgh. Ces jours-ci, les campagnes peuvent sculpter l’électorat en segments effroyablement minces: les mamans Gold Star (American Gold Star Mothers,) près des bases militaires, les veufs qui jouent au paintball dans le Florida Panhandle, récupérant les toxicomanes dans la péninsule supérieure du Michigan. Et, pour quiconque souhaite atteindre un public spécifique avec un message exploitable, il n’y a jamais eu de plateforme aussi puissante que Facebook. Quel que soit le nombre de mauvais cycles de presse ou de boycotts localisés que l’entreprise subit, le nombre d’utilisateurs ne cesse d’augmenter; en moyenne, ces utilisateurs vieillissent, ce qui est probablement à l’avantage de Trump » (c’est moins vrai maintenant avec la campagne de retrait). «J’ai compris très tôt que Facebook était la façon dont Donald Trump allait gagner», a déclaré Parscale, en octobre 2017, dans «60 minutes». « Facebook était la méthode – c’était l’autoroute sur laquelle sa voiture roulait. » Tout cela a eu un prix pour Donald : « entre juin et novembre 2016, la firme de Parscale a reçu 94 millions de dollars, dont la majeure partie a été consacrée à la publicité numérique. Certaines de ces publicités étaient des thèmes standards concernant la sécurité nationale ou la dette; d’autres ont été conçues pour aider la mensonge et le nativisme de Trump à devenir viraux sur les médias sociaux, où les mensonges et les Memes fracturés sont susceptibles d’être amplifiés de manière disproportionnée ».

En choisissant de mettre tout le paquet sur ce média, il prenait un pari risqué mais qui a sacrément bien marché. Il faut dire qu’il y a vite perçu aussi un endroit où le contrôle du contenu était inexistant, bravo Marc Zuckerberg, et où on pouvait en un clic insulter à distance des milliers d’opposants sans avoir à recruter une fastidieuse équipe de téléphonistes comme l’avait si bien fait Karl Rove pour faire élire G.W.Bush. Efficace et bien plus économique ! Sa méthode ? Convaincre en premier Donald, en faisant vibrer chez lui le discours complotiste, comme quoi tout ce que l’on disait alors était faux  : c’est le type de personne qui fout la merde », explique A. J. Delgado, qui a travaillé avec lui. Peut-être tout aussi important, il avait surtout le talent de s’intéresser à la famille Trump. « Il était probablement meilleur à gérer », m’a dit Kurt Luidhardt, consultant pour la campagne. Il a veillé à partager le mérite de son travail avec le gendre du candidat, Jared Kushner, et il a excellé à utiliser l’ignorance numérique de Trump pour le flatter. « Parscale venait et disait à Trump qu’il n’avait pas besoin d’écouter les sondages, car il a analysé ses données et ils allaient gagner de six points », m’a dit un ancien membre du personnel de campagne. « Je me disais: » Allez, mec, ne raconte pas de conneries.  » Mais Trump semblait y croire. »

Génération selfie

La firme de Zuckerberg effectivement non seulement ne contrôlait rien, mais elle ne gardait rien en archive non plus (là encore par économie, mais pour Facebook bien sûr !). « Facebook n’a pas conservé d’archives de ses annonces politiques avant 2018, de sorte que certains des efforts les plus louches de la campagne de 2016 pourraient être perdus pour l’histoire. (ici la première, anti-immigration essentiellement; chez Politico la campagne sera jugée « bizarre ». Elle est surtout… inquiétante : on y montre le visage d’un « ennemi du peuple » présenté comme « corrompu » : George Soros, ici à droite, extrait du clip, sans en citer le nom : c’est du conspirationnisme antisémite, d’emblée).. « Mais nous savons que Trump a tweeté une image, initialement diffusée sur des babillards (sites) antisémites, du visage d’Hillary Clinton, d’une étoile juive et d’une pile de billets; que l’un des membres du personnel de Parscale a fait une annonce mettant en vedette l’audio d’Hillary Clinton se référant aux Afro-Américains comme des «superprédateurs» (l’intention était de cibler cette annonce aux utilisateurs noirs de Facebook dans les Swing-States, ceux qui peuvent basculer); et que Defeat Crooked Hillary, une page Facebook financée par un super pac pro-Trump (Mercer), a diffusé plusieurs vidéos conspiratrices, dont une insinuant que Clinton prenait des drogues illicites et une autre alléguant qu’elle avait des liens non divulgués avec Vladimir Poutine ». Un nouveau style de campagne, hargneux, agressif, vindicatif, revanchard, de mauvais goût, visant sous la ceinture : en fait tout ce que faisait auparavant Karl Rove au téléphone !!! Et tout ce qu’aimait faire Donald !!! Pour y arriver à convaincre un Trump resté plutôt vieille école, Brad a mis un pion important dans sa poche : Jared Kushner, le beau fils de confiance et lui aussi complètement accroc au téléphone et à Facebook, comme sa femme d’ailleurs, Ivanka Trump, reine de la pose selfie ! Snapchat, Instagram ou le streaming sur YouTube sont explorés et utilisés par l’équipe mais la cible principale demeure Facebook. Comme Pascarle reste à Austin au Texas  et Trump muré dans sa Trump Tower, le projet est baptisé… Alamo !

Comment battre « Hillary la malhonnête » 

Un nouveau style fait de coups bas en effet (1) . Les images publiées par Channel 4, Alex Tayler, directeur des données de Cambridge Analytica, décrivent comment la société avait aidé Trump à remporter la victoire en 2016. Elles ont été prises en caméra cachée, car ce dernier n’aurait jamais dévoilé ça autrement (par contrat, même on le suppose ça lui était interdit). Le propos enregistré est édifiant. « Quand vous pensez au fait que Donald Trump a perdu le vote populaire par 3 millions de votes mais a remporté le vote du collège électoral, c’est à cause des données et de la recherche », avait alors avoué Tayler. « Nous avons fait nos rassemblements aux bons endroits, nous avons déplacé plus de personnes dans ces États clés du « swing », le jour du scrutin. C’est ainsi que nous avons gagné les élections. »  Le directeur général de la division politique de Cambridge Analytica, Mark Turnbull, qui était également à la réunion, a noté que M. Trump n’avait gagné que par 400 00 voix dans trois États. « Les marges étaient minimes », a déclaré M. Turnbull. Lors de la réunion, Turnbull a déclaré que « Cambridge Analytica avait poussé sa campagne « Defeat Crooked Hillary » sur des millions d’utilisateurs de médias sociaux ». A l’époque,  le « Defeat Crooked Hillary PAC » (un comité d’action politique limté à 5000 dollars par personne) avait à sa tête David Bossie, ex Citizens United, habitué des plateaux TV de Fox, devenu peu de temps après « Trump’s deputy campaign manager » (on va le retrouver un peu plus loin). Les fonds provenaient du multi-milliardaire Robert Mercer, celui qui insistera le plus sur la santé d’Hillary dans toutes ses déclarations, via son âme damnée entretenue, Steve Bannon, stipendié par les fonds offshores de Mercer (aux Bermudes). La formule et le graphisme utilisés étaient ultra-simples : on montrait des menottes et en meeting on faisait crier  » jetez-là en prison ». Des slogans courts, comme des invectives de catcheurs !  Les« OO »de« Crooked »étaient une paire de menottes et tout était question de prison… elle devait être derrière les barreaux», a déclaré M. Turnbull. M. Turnbull a déclaré que la campagne avait été poussée par des organisations mandataires telles que des organisations caritatives et des groupes activistes. « Nous venons de mettre des informations dans le flux de circulation [d’Internet] et ensuite … on les a regardés grandir », a-t-il déclaré. « Donnez-leur un petit coup de pouce de temps en temps au fil du temps, pour les regarder prendre forme. Ce truc s’infiltre dans la communauté en ligne et se développe, mais sans marque, il est donc inattribuable, impossible à suivre. »
Coût de l’opération pour la Trump Team : plus de six millions de dollars versés à Cambridge Analytica !. Turnbull oublie de préciser au passage que les « groupes d’activistes » étaient tous d’extrême droite appelés là-bas « conservateurs » !!!

Et l’équipe Trump, qui a vite vu par des sondages que la mayonnaise prenait plutôt bien, a augmenté le nombre de parutions Facebook et les publicités sur le net pour battre à plate de couture l’équipe d’Hillary restée scotchée sur un bon vieux fonctionnement à l’ancienne : au final ça atteindra 5,9 millions de publicités sur Facebook, contre 66 000  à peine pour Hillary ! Pour Andrew Bosworth, l’un des vice-présidents de Facebook, rien de répréhensible selon lui : or c’est oublier la veulerie, le racisme et l’anti islamisme flagrant de certaines publicités comme ici la première à gauche, et leur matraquage systématique !! Pour lui, « la meilleure campagne de publicité sur internet que j’ai jamais vue. »  Drôle de notion de démocratie chez cet individu !

Le dédain affiché pour le consommateur, credo de Facebook

En avril 2018, on le retrouvait ce Bosworth, ancien de Microsoft (ceci explique cela), mais nettement moins à l’aise cette fois :  « tout serait parti d’un mémo interne intitulé « « The Ugly » qui a récemment été rendu public. Celui-ci a été rédigé en 2016 par Andrew Bosworth, un cadre dirigeant travaillant chez Facebook depuis 2006, peu de temps après qu’un homme avait été assassiné à Chicago pendant qu’il diffusait une vidéo en direct sur Facebook. Actuellement vice-président responsable des projets de réalité virtuelle et de réalité augmentée, Bosworth a précédemment occupé le poste de vice-président de la division publicité du groupe. Dans son mémo, Bosworth a évoqué la « cruelle vérité » derrière le fonctionnement de Facebook et tenté d’expliquer pourquoi la croissance du groupe devait rester la préoccupation première de ses employés même si le produit qu’ils développent peut s’avérer dangereux pour le consommateur finalement. Bosworth estimait que, sans une stratégie basée sur la croissance à tout prix, Facebook n’aurait pas pu devenir l’entreprise leader des réseaux sociaux qu’elle est aujourd’hui, et ce, malgré ses « excellents produits » :« La cruelle vérité, c’est que nous croyons en l’importance de connecter les gens si profondément que tout ce qui nous permet de connecter des gens plus souvent est de facto bon […] Nous ne le faisons pas pour nous-mêmes ou pour le cours de notre action. C’est juste notre travail. Nous connectons les gens, un point c’est tout »… un évangélisme fort, fort fort douteux !!! Pour lui, la fin justifiait donc les moyens ! Laisser en ligne des assassinats en direct ne le gênait donc pas !!! Peu de temps après, la campagne #DeleteFacebook battra son plein… et Trump commencera sa série de rencontres discrètes avec Zuckerberg pour rectifier le tir, en train de s’incurver dans le mauvais sens pour lui !!! Le vent a tourné !

Renforcement de l’équipe : Fort Alamo recrute 

Le scénario est devenu progressivement pus élaboré dans l’équipe de Trump, pas douée au départ. « À l’été 2016, Parscale a embauché deux grandes sociétés de technologie publicitaire – Sprinklr (ici à gauhe), basée à New York, et Kenshoo, basée à Tel Aviv (une idée de Jared, ici à droite) !) – pour envoyer des sous-traitants travailler pour lui à San Antonio. Sprinklr a également assigné des employés distants, stationnés dans différents fuseaux horaires, à des chiffres précis à toute heure. En plus des données fournies par le RNC. et les fichiers électoraux traditionnels, la campagne Trump avait accès à un référentiel d’informations fourni par le Data Trust, une entreprise privée que Karl Rove et d’autres gros bonnets conservateurs avaient créé en 2011″ précise l’excellent New-Yorker. Karl Rove, le retour de « fleur de bouse » (« Turd Blossom », son surnom, l’autre étant « The Architect » ) ! Celui de tous les coups tordus, y compris les accusations fausses de pédophilie pour un candidat (noir) ayant adopté une petite orpheline vietnamienne (quel salopard en effet sur ce coup là!), une technique empruntée à son mentor Harvey LeRoy « Lee » Atwater, et celui qui a sombré dans ce qui sera reproché plus tard  à Hillary : des membres du personnel de la Maison Blanche, y compris Rove (que Trump déteste et réciproquement !), avaient en effet utilisé personnellement les serveurs de messagerie du Comité National Républicain, tels que gwb43.com et georgewbush.com, ou des comptes de messagerie personnels via leurs téléphones BlackBerry hackables, celui qui gérait ses comptes (Mike Connell) ayant fini ad patres dans un crash d’avion qui reste toujours aussi suspicieux !

Et tout cela en y ajoutant une sécurité supplémentaire pour ne pas se faire pincer : « Mark Turnbull a également expliqué aux journalistes de créer un compte ProtonMail sécurisé, qui supprimait les e-mails. « Personne ne sait que nous l’avons. Nous avons configuré nos e-mails ProtonMail avec une minuterie d’autodestruction … pour que dès que vous les envoyiez, et après qu’ils aient été lus, deux heures plus tard, ils disparaissaient », a déclaré M. Nix. « Il n’y a donc aucune preuve, aucune trace sur papier, il n’y a rien. » Du grand art, de forbans ! Au final, on s’était bien foutu de la démocratie !

Du sur mesure : la chasse aux « lookalikes »

Parscale, interrogé par la presse, a décrit un de ses usages préférés de Facebook : celui suit permet de multiplier les contacts comme des petits pains sans avoir à démarcher les gens de façon fastidieuse.« L‘un des outils de marketing Facebook préférés de Parscale s’appelait « Audiences similaires »(Lookalike Audiences) . « Ce que je veux dire, c’est pourquoi la plate-forme est géniale », a-t-il déclaré dans une interview à « Frontline », en 2018. L’outil fonctionne comme ceci: un annonceur télécharge une « liste personnalisée », une feuille de calcul Excel des personnes que l’annonceur veut cibler. Même si la feuille de calcul ne comprend que des bribes d’informations – une adresse e-mail ici, une publicité mobile I.D. là-bas – Facebook, avec ses accumulations sans précédent de données sur les consommateurs, peut généralement combler les lacunes. Les audiences similaires multiplient ensuite la puissance des listes personnalisées, en utilisant le logiciel propriétaire de Facebook pour reproduire le public cible. Si vous avez une liste personnalisée de trois cent mille personnes, explique Parscale à «Frontline», vous pouvez utiliser des audiences similaires pour trouver trois cent mille autres utilisateurs Facebook avec des attributs similaires à ceux du premier groupe. L’une des tâches les plus difficiles d’une campagne politique – distinguer les partisans probables de la masse indifférenciée de l’électorat américain – peut désormais être accomplie instantanément grâce à l’intelligence artificielle. Lorsque l’intervieweur de « Frontline » a demandé à quel point le public ressemblant était précis, Parscale l’a qualifié « d’assez étonnant »…La pêche au votant potentiel, un nouvel usage de Facebook !

Après avoir quitté la société de Jill Giles, Brad a vendu sa boîte 10 millions de dollars à  l’obscure CloudCommerce, qui s’est empressée d’acheter elle-même Data Propria une entreprise formé par des anciens de…. Cambridge Analytica, avec le suffisant Matt Oczkowski,  dont l’adresse de travail est la même que celle de Parscale. On a un peu vite oublié que Oczkowki avait aussi été le conseiller de l’ultra-réac gouverneur du Wisconsin Scott Walker : souvenez-vous celui qui a pondu une loi en 2017 autorisant les gamins de 10 ans d’aller à la chasse, sous la pression de la NRA !!! Cloud Commerce, elle, a déposé son bilan (elle avait dépensé en une année 19 millions pour 107 000 dollars de revenus !), son patron Andrew Van Noy, ici à gauche, étant poursuivi pour fraude, comme d’ailleurs pour sa précédente entreprise immobilière ! Chez Parscale, il n’y a pas que ça qui n’a pas tourné rond : Austin n’est pas éloigné de Dallas, et l’affaire du barbu informaticien a eu droit elle aussi à son feuilleton du genre. Avec Robb Porter, un mormon fraîchement recruté par Parscale en avril 2018 alors qu’il venait de se faire virer de l’équipe de Trump (il y était depuis janvier 2017) après des révélations sur ses deux compagnes précédentes, qu’il avait brutalisées (Colbie Holderness- battue pendant sa lune de miel-, et Jennifer Willoughby). Or à ce moment-là, il sortait avec Hope Hicks l’ancienne responsable de communication de la Maison Blanche !!! Du Dallas, je vous dis !!! L’emploi de Porter par Parscale pouvant être perçu comme un lot de consolation, offert par Donald, à bien y regarder. Idem pour Hicks devenue « conseillère » de Jared Kushner, sans fonction précise : à la Maison Blanche le gâteau est grand et il y a des parts pour nourrir tout le monde : c’est le GOP qui régale ! A droite en photo la fine équipe avec Eric et Donald Jr Trump, Kellyanne Conway, Porter, et à droite Hicks, le troisième à gauche étant David Bossie. Hicks était aussi une des envoyeuses de Tweets signés Donald, il faut le savoir…

L’espion qui a eu des remords

Pour gérer le flux et éviter les erreurs à la base, l’équipe de Trump s’est munie d’un ingénieur venu exprès sur place de chez Facebook, pour gagner du temps. Avant il y avait les journalistes « embedded », maintenant il y a des geek posteurs à bord des bureaux politiques !!! « En juin 2016, Facebook a envoyé ce que l’on appelle souvent une «intégré». ou un « embarqué » (embedded). C’était un jeune homme du service de publicité qui avait auparavant travaillé pour plusieurs causes affiliées aux républicains. Il a passé la plupart des quatre mois suivants à San Antonio, à travailler avec la campagne Trump. D’autres employés de Facebook ont ​​effectué une rotation semi-régulière dans le bureau; Google et Twitter ont également envoyé des commerciaux sur la campagne. Pendant l’élection, « l’incorporé » a fait de son mieux pour garder un profil public bas. Le lendemain de la victoire de Trump, Gary Coby, le directeur de la publicité numérique de la campagne, l’a tagué dans un tweet, le qualifiant de « MVP » de la campagne (nota : un très bon donc : le Most Valuable Player). « L’incorporé » était James Barnes, vingt-huit ans, du Tennessee » (ici à droite salué par Davis Plouffe, démocrate ancien de l’équipe d’Obama). » Il a répondu à sa nouvelle notoriété en supprimant son compte Twitter. Barnes m’a récemment dit que, bien qu’il ait grandi dans une famille évangélique et se soit longtemps considéré comme républicain, « il a rejeté Donald Trump à partir du moment où il a su quelque chose sur lui. » Le 8 novembre 2016, après avoir passé des mois à faire des heures supplémentaires pour aider Trump à gagner, lui et quelques collègues de Facebook se sont rendus aux urnes à Washington, D.C., et il a voté pour Hillary Clinton. « Mon attitude pendant toute la campagne était, je suis un professionnel, je suis ici pour faire un travail, mes préférences personnelles ne sont pas pertinentes », a-t-il déclaré. L’année dernière, «après avoir réfléchi à beaucoup de choses, y compris son sens du devoir personnel», il est parti de Facebook. Il travaille maintenant chez Acronym (ici son patron), un organisme à but non lucratif de gauche qui utilise le marketing des médias sociaux pour tenter de vaincre Trump en 2020″. Trump n’arrive pas encore à séduire tout le monde !

(1) pour The Atlantic, la disinformation aperçue dans les clips vidéos de Donald Trump, cette création perpétuelle de licornes, de fakes news,  rappellent étrangement la montée au  pouvoir d’un dictateur connu : « dans son livre This Is Not Propaganda, Peter Pomerantsev, chercheur à la London School of Economics, parle d’un jeune consultant politique philippin qu’il appelle «P.» À l’université, P avait étudié «l’expérience Little Albert», dans laquelle les scientifiques conditionnaient un jeune enfant à craindre les animaux à fourrure en l’exposant à des bruits forts chaque fois que’il rencontrait un rat de laboratoire blanc. L’expérience lui a donné une idée.  Il a créé une série de groupes Facebook pour les Philippins pour discuter de ce qui se passait dans leurs communautés. Une fois que les groupes sont devenus assez gros – environ 100 000 membres – il a commencé à publier des histoires de crimes locaux et a demandé à ses employés de laisser des commentaires reliant faussement les gros titres aux cartels de la drogue. Les pages s’illuminèrent de bavardages effrayés. Des rumeurs tourbillonnaient; les théories du complot ont métastasé. Pour beaucoup, tous les délits sont devenus des délits liés à la drogue ».

« À l’insu de leurs membres, les groupes Facebook ont ​​été conçus pour donner un coup de pouce à Rodrigo Duterte, alors candidat à la présidentielle de longue date, s’engageant à sévir contre les criminels de la drogue. (Duterte s’est vanté une fois que, en tant que maire de Davao City, il a roulé dans les rues sur sa moto et exécuté personnellement des trafiquants de drogue.) L’expérience de P était une pierre de plus dans une plus grande «architecture de désinformation» – qui comprenait également des influenceurs des médias sociaux payés pour se moquer des candidats opposés et des trolls mercenaires travaillant dans d’anciens centres d’appels – selon les experts, ils ont aidé Duterte à prendre le pouvoir. Depuis son entrée en fonction en 2016, Duterte aurait intensifié ces efforts tout en présidant à des milliers d’exécutions extrajudiciaires ».

« La campagne aux Philippines a été emblématique d’un nouveau livre de propagande, qui utilise de nouveaux outils pour les fins séculaires de l’autocratie. Le Kremlin est depuis longtemps un innovateur dans ce domaine. (Un manuel de 2011 pour les fonctionnaires russes a comparé favorablement leurs méthodes de désinformation à «un rayonnement invisible» qui prend effet alors que «la population ne sent même pas qu’on agit sur elle».) Mais avec les progrès technologiques de la dernière décennie, et la prolifération mondiale des smartphones, les gouvernements du monde entier ont réussi à déployer des techniques affinées par le Kremlin contre leur propre peuple ». Le rôle sidérant de Facebook aux Philippines (96%de la population y a recours) est expliqué ici en bas de la page sur le livre de Julien Le Bot, auteur d’un livre à recommander sur Zuckerberg, avec cet interview très éclairante.

 

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