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Le paradoxe de l??talement urbain circum-montr?alais

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Le fameux Plan m?tropolitain d?am?nagement et de d?veloppement (PMAD), propos? par la Communaut? m?tropolitaine de Montr?al (CMM), ce regroupement des quatre-vingt-deux municipalit?s du territoire m?tropolitain, rencontre des r?sistances dans un certain nombre de villages d?Ast?rix sp?cifiques, comme Terrebonne et Saint-Eustache. Il est important de noter que ces r?sistances sont les plus vives dans le beau pays d?Ysengrimus, les Basses-Laurentides. On va essayer un peu de comprendre pourquoi. Le chef d?orchestre de la ci-devant Communaut? m?tropolitaine de Montr?al (CMM), l?administration municipale montr?alaise elle-m?me, telle qu?en elle-m?me, excelle dans l?art fin et pervers de se poser en d?positaire exclusif de l?ang?lisme planificateur, laissant les petites cornes cyniques et marchandes sur la t?te des autres. L?argument ang?lique est donc ici le suivant, simplet et fatal. Le d?veloppement domiciliaire des villes de ceinture est un ?talement urbain qui gruge et bouffe nos bonnes terres agricoles (il est hurlant d?ironie de voir le maire de Montr?al se poser en champion protecteur du champ de patates fondamental de nos anc?tres, comme s?il ne voyait subitement que lui jour et nuit dans sa soupe). Les villes de ceinture, dicte toujours Montr?al, doivent faire comme nous et se densifier. Le Sort de la Terre en d?pend. Ah, cette bonne vieille uniformisation coloniale par alignement docile sur la ?m?tropole?? Et pourtant Saint-Eustache n?est pas Saint-Henri, il s?en faut de beaucoup. Il y a des diff?rences qualitatives majeures entre ces deux espaces. La densification urbaine propos?e des Basses-Laurentides, c?est en fait la montr?alisation d?un environnement encore en grande partie villageois, beaucoup plus intime avec la vie sauvage, et dont on d?truit irr?m?diablement la proximit? ? la nature sous pr?texte de prot?ger des terres ?agricoles? largement mythologiques? Ce qui marche pour l??le de Montr?al ne vaut plus pour l??le Bigras (dont la condoisation serait une absurdit? cynique totalement non ?cologique, b?tonneuse et d?sastreuse).

Les citoyens des Basses-Laurentides deviennent de plus en plus remuants, sur cette question. Pas de condos dans mon microclimat fragile, disent-ils? Cessez, montr?alais uniformisateurs, de prendre Deux-Montagnes, Pointe-Calumet et Saint-Eustache pour Montr?al-Nord, Montr?al-Est ou Repentigny? L?ignorance myope et condescendante du patrimoine historique et naturel de la ceinture nord (nord de l??le de Laval inclusivement) ne peut aucunement tenir lieu d?analyse d?urbanistique pour yuppies urbain mal renseign?s sur ce qui n?est pas leur fond de cours et leur living chic. Il y a, dans cette petite r?sistance nordiste, l?introduction de nuances qui ne sont pas sans m?rites au sein de toute cette r?flexion, encore largement unilat?rale. Bon, alors, allons-y, causons densification des villes de ceinture. Voyez Pointe-Calumet, petit bled lacustre de la ceinture nord, de 7,000 ?mes. Le bord de l?eau, inexploitable agricolement, ?tait constitu? de semi-cloaques, viviers et fray?res pour toutes sortes d?esp?ces d?oiseaux et de poissons inusit?s, le tout, proche de vieilles r?sidences aux terrains en semi-jach?re, datant de deux g?n?rations, dans un d?grad? parfaitement int?gr?, vernaculaire, semi-sauvage, harmonieux. Il y avait de la place entre la berge et les premi?res maisons, surtout apr?s qu?on ait d?moli strat?giquement les plus vieilles au bord de l?eau, graduellement, en hypocrite. Alors on a densifi?, hein, on a construit intra-muros, au c?ur de Pointe-Calumet, sur la bande de terre qui restait entre le vieux bled et la rive. On a tout remblay? solide et on a ?rig? une ligne de manoirs tocs, colossaux et affreux, aux terrains immenses, gazonn?s, solidement cl?tur?s. Vue sur la rive pour grands bourgeois ostensibles, micro-dispositif ?cologique d?sormais pulv?ris? et/ou inaccessible, McManoirs comme ceux que d?noncent les montr?alistes ? la p?riph?rie para-rurale des villes de ceinture, le tout d?figurant d?sormais durablement le point de raccord d?un de nos petits villages patrimoniaux avec sa berge fragile de jadis. Adieu parc naturel et acc?s citadin aux berges. Bonjour vill?giature priv?e pour n?o-rupins socialement insensibles.

C?est ? ce genre de densification absurde et destructrice que les maires et les mairesses de la ceinture nord, sous la pression de plus en plus militante de leurs citadins et citadines, s?objectent, attendu les particularit?s historiques et naturelles des Basses-Laurentides. ?coutez un peu leurs arguments. Au moins, quand la m?me hideur est construite ? la p?riph?rie de la ville (comme c?est partiellement le cas ? Deux-Montagnes, justement, par exemple) sur du terrain vide, le patrimoine villageois du ?vieux? Deux-Montagnes ou du ?vieux? Pointe-Calumet, intimement implant? dans la nature et harmonis? avec ladite nature par l?histoire, est pr?serv?. On n??crapoutit alors que les patates hypoth?tiques et les carottes th?oriques de l?UPA qui, d?ailleurs, notons le au passage, n?y poussent m?me pas, dans ce territoire p?riph?rique? Or le fait est qu?on ne reconna?t pas et ne prend pas en compte le souci des citadins des Basses-Laurentides de prot?ger un patrimoine villageois. On les pr?sente simplement, unilat?ralement, comme des cyniques qui veulent servir la soupe ? leurs promoteurs immobiliers locaux, en ?talant sans contr?le. On leur demande alors, la bouche en c?ur, en faisant bien scintiller l?aur?ole de son petit ang?lisme planificateur: ?Mais si les couronnes n?acceptent pas de s?urbaniser un minimum ? leur tour, o? se fera le d?veloppement??. R?ponse: sur l??le de Montr?al de mes r?ves, pardi. Une ?le bien g?r?e, avec un transport collectif efficace et du logement durablement abordable. Il reste immens?ment de place sur l??le de Montr?al et la portion sud de l??le de Laval. Transformer Saint-Eustache, le site historique des Patriotes, avec certaines de ses maisons datant de 1780, en Ville-Legardeur-bungalow-boites-?-beurre, C?EST D?J? basculer dans l??talement pavillonnaire excessif que d?nonce, ou affecte de d?noncer, la planification montr?aliste qui pr?tend tant vouloir pr?server nos belles campagnes. Il n?y a pas que des campions ? parquer, il y a aussi un patrimoine historique et naturel ? g?rer. Alors, bon, une ?le densifi?e, une ville densifi?e, si je puis dire? Surtout que, quand elles le peuvent, Les bourgades de la ceinture nord font terriblement et implacablement leur part. Sainte-Marthes-sur-le Lac est un ancien village des Basses-Laurentides devenu, et ce, strictement de par sa densification, la ville canadienne ayant connu la plus forte croissance de sa populations dans les cinq derni?res ann?es. Ils se sont enlaidis en masse mais on peut pas leur reprocher de ne pas avoir docilement ob?i aux consignes densifieuses de la CMM. Il est cependant capital de noter que, comme ce village sp?cifique n?engage pas des frais de d?molition ruineux et garde ses taxes fonci?res rigoureusement basses, il se trouvera bien des montr?alistes pour qualifier cette densification non destructrice et bon march? d??talement. Comme dans tout paradoxe, ces notions sont fort ?lastiques.

C?est que, derri?re le territorial ang?lique se profile le commercial cornu. Voyons la bien, la charpente du paradoxe que la CMM dicte ouvertement au bled nordiste construisant des condos. Si tu fais monter les frais domiciliaires, bravo, tu densifies. Si tu les maitiens bas, haro, tu ?tales! Les montr?alistes disent ? la ceinture nord qu?elle est un facteur d??talement et lui impose de cerner ses limites et de se densifier. En se densifiant, la ceinture construit des gros manoirs roses aussi nombreux, aussi ruineux, inabordables et affreux qu?en sa p?riph?rie mais, de surcro?t, elle d?truit sciemment du patrimoine ?colo-ethnographique dans le processus et en paie les frais (refil?s ensuite aux citadins). Les montr?alistes mondains, avec leur sens chronique de l??cologie ajustable, se fichent bien de cela. Le but fondamental de l?administration montr?alaise est de freiner la fuite vers les banlieues, pour forcer les familles ? se ruiner dans des logements insulaires archi-co?teux ou exigus (? partir de deux enfants, vivre sur Montr?al, soyez Cr?sus ou faites une croix dessus ? c?est principalement des trois pi?ces pour yuppies sans enfants ou, plus grand, ?a co?te un million). La densification que Montr?al n?arrive pas ? assurer ad?quatement chez elle, elle l?impose aux autres pour que le cheptel (et le cheptel ici, c?est nous) refoule et cesse de fuir en direction du logement plus abordable des ceintures. Plus on y regarde avec l?attention requise et plus on constate que ce n?est pas de l?organisation urbaine qu?on exige mais bien des parts du march? immobilier domiciliaire qu?on s?arrache. Densifier dans les Basses-Laurentides, c?est obligatoirement d?truire un cottage unifamilial de 1929 et le remplacer, plus ? l??troit sur son lopin, par un condominium ? quatre familles o? chaque famille paie plus que ne payerait l?acheteur du cottage d?glingu? initial, avant de le r?nover ? son rythme. Il faut obligatoirement d?molir des r?sidences encore habitables pour densifier, quand on le fait dans la ceinture nord, parce que ce sont des anciens espaces villageois qui sont investis ici, pas des parcs de stationnements d?fonc?s, des bretelles abandonn?es, des terrains vagues d?usines d?molies ou des centre commerciaux en faillite. C?est pour ?a que c?est surtout dans la ceinture nord qu?on crie contre le Plan m?tropolitain d?am?nagement et de d?veloppement (PMAD)?

Si Montr?al voulait vraiment faire revenir la petite populace en son sein, elle subventionnerait le prix du logement non-locatif, y compris celui des condos neufs, comme dans certains pays, on subventionne le prix du pain. La ville, alors, cesserait de se vider, d?un seul coup d?un seul. Le d?faut que Montr?al reproche aux cabanes des municipalit?s de ceinture, ce n?est pas de gruger la terre agricole, c?est plut?t de co?ter moins cher. Co?tant moins cher, ces cahutes de l?entre-deux-guerres grugent le march? de la consommation domiciliaire de la susdite CMM. Montr?al veut que les condos neufs poussent partout et co?tent cher partout, uniform?ment, point final. La seule fa?on d?y arriver, c?est d??trangler la fragile et d?licate strat?gie d?urbanisme des anciens villages des ceintures, en les accusant d?magogiquement de faire de l??talement et de menacer nos bonnes terres. L?ange montr?aliste est un d?mon, dans cette affaire. Bien cern?es dans leurs magouilles et combines d?un autre ?ge, les mairies des municipalit?s de ceinture, pour leur part, ne valent pas mieux, qui encouragent le construction condoistes co?teuse et grand-bourgeoise manoireuse sur les sites qu?elles d?truisent hypocritement, intra-muros. Le d?mon foncier n?est pas un ange ?colo, dans cette affaire. Le paradoxe de l??talement urbain circum-montr?alais, c?est celui, tout simple, de l?inversion t?l?ologique du capitalisme commercial, devenu usuraire. Tant que le logement devra prioritairement enrichir les promoteurs et les villes plut?t que de servir de cadre pour la vie civique, on continuera de tourner en rond dans le susdit paradoxe, en bizounant durablement notre cadre de vie urbain et suburbain et en se renvoyant la balle en pleurnichant comme des tartuffes.

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