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Le kidnapping du Phocéa (10): la fin lamentable d’une double escroquerie

Et voilà, c’est fini. Définitivement cette fois, le beau bateau ne s’en relèvera pas, victime d’une double escroquerie : celle de son pseudo propriétaire, qui l’a en fait purement et simplement volé, et celle de ses propriétaires réels, dont Xavier Niel, qui l’ont laissé faire… (1), demeurés bien trop timides sur le sujet depuis des années, à l’évidence. Ce 18 février il a d’abord brûlé, puis le lendemain il a coulé sur place par une dizaine de mètres de fond. Bernard Tapie en aurait pleuré il paraît (se souvenant de son télé-foot réalisé à bord ?). Et moi aussi, figurez-vous, en pensant à l’incroyable, enfin imaginé au départ par Alain Colas et conçu par le truculent Michel Bigoin (2) et bien trop défiguré après lui…  Franchement, ce si beau bateau n’avait pas mérité pareilles infamies !! Quelle histoire affligeante que son existence !!! Le sort se sera acharné sur lui, depuis qu’on l’avait lancé à l’envers le 15 février 1976. Un mauvais présage, dès le début ???

Il était sur place depuis des années et ne circulait pratiquement plus. Les croisières lucratives à plus de 120 000 euros la semaine (le tarif annoncé ces années-là) c’était fini depuis longtemps.  L’époque où l’on pouvait apercevoir sur son pont le gratin d’Hollywood, tel Tom Hanks ici à droite avec sa femme, était terminée depuis belle lurette. Finalement, Pascal Saken avait mal calculé son coup : certes les vrais propriétaires avaient été feintés en beauté lorsqu’il s’en était emparé grâce aux faux documents réalisés par de hautes complicités au Vanuatu puis des Tonga (cf nos épisodes précédents), mais il ne pensait pas que la location de cet engin marcherait aussi mal avec sa sinistre réputation : vous vous voyez vous, monter sur un yacht sachant qu’il appartient à un voleur patenté ? Votre tranquille croisière pouvant à chaque instant être interrompue par la police montant à bord ? Résultat, le satellite alimentant Google Earth, à moult reprises, le photographiera tournant au bout de sa chaîne d’ancre (comme ici à gauche en mars 2019 encore face à Phuket, souvent entouré de quelques cargos vraquiers ou pétroliers ravitailleurs avec sur sa droite le petit ravitailleur Orapin 3) et derrière lui l’île de Koh Tapao Yai (« koh » ou  » kho » veut dire  » île  » en thaï).

Ici dessous c’est aux côtés du cargo thaïlandais de gaz LPG de 105 mètres, le Senna, (IMO 9140449) de Lucky Marine Co Ltd, dont le port d’attache est Bangkok, dans la baie de Phuket toujours, à Ao Makham, le 18 avril 2019 :

Avec même en décembre 2018, toujours au même endroit, cet incroyable cliché où il est accompagné par un navire d’entretien câblier bien reconnaissable, le Retriever, MMSI: 564428000, ici à droite sur Google Earth) et, surprise, se retrouve survolé par un jet privé – un Global Express il semble bien, peut-être bien le HB-JGE (N°9287) de TAG Aviation Services (ici à gauche), aperçu posé au Pulau Langkawi airport, à la même époque, un hasard assez faramineux, pour le moins…  un passage volontaire, obligatoirement, à cette très faible altitude l’approche de l’aéroport de Phuket, situé à 30 km plus au nord, ne se faisant pas par là, en prime ! Le bateau, quoique ne naviguant, plus attirait toujours des regards venus de loin !!! On rappelle qu’il ne s’appelait alors plus Phocea, car Anh Saken l’a rebaptisé « Enigma ».

L’autre mauvais calcul étant sa gestion, même sans navigation : un engin pareil s’abîme avec le temps, il faut l’entretenir constamment (c’est en le faisant certainement qu’il a pris feu : à bord il y avait 6 ou 7 ouvriers au moment de l’accident) et l’endroit sélectionné pour son mouillage étant fort mal choisi (depuis la fin 2016, on le trouvait amarré devant l’île de Penang: c’est tout simplement face au minuscule chantier appartenant à Saken, là d’où est parti son yacht qui a explosé – voir notre épisode précédent). La preuve en est ce qu’il lui était arrivé en novembre 2013, lors d’une tempête tropicale (photos des dégâts ici) où il a rompu ses amarres et s’est fait drosser sur des rochers. Il avait déjà failli couler, à ce moment-là. Et cette fois aussi, personne n’avait entendu un Niel ou les Rosenblum pour crier au désastre ni à vouloir le renflouer au plus vite. Etrange réaction (ou absence plutôt) des propriétaires ! D’autant plus qu’un pacte écrit les liait tous les quatre : « Steve Rosenblum a rencontré Saken il y a une vingtaine d’années, lorsqu’il travaillait pour une société taiwanaise d’objets promotionnels, activité nettement moins glamour que celles qui figurent sur son CV. « Je ne le connaissais pas plus que ça, mais il avait un chantier nautique à Phuket, en Thaïlande, ce qui correspondait au besoin de faire rénover le bateau. » Phocea Limited, la société maltaise de Xavier Niel et des frères Rosenblum, signe un contrat avec lui (ici à droite). Saken devient l’exploitant du navire, encaisse les revenus et s’engage à faire les travaux. S’ils sont bien réalisés comme convenu, l’accord prévoit que Saken devienne propriétaire d’« une partie des titres » de la société qui possède le yacht », note dans Mediapart, le 19 mai 2017 en citant l’article de Cent Papiers, qu’une action en justice venue de Saken bloquera dès sa parution, comme il l’avait obtenu d’Agoravox, en s’en vantant après dans son propre site en affichant la lettre d’excuse du site (3) (on a aussi été cité ici en référence).

Steve Rosenblum, lui, après l’échec de Pixmania, a vite rebondi sur la chaîne The Kase  en partant s’installer « pour attaquer le marché asiatique »  disait-il à qui voulait l’entendre… à Singapour. En Malaisie, quel hasard, tiens ! Il s’en explique ici avec un argument à la Saken : « nous voulons rendre ce marché plus glamour » dit-il à Challenges, en novembre 2013, à l’époque où le voilier est revenu à 1h40 de vol seulement de son propriétaire (il pouvait faire aussi le trajet en voilier, comme ici en Fountaine Pajot, dans l’autre sens, en 84 heures et 550 miles)… Son frère Jean-Emile lui se déclarera aussi en exil en août 2014… en Israël, en prétextant une montée de l’antisémitisme en France, « les raisons fiscales passent au second plan. » Ce que l’on a bien du mal à croire, connaissant son yacht dissimulé sous un compte offshore… (il y résidait déjà en 2012, en prime !). En 2014, en tout cas, étrange coïncidence, les deux anciens dirigeants « flamboyants » de Pixmania sont donc partis discrètement de France. En donnant des explications bien tirées par les cheveux !! Et en étant toujours co-propriétaire d’un yacht… toujours luxembourgeois (il était devenu St Vincent et Grenadines chez Ayoub), mais battant désormais pavillon Thaïlandais (après celui du Vanuatu et de Malte !  Aujourd’hui, de là-bas, il nous conseille sur la lutte contre le Covid19 du haut de son compte Twitter. En éternel donneur de leçon. Mais il fait toujours le mort quand il s’agit de parler de son voilier (ou des dispendieuses fêtes cannoises). Ou de Pascal Saken.

En avril 2014, Mona Ayoub, elle, vend sa collection d’objets ayant appartenus au Phocéa, en nous rejouant le thème du grand amour nautique de sa vie, elle qui a complètement défiguré le beau bateau. Ça lui rapportera un peu moins d’un demi-million d’euros. Elle en avait dépensé 5,65  lors de son rachat, avait fait des frais énormes pour le mettre à son goût (payés par la revente de ses bijoux) et l’avait revendu 10 au final. Elle aurait en fait dépensé 17 millions pour sa réfection et ses modifications lourdingues !!! Quand je dis qu’il est maudit, ce rafiot !

La rapide escapade au Vanuatu

Tout cela remontait à 2010 en effet. Le 7 novembre 2011, le journal la Provence y était allé de sa confidence à demi-mot : « Confié par la société Magellan qui en a la gestion (cf ici à droite elle avait aussi créé une entité appelée Evasion Limited !) , à l’entreprise de réparation navale de grande plaisance ITM, le voilier devrait rester une quinzaine de jours à Marseille, le temps d’une escale technique classique comprenant un carénage complet ainsi qu’une remise en état de la plate-forme de bain arrière. Mais le bateau pourrait bientôt connaître des transformations plus importantes. En effet, son nouveau propriétaire -un industriel européen- qui l’a racheté en 2010 à la milliardaire Mouna Ayoub pour la somme d’environ 10 millions d’euros- a l’intention de « rentabiliser » son acquisition en la proposant à la location. Il est notamment prévu d’organiser une grande croisière autour du monde, sans doute en 2012 ou 2013. Ce programme nécessite de fiabiliser l’ensemble des équipements du navire, plus particulièrement son gréement et ses systèmes de production d’énergie, mais aussi retravailler quelques points d’esthétique, en particulier le pont qu’il serait question de refaire entièrement en teck. » Il n’ira pas loin, au début, se contentant de SanRemo en Italie, en novembre 2011…  Le pont ne sera au final pas refait à Marseille. Trop cher, ou pas assez de temps, on ignore la raison véritable. L’engin est une gouffre financier en réalité.  Sous Tapie déjà, il revenait à 9 millions de francs par an de frais d’entretien (1,8 million d’euros, lui s’en servant comme image de marque pour séduire les sponsors) !! La poule aux oeufs d’or était en réalité un panier percé !

Il effectue une croisière à Singapour et une en Afrique, à Pointe Noire, de San Remo, pour revenir en Italie. Il ralliera de là directement le Vanuatu en 66 jours seulement, en passant le canal de Panama et faisant une escale de quelques jours au Tonga (endroit où sévit déjà à l’époque un énorme trafic de drogue, comme on le sait et comme on l’a vu ici à l’épisode 3: celui, doublé d’un trafic d’armes de Paul Calder Le Roux, lui aussi ayant un pied déjà au Vanuatu !!!). Bizarrement, il arbore alors à l’arrière le drapeau « ni-van » mais ses bouées de sauvetage affichent comme port d’attache le Luxembourg…on nage en pleine confusion. Il a alors prévu de repartir par les iles Torrès (vers les iles Salomon) « pour rejoindre la Thaïlande » nous indique le blog des voyageurs impénitents qu’étaient « Nat et Dom » et leur voilier Etoile de Lune qui réalisent au passage de superbes clichés du navire, y compris celui du bien étrange drapeau rouge déployé à bord (ici à gauche). Quelque chose d’incongru, qui ne correspond à aucune règle en pavillon de navigation : en réalité la toute première manifestation du kidnapping du Phocéa par Pascal Anh Quan Saken, au nez et à la barbe de ses véritables propriétaires !!

Au Vanuatu, après le coup de force de Pascal Saken qui s’en empare grâce à de faux papiers, il restera coincé 10 mois, ne repartant qu’en mai 2013 vers la Nouvelle-Calédonie ! 6 mois plus tard, en novembre 2013, il se faisait drosser sur des hauts fonds, arrivé à Phuket… L’engin semble vraiment maudit ! (nota : sous Mona Ayoub, il arborait le drapeau des Bermudes, cf ici à droite). Quand on le visite alors, on constate que l’on était affairé à en refaire le pont de teck (ici à gauche): c’était le contrat prévu à Marseille en 2011 ! Saken a dit un jour que ça coûtait 3 millions d’euros à refaire : à espérer que les propriétaires ne les lui ont pas octroyés ! S’il s’est déplacé, c’est en 2015 et 2016 comme le notent les satellites de Google Earth qui le « logent » invariablement dans la baie de Phuket en 2013 et 2104, où on le répare, donc, pour l’y retrouver en 2017, 2018, 2019 et 2020, amarré à peu de distance de son lieu précédent d’ancrage (cf ci-dessous).

Pendant la période des réparations et de la réfection du pont de 2014, Saken s’en sert de faire-valoir, en posant en photo avec Cory Quirino, ex Miss Philippines mais qui est aussi la présidente de Volunteers Against Crime and Corruption, ce qui ne manque pas de sel en compagnie du personnage (elle-même ayant été enlevée par des bandits : on la voit ici recevant un chèque de Saken pour l’organisation de Miss Philippines 2014). Mais également avec le gouverneur Chavit Singson, un magnat et politicien philippin qui préparait alors l’élection de Miss Univers de 2016  (remportée par Iris Mittenaere). En 2010, chez celui-là son fils Ronald avait été arrêté à Singapour au Chek Lap Kok International Airport avec 26,1 grammes de cocaïne sur lui. On baigne toujours dans le trouble. Le jour de la visite de Quirino, Saken annonçait que le « mogul japonais Yuchi Horiguchi a acheté 20% de ses chantiers Yartmarine, Yartcarbon et Stealthmarine ».  Et que le Japon est une « opportunité » prochaine pour lui… Le hic, c’est que le magnat était un total inconnu !!!

En tout cas  le grand voilier ne semblait déjà plus faire de longs périples ni de grandes croisières, comme celles annoncées à 196 000 euros la semaine, du temps d’Ayoub, déjà. Alors à quoi servait-il, voilà bien la question (on notera qu’on ne l’observera non plus jamais voiles déployées…) !!!  Ci-dessous les emplacements de mouillage du Phocéa devenu Enigma, relevés par Google Earth. Ça se tient en quelques centaines de mètres de différence, sur deux « spots » voisins.

Le 3 mars 2019 il semble de retour au bercail et il est a nouveau photographié à l’ancre en baie de Phuket par un marin chevronné (ici à droite). M’inquiétant à l’époque de ne plus le voir entre deux périodes, j’avais eu le réflexe de demander à un logiciel type VesselFinder ou MarineTraffic de me dire où il se nichait : bingo, le 17 novembre 2016, il me confirmait ses « petits circuits » côtiers, de courts allers-retours, en se retrouvant en effet sur la côte malaisienne, au nord de Penang !!! Venu de Thaïlande, ce simple trajet côtier, sans aucune difficulté de navigation, l’amenait donc dans un autre pays, en passant devant Langkawi au nord du phare de Muka Head, là où avait été préparé son yacht à moteur qui a explosé comme on l’a vu (il est ici à gauche (4) !! L’UNI1K était resté lui 5 mois d’affilée au quai, – accosté à la jetée de Kuah- avant de partir. Les bateaux de Saken voyagent peu ! Le fier coursier des mers est devenu un simple caboteur !

Le bateau de record, fait au départ pour la course et les longs trajets, ce bolide des mers devenu traîne-savates de côtes !!! Dans quel but ? On peut penser à autre chose que des « croisières » touristiques… avec ce type de trajets ne dépassant pas 250 km (à 12 nœuds de vitesse de croisière – 22 km /h- c’est fait en une demi-journée de navigation : certains tour-opérateurs le proposent, mais pour un trajet jusque Singapour, et pour 5 jours de croisière !) !!!  Avec Tapie, on le rappelle, le bel engin avait battu le record de distance sur 24 heures en voilier : 457 milles 846 km !). On est à l’opposé, là !!!

L’idée fondamentale, flagrante, étant de passer ainsi régulièrement avec la frontière Thaïlande-Malaisie !!! Et dans ce cadre, les tentations sont nombreuses on le sait… (5) tel le trafic de migrants ou celui de la kétamine, saisie en masse là-bas (cf ici à droite) ! Voire le trafic d’armes, dans lequel il avait déjà été mêlé (au Vietnam !) avant d’arriver au Vanuatu  (6) !!! Vessel Tracker le note en 2017 faisant escale une journée en général, pas plus, à cinq reprises à GeorgeTown, pour le mois d’août et la mi-juillet : le tourisme peut aussi bien sûr être une de ses activités, soyons francs, et là cela semble être le cas  pour des excursions d’une semaine environ, mais dans un secteur restreint comme on a vu. Il se promène alors notamment autour de l’île de Pulau Singa Kecil, au nord-ouest de Pulau Singa Besar, l’ensemble d’îlots situés au sud de sa base de Langkawi, comme le satellite de Google Earth le saisira ici en janvier 2020, au mouillage à nouveau, toutes voiles abattues comme à l’habitude. A voir le nombre de bateaux de touristes (et de jet-skis) évoluant autour de Pulau Singa Besar (où l’on peut admirer notamment des aigles) on soupçonne le voilier de servir d’hôtel flottant, qui ne navigue donc pas nécessairement pour autant :

Phuket et Langkawi ont un lien historique en fait qu’il convient de rappeler : les Thaïlandais, pas vraiment de grands marins avec leurs eaux peu profondes, se sont mis tardivement au nautisme touristique, aidés en 1996 par des européens, avec Phuket Yacht service créé par Vincent Tabuteau, Bill O’Larry, Andy Dowden et Jan Jacob, associés pour ouvrir la première grande marina du pays  : Yacht Haven (ici à gauche). Mais l’année suivante tout le monde déchantait : « en 1997, l’activité nautique pâtira du gros crash financier et de la crise en Asie. C’est cette année-là que l’administration thaïlandaise choisit de frapper un grand coup. Elle réclame 50% de taxes sur tous les bateaux importés. Certains se trouvent enchaînés aux pontons et plus de trois cents bateaux quittent Phuket dans la nuit pour échapper à la douane. Ils se réfugient en Malaisie, à Langkawi. Les Malais profitent de cette affluence pour créer les marinas de Langkawi et développent la zone franche. Une législation généreuse sur la navigation, les visas et la propriété nautique est mise en place : Langkawi prend une large part du marché du nautisme » écrit ici « Gavroche Thaïlande ». La taxe sera abolie en 2006 seulement. « Les Thaïlandais finalement avaient bien raison de se méfier de la Grande Mer : elle abritait tout un monde de fantaisie : les dragons de la finance, les dieux du marketing et les déesses de la communication » conclut l’auteur avec humour.. .

Revenons à l’Enigma/Phocéa : « selon nos informations, le yacht a finalement été convoyé en Malaisie. Il mouille depuis la fin 2016 face au port de l’île de Penang, où son « propriétaire » a apparemment monté une activité de rénovation maritime avec un jeune Brésilien de 24 ans (nota : son propre beau-frère). Comme partout où il passe, Saken a encore fait des siennes » notait ici Laurent Mauduit, qui enchaînait sur l’explosion de l’Un1K, ici à gauche, le yacht à moteur de Saken (dans laquelle est mort le fameux beau-frère). Selon Marine Traffic, « le voilier Phocéa se trouvait encore le 11 février 2021 dans le Détroit de Malacca à la position 6 ° 14 ‘15,05 « N, 99 ° 45’ 36,036″ E », et il était parti de Phuket il y a plusieurs mois, le 21 août 2019, se déplaçant alors (à la vitesse de l’escargot : 0,2 noeuds) en direction sud-est vers Langwaki, où « son arrivée n’était pas prévue avant le 23 août 2021 à 20:59  heure locale (UTC +7) ». Ce qui signifiait aussi que le voilier passait plus de six mois à l’extérieur de son port d’attache, en restant dans le même secteur, alors que même sans aucun vent, ses réservoirs de fuel 37 000 litres lui donnent une autonomie maximale de 3 000 milles marins (5500 km !) à 11 nœuds (20 km/) !

L’explosion de 2016 et ses conséquences un recentrage… vers l’Europe !

Le fameux yacht à moteur de type Mangusta qui a sombré a mis à mal le micro-empire de Pascal Vu Anh Saken. Le coup a été dur en effet, avec la disparition de son jeune beau-frère  en plus. L’activité de Yart Marine, son chantier installé à Phuket semble cesser rapidement juste après. Ses marins-ponceurs de ponts, désœuvrés, ou blessés, sont en réalité rentrés dans leur pays d’origine. C’est le cas notamment de Jaroslav Horejsek, reparti semble-t-il à Litomerice, ville située au nord-ouest de Prague. Il y évoque là-bas ses passions sur le net : du ponçage et de belles voitures !!! Saken, lui, dans un de ces mirifiques CV, s’était vanté d’avoir été le responsable d’une agence de mannequins de Singapour, l’Elite Modeling Agency Singapore, en fait jamais aperçue nulle part. Il renoue pourtant avec l’Indonésie en déposant le 27 septembre 2017 un énième nom de société ronflant, le Mega Yacht Club Of Vanuatu LLP inscrit à son nom est à celui d’un certain Nicholas Justinian De Souza, (ici à gauche) qui réside lui à Singapour, et qui se présente aujourd’hui comme « négociant en vins européens ». C’est exactement un an et 8 jours après la tragédie dans laquelle son beau-frère a péri. Etrange situation, car à ce moment son entreprise de Phuket, Yart Marine, a déjà cessé ses activés, faute d’employés. En réalité, le dénommé De Souza, malgré son nom, est lui aussi d’origine tchèque. Et étrangement, il détient toujours à Prague même, une adresse qui est celle d’un bureau situé au-dessus d’un KFC et d’une « Fantasy Shop » de souvenirs. Son nom, « Mobile Tours s.r.o » (l’entreprise a été créée en Self-Regulatory Organization, c’est-à-dire un organisme autoréglementé, dans lequel l’Etat n’intervient pas) semble indiquer une entreprise de téléphonie ou un tour-opérateur. Détrompez-vous : son statut officiel est celui « de produits chimiques et de fabrication de produits chimiques » !!! Or, à ce moment, tous les experts en circulation de drogue sonnent les alertes de la circulation intense de drogue en provenance de Malaisie et surtout du Vietnam en Tchéquie, à Prague et dans ses alentour (7), dont…. Litomerice ! Parlez d’un curieux télescopage !

Tout intrigue, dans cette énième création. Leur adresse commune est en prime située à… Londres, au 20-22, Wenlock Road, dans une de ses boutiques servant de boîtes aux lettres sur laquelle tombe régulièrement la justice anglaise pour des faits de grivelerie, notamment pour des schémas de Ponzi ou des affaires tordues de bitcoin. Saken a l’art de se fourrer dans des endroits douteux !!! Celle qu’ils ont choisie en abrite 209 différentes. Leur association ne durera pas : une demande de dissolution est formulée le 18 décembre 2018 et devient effective le 5 mars suivant (2019). Saken avait créé au même moment, on le rappelle (voir ici), l’autre pendant de l’affaire, à savoir une société d’envois réfrigérés par containers, appelée Agility Shipping (8), dont l’activité affichait « Shipping of frozen medicine and chemicals »…. La coïncidence des deux créations étant plus que troublante, en effet !!! 

Entretemps, le dénommé De Souza a tenté de se rendre célèbre en août 2018, en mettant en ligne une attaque féroce contre le gouvernement malaisien et sa gestion… d’un yacht, celui du millionnaire escroc « Jho Low », l’homme qui avait été très en vue dans un tas de fêtes mondaines, avec Leonardo Di Caprio ou Paris Hilton, entre autres, qui a réussi à subtiliser 1 milliard de la Malaysia Development Berhad, un fonds souverain (en fait 3,5 milliards grugés aux contribuables par le Genevois Xavier Justo, le Saoudien Tarek Obaid, un intime du Prince Turki bin Adbullah Al Saoud, et le premier ministre malaisien lui-même, Najib Razak). Le fameux yacht de 91,5 m, valant 250 millions de dollars, avait été saisi à Bali, baptisé Equanimity, avant d’être mis aux enchères et acquis 128 millions par le Genting Group début 2019, et aussitôt rebaptisé Tranquility. Il avait été amené ensuite à quai sur le chantier naval du Boustead Crusie Centre, à Port Klnag, à Langkawi, et pour l’entretenir cela nécessitait 3 millions de RM chaque mois. De Souza trouvait cela trop cher et proposait en gros de faire vivre plutôt à bord le personnel qui était logé dans des hôtels, arguant du fait qu’il s y connaissait, puisque, je cite, il avait « l’expérience de la gestion d’une flotte de méga yachts dans plusieurs pays. » Ce qui était passablement gonflé (il n’en avait aucun, à part le Phocéa), mais bien dans l’esprit… Saken (ces gens-là osent vraiment tout !)!

Low Taek Jho, pour ne pas aller en prison aux USA, a signé le 31 octobre 2019 un accord à  700 millions de dollars, abandonnant sur place un hôtel à Beverly Hills et son jet privé, le Bombardier Global 5000 N689WM, coincé depuis à Singapour, au Seletar Airport (ici à gauche, il a été racheté par DJI Holdings le 12 septembre 2019 : c’est une entreprise chinoise de Hong-Kong faisant dans les billets de loterie !!!). Dans l’affaire et dans la tourmente également, Goldman Sachs, avait aussi on le rappelle aidé le fonds souverain à lever 6,5 milliards de dollars… mais ceci est une autre histoire !!!

La fin tragique

Le Phocéa était en fait condamné, aux mains d’un individu qui n’avait manifestement pas les moyens de le faire fonctionner correctement, abandonné par ses véritables propriétaires, eux-mêmes coincés dans leurs mensonges respectifs vis-à-vis de l’administration fiscale française. C’est donc le 18 février 2021 qu’un violent incendie s’est déclaré à son bord (9), près de sa base de Langkawi. « Selon les informations que nous sommes parvenues à obtenir de la part des autorités Malaisiennes, c’est au niveau de la cambuse que l’incendie aurait démarré et se serait rapidement propagé jusqu’au milieu du bateau » indique Bateaux.com , qui semble fort mal connaître le bateau. Car les premières images, comme les suivantes, montrent un incendie qui a démarré à l’arrière, vers le compartiment moteur du bateau : la cuisine est loin de là, au milieu du bateau, vers l’avant et les chambres des membres de l’équipage (cf le plan du bateau à droite). A croire que chez les bateaux dont s’occupe Saken, le compartiment moteur est source de problèmes, puisque c’est de là qu’était venu l’incendie et l’explosion de son yacht de type Mangusta. Un incendie difficile à maîtriser en raison du vent, et du manque de  moyens alentour, malgré la mise en alerte rapide de deux éléments de la marine malaisienne croisant à proximité, le petit garde-côtes KM Tenggol (2957, ici à gauche) et le KD Mahamiru (M11) rapidement dépêchés sur place et arrivés les premiers. Ils ne disposaient pas hélas de puissantes pompes de pompiers, et n’ont pu que faiblement tenter de lutter contre le sinistre, avec leurs lances à eau un peu dérisoires. (suivre la vidéo ici).

Quand celui-celui s’interrompt, faute de matériau à brûler, le navire penche déjà dangereusement, entraîné par l’un des ses mâts, effondré. Aussi ce n’est qu’une demi-surprise quand on apprend le lendemain qu’il a sombré… dans une dizaine de mètres de profondeur seulement, celle de toute la baie alentour. Les autorités n’indiquant pas de fuite de carburant, semblant indiquer que ses réservoirs étaient alors à sec, mais une société environnementale locale s’inquiètait qaund même (tout en indiquant que la coque était selon elle « relevable » !). Sur le pont du navire, on avait pu voir en effet quelque fûts bleus ressemblant à ceux des barils de pétrole, hâtivement remontés par l’équipage avant qu’il ne sombre (cela pouvait être aussi des effets personnels, mis rapidement en fut étanche). Ce que l’on a pas pu vérifier, c’est si les maigres dispositifs de sauvetage aperçus à bord comportaient toujours des bouées estampillées « Phocéa-Luxembourg« , ce qui reste fort probable en fait ! Et fort significatif de la duplicité entretenue depuis le vol du bateau ! Ci-dessous le KD Mahamiru arrivant sur zone :

A l’origine du feu…

A bord, les 6 marins sauvés (on parle parfois de 7) ici à gauche) paraissent tous jeunes, et du cru, des locaux (10), à part leur responsable plus âgé (porteur d’un badge rouge accroché au cou lors de son interview par ses sauveteurs ). On ignore ce qu’ils faisaient à son bord. Homes d’entretien, matelots, peintres, mécaniciens, cuistots, on ne sait. En tout cas il n’y avait aucun touriste accueilli à bord ce jour-là, c’est sûr ! Des ouvriers, logés sur place, et qui pour lutter contre les ardeurs du soleil en cabine avaient dressé devant les baies vitrées des couvertures ou des toiles, accrochées aux vergues (ici à droite). Une climatisation improvisée, de fortune ! On était loin, très loin, du clinquant affiché jadis à Venise ou à Cannes !!!

Le Phocéa n’est plus, aujourd’hui, il gît au fond de l’eau, même si c’est l’Enigma qui a officiellement coulé ! Un spécialiste (Taqweem el Seademon, qui se présente comme « Aqua Sapien ») nous explique ici les raisons possibles du départ du feu, pour lui aussi émanant du compartiment moteur : « le circuit électrique, les connexions lâches à la batterie, l’interrupteur et la rouille de l’ancienne batterie corrodée, les lignes électriques sont parmi les réseaux alimentant un incendie. Une inspection minutieuse doit également être faite de tous les colliers de conduite d’huile afin qu’aucun d’entre eux ne soit trop lâche pour provoquer le déversement du matériau inflammable, et pas non plus trop proches pour qu’ils « mordent  » sur les conduits de fumée et peuvent entraîner une fuite des conduits de fumée. Toute fuite peut également entraîner l’apparition d’un déversement d’essence ou de carburant diesel qui peuvent provoquer un incendie ou une explosion si le ventilateur de cale n’est pas mis en marche ou ne fonctionne pas correctement.
Une autre cause majeure d’incendies de navires courants est le mauvais entretien des locaux. Les incendies impliquant des voiliers de luxe à un million de dollars tels que M.Y Barbie, le M.Y The One,
(Le Barbie, 52 mètres, ici à gauche, qui a pris feu et a sombré ensuite le 4 janvier 2016 à Marmaris, en Turquie, l’incendie avait pris au départ dans le “The One”, autre yacht de 70 mètres !), M.Y Lalibela, M.Y Pamela IV ont tous été détruits dans les incendies causés par un entretien laxiste. On ne sait pas ce qui a causé l’incendie du M.Y Phocea le 18 février 2021. Mais il ne serait pas surprenant que la clé soit une ou plusieurs des raisons évoquées ci-dessus. »  L’ auteur ajoute que dans l’interview d’un des rescapés « il n’y a aucune mention des systèmes d’extinction et d’extinction de l’incendie »…. »En regardant la vidéo, j’ai senti la possibilité qu’ils n’avaient pas reçu une formation parfaite qui répond à la volonté du droit maritime. » En somme, qu’ils n’avaient pas fait fonctionner d’extincteurs et pas non plus su mettre à l’eau les bateaux de sauvetage gonflables pourtant visibles (et obligatoires) disposés sur le pont ! L’auteur rappelle que les malheureux à bord n’avaient semble-t-il donc rien pour s’échapper, et qu’ils ont dû agiter leurs t-shirts une fois enlevés pour attirer l’attention des bateaux avoisinants. (On note au passage que l’assurance avait dû verser 20 millions de dollars au propriétaire du Barbie : ici on ignore s’il l’était, ce qu’on ne pense pas, et qui aurait pu toucher le remboursement du sinistre, puisque Saken n’en est pas le propriétaire légitime !!!).

Ces incendies sont en effet dévastateurs. Autre exemple, le 21 janvier 2016, un incendie s’était déclaré dans la marina Ege Saray, à Fethiye cette fois, dans le sud-ouest de la Turquie. Un bateau avait été touché, un Princess 95, du nom de Queen Anna (ici à gauche), construit en 2009, et son voisin le Natalie. Avec toujours des images impressionnantes, notamment celle du skeeper (Vladimir Lopat ) resté à bord.. attendant d’être sauvé en tenant le bout de remorque, à deux pas de la fournaise, le propriétaire du yacht embrasé valant 4 millions de dollars était russe.

La politique irresponsable du Vanuatu continue

Au Vanuatu, Pascal Saken n’a plus bonne presse il semble bien. Ses protections ont sauté : l’ambassadeur du Vanuatu à Bruxelles, Roy Mickey Joy a perdu son poste en 2017, mais il sévit toujours depuis avril 2020 comme chef du Vanuatu Foreign Investment Promotion Authority (VFIPA) et comme Director General of the Ministry of Tourism and Trades du pays. C’est pourtant bien ses liens avec Saken qui l’avaient fait tomber rappelait-on en mars 2018: « le ministre de l’époque avait quelques inquiétudes quant aux performances de M. Joy en tant qu’ambassadeur à Bruxelles. Ces préoccupations comprennent: l’utilisation du fonds de mission pour payer son loyer résidentiel, l’implication de M. Joy dans un projet connu sous le nom de «projet Coconut» qui aurait mis en péril la réputation de Vanuatu auprès du Fonds européen de développement et la nomination par M. Joy d’un M. Pascal Saken comme député Ambassadeur, prétendument sans consultation préalable avec le ministère ». Mais le Vanuatu, hélas continue à qui-mieux mieux à vendre des passeports, un procédé devenu véritable ressource « naturelle » du pays… « Le Vanuatu a fait état jeudi soir d’un excédent budgétaire pour les six premiers mois de 2020 de 3,8 milliards de vatu (34,16 millions de dollars), entraîné par une augmentation de 32% des ventes de citoyenneté, d’une valeur de 7,1 milliards de vatu ».

Et comme ça continue à rapporter, les mêmes se repointent avec des arguments étonnants… suivez-bien, c’est… affligeant, encore une fois : « la société au centre du programme, Vanuatu Lifestyle ou VanLS, a récemment signé un accord avec le gouvernement de Vanuatu pour vendre la citoyenneté à 300 apatrides ou nomades, qui n’ont pas de documents de citoyenneté existants. Mais les passeports coûtent plus de 130 000 $ US. Thi Tham Goiset (lire ici) , directeur de Vanuatu Lifestyle, a déclaré que cette nouvelle initiative était un moyen de soutenir les personnes confrontées à la discrimination dans leur pays d’origine. « Vous avez aujourd’hui des apatrides qui sont riches », a déclaré Mme Goiset (ici à droite, un cliché ancien). «Ils peuvent prendre la citoyenneté de Vanuatu pour que leurs enfants puissent aller à Londres pour étudier, aller en France pour étudier (…) Cela inclut les Rohingyas, une minorité ethnique qui vit dans le pays d’Asie du Sud-Est du Myanmar, mais qui n’est pas reconnue comme ses citoyens, ainsi que certaines personnes vivant dans les pays de l’ancienne Union soviétique d’Europe, qui ont perdu leur citoyenneté lorsque des pays comme l’Estonie ont accédé à l’indépendance…. » et c’est reparti avec la même personne, Thi Tham Goiset, qui vend sans vergogne l’honneur de son pays à la découpe et embarque le malheur des Rohingyas avec elle, de façon honteuse ! Madame 15% n’a toujours pas changé… au contraire même, chez elle, désormais le désir d’argent embarque tout et toutes les considérations, même les plus humanitaires !!

Restent les propriétaires véritables du navire disparu : les deux flambeurs de Pixmania sont expatriés l’un et l’autre, mais Xaviel Niel habite toujours en France (dans sa réplique du Petit Trianon de Versailles, dans le quartier de la Muette, dans le 16 arrondissement de Paris- achetée 11 millions en 2005), et la perte de son bateau ne semble pas l’avoir beaucoup affecté. Sa valeur représentait peanuts chez lui, une aiguille minuscule perdue dans la botte de billets de son immense fortune accumulée. Son silence actuel en dit long sur cette très durable saga, dans laquelle il aura bien pris soin de se faire le plus discret possible, pendant une dizaine d’années, révélant ainsi un trait de caractère perçu des ses débuts et ses tous premiers déboires avec la justice, en compagnie de Fernand Develter, des histoires vite étouffées (qui se souvient de la «  fantastique culbute du 13 mars 2002 ?« ….(11). Bernard Tapie lui, vient de refaire la une des journaux mais il n’y est pour rien cette fois tout au contraire : ceux qui ont tenté de l’extorquer semblent avoir raté un épisode, car il est aujourd’hui en fort mauvaise santé et passablement ruiné. Pascal Anh Quan Saken, lui, qui ne donne plus aucun signe de vie depuis des mois, est sans doute déjà reparti ailleurs, comme on l’a vu, à ses affaires… douteuses, mais en se faisant (enfin) plus invisible, cette fois. Ce beau bateau volé était décidément vraiment maudit !

 

 

(1) « Le choix de Malte est embarrassant pour la onzième fortune française, qui vante ses réalisations dans l’Hexagone (aide aux start-up, École 42) et l’attractivité du pays. « La France est un paradis fiscal », a lancé Xavier Niel à plusieurs reprises. « J’investis et je crois dans ce pays […]. C’est plus simple de créer sa boîte en France qu’aux États-Unis », ajoutait-il en 2014. Il n’a pourtant vu aucun inconvénient à localiser le Phocéa à Malte, le paradis fiscal des yachts ». « Contacté, Xavier Niel n’a pas souhaité exprimer publiquement sa position sur cette affaire. Est-il gêné d’avoir logé le Phocéa dans une structure maltaise ? À moins qu’il n’ait honte des péripéties du yacht, dont l’histoire a tourné au mauvais polar. Niel et les frères Rosenblum l’ont en effet confié en 2012 à un sulfureux homme d’affaires soupçonné de trafic d’armes et de drogue, ce qui a valu au Phocéa d’être bloqué pendant dix mois au Vanuatu. Plus étonnant encore, cinq ans après les faits, Xavier Niel et ses associés n’ont toujours pas réussi à récupérer leur bien ! Les frères Rosenblum semblent avoir tout fait pour éviter que le nom de leur ami Niel ne soit associé à cette affaire. En 2014, ils déclaraient dans Marianne en être « les seuls propriétaires ». Deux ans plus tard, dans le livre Xavier Niel, la voie du pirate, de Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette (éditions First, octobre 2016), Steve Rosenblum indiquait que le fondateur de Free n’était qu’un actionnaire parmi d’autres, alors qu’il détient la moitié du Phocéa. « Je n’ai pas souvenir d’avoir dit ça », nous indique aujourd’hui Steve Rosenblum, qui raconte pour la première fois ses déboires avec le navire. »

(2) ça donnait ça comme design à l’origine : un monstrueux bolide !

(3) la voici telle que montrée dans son site :

Son avocat, Juris Gulbis, (rebaptisé Juris Gulbis Saken au Vanuatu !) aujourd’hui interdit de séjour aux Fidji, fera de même avec le Figaro. La lettre était signée de cette personne , responsable juridique au Figaro. L’intimidation avait marché de la même façon ! Mais l’article, lui, est toujours en ligne, au Figaro !!! Trop drôle ! Ici on peut lire ceci en plus : « d’après la déclaration de la police, le bateau voyageait du Panama à Tonga via l’Italie. Il se trouvait à Vila Harbour depuis le samedi d’avant et sa destination suivante était la Papouasie Nouvelle Guinée. La police a également indiqué que le bateau avait déjà été arrêté en Thaïlande plus tôt cette année pour trafic d’armes illégal. Il se rendait alors au Vietnam. La police a trouvé à bord une vingtaine d’armes à feu, des papiers incluant des faux passeports, de l’argent et de la drogue. » On pourra lire ceci à ce propos  : « Pascal Saken est furieux que sa réputation soit entachée (il obtiendra le retrait de plusieurs articles de presse) et surtout que « son » Phocéa soit toujours bloqué au Vanuatu. Saken prétend en effet en être le propriétaire, alors qu’il appartient toujours à Xavier Niel et aux frères Rosenblum. Le 14 janvier 2013, l’autorité maritime de Malte a d’ailleurs retiré au Phocéa son pavillon maltais pour violation de la réglementation. Selon Radio New Zealand, l’immatriculation avait été obtenue par Saken « sans preuve de propriété et autres documents d’enregistrement »… À Paris, Steve Rosenblum tombe des nues : « Quand je découvre l’affaire, je lui dis c’est quoi ces conneries ? Il [Pascal Saken – ndlr] me répond que les Vanuatais sont des fous et qu’ils essayent de l’extorquer mais que ça va se régler. Ça a pris le temps que ça a pris, mais la réalité, c’est qu’il est reparti avec le navire. » Le Phocéa a bien été volé, reconnaissait alors l’un de ses propriétaires !! Sans broncher plus que cela…

(4) Saken a réussi à le glisser dans le film Pattaya réalisé par Franck Gastambide, où il illustre la chanson d’Alonso, rappeur marseillais disque de platine en 2016. Il s’en servira pour faire la promotion du navire. Dans le film apparaissent Gad Elmaleh, Cyril Hanouna…et Johnny Hallyday ! Le rappeur et sa poignée de mannequins (ici à gauche) ne savaient pas qu’ils évoluaient alors sur une bombe potentielle…

(5) décrites dans cet affligeant texte lu chez le Parisien du 14 avril 2015 : « Patong beach, île de Phuket, Thaïlande. Ses néons, ses couleurs, ses décibels assourdissants, ses gogo danseuses, ses plages, ses touristes venus s’encanailler¦ et ses airs de cité de banlieue parisienne. « Un nouveau département de France », s’exclamait mi-mars, entre deux bars de Bangla Road, la rue où bat le cœur de Patong, un vacancier français. Pendant l’hiver, les jeunes des cités grises de la petite couronne investissent ce coin de l’île de Phuket, centre névralgique du tourisme sexuel et festif. A plus de 10 000 kilomètres de chez eux, ils y ont créé leur autre banlieue. Qu’ils y passent de simples vacances ou viennent y dépenser l’argent du trafic de cannabis, loin des brigades des stups, ils se retrouvent dans les mêmes bars, les mêmes boîtes de nuit, les mêmes hôtels et sur les mêmes plages. La cité et les codes de ceux que les Thaïlandais de Phuket appellent les French Arabics (Arabes français) y sont reconstitués. D’ailleurs, un quartier entier de Patong est rebaptisé « Les 4 000 », du nom d’une cité de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis ». « Un succès La clientèle des cités est si importante à Phuket que les rappeurs français viennent s’y produire. Le 11 mars, la nouvelle coqueluche des amateurs de rap, Gradur (ici à droite), fait un concert au Seduction, la discothèque la plus prisée. A 24 ans, « L’Homme au bob », du nom de son album, se devait de se produire à Patong, « qui fait désormais partie du circuit de la réussite, autant que certaines salles de la région parisienne, de Marseille ou de Lyon », explique Alex Kirchhoff, directeur de son label, Millenium Barclay. « En Thaïlande, les jeunes de banlieue fréquentent des établissements tenus par des Français, qui font venir les rappeurs parce qu’ils ont le public », poursuit-il. Le lendemain du concert de Gradur, l’Illuzion, l’autre grosse discothèque de Bangla Road, riposte en accueillant sur scène le rappeur franco-algérien Rim’K et la chanteuse de R’n’B Kayna Samet« . Ici, la poursuite en 2018 des faits devenus habituels en forum…

(6) tout le monde l’a oublié, mais dans les gens coincés au Vanuatu à bord du Phocéa il y avait un… serbe, Branislav Gobelijic. Etrange personnage encore : c’est le patron de Voda Vrnjci A.D., entreprise côtée en Bourse à Belgrade, connue aussi sous le nom de Voda Vrnjci AD, Voda Vrnjci JSC et Factory Voda Vrnjci, installée à Vrnjacka Banja, en Serbie et productrice… d’eau minérale ! A l’époque, il résidait déjà à Port Vila !

(7) Extrait de The Diplomat, 25 mars 2021, par Timothy L. Quintero : « Ce phénomène du crime organisé vietnamien en Tchéquie, et une population vietnamienne relativement importante en général, au nombre d’environ 100 000, est le sous-produit d’une vague d’immigration massive du milieu des années 70 à la fin des années 80. Au cours de cette période, la Tchécoslovaquie communiste a importé de la main-d’œuvre du Vietnam allié, selon le South China Morning Post. Le crime organisé vietnamien en Tchéquie a progressivement évolué, passant de la concentration sur les produits de contrefaçon au début des années 1990 au commerce du cannabis au début des années, puis au commerce de la méthamphétamine au cours de la dernière décennie. En 2018, le politicien tchèque Lubomír Zaorálek, alors président de la commission des affaires étrangères, a déclaré à ses collègues lors d’une réunion que «le Vietnam est un crime organisé et est devenu un risque sécuritaire de premier ordre». Il a également déclaré que la mafia vietnamienne exploite fréquemment les visas d’étudiants pour amener des criminels en Tchéquie. Le trafic vietnamien est le plus visible dans de nombreux marchés aux puces gérés par des Vietnamiens situés le long de la frontière tchéco-allemande de 814 kilomètres. Ces sites servent de véritables marchés de méthamphétamine en plein air, où les touristes et les marchands de vitesse traversent la frontière allemande pour acheter la drogue, selon l’enquête du SCMP. Sur ces marchés frontaliers, la méthamphétamine est «exportée en quantités allant de quelques grammes à des centaines de grammes», selon le rapport de la NPC. Le rapport de l’APN cite une petite opération vietnamienne sur le marché du mont Saint-Sébastien dans le district de Chomutov que la police a arrêtée l’année dernière, où les concessionnaires vendaient environ 100 grammes par transaction. L’opération «Nord», le plus grand buste de méthamphétamine de 2019, visait un réseau de contrebande transfrontalier impliquant 26 personnes de Tchéquie, du Vietnam, des Pays-Bas et d’Allemagne. L’APN a déclaré que la police tchèque avait coopéré avec les autorités néerlandaises, belges et allemandes dans cette affaire. Cette affaire est actuellement jugée par le tribunal de district de Litomerice, selon les médias tchèques. Vingt-deux membres de ce gang vietnamo-tchèque sont accusés d’avoir acheté des précurseurs chimiques et de l’équipement pour la production de méthamphétamine en Tchéquie et de faire cuire la drogue dans de grands laboratoires domiciliés aux Pays-Bas. Les courriers ont ramené en contrebande des centaines de kilogrammes de méthamphétamine en République tchèque, distribuant la drogue à Prague et à Usti nad Labem. Le gang a également vendu de la méthamphétamine en Allemagne. Ce complot aurait eu lieu entre 2017 et 2019. L’évaluation conjointe de l’EMCCDA et d’Europol a déclaré que «les GCO vietnamiens sont également impliqués dans le trafic et la distribution de méthamphétamine dans plusieurs autres pays de l’UE». Au cours des trois dernières années, «ils ont également augmenté progressivement leurs activités dans les États membres limitrophes de la Tchéquie», selon le rapport. »

(8) ainsi répertoriée sur le net et repérée par les mots-clés choisis par Saken lui-même : http://agilityshipping.net.htmlexaminer.com

IP address: 205.234.195.64

Agility Shipping – Shipping of frozen medicine and chemicals

author: Pascal Saken

keywords :Shipping, transportation, frozen medicine, chemicals, Pascal Saken, businessman pascal saken, Pascal vu anh quan saken, Phocea, billionaires yacht club, Vu Anh Quan Vanuatu, Saken, yacht Phocea, Vu Anh Kuan, Saken Pascal Vanuatu, Saken Vu Anh Quan, Billionaire Yacht Club, Vanuatu luxury yachts, Shanghai Billionaire Club, Yart Marine, Vanuatu, Port Vila, Pascal Saken News, Vu Anh Quan Port Vila, Pascal Vu Anh Quan Saken Phocea.

Le site Phoceayacht.com déposé par Saken est de la même veine. On y trouve ceci :

« Shipyard Stealthmarine in Phuket, Thailand – building of military-grade yachts » c’est en fait la description de leur fameux modèle « argentin » Tnago 48, devenu camouflé et baptisé « Assault52 » par Saken.

(9) boiseries, vernis abondants à bord, aménagements intérieurs avec tissu abondants, une vraie calamité chez les yachts à voile. L’autre géant EOS, trois mâts et 93 mètres de long (moins racé) appartenant au roi de la TV Barry Diller et à sa femme, plus connue, Diane von Furstenberg, avait pris feu à quai le 2 juin 2012 mais les pompiers d’Oslo présents sur  place avaient vite éteint l’incendie (ici à droite).

(10) on peut le supposer car l’emploi d’étrangers est réglementé là-bas et contrôlé, notamment par le Foreign Business Act. Ce qui empêche ce genre d’arnaques : celle de l’agence Tranlee Travel Co Ltd et son patron Kritchakorn Rungmongkolnam, employait des chinois présentant de faux papiers thaïlandais : il possédait 100 voitures et 30 bateaux à Phuket. Il a écopé de 7 de prison ferme.

(11) un gars qui a toujours fait dans la discrétion : « si son passage en prison pour ses investissements hasardeux dans des sex-shops en 2004 est bien connu (un traumatisme encore prenant pour le patron), Niel a subi une perquisition et un interrogatoire musclé au milieu des années 90. Sa société Fermic (l’ancêtre d’Iliad) qui détient de nombreux services Minitel (des sites coquins aux annuaires comme 3615 Annu) est accusée d’être à l’origine d’une arnaque jamais vue dans le milieu. Certaines sociétés comme Le Crédit Lyonnais ou l’ANPE découvrent en effet que leurs Minitel se connectent tous seuls la nuit pendant des heures sur les services de Fermic. Les compteurs de la société s’affolent chaque nuit. Fermic reconnaît « l’astuce ». Elle a bien proposé à des agents de sécurité de grandes sociétés de gagner des cadeaux en allumant des Minitels la nuit… Les techniciens de l’entreprise ont même mis au point un logiciel qui éteint automatiquement les appareils tous les matins à 8 heures. Ni vu ni connu. Heureusement pour Niel et Fermic les poursuites seront abandonnées, les sociétés craignant d’être tancées pour leurs failles de sécurité…  » (lire ici). Le « discret » est un killer nous montre ce reportage saisissant.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

-Document : le tout premier texte sur Agoravox, en date du 20 novembre 2012, celui attaqué par l’avocat de Saken : il s’intitulait « le Phocéa de nanard comme transporteur d’opium ! » C’était déjà le N°59 de Coke en Stock !!!

PHOCEA first

-Note supplémentaire : Les complotistes ne pouvaient pas laisser passer l’occasion  !!!  Comme ils sont doués dans le genre, comme on l’a vu ici avec notre nouvelle icône du genre, certains vont réussir à faire le mix entre l’affaire du MH370 disparu et le Phocéa… du grand art et de la très haute acrobatie sur fil de désinfo !! C’est sans surprise sur le site poubelle Before It News que l’on découvre cet effarent texte paru en août 2018, colporté par « Veritas370 » le mal nommé, créé par Christopher Goodfellow (provenant de Ramadhian Fadillah de « merdeka.com »). « Une autre théorie sur la disparition des avions MH370 de Malaysia Airlines. Il y a des allégations selon lesquelles l’avion aurait été transporté en Papouasie-Nouvelle-Guinée par un groupe inconnu. Possible par les passeurs ou la mafia de la drogue. Le site d’information de l’Envoyé de Malaisie a cité Beforeitsnews.com, expliquant l’analyse. Beforeitsnews.com est un site qui présente des analyses et des théories du complot. Dans leur analyse, l’année dernière, il y avait un cas qui était presque le même. Un avion aurait été perdu, il a été utilisé par un groupe secret. On pense que l’avion MH370 était impliqué dans un piratage qui imitait les tactiques de deux mafieux de la drogue nés au Vanuatu et basés au Vanuatu, Vu Anh Quan Saken et sa sœur (sic), Charles Henry Quan. Les deux sont connus sous le nom de Saken Brothers. Lors de l’incident du 17 janvier 2013, a rapporté Beforeitsnews.com, un avion d’Angleterre (?) au Mali. Mais sans se faire remarquer, l’avion s’est tourné vers Vanuatu et a récupéré les Saken Brothers. Pendant le vol, les frères Saken étaient accompagnés de trois gardes du corps. Tous les anciens membres de l’élite de l’armée britannique. L’avion signalé a disparu et s’est arrêté aux Maldives pour faire le plein. Eh bien, c’est là que l’avion MH370 de Malaysia Airlines serait perdu. Des Maldives, ils ont atterri à Port Moresby en Papouasie-Nouvelle-Guinée. On soupçonne que ce cas n’a pas été découvert parce qu’il y aurait eu un complot entre le gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée, les États-Unis et les Saken Brothers.  » Sidérant de bêtise crasse, le télescopage des deux affaires dans la moulinette conspi !!!

Les épisodes précédents :

Le kidnapping du Phocéa (1) : la capture

Le kidnapping du Phocea (2) : l’installation au Vanuatu, le trafic de passeports

Le kidnapping du Phocea (3) : le Vanuatu et ses divers trafics

Le kidnapping du Phocea (4) : de bien curieux amis

Le kidnapping du Phocéa (5) : une escroquerie sur les terres, pour commencer

Le kidnapping du Phocéa (6) : après le yacht, le jet privé et son long périple

Le kidnapping du Phocea (7) : maquillages de bateaux et fortes suspicions

Le kidnapping du Phocea (8) : les propriétaires qui l’abandonnent, et un bateau qui redevient épave

Le kidnapping du Phocéa (9) : l’explosion de 2016

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