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Le culte des exportations

Dans un petit article r?cemment paru dans Les Affaires, l’?conomiste Stephen Gordon de l’Universit? Laval d?clarait que:

 » L’objectif d’un pays devrait ?tre d’importer, et non d’exporter « 

Cela peut para?tre ?trange ou ? tout le moins controvers??au commun des mortels ?tant donn? la forte importance accord?e aux exporations par les politiciens et certains ?conomistes peu recommendables. Est-ce que ce biais est un r?sidu des politiques mercantilistes d’il y a quelques si?cles, de l’ignorance pure et simple ou encore de la d?sinformation intentionnelle visant ? promouvoir les subventions aux entreprises exportatrices disposant de puissants lobbys?

Comme je l’expliquais dans un r?cent billet en pr?sentant l’exemple de la Chine,?la croyance?qu’une devise d?valu?e peut relancer l’?conomie d’un pays en stimulant ses exportations est tr?s r?pandue.

Tromp?s par la formule:

Plusieurs personnes sont simplement d?rout?es par la formule du calcul du PIB par les d?penses:

PIB = C + I + G + X – M

Ceux-ci croient ? tort qu’en r?duisant M (les importations), on peut augmenter le PIB. ?videmment, les importations sont en fait de la consommation et de l’investissement qui ont ?t? consomm?s ici, mais pas produits ici; il faut donc les soustraire du PIB. Cons?quemment, si on r?duit M, on r?duit aussi C et I, donc le r?sultat final est neutre pour le PIB.

La d?valuation?de la devise:

Certains autres se plaignent?lorsque la devise de leur pays s’appr?cie?et de son impact n?gatif sur certaines entreprises exportatrices. Certains voudraient m?me que l’?tat intervienne pour d?valuer la monnaie de leur pays pour favoriser les exportations au d?triment des importations.

Lorsqu’une banque centrale annonce un assouplissement de sa politique mon?taire, lequel sera accompagn? d’une acc?l?ration de la cr?ation de monnaie, la r?ponse des march?s mon?taires se traduit par une d?pr?ciation de la devise du pays. Cela rend les exportations de ce pays moins ch?res aux yeux des ?trangers, qui importeront davantage de biens de ce pays. On peut donc dire que la comp?titivit? des exportateurs de ce pays s’am?liore lorsque la devise se d?value.

Cependant, les citoyens de ce pays doivent maintenant payer plus cher pour les biens qu’ils importent d’autres pays ?tant donn? la perte de pouvoir d’achat de leur devise. En somme, en raison de la perte de valeur de sa devise, ce pays obtient moins d’importations pour la m?me quantit? d’exportations et sa population doit donc moins consommer (i.e. le?niveau de vie?a diminu?).

Au bout d’un certain temps, l’inflation engendr?e par la cr?ation de monnaie fera augmenter les prix, et donc les co?ts de production des exportateurs, ce qui fera en sorte de r?duire leur comp?titivit? sur les march?s ?trangers. Ce sera donc le retour ? la case d?part, mais avec une devise d?pr?ci?e et donc des d’importations plus dispendieuses.

Voici le raisonnement de Ludwig Von Mises ? cet ?gard:

The much talked about advantages which devaluation secures in foreign trade and tourism, are entirely due to the fact that the adjustment of domestic prices and wage rates to the state of affairs created by devaluation requires some time. As long as this adjustment process is not yet completed, exporting is encouraged and importing is discouraged. However, this merely means that in this interval the citizens of the devaluating country are getting less for what they are selling abroad and paying more for what they are buying abroad; concomitantly they must restrict their consumption. This effect may appear as a boon in the opinion of those for whom the balance of trade is the yardstick of a nation’s welfare. In plain language it is to be described in this way: The British citizen must export more British goods in order to buy that quantity of tea which he received before the devaluation for a smaller quantity of exported British goods.

Ainsi, lorsqu’un pays comme la Chine maintient sa devise sous-?valu?e, il nous rend service au d?triment de sa population. Il nous permet d’importer des biens ? rabais et donc d’augmenter notre niveau de vie.

Favoriser les importations?:

Lorsque Stephen Gordon nous dit que l’objectif d’un pays devrait ?tre de favoriser les importations plut?t que les exportations, il ne veut ?videmment pas dire que nous devrions d?lib?remment restreindre nos exportations. Il veut simplement dire qu’il est inutile,?et m?me destructeur de richesse, d’adopter des politiques visant ? favoriser nos exportations ou ? restreindre nos importations.

D’ailleurs, m?me pour une province exportatrice comme le Qu?bec, un taux de change qui s’appr?cie est une tr?s bonne chose. ?a augmente notre pouvoir d’achat en tant que consommateurs, mais aussi en tant qu’investisseurs. Ces investissements favorisent l’innovation, l’am?lioration de la productivit? et la cr?ation de richesse.

De 2002 ? 2008, le Qu?bec a connu une forte p?riode d’expansion ?conomique, et ce, malgr? l’appr?ciation du taux de change et en d?pit du d?clin des exportations. Le taux d’emploi a atteint un niveau maximum et le taux de ch?mage est tomb? ? un plancher historique. C’est vrai que des gens ont perdu leur travail dans certains secteurs, mais la force du huard a rendu nos importations moins co?teuses. Cela a augment? notre pouvoir d’achat et stimul? la demande pour d’autres biens et services produits au Qu?bec. Enfin, une personne qui perd son emploi dans un secteur d’exportation au Qu?bec peut en trouver un autre pour desservir le march? int?rieur.

Quel a ?t? l?impact r?el de l?appr?ciation du dollar canadien sur l?emploi manufacturier au Qu?bec? Les emplois ont pu ?tre perdus pour toutes sortes de raisons (changements dans l?industrie, apparition de nouveaux comp?titeurs, baisse de la demande globale, innovation, etc). ? cet ?gard, je suis enti?rement d?accord avec l?explication de David Gagnon de Antagoniste?:

??Depuis 2002, on peut effectivement observer un d?clin relativement important de l?emploi dans le secteur manufacturier au Qu?bec.? Par contre, le niveau de production (mesur? par le PIB) est rest? relativement stable.? Conclusion: on produit autant qu?en 2002, mais avec moins d?employ?s, autrement dit, la productivit? a augment?.? En 2002, chaque travailleur dans le secteur manufacturier produisait 73 151$ et en 2007 on est pass? ? 83 294$.??

Ainsi, la hausse du dollar a forc? (voire permis ?) certaines industrie ? am?liorer leur productivit? et leur comp?titivit? plut?t que de se fier sur une devise faible pour masquer leur manque de comp?titivit?.

Le commerce international, comme n?importe quel ?change, consiste ? ?changer un bien?pour un autre bien qui nous procure davantage d?utilit?. Ainsi, les deux parties de l??change am?liorent leur utilit? ?conomique. Si le Qu?bec est un importateur d’un bien en particulier, c?est parce qu?il y voit un avantage. Lorsque ce ne sera plus le cas, nous n?en importerons plus, c?est tout. Adam Smith a d?montr? ? quel point la division du travail am?liore le niveau de vie de la soci?t?. Cela implique que nous ne pouvons produire l?ensemble des biens et services dont nous avons besoin. C?est pourquoi nous faisons du commerce international et importons ces biens et services que nous ne produisons pas ? meilleur prix que si nous les produisions nous-m?mes.

Une nation n’a donc aucune raison de vouloir ?tre exportatrice et d’avoir une balance commerciale positive; ?a ne fera pas n?cessairement d’elle une nation plus riche.

Le Minarchiste

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6 Commentaire

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    (Je vous mets ici copie du commentaire que je vous fais sur le site des « 7 du Québec » . Ce genre de pirouette deviendra inutile dans une dizaine de jours, quand les améliorations au site CentPapiers rendront ces renvois automatique)

    @ Minarchiste:

    “… dans un marché libre, pour qu’une entreprise fasse du profit, il est impératif que celle-ci produise des biens qui “plaisent” aux consommateurs en terme de prix et de qualité.. ”

    Le marché libre est dans les contes de fées, avec la main invisible et la concurrence parfaite. Dans le monde réel, il y a longtemps que c’est l’offre qui domine la demande et quand le systeme se “corporatise”, comme maintenant, la demande n’a que le droit de tourner en rond dans le tout petit enclos où le capital l’envoie paître.

    Si vous preniez le temps de lire le texte en lien, que j’ai écrit à partir d’une observation et d’une reflexion personnelle – et non de l’exégèse des sourates de mon gourou – nous pourrions peut-être faire un pas vers la convergence sans laquelle, que nous soyons de gauche ou de droite, nous resterons indéfiniment tributaires des banquiers-brigands.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/18/le-baccarat-des-inities/

    et la suite…

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/02/19/les-joueurs-bien-eleves/

    Pierre JC Allard

  2. avatar

    @PJCA

    Le marché libre n’est pas un conte de fée; les obstacles à la concurrence sont presque toujours étatiques et doivent/peuvent être éliminés. Ça s’appelle la libéralisation (dans le vrai sens du mot).

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/03/05/la-concurrence-et-le-bon-fonctionnement-dun-marche/

    D’ailleurs, votre premier lien illustre bien que l’un de ces mécanismes qui bloquent la concurrence et protègent les cartels est la propriété intellectuelle. Cette institution étatique ne ferait certainement pas partie d’une minarchie:

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/03/08/de-la-propriete-intellectuelle/

    Sans elles, plusieurs industries dans lesquelles oeuvrent les Fortune 500 seraient beaucoup plus compétitives.

  3. avatar

    @ minarchiste:

    Ce qui rend une discussion constructive difficile entre nous, ce sont nos accords plutôt que nos désaccords. Si j’étais un étatiste collectiviste convaincu, nous pourrions étaler nos arguments et laisser le lecteur éclairé en décider. Mais ce n’est pas ça.

    Je suis convaincu qu’un processus de marché est le meilleur déterminant pour les prix et je pense que l’avenir de la société est entrepreneurial. Comme je suis persuadé que le travailleur de l’avenir sera un autonome rémunéré selon ses résultats.

    Nous ne sommes donc pas l’un pour l’autre des mécréants, mais des zélateurs de chapelles voisines et j’ai bien peur que le lecteur n’y perde son latin.

    Prenons votre premier paragraphe.

    « Le marché libre n’est pas un conte de fée ». Vous le dites, vous ne l’argumentez pas. Dans l’article que vous mettez en référence, vous expliquez très bien pourquoi il n’est pas libre. On remplacerait avantageusement par cette explication mon énoncé lapidaire disant que c’est un conte de fée… mais,ce serait plus long. Le résultat des courses, c’est que nous sommes tous les deux d’accord que le marché n’est pas libre.

    « Les obstacles à la concurrence sont presque toujours étatiques et doivent/peuvent être éliminés. » Vous dites « presque toujours » et j’aurais dit « très souvent ». Nous sommes tous les deux d’accord que l’État pose des obstacles à la concurrence, mais qu’il n’est le seul facteur à le faire.

    « Ça s’appelle la libéralisation (dans le vrai sens du mot) » Je pense que vous serez d’accord avec moi que le mot a bien des sens et qu’il n’y a pas consensus. C’est en comparant TOUT ce qu’implique pour vous et pour moi « liberalisation’ qu’on trouverait des différences, une exercice auquel nous ne nous livrerons pas ici…

    N’est-il pas clair que c’est au palier des décimales – après un point que nous posons tous les deux – que nous divergeons d’opinions ?

    Je pense que notre débat est plutôt entre un dogmatisme que je perçois dans votre approche et ce que vous voyez sans doute comme des compromissions dans la mienne… , mais que j’interprète naturellement comme un sain pragmatisme

    Il reste que, quand on montera les barricades, nous serons probablement du même côté … au moins pour la première bataille 🙂

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/09/14/la-concurrence/

    Pierre JC Allard

  4. avatar

    @PJCA

    Je vois où vous voulez en venir.En effet, dans cette optique, le capitalisme et le libre-marché sont des contes de fées.

    « Il reste que, quand on montera les barricades, nous serons probablement du même côté … au moins pour la première bataille »

    …mais nos prescriptions politiques sont pourtant fort différentes…

  5. avatar

    @ Minarchiste:

    Premier objectif: Enlevez le pouvoir aux banquiers. La seule alternative crédible immédiate, c’est que l’État le fasse, au nom de la collectivité. On peut penser ensuite a diminuer le rôle de l’État, mais HIC et NUNC, il n’y a que l’État qui a l’autorité de leur passer les menottes et de contrôler l’émission de monnaie.

    Deuxième objectif, mette en circulation une monnaie qui ait une vraie valeur. Nous pouvons penser à ce que l’or serve de monnaie – vous oui, moi, non – mais dans l’immédiat vous ne ferez pas vos emplettes avec de petites pépites, un bac d’eau regale et une balance. Il faut une monnaie scripturale. Seul l’État peut émettre et certifier l’authenticité de ces scripts. Je suggere que ce soit fait en toute transparence et sous contrôle citoyen. N’êtes vous pas d’accord ?

    Si on descend dans la rue – simple figure de style, bien sûr – nous devrions tous, de gauche a droite, être d’accord pour ça. Apres, on se chamaillera … :-))

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2005/12/19/01-la-richesse-et-son-double/ ( et les articles suivants)

    Pierre JC Allard