Accueil / A U T E U R S / LES 7 DU QUÉBEC / André Lefebvre / Le commerce préhistorique (4)

Le commerce préhistorique (4)

 

Les hommes s’installent au pouvoir

En sumérien, Inanna était interprété comme dérivant de nin.an.a(k), « Dame du Ciel ». Inanna est en particulier la déesse tutélaire de la ville d’Uruk. On devrait peut-être considérer l’origine d’Uruk comme le résultat du vol des « ME » d’EN.KI par I.NAN.NA décrit dans le texte intitulé Inanna et Enki. Elle les lui avait volés pour pouvoir construire son propre « centre civilisé » et chronologiquement, comme le démontre l’archéologie, Uruk suit de près l’existence d’Eridu, la ville d’EN.KI. Cette histoire du vol des ME par Inanna date donc de -4,000 av J.C. (avènement d’Uruk) et donc avant l’écriture.

Période Guti (-2200-2120 av J.C.) Les Gutis viennent d’une région, le Gutium, localisée quelque part dans le Zagros occidental, dans les montagnes entre le lac d’Urmiah et le bassin de la Diyala, peut-être plus précisément entre le Tigre à l’ouest, le Grand Zab au nord et le Petit Zab au sud. La localisation exacte est discutée, aucune étude archéologique n’ayant identifié de culture matérielle Guti. Ils apparaissent sous le règne de Shar-kali-sharri (-2217 à -2193 av. J.-C.) dans des textes de la Babylonie centrale (Umma, Adab et peut-être aussi Lagash) où une forte communauté Guti est établie, nécessitant la présence d’un interprète (Champlain aurait dit : un « truchement ») parlant leur langue dans l’administration locale qui les emploie. Ils vont constituer une entité politique au moment de la désagrégation de l’empire d’Akkad durant les dernières années de règne de Shar-kali-sharri. Celui-ci les affronte à deux reprises et capture leur roi Sarlak. La tradition mésopotamienne a attribué aux Gutis la responsabilité de la chute d’Akkad. Il est prouvé que des rois Gutis ont dominé une partie de la Basse-Mésopotamie à cette période puisqu’on y retrouve des inscriptions de leurs rois. Ce qui signifierait, une fois de plus, que la « tradition » est exacte historiquement.

Erridu-pizir, fils d’Enridapizir, est l’un d’entre eux. Il a laissé des inscriptions sur des statues dans un temple de Nippur, la cité « sainte » (ou plutôt le centre du pouvoir commercial) du sud mésopotamien. Il s’y proclame « Roi (Grand Homme) puissant, roi (Grand Homme) de Gutium, et Roi (Grand Homme) des quatre rives (de la terre) ».

La tradition historiographique mésopotamienne la plus courante (celle des scribes de Nippur), attribue la domination sur la région à une dynastie de 21 rois Gutis sur une période de 91 ans (ou 124 selon une autre version), entre deux dynasties venant d’Uruk. Au moins deux rois de ceux mentionnés dans la Liste, Yarlaganda et Si’um, sont présentés comme les suzerains d’Umma par les gouverneurs de cette cité.

Umma est une ancienne cité du pays de Sumer. Le site de la ville s’étend sur une colline dominant une plaine qui, à l’époque sumérienne, possédait un système d’irrigation et était cultivée. La ville étant éloignée des fleuves le Tigre et l’Euphrate, s’entourait d’un ensemble de canaux suffisamment larges pour permettre aux bateaux venant des fleuves d’y accoster et échanger leurs marchandises. Nous avons connaissance de l’histoire de la cité par les archives de Lagash qui nous renseigne sur les querelles entre ces deux Cités-États au sujet d’une palmeraie (définitivement d’un intérêt commercial) qui leur servait de frontière, la palmeraie Gu-Edinna.

Plusieurs « rois/Grand Hommes » Gutis ont dû régner au même moment sur des territoires différents. La période à laquelle ces rois ont pu régner semble ne durer qu’un demi-siècle environ et il a été mis en évidence que plusieurs noms de rois Gutis étaient « sans doute » des inventions de scribes sumériens même si d’autres sont bien avérés (il est bien évident qu’un scribe du cunéiforme se doit de meubler son temps avec l’ajout « d’écrits inventifs », n’ayant pas suffisamment de travail en écrivant la simple réalité. Remarquez, en plus, qu’ici on a insisté pour écrire « sans doute » afin d’atténuer le fait que, justement, c’est très douteux. C’est toujours le cas pour tous les « sans doute » que vous pouvez rencontrer).

La réalité serait plutôt que les Gutis se soient révoltés contre le pouvoir commercial « unique » de l’Empire centralisé pour rétablir le système politique antérieur des Cités-États indépendantes permettant des prix compétitifs. Ce qui augmente énormément le nombre de « rois » dont plusieurs passent alors, nécessairement, inaperçus dans l’histoire officielle.

Ces rois côtoyaient alors d’autres entités politiques qui avaient émergée durant la désagrégation de l’empire d’Akkad; comme le royaume d’Uruk, celui de la dynastie de Gudea à Lagash, celui de Puzur-Inshushinak en Élam, et aussi les derniers descendants des rois d’Akkad (Dudu, Shu-turul) qui occupaient encore la région de la ville d’Akkad.

Le dernier roi de la dynastie Guti dans la Liste royale sumérienne, Tirigan, a été vaincu par Utu-hegal d’Uruk (-2124-2113 av. J.-C.). Il rétablit l’unité de la Basse-Mésopotamie, son entreprise servant de base à la constitution de l’empire de la Troisième dynastie d’Ur par son frère Ur-Nammu. Le rétablissement des prix compétitifs de l’ancienne politique des Cités-États indépendantes avait échoué. Mais en -2004 av J.C., on reviendra à la charge et les Gutis participeront à la destruction de la troisième dynastie d’UR.

Ces Gutis ne disparaîtront pas de l’histoire, puisqu’ils sont mentionnés sporadiquement jusqu’à l’époque d’Hammourabi (-1792 à -1750).

 

Période d’Ur III (-2120-2000 av J.C.) est la troisième dynastie de la ville sumérienne d’Ur, selon la tradition mésopotamienne. Il s’agit d’un empire fondé par les souverains de cette dynastie, qui domina la Mésopotamie de -2112 à -2004 av. J.-C. Fondée par Ur-Nammu (v. 2112-2095 av. J.-C.) ce fut son fils et successeur Shulgi (v. 2094-2047 av. J.-C.) qui contrôle alors fermement une région agricole et urbaine très prospère, où est mise en place une administration économique très poussée, reposant sur les domaines des temples détenus par le pouvoir royal. Les « rois/Grand Hommes » ont pris le contrôle réel des « temples »; donc du commerce.

Les successeurs de Shulgi parviennent à maintenir l’empire pendant un quart de siècle, puis il se désagrège progressivement sous l’action conjuguée d’incursions de populations Amorrites venues du Nord et de forces internes (Gutis) qui restituent leur autonomie à plusieurs villes et régions importantes. C’est toujours cette volonté de rétablir les prix compétitifs traditionnels. Le royaume d’Ur est complètement détruit vers -2004 av. J.-C. par des troupes venues d’Élam.

L’époque du pouvoir centralisé des « Puissants EN.SI » et terminée.

L’histoire continuera de se développer à l’article suivant.

André Lefebvre

Auteur de:

L’Histoire… de l’univers

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 1:  La Science Secrète)

Les Hommes d’avant le Déluge (Trilogie – Tome 2: Le Mystère Sumérien

Le tout dernier livre, paru en novembre 2016 (version gratuite):

Histoire de ma nation

Tous mes livres sont offerts GRATUITEMENT chez:

http://manuscritdepot.com/a.andre-lefebvre.7.htm#menu

Article précédent:

Le commerce préhistorique (3)

Commentaires

commentaires

A propos de Andre lefebvre

avatar

Check Also

Les Etats-Unis, bernés par les Russes… depuis Reagan !

Ah, on l’avait oublié celui-là, avec sa carrière discrète de lobbyiste et ses amitiés affichées ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.