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Le changement n?a pas eu lieu… n?aura pas lieu… ne peut pas avoir lieu !…

Par?Patrick Mignard

Le changement?! Toute la campagne des pr?sidentielles de 2012 s?est faite sur ce th?me? Mais qu?entendait-on par changement??

 

CHANGEMENT, VOUS AVEZ DIT?CHANGEMENT??

Si l?on regarde bien les d?clarations faites ? l??poque, le contenu du terme changement est extr?mement flou. C?est une sorte de notion dans laquelle chacun peut y amener ce qu?il souhaite? et l?on ne s?en est pas priv?. Les grands axes de ce qui devait constituer le changement, on les connait et ils sont invariants depuis des ann?es? Rien de neuf en ce domaine?: emploi, exclusion, protection sociale, retraites, services publics, s?curit?, d?passement de la crise? Sur ces th?mes le candidat Hollande a brod?, allant alternativement de la critique ? au demeurant justifi?e ? du bilan du candidat de la Droite, ? des promesses que l?on souhaite et que l?on a l?habitude de trouver chez un candidat de la Gauche? tout y ?tait ou presque.

Entre cette critique et ces promesses, finalement peu de choses concr?tes?; pas de strat?gie et des engagements flous du genre?: j?ai cinq ans pour faire mes preuves. Bien s?r, le pouvoir en place peut toujours expliquer que les cinq ans ne sont pas ?coul?s ? ce qui est exact ? et que donc, d?s lors, on ne peut porter aucun jugement sur son action et ses promesses. Si l?argument est formellement exact, il ne tient pas concernant une action politique. L?action politique n?est pas une course au cours de laquelle, dans la derni?re ligne droite, tout peut se jouer. Ce n?est d?ailleurs pas un hasard si les pouvoirs politiques adorent utiliser les all?gories sportives pour d?crire leur action? ?a leur ?vite d?expliciter le sens, les limites et les contradictions de celle-ci.

 

LES ??BATAILLES PERDUES??

C?est la d?ferlante des liquidations d?entreprises qui marque ces premiers ?checs. Le volontarisme na?f, ou feint, de la campagne s?est heurt? ? la r?alit? du syst?me. Les d?clarations, voire tr?pignements et menaces n?ont servi ? rien face ? la puissance du Capital. L?effet ??marketing-Montebourg?? mont? en ?pingle dans le plus pur style hollywoodien a fait long feu? plus personne n?y croit. On attendait ?galement le candidat, devenu Pr?sident, sur le terrain de la finance internationale qu?il avait promis de ??mettre au pas??? L? aussi, la t?te basse et dans un silence assourdissant il n?a pas fait mieux que ce qu?aurait pu faire son pr?d?cesseur? autrement dit RIEN?! R?formes structurelles des banques et taxe sur les transactions financi?res se sont envol?es aux premiers jours du printemps. Les banques en rient encore, sans parler des march?s financiers?!

M?me RIEN, dans la politique europ?enne, avec l?all?geance, il n?y a pas d?autres mots, aux conceptions de Madame Merkel qui a eu bien tort d?avoir peur de l?arriv?e au pouvoir en France d?un ??socialiste????; ce ne sont pas quelques rodomontades ? l??gard de la Commission Europ?enne qui changeront quoi que ce soit. La r?forme des retraites est dans la m?me veine que chez Jupp?, Balladur et Sarkozy. Rien que du grand classique dans l?aust?rit?. Sur la s?curit?/ins?curit?, le pauvre diable se d?bat, comme ses pr?d?cesseurs dans une situation issue de la mis?re et l?exclusion pour lesquelles il n?a pas non plus la moindre solution. L?intervention polici?re et les coups de menton du Ministre de l?int?rieur, comblent les vides strat?giques d?une politique sociale qui est loin d??tre au niveau des exigences du moment.

Enfin sur l??cologie, la pr?sence de ministres dits ???cologistes?? ne saurait faire illusion. Une v?ritable politique ?cologique est de nature structurelle, touche aux fondements et ? la philosophie du syst?me. Le pouvoir actuel n?est pas de taille ? entamer une telle ??r?volution??. Ce gouvernement, comme ses pr?d?cesseurs, ne jure que par la croissance. Des mesures timides, ambig?es sont prises (OGM, nucl?aire, gaz de schistes) et donnent l?illusion d?une r?solution de probl?mes de fonds? l?avenir nous montrera ce qu?il en est r?ellement.

 

OUI MAIS?!…

Oui mais?!… diront les soutiens inconditionnels du gouvernement, des mesures ont ?t? prises qui correspondent ? des promesses faites?! C?est tout ? fait exact?! Examinons-en quelques unes?! Le ??mariage pour tous??. Apr?s une longue pol?mique, la loi est vot?e. Bravo, c?est bien,? il fallait le faire?! M?me si, sur le plan soci?tal, c?est une avanc?e consid?rable, cette loi ne change rien ? la situation ?conomique et sociale et n?att?nue en rien les contradictions du syst?me dans son ensemble. Notons qu?elle ne ??co?te rien?? en termes financiers. Il s?agit d?une mesure purement politique. Un peu comme ??l?abolition de la peine de mort?? de l??re Mitterrand qui nous est pr?sent?e comme la quintessence de l?action de l?ancien Pr?sident.

La cr?ation de milliers de postes dans l??ducation Nationale. Bravo, c?est bien,? il fallait le faire. C?est incontestablement une mesure qui stoppe la v?ritable destruction de l??cole commenc?e sous l??re Sarkozy. C?est une mesure qui co?te,? et dans l??tat des finances publiques, il va falloir compenser ces d?penses,? et pour cela, pas de myst?re?: augmentation des imp?ts dans des proportions qui deviennent insupportables (le ras le bol fiscal actuel). La multiplication et la cr?ation de stages de reconversion, de r?orientation pour les jeunes. Mesures classiques, qui co?tent, mais dont on sait que, si elles font illusion au moment de son annonce, les r?sultats sont, eux, plus qu?al?atoires.

 

ON PEUT MAQUILLER LA R?ALIT?, PAS LA SUPPRIMER

Au fur et ? mesure des ??batailles perdues?? et des promesses intenables (la ma?trise du ch?mage par exemple), et malgr? des mesures positives, se d?voile, pour celles et ceux qui y croyaient encore, la philosophie politique g?n?rale des ??socialistes?? et de leurs alli?s. L?art de la communication, largement ma?tris? par les ?quipes au pouvoir, sait montrer, sait mettre en valeur, des mesures qui vont dans le sens des promesses de telle mani?re qu?elles apparaissent comme l?essentiel de la politique men?e ? l?arbre qui cache, avantageusement, la for?t. Ce genre de manipulation, s?il arrive ? convaincre les ??convaincus?? et les na?fs, ? terme, ne fait plus/ne fera plus illusion. Le d?risoire d?bat s?mantique sur ??rigueur?? ou ??pas rigueur?? montre clairement que c?est surtout en jouant sur les mots, donc en terme de communication, que le Gouvernement tente de masquer la r?alit? de son impuissance et sa volont? de ne pas toucher aux fondamentaux du syst?me. Pris dans une logique d?abord europ?enne, puis mondiale, il reste dans une probl?matique classique, qui a ?t? celle de ses pr?d?cesseurs?: la gestion du syst?me et de ses contradictions. Dans ce domaine, rien de nouveau,? les vieilles m?thodes fiscales sont r?actualis?es, repeintes aux couleurs du ??social??, mais restent fondamentalement les m?mes.

Une mesure avort?e montre bien ?galement la nature et la philosophie du pouvoir actuel, comme d?ailleurs de l?ancien?: la ??loi sur le non cumul des mandats??. Mesure largement populaire qui ne co?tait rien, elle aurait d? ?tre adopt?e sans difficult?s? pourtant la r?ticence de la classe politique en dit long sur son fonctionnement et ses conceptions. On peut difficilement attendre d?une classe politique ? toutes tendances confondues ? des mesures radicales de changements ?conomique, politique et social quand ses membres d?fendent farouchement leurs int?r?ts et privil?ges. Le gouvernement, dans cette affaire, est coinc? par des int?r?ts politiciens qui bloquent, en ce domaine, une timide vell?it? de changement. Que dire alors des questions essentielles?? La critique est ais?e, certes. Les temps sont difficiles. Mais la question essentielle qui se pose ??que faire???? ne saurait ignorer la nature r?elle du syst?me marchand dans lequel nous sommes. Poser la question de la nature du syst?me requiert une volont? et un courage politique dont la Gauche ? sans parler ?videmment de la Droite ? n?a plus fait preuve depuis longtemps, si tant est qu?elle en ait fait preuve un jour. Le choix politique fait par le Gouvernement nous permet, sans crainte d??tre d?savou?, de dire que le changement n?aura pas lieu, ni aujourd?hui, ni ? la fin du quinquennat.

On ne peut pas reprocher ? l?actuel Gouvernement de se heurter ? des difficult?s majeures? Par contre, on peut lui reprocher de faire croire qu?avec son approche et ses mesures, il est capable de d?passer les contradictions du syst?me et donc de proc?der ? un changement. Aucune op?ration de communication, aussi habile soit-elle, ne pourra masquer cette r?alit?.

Patrick Mignard
Octobre 2013

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