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L’autre conséquence majeure du coronavirus !

Le Covid-19 a précipité une ruée vers le cash, à tout le moins dès que les peurs commencèrent à saisir nos sociétés occidentales. Intuitivement, c’est pourtant le contraire que l’on aurait pu imaginer. N’y eut-il en effet pas des craintes – totalement justifiées – que la maladie pouvait être transmise par certains objets ? Tout comme des mises en garde de la part de nombre de gouvernements adressées aux populations les exhortant à privilégier les paiements électroniques ? Certains commerces ne refusaient-ils pas purement et simplement les espèces durant le confinement ?

Ruée sur le cash

Pourtant, ayant à leur disposition des données désormais complètes sur l’activité durant cette période, deux économistes, Ashworth et Goodhart, ont conclu que certains pays européens et d’Amérique du Nord avaient au contraire connu une flambée de l’utilisation du cash à la faveur de la pandémie. Ils ont ainsi démontré que la demande annualisée d’espèces avait augmenté de plus de 12% aux Etats-Unis, dépassant la ruée provoquée par les mouvements de panique à l’occasion de la grande crie financière de 2008 ! L’Union Européenne ne fut pas en reste car connut elle aussi un regain substantiel de la demande de cash qui augmenta mensuellement de l’ordre de 2 à 3% sur mars, avril et mai 2020, à des niveaux environ 3 fois supérieurs à ceux de la crise financière et de la crise des dettes souveraines. La coupure de 200 euros jouit à elle seule d’une escalade de sa demande de 30% durant cette période, alors qu’elle ne représente que 7% des billets en circulation.

L’héritage du Covid-19

Ma conviction, pourtant, est que cette crise sanitaire verra la consécration du tout électronique et du tout digital en matière de paiements, bien loin des réflexes primaires (mais tout à fait compréhensibles) observés au moment du confinement qui fut aussi le climax en termes d’angoisses et d’incertitudes. Selon moi, l’héritage majeur, direct et inévitable du Covid-19 sera l’abandon de l’analogique. Le confinement, la distanciation sociale, la peur de la contamination sont effectivement autant de facteurs lourds en passe de révolutionner notre manière d’utiliser, de rassembler et de compiler l’information. Le téléphone portable, qui existe certes depuis de nombreuses années, devient désormais la source principale d’informations à disposition des pouvoirs publics qui peuvent ainsi suivre en temps réel la progression du virus. Dans le même ordre d’idées, il va de soi que nos téléphones ne se contenteront pas seulement de traquer la maladie, mais également nos habitudes de consommation par l’analyse de nos transactions, de nos règlements électroniques et en ligne.

Une véritable intelligence économique

Les champs d’application sont dès lors titanesques, et les opportunités offertes aux études économiques quantitatives et qualitatives, comme à l’intelligence artificielle, par le traitement de ces données autoriseront d’affiner notoirement les politiques publiques. C’est tout simplement un changement paradigmatique qui surviendra dans les mois à venir, qui était certes prévisible, mais définitivement propulsé sur le devant de la scène par notre manière de faire face au Covid-19. Considérons seulement les bonnes vieilles statistiques de consommation, de confiance économique ou de l’inflation qui ont jusque-là conditionné les réponses des banques centrales et les budgets des Etats, mais qui sont en réalité des indicateurs peu fiables car caducs au moment où ils sont publiés. Et imaginons un contexte macroéconomique fait de données en temps réel constituant dès lors une véritable intelligence économique, éclipsant par leur qualité des publications périodiques traditionnelles de statistiques ne faisant que confirmer ce que les analystes savaient ou pressentaient déjà, et déclenchant des réactions et des batteries de mesures forcément en décalage avec une conjoncture n’étant plus la même depuis la compilation de ces informations…

Loin du digital, vers le qualitatif

Mais allons encore plus loin dans les applications offertes par cet abandon de l’analogique et par cette adhésion au sens le plus large à l’électronique et au digital, car c’est la mesure même de l’indicateur critique de l’inflation qui est amené à changer de nature pour être modelé sur nos comportements individuels. En effet, pourquoi définir les indices de l’inflation sur des critères figés, comme par exemple le panier de la ménagère, quand nous avons tous des habitudes de consommation différents voire divergents ? Pourquoi ne puis-je pas moi-même définir mon indice personnel de l’inflation en fonction d’usages qui me sont propres ? On le constate, nos gouvernants, nos institutions, les comités et autres commissions au plus haut niveau chargés de les conseiller ne sont plus en mesure d’apporter des réponses adaptées car ils se basent sur des données «réchauffées», et car ils ne peuvent tout simplement pas se mouvoir en phase avec les consommateurs.

Glissement à maîtriser

La haute technologie, l’intelligence artificielle et les algorithmes sont donc appelés à devenir les champions de la prévision et de l’analyse économique. La vie quotidienne des banques centrales et des Ministères des Finances consistera désormais, quant à elle, essentiellement à traiter de la data. La disparition de l’analogique n’ira évidemment pas sans un glissement substantiel des rapports de force.

 

Michel Santi

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