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La Suède de Maria Wern

Depuis plusieurs années, je regarde la série suédoise Maria Wern, du nom d’une commissaire de la police criminelle de l’île de Gotland. D’une surface de 3 000 kilomètres carrés, cette île  est située dans la mer Baltique. Elle compte 58 000 habitants. Á Visby, la plus grande ville, habite environ la moitié des habitants de l’île. Maria Wern n’est pas la seule série tournée dans cette île où les étés sont lumineux et doux (23°). Un peu comme si on tournait une longue série policière à Belle-Île-en-Mer. Maria Wern a connu un fort succès en Suède de 2008 à 2018. Elle est diffusée par Polar+ et la RTS depuis le 18 février 2018.

 

En écarquillant bien les yeux, on croise de temps en temps, dans cette série, des personnes qui ne sont pas d’origine scandinave. Or la Suède compte 15% d’immigrés. Nous évoluons au sein de classes moyennes tranquilles, financièrement à l’aise sans être riches, un peu comme à Belle-Île-en-Mer ou dans l’île de Ré. La paix sociale est troublée, non par des revendications politiques ou syndicales, ou encore des attentats terroristes (plus de 200 explosions ont eu lieu depuis 2015 en Suède, visant principalement des commerces à l’aveugle) mais par des crimes crapuleux commis par des individus dérangés.

 

Il n’apparaît à aucun moment que le modèle suédois puisse être en crise. Il faut prêter attention à de furtives allusions concernant le manque d’effectifs dans la police – couplé au recrutement d’intérimaires – ainsi que dans les services de santé, des directeurs d’hôpitaux étant amenés à sélectionner les malades qui seront opérés.

 

Loin de la douce quiétude de la représentation de Gotland proposée dans Maria Wern, le pays connaît de sérieuses difficultés depuis quarante ans. Et ce sont les socio-démocrates, au pouvoir depuis des dizaines d’années qui, à l’écoute des tristement célèbres “ Chicago Boys ”, ont impulsé des contre-réformes qui ont fait très mal aux classes moyenne et ouvrière.

 

L’inflation fut jugulée mais les marchés du crédit et des capitaux furent déréglementés. Le plein emploi cessa d’être un objectif, le PIB chuta de 4% et les contribuables durent de mettre la main à la poche pour renflouer les banques. Les méthodes de l’entreprise privée furent imposées dans les services publics. Pour complaire aux riches, on réduisit fortement l’impôt sur les successions. En 2017,  le 1% des Suédois les plus riches détenait 42% de la richesse des ménages contre 18% en 2002. La classe ouvrière fut fragmentée, le travail délocalisé. En 1982, les ouvriers de l’industrie représentaient 20% de l’électorat suédois. En 2014, ils ne représentaient que 9%. Dans le paradis de la social-démocratie, les inégalités augmentèrent davantage que dans les autres pays de l’Europe de l’Ouest. Le parti social-démocrate négocia en secret une contre-réforme des retraites avec les partis de droite en 1998. Aujourd’hui, la situation des retraités est pire que celle des retraités de l’Union Européenne. En 2018 les socio-démocrates récoltèrent moins du tiers des suffrages ouvriers contre 70% pour la droite. Le Parti de gauche suédois, équivalent de la France Insoumise, est devenu le quatrième parti suédois avec 8% des votes.

 

Alors, me direz-vous, qui est responsable de ce marasme social ? C’est simple : tout le monde. La Suède est un pays dont la démocratie formelle est quasi parfaite, de sorte qu’à tout moment un vote populaire pourrait balayer la classe politique complice de la Finance et du grand Patronat.

 

Cela arrivera peut-être un jour mais, pour l’instant, il faut se contenter de l’eau de rose de l’exemplaire policière Maria Wern.

 

Bernard Gensane

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