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La prostitution, un m?tier comme un autre ? La question de simulation du plaisir, parlons-en

J’ai une question ? poser aux personnes qui pr?tendent qu’il est possible de s’?panouir en travaillant en tant que prostitu?(e), que la prostitution est un m?tier tout ? fait comme un autre.

Je me mets dans la peau d?une personne prostitu?e. ?tant donn? que le client, bien souvent, veut croire que la personne qui se prostitue a du plaisir sexuel (est-ce qu?il y a des lecteurs qui en doutent??), comment faire pour satisfaire ce client? Est-ce en ayant du plaisir r?ellement?? ?En feignant le plaisir?? Ou est-ce en mettant carte sur table avec le client des conditions du ??contrat???en lui disant franchement:? ? Je ne suis pas l? pour avoir du plaisir mon chou,? mais pour ton plaisir ? toi. Alors, est-ce que les termes du contrat te plaisent ?? N?oublie pas, je n?ai aucun plaisir ? faire ?a, au contraire car bien souvent ?a me fait mal, mais l?argent m?int?resse et je suis pr?te ? le faire en ?change des billets. Alors qu?en dis-tu???

Personnellement je vois l?, dans les trois cas, un probl?me ? l’?panouissement. Dans le premier cas, avoir r?ellement du plaisir sexuel, ?tant donn? que tous les clients n’excitent pas les personnes prostitu?es, et qu’en plus il y a une limite ? jouir aussi fr?quemment (m?me avec la personne la plus excitante et avec qui nous sommes follement amoureux), je ne vois pas comment c’est possible. ?Et si ?a l?est, je vois mal comment on peut entretenir une vie de couple harmonieuse tout en avouant ? son amoureux(euse) que nous avons du plaisir sexuel jour apr?s jour avec d?autres personnes que lui ou elle.? Et je vois mal comment on peut ?tre bien de se rem?morer avoir joui sexuellement avec des personnes qui nous r?pugnent.

Dans le deuxi?me cas, soit feindre le plaisir, je ne vois pas comment on peut s’?panouir si notre travail exige de mentir ou de tromper. Il me semble que l??tre humain, peut importe lequel, s??panouit dans l?honn?tet?, et non dans le mensonge. Je ne vois pas comment mentir ne peut avoir aucune cons?quence sur le psychique, qui plus est si on se ment ? soi-m?me.

 

Dans le troisi?me cas, je vois une difficult? ? avoir une client?le, ?tant donn? que les clients vivent dans une forme d?hypocrisie, voulant bien souvent absolument croire que la personne prostitu?e aime ?a, et qu?elle jouit gr?ce ? ses « super performances de m?le ».

Dans un ?change public Facebook avec David Simard, un philosophe et sexologue sympathisant du STRASS (syndicat des travailleuses du sexe), ?en r?ponse ? la question de ce texte, ce dernier m?a r?pondu?: ?? Je ne suis pas s?r par ailleurs que tout le monde s’?panouisse dans son activit? professionnelle, et en fait je suis m?me s?re du contraire. Et pour la simulation, pas besoin de rapports tarif?s pour qu’il y en ait, les couples l?gitimes en regorge (m?me les hommes peuvent simuler). Il faudrait voir ? ne pas exiger de la prostitution plus que ce que l’on retrouve ailleurs (dans d’autres professions ou dans les couples).??

 

Ceci est un ?raisonnement fallacieux, ?parfois appel? le « sophisme de la double faute ».? En pr?textant que si la duperie peut exister dans le travail d’une prostitu?e (si elle feint l’orgasme pour faire plaisir ? son client), et bien elle existe de toute fa?on ailleurs, on banalise une? situation f?cheuse sous pr?texte qu’il y a pire ailleurs, voir m?me ?gal.? Je reconnais l? le cynisme habituel des sympathisants du STRASS, avec qui j?ai ?chang? quelques fois sur le net.

 

Ainsi donc, ?selon David Simard, ?le fait de mentir dans son travail n?est pas un ?l?ment qui nuit n?cessairement, ne serait-ce qu?un petit peu, dans l??chelle de l??panouissement au travail. ?Selon David Simard, il est possible que, pour certaines personnes, le fait de mentir au travail ou d?avoir ? simuler le plaisir sexuel, cela n?ait ABSOLUMENT aucune incidence sur l?indice de bonheur.

 

La question que je posais me semble des plus pertinentes lorsqu?il est question de d?terminer si la prostitution peut ?tre un travail comme un autre, ?puisque la simulation du plaisir fait partie du quotidien de la plupart des personnes prostitu?es.? Non seulement elles n?ont pas de plaisir et qu?elles doivent tout faire pour combler les fantasmes de leurs clients, mais en plus elles doivent faire semblant que c?est pour elles qu?elles le font. D?o? une phrase que les clients peuvent dire telle que ??t?es une pute, t?aimes ?a, t?es faite pour ?a, salope??.? Le client veut croire que la prostitu?e aime ?a, la force ? faire semblant pour qu?il puisse y croire, ?pour ensuite lui dire qu?elle est une salope d?aimer ?a?. suffisant pour rendre compl?tement dingue n?importe qui il me semble.

 

?a me semble plut?t ali?nant comme situation, ? rendre fou compl?tement, ? en perdre son identit?. ?Mais assez parl? de moi et de mes impressions, qu?est-ce que la litt?rature scientifique dit au sujet des cons?quences de cette simulation du plaisir??

 

Lire ? cet ?gard un extrait du livre de Yolande Geadah : ??La prostitution : un m?tier comme un autre ???, dans lequel l?auteure rapporte les propos de Kathleen Barry, docteure en sociologie et en ?ducation, professeur ?m?rite du d?partement du d?veloppement humain et des ?tudes familiales ? l?Universit? de l??tat de Pennsylvanie, cofondatrice de la Coalition Against Trafficking in Women (CATW)?:

 

?? Barry d?gage quatre ?tapes de la d?shumanisation de la sexualit? qui s?op?re ? travers la prostitution?: 1) la distanciation, 2) le d?sengagement, 3) la dissociation, et 4) la d?sincorporation.1 Les paragraphes qui suivent en donnent une br?ve description.

1.???? La distanciation. Les femmes prostitu?es commencent le plus souvent par se distancier de l?acte de prostitution en s?parant leur propre identit? de l?activit? sexuelle. Elles changent souvent de nom et parfois de ville et prennent leurs distances? par rapport ? leur famille et ? leur vie sociale ant?rieure. Ce sont l? les premiers signes visibles de la distanciation. Il s?agit d?une strat?gie de survie, par laquelle les femmes prostitu?es tentent de se sauver elles m?me de l?acte de prostitution.

2.???? Le d?sengagement. En plus de se distancier de leur propre identit?, plusieurs t?moignages de femmes prostitu?es indiquent qu?il leur faut ?tablir une distance ?motionnelle entre elles-m?mes et l?acte de prostitution. Un certain nombre de femmes prostitu?es venant de divers pays affirment qu?elles doivent refouler leurs ?motions ou s?emp?cher d?en avoir, et qu?elles deviennent ??comme des gla?ons?? pour pouvoir continuer ? vivre dans la prostitution. Certaines rapportent qu?elles se mettent ? parler et ? rire exag?r?ment quand elles sont avec leurs client, et qu?elles adoptent une attitude g?n?rale de ??je-m?en-foutisme?? face ? tout ce qui les entoure.

3.???? La dissociation. ?Barry explique que les hommes qui ont recours aux prostitu?es exigent souvent qu?elles agissent selon leurs fantasmes. Par exemple, ils demandent ? la prostitu?e de se comporter comme une amoureuse passionn?e ou comme une compagne affectueuse, de jouer le r?le de la femme totalement soumise ou, au contraire, celui de la dominatrice cruelle, dans le cas des amateurs de sadomasochisme. Les formes de perversion, comme le fait d?associer le sexe ? la violence et aux excr?ments, ne sont pas rares dans le milieu de la? prostitution, car les hommes exigent souvent des prostitu?es ce qu?ils ne peuvent ou n?osent demander ? leurs partenaires.

Les femmes prostitu?es doivent donc se conformer ? tous les fantasmes de leurs clients, quels qu?ils soient, non pas de fa?on passive, mais tr?s activement, en s?impliquant physiquement et en montrant un engagement ?motif. C?est ici qu?intervient la dissociation, par laquelle chez certaines se produit un clivage de personnalit? qui leur permet de jouer leur r?le ? la satisfaction des clients, ce qui contribue ? la d?shumanisation de leur propre sexualit?.

 

4. La d?sincorporation. Contrairement aux poup?es gonflables, offrant aux hommes la possibilit? de se masturber et d??jaculer dans leurs orifices, les clients, dit Barry, attendent d?une prostitu?e qu?elle interagisse avec eux, qu?elle d?montre un engagement ?motif qu?ils peuvent consid?rer comme ?tant r?el, du moins pour la? dur?e du contrat. Les femmes prostitu?es doivent donc non seulement se plier ? tous les fantasmes de leurs clients, mais se montrer en plus int?ress?es et interagir ?motivement avec eux. Elles doivent faire semblant d?y trouver du plaisir, faire semblant d?y croire.

Ainsi, apr?s avoir ?t? oblig?es de se dissocier de leur moi pour survivre ? cette activit?, les prostitu?es doivent encore pr?tendre devant les clients qu?elles sont consentantes et exprimer de la jouissance. Elles doivent donc affirmer agir de leur plein gr? et feindre d??tre sexuellement excit?es par ce qu?elles font.

La quatri?me ?tape de la d?shumanisation est, selon Barry, la plus difficile et la plus dommageable psychologiquement.Cette opinion est appuy?e par les observations de travailleuses sociales. Comme le souligne Gunilla Ekberg, c’est l? un ph?nom?ne que connaissent bien les intervenantes aupr?s des femmes victimes de violence :

 

‘Quand les femmes sont oblig?es non seulement de cacher leur souffrance, mais de la nier, en faisant semblant qu’elles aiment ce qu’elles font et en essayant de se convaincre qu’elles l’ont choisi ‘de leur plein gr?’, cela devient tr?s difficile pour elles de r?aliser pleinement ce qui leur arrive et de mettre fin ? cette situation malsaine et profond?ment dommageable. La gu?rison devient alors beaucoup plus longue et plus difficile ? r?aliser. Mais personne n’ose affirmer que les femmes victimes de violence conjugale, qu’elle soit physique ou mentale, aiment se faire battre ou ?tre tortur?es, m?me si on sait que plusieurs d’entre elles demeurent ou retournent de leur plei gr? aupr?s d’un conjoint violent. Pourquoi alors ose-t-on affirmer le contraire en ce qui concerne les femmes prostitu?es?’?

 

?

?Et vous, qu?en dites-vous, croyez-vous que la prostitution est un m?tier comme un autre??

 

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