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La mort de J?rg Haider plonge l’Autriche dans l’inconnu (2)

J?rg Haider s’est tu? dans un accident de voiture. Dans un premier article, j’avais commenc? sa trajectoire politique. Nous poursuivons avec les grands succ?s ?lectoraux de son activisme politique.

Une progression extraordinaire du FP?

Le 7 octobre 1990, J?rg Haider renouvela l’exploit de 1986 en poursuivant sa progression ?lectorale avec presque 17% des voix, obligeant les deux partis gouvernementaux ? poursuivre la grande coalition.

Le 9 octobre 1994 vit une nouvelle d?faite de la grande coalition (min?e ? la fois par le FP? mais aussi par les Verts et un autre petit parti, le Forum lib?ral) et surtout une nouvelle progression de J?rg Haider avec 22,5% sur fond de campagne x?nophobe et anti-corruption, affirmant que la mont?e de la criminalit? et du ch?mage ?taient les cons?quences de l’immigration.

La grande coalition a ?clat? le 12 octobre 1995 en raison du retrait du d?mocrate-chr?tien Wolfgang Sch?ssel refusant l’augmentation des imp?ts propos?e par le Chancelier Franz Vranitzky qui, durant une nouvelle campagne ?lectorale, mit en garde contre une alliance ?VP-FP? en affirmant : « Notre Autriche est trop pr?cieuse pour servir de terrain d’exp?rimentation ».

Le 17 d?cembre 1995, le FP? parvint tout de m?me ? maintenir son niveau ? pr?s de 22% et la remont?e des sociaux-d?mocrates encouragea Sch?ssel ? poursuivre finalement la grande coalition.

Le point culminant fut lors des ?lections du 3 octobre 1999 o? J?rg Haider r?ussit ? faire jeu ?gal avec l’?VP avec pr?s de 27% et 52 d?put?s (il devan?a m?me de quelques milliers de voix l’?VP). Le 4 f?vrier 2000, Wolfgang Sch?ssel devint Chancelier dans un gouvernement de coalition ?VP-FP? tr?s largement contest? par les autres pays europ?ens, ce qui fut ?trange car l’?VP a toujours pris des positions favorables ? la construction europ?enne alors que le SP? a parfois ?t? tr?s r?ticent (comme lors des campagnes de 1999 et de 2008).

? la diff?rence de la coalition SP?-FP? entre 1983 et 1986, le FP? s’?tait « haid?ris? », c’est-?-dire, d’une part, avait ?lectoralement grossi (d’un facteur 5), et d’autre part, avait ?volu? vers des th?mes ouvertement extr?mistes (x?nophobes et populistes).

Le parti de Haider au pouvoir

Cette coalition se poursuivit apr?s les ?lections du 24 novembre 2002 malgr? leur anticipation due ? une rupture voulue par Sch?ssel. Pendant la campagne ?lectorale de 2002, l’?VP a repris les principaux th?mes de campagne du FP?, ce qui lui permit une victoire historique avec plus de 42% et ce qui r?duisit le FP? ? 10%, divisant presque par trois son nombre de si?ges (18 au lieu de 52).

Apr?s la d?faite du FP? aux ?lections municipales du 6 mars 2005, J?rg Haider proposa de reprendre la pr?sidence qu’il avait laiss?e en 1999 pour donner une nouvelle impulsion. Mais sous l’influence de Heinz-Christian Strache (35 ans), les dirigeants du FP? refus?rent et exclurent Haider le 7 avril 2005.

Trois jours avant, le 4 avril 2005, J?rg Haider avait d?j? quitt? le FP? avec beaucoup de militants de ce parti pour fonder l’Alliance pour l’avenir de l’Autriche (BZ?) dont il fut ?lu pr?sident. Son objectif ?tait de devenir le parti des « petites gens » et de se faire reconna?tre par la classe ouvri?re et la classe moyenne.

Les six ministres f?d?raux et une grande partie des d?put?s FP? le rejoignirent si bien que Sch?ssel dirigea une coalition ?VP-BZ? ? partir du 17 avril 2005. Une scission qui effectivement donna un coup de jeune au FP? avec Strache ?lu pr?sident du FP? le 23 avril 2008.

Lors des ?lections du 1er octobre 2006, avanc?es de quatre semaines par rapport ? la date normale, le pari de Haider ne fut pas concluant car il n’obtenait que 4,2%, le FP? de son rival Strache faisant nettement mieux avec 11,2%.

Ces deux partis jumeaux firent cependant un meilleur score qu’en 1999 le 28 septembre 2008 avec 29,0% (18,0% pour le FP? et 11,0% pour la BZ?).

Apr?s la mort de J?rg Haider, la BZ? a d?sign? le 12 octobre 2008 son nouveau pr?sident : le porte-parole de Haider, Stefan Petzner… qui, lui, n’a que 27 ans.

Haider oscillant entre pol?miques et respectabilit?

Ce qui est assez impressionnant dans la carri?re de J?rg Haider, c’est qu’il a su magistralement utiliser deux leviers pourtant antagonistes. Une strat?gie qu’avait eu bien du mal ? suivre Jean-Marie Le Pen et pour laquelle sa fille Marine Le Pen semble se battre ? l’int?rieur du Front national.

Pour r?cup?rer l’?lectorat anti-syst?me, J?rg Haider avait besoin d’un comportement anticonformiste. En ?voquant les heures noires de l’Histoire europ?enne, Haider a su cr?er des pol?miques qui, loin de le nuire, lui ont fait beaucoup de publicit? et de mousse m?diatique.

Il a sorti des phrases nettement plus scandaleuses que les mauvais d?tails ou mauvais jeux de mots de Jean-Marie Le Pen.

Mais pour ?tre capable de montrer sa capacit? ? gouverner, il a ?galement recherch? la respectabilit?.

Pour se faire respecter, il s’est appuy? sur la gestion de sa province, la Carinthie, dont il a ?t? le gouverneur pendant onze ann?es. Jusqu’en 2006, J?rg Haider a g?r? sa province dans une alliance avec… les sociaux-d?mocrates alors qu’au niveau f?d?ral, il avait fait une alliance avec les d?mocrates-chr?tiens.

Les alliances r?gionales ou f?d?rales avec le FP? ou la BZ? ont profond?ment enracin? ces partis dans le paysage politique autrichien. Certes, l’?chec du FP? de 2002 a montr? qu’il ?tait plus facile ?lectoralement d’?tre un parti d’opposition.

Et en France, pourquoi l’extr?me droite est-elle moins « respectable » ?

La capacit? ? gouverner est un ?l?ment totalement absent du Front national, ? tel point que lorsqu’un militant du Front national s’emparait d’une mairie, il quittait son parti, trop int?ress? ? se consacrer ? la gestion de sa ville : ce fut le cas notamment de Jean-Marie Le Chevallier ? Toulon, de Jacques Peyrat ? Nice, de Jacques Bompard ? Orange ou encore de Daniel Simonpieri ? Marignane.

En 1983, la France a eu aussi ? r?fl?chir sur le sujet. Il s’agissait de savoir si le Front national pouvait ?tre un alli? « respectable » de l’alliance UDF-RPR. Pour le responsable local du RPR ? Dreux, cela ne faisait aucun doute : Jean-Pierre Stirbois (avec 17% ? Dreux) se retrouva sur la liste municipale de ce dernier au second tour.

Heureusement (selon moi), Jacques Chirac, pr?sident du RPR, d?cida de refuser toute alliance sous peine d’exclusion, malgr? quelques mauvaises volont?s de ses grognards. Il suivait en cela les principes moraux des centristes Bernard Stasi et de Simone Veil, tr?s intransigeants sur le sujet.

Cela n’avait pas emp?ch? quelques alliances r?gionales avec FN, comme en 1986 en Provence Alpes C?te d’Azur avec Jean-Claude Gaudin, ou en 1992 en Lorraine avec Jean-Marie Rausch et en Bourgogne avec Jean-Pierre Soisson, ou encore en 1998 avec beaucoup de r?gions sans majorit?.

Cela n’avait pas non emp?ch? par exemple Alain Carignon, maire de Grenoble, pourtant consid?r? parmi les « moraux » (qui, en 1991, pr?f?raient soutenir un candidat socialiste ? un candidat du FN dans une ?lection cantonale en Rh?ne-Alpes) de comptabiliser, avec les si?ges gagn?s par le RPR et l’UDF, le si?ge de Bruno M?gret, ?lu d?put? FN de Grenoble le 16 mars 1986 gr?ce ? la proportionnelle, parmi les d?put?s de « droite » contre le gouvernement socialiste sortant.

Mais cet ostracisme national qu’a pu subir Jean-Marie Le Pen et son parti a ?t? finalement efficace puisqu’il a toujours cantonn? le FN dans un r?le contestataire et de d?fouloir sans jamais lui donner une onction de bonne gouvernance, au contraire des populistes de Haider.

Des risques pour demain en Autriche ?

De ces deux d?cennies ?lectorales du populisme autrichien, une chose est tr?s claire : s’il a ?t? largement aid? pour se d?velopper par le charisme et le dynamisme anticonformiste de J?rg Haider, ce dernier n’?tait pas indispensable pour continuer ? se maintenir ? un niveau pr?occupant.

En effet, malgr? la pr?sence de Haider au sein de la BZ?, les ?lecteurs lui ont pr?f?r? le FP? d’autant plus facilement que ce parti s’est dot? d’un leader aussi charismatique et aussi bouillonnant que Haider en la personne de Strache.

La profonde rivalit? entre Haider et Strache permettait d’annihiler les efforts de ces deux partis pour s’emparer du pouvoir f?d?ral en Autriche.

Or, la disparition de Haider pourrait renforcer la capacit? des deux partis ? se r?unifier et ? devenir, tr?s rapidement, le premier parti d’Autriche (pour l’instant, le SP?, l’?VP et l’ensemble de l’extr?me droite font presque jeu ?gal avec respectivement 29,7%, 25,6% et 29,0%).

Un danger qui ne peut qu’alarmer les d?mocrates en Autriche et dans les pays de l’Union Europ?enne d’autant plus que la personnalit? de Heinz-Christian Strache est forte et attractive.

? moins que le jeune nouveau pr?sident de la BZ?, Stefan Petzner, ne soit, lui aussi, un autre Haider (ou Strache) en puissance…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2008)

Pour aller plus loin :

S?isme politique : 30% pour l’extr?me droite (8 octobre 2008).

Sur Kurt Waldheim.

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