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La gueule de Charles Bronson

« Ce que je suis devenu me déçoit. » (Charles Bronson, 1975).

 

La rudesse et la pudeur pouvaient s’exprimer au détour d’une phrase : « Dans le milieu où j’ai grandi, je ne pouvais pas me permettre d’afficher la moindre sensibilité. ». Ou d’une autre : « Si vous voyez de la faiblesse chez le héros, vous portez atteinte à son identité. Vous empêchez les gosses d’avoir quelqu’un à admirer. ».

L’acteur américain Charles Bronson est né il y a 100 ans, le 3 novembre 1921. D’origine lituanienne (et très vaguement mongole), l’acteur à la gueule de héros très viril a commencé sa vie avec beaucoup de petits boulots, une mobilisation pendant la guerre comme mitrailleur de bombardier, puis des petits rôles au théâtre. On lui conseilla d’aller à Hollywood, car il pouvait avoir un physique qui intéresserait.

Charles Bronson le dur, le farouche, l’Indien. Il a joué dans des centaines de films pour le cinéma et la télévision, de nombreux westerns et films de guerre. Il a commencé à se faire connaître dans les années 1950 avec des petits rôles, comme ce sourd-muet dans « L’Homme au masque de cire » d’André de Toth (sorti le 10 avril 1953), Charles Bronson apparaît alors avec son vrai nom (Charles Buchinsky) jouant le rôle d’Igor Bronson, jusqu’à ce que Robert Aldrich l’ait découvert : « Ce type a de la gueule ! Et dans ce métier, une gueule vaut mieux qu’un visage. ». Encore pour des seconds rôles, il a alors tourné dans « Branco Apache » (sorti le 22 décembre 1954) et « Vera Cruz » (sorti le 25 décembre 1954) de Robert Aldrich avec Burt Lancaster (pour les deux cités) et Gary Cooper (pour le second film cité), et sa notoriété s’est faite à partir du film de John Sturges « Les Sept Mercenaires » (sorti le 23 octobre 1960) avec Steve MacQueen, James Coburn, Yul Brynner, etc. Le premier grand rôle de Charles Bronson fut dans « L’Aigle solitaire » de Delmer Daves (sorti le 10 novembre 1954), où il est chef indien.

Ses participations étaient plus importantes un peu plus tard : dans « La Grande Évasion » de Johne Sturge (sorti le 4 juillet 1963), il a retrouvé Steve MacQueen, aux côtés de James Coburn et Richard Attenborough. De même, « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich (sorti le 15 juin 1967), aux côtés notamment de Lee Marvin et John Cassavetes, reprend le thème de la Seconde Guerre mondiale et du combat contre les nazis. Il a mis une trentaine d’années avant d’être vraiment reconnu par Hollywood comme un acteur majeur. L’Europe l’a mieux apprécié. Plus tôt.

Car en Europe, Charles Bronson s’est beaucoup « éclaté ». D’abord avec Sergio Leone qui a réussi enfin à le persuader de tourner avec lui dans un western spaghetti qui a été un grand succès en Europe (beaucoup moins aux États-Unis) : dans « Il était une fois dans l’Ouest » (sorti le 21 décembre 1968), il était l’homme à l’harmonica (déjà dans « Vera Cruz », il jouait de l’harmonica !), au point de supplanter le « leadership » (naturel) de Henry Fonda (Claudia Cardinale y a joué le personnage clef). Auparavant, Sergio Leone l’avait voulu pour son film « Pour une poignée de dollars » et il a pris Clint Eastswood en plan B.

Ensuite dans « La Cité de la violence » de Sergio Sollima (un film franco-italien sorti le 17 septembre 1970), avec sa deuxième épouse (de 1968 à 1990), l’actrice britannique Jill Ireland (1936-1990) avec qui il a joué dans de nombreux films dans les années 1970 (c’est elle qui l’a convaincu d’accepter de tourner avec Sergio Leone). De ce film (« La Cité de la violence »), il a joué aussi avec l’acteur français Michel Constantin est devenu un de ses grands copains. Le trio Charles Bronson, Jill Ireland et Michel Constantin a récidivé ensemble dans « De la part des copains » de Terence Young (sorti le 18 décembre 1970).

Aussi avec René Clément dans « Le Passager de la pluie » (sorti le 21 janvier 1970), sur un scénario de Sébastien Japrisot, aux côtés de Marlène Jobert et Annie Cordy (Jean Piat y fait aussi une apparition). Dans un autre film avec une participation française, une sorte de western spaghetti, « Soleil rouge » de Terence Young (sorti le 15 septembre 1971), Charles Bronson et Alain Delon (dont c’est le 86e anniversaire ce lundi 8 novembre 2021) ont fait les vedettes. Il avait déjà joué avec Alain Delon dans « Adieu l’ami » de Jean Herman (sorti le 14 août 1968) avec Brigitte Fossey et Bernard Fresson.

Enfin, on ne peut éviter de citer « Un Justicier dans la ville » de Michael Winner (sorti le 24 juillet 1974), qui a marqué définitivement la réputation de Charles Bronson dans une sorte de course à la justice personnelle, faute d’une justice impartiale, impuissante et inefficace (ce qui, dans les années 1970, avait suscité bien des débats politiques, avant et après ce film, aux États-Unis comme en Europe)… un rôle qu’il a gardé avec quatre autres suites de ce film ! On n’oubliera pas non plus de citer « C’est arrivé entre midi et trois heures » de Frank D. Gilroy (sorti le 13 août 1976), avec Jill Ireland, où Charles Bronson a joué la comédie, ce qui est très rare.

Malade, Charles Bronson s’est éclipsé de la vie d’une mauvaise pneumonie le 30 août 2003, après avoir appris que l’avant-veille, son copain français Michel Constantin avait succombé d’une crise cardiaque à la suite d’un malaise dû à la canicule. Faux dur, vrai tendre, son épique participation au cinéma d’action et de violence aura été associée aux années 1960 et 1970.

À l’occasion du centenaire de l’acteur, la chaîne franco-allemande Arte lui consacre un documentaire français « Charles Bronson, le génie du mâle » réalisé par Jean Lauritano en 2019 : un « portrait tout en muscles en en moustache de l’acteur Charles Bronson, un paradoxe aussi attachant que taiseux, devenu malgré lui l’icône d’une Amérique violente et paranoïaque ».

Le documentaire n’hésite pas d’ailleurs à le relier aux États-Unis d’aujourd’hui, comme « l’icône d’une Amérique machiste, violente et paranoïaque, invoquée par Donald Trump dans ses meetings de campagne » et de poursuivre avec les qualificatifs : « cogneur mélancolique, vedette mondiale boudée à domicile, mineur fils de mineur devenu l’acteur le mieux payé au monde, amoureux fervent abonné aux rôles de solitaires ».

Sylvain Rakotoarison (31 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu

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