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La fin historique du racisme

PAUL LAURENDEAU ?Le « classeur de Mitt Romney » contient d?sormais des femmes de toutes appartenances ethniques et ethnoculturelles… Et pendant que Barack Obama, le premier pr?sident noir de l’histoire am?ricaine, se dirige fermement vers sa r?-?lection, il faut, tout aussi solidement, poursuivre la r?flexion sur certains enjeux fondamentaux qui restent « fatalement » associ?s?? lui. J’ai nomm?: le racisme. Si le racisme se perp?tue longtemps apr?s l?effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s?explique d?une fa?on claire quoique souvent m?comprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d?abord une chose: il n?y a pas de racisme dans la soci?t? esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plut?t un ph?nom?ne bien pire, dont nous avons tout oubli?: la division raciale du travail. L?esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu?un signe distinctif imparable et inalt?rable fasse la diff?rence entre ma?tres et esclaves. Certains signes aff?rents furent utilis?s: le fait de marcher ? pied plut?t que d?aller ? cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et alt?rer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite s?lectionn?: la couleur de la peau. Comme l?or et l?argent supplant?rent vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, int?gral, inali?nable, inalt?rable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caract?ristiques pour d?signer l?esclave. Le culminement de ce ph?nom?ne, sa r?alisation cardinale, c?est, naturellement, la Conf?d?ration Sudiste Am?ricaine qui y acc?de. Dans une rue d?Atlanta de 1855 on pouvait, d?un seul coup d?oeil, distinguer les ma?tres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalit? la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosit? particuli?re. Le syst?me social tenait, on n?avait pas ? pester contre les races. La s?gr?gation inh?rente ? cette division raciale du travail ?tait objective plut?t que subjective, si je puis dire. L??conomie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux castes distinctes d??tres humains. Fin du drame. Le dispositif ?tait rod?. Les ma?tres ?taient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou b?tes, mais ils n??taient pas sp?cialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d?occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire -mais pas identique- de violence tranquille et de puissance fonci?re bonhomme. Pour des raisons de balance d?mographique et de fragilit? inh?rente ? toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme d?truit inexorablement le syst?me agricole bas? sur l?esclavage et c?est alors, alors seulement, que le racisme appara?t. On ne devient raciste que lorsque la personne de l?autre race est objectivement notre ?gale. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une repr?sentation id?ologique illusoire et r?gressante, nostalgique de l??poque o? le Noir et l?Arabe n??taient pas un ?gal. Le racisme jaillit donc dans une soci?t? bas?e sur la mise en march? nivelante de la force de travail o? toutes les races sont d?sormais int?gralement ?gales face ? l?exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l?argent et le travail, engendre le racisme, moins en r?f?rence aux conditions qu?il met en place qu?aux conditions ant?rieures de paix sociale s?gr?gante qu?il d?truit. Le Ku Klux Klan dans les Am?riques est l?incarnation supr?me de ce ph?nom?ne de nostalgie du temps o? on ne for?ait pas le noir et le blanc ? s?asseoir ? la m?me table. On regrette l??poque ?idyllique? o? le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes ? la main. D?sormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n?importe quelle couleur. Il faut imparablement que l??galit? entre les races et la disparition de la pertinence ?conomique des races soient objectivement instaur?es pour que son rejet subjectif r?gressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses fran?ais, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de proc?dures brouillantes et divisantes visant ? perp?tuer la comp?tition au sein du prol?tariat pour retarder au maximum la mise en place d?une solidarit? de classe. L?ensemble grouillant et naus?abond des repr?sentations r?gressantes et nostalgiques est le vivier parfait o? puiser. Si le racisme est instill?, pr?serv?, maintenu, alors qu?on importe massivement du prol?tariat frais, comp?tent et peu exigeant des anciennes colonies, la ?race ennemie? tangible devient le pr?texte id?al faisant ?cran de fum?e parfait ? l?ennemi r?el intangible: l?exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier du travailleur fran?ais repose donc sur deux alt?rations id?ologiques de son ?ducation prol?tarienne perdue: nostalgie r?gressante de la sup?riorit? coloniale et manifestation du fait que l?id?ologie dominante est l?id?ologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur int?gre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un comp?titeur ?tranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au ma?tre ? cheval ? distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant ? l?exploit? non solidaire ? s?lectionner ses boucs ?missaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d?aristocratie ouvri?re n?est pas un vain mot. Le rentier social tertiaris? qu?est devenu le travailleur occidental appr?hende la perte de ses privil?ges petit bourgeois que le prol?tariat ?racial? ne provoque pas objectivement mais incarne id?ologiquement. Ayant perdu de longue date toute ?ducation communiste, le travailleur fran?ais s?attaque au sympt?me superficiel de sa d?ch?ance objective plut?t qu?? la cause profonde de son exploitation et de celle de l?exploit? immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d??chos est donn? ? cette malodorante gangr?ne d?id?es. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d?investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait enore. Elle alla dire: ?Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs?. Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perp?tuait sans le confirmer et s?en servait comme instrument de division ?lectoraliste, sur des questions qui n?avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa d?faite fut-elle une ?tape de plus? dans la d?faite du racisme lui-m?me. Dans l’actuelle campagne de 2012, la race d’Obama n’est plus un vecteur porteur pour quiconque, ni lui ni les autres. Elle disparait socialement, ce qui banalise la victoire sur elle et, de fait, la confirme. On en parlera un jour comme d’une belle victoire du pass?, comme l??radication de la tuberculose ou l??lectrification des campagnes. Enjeux cruciaux de jadis. Banalit? d’aujourd’hui. ? l??chelle colossale de l’Histoire, le racisme touche?? sa fin. Le fait est qu?implacablement, la r?alit? complexe et ouverte de la mondialisation portera ce pr?jug? ethnocentriste sans fondement objectif, cette comp?tition discriminatoire aux assises imaginaires, cette s?gr?gation-gadget… au fin fond de sa d?ch?ance ultime.

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  1. avatar

    Félicitations pour cet excellent travail et de nous donner l’opportunité de ’glander’ intelligemment !
    question voyance