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La fin d?un monde certes, mais vers quel autre

Il est pour le moins p?rilleux, mais n?anmoins imp?ratif, de vouloir proposer une politique alternative dans le but de nous rendre (pour le moins) l?espoir dans le futur. Les ?conomistes, les politologues, les historiens, les sociologues, tous bard?s de r?f?rences, seraient-ils incapables de proposer des solutions aux innombrables probl?mes qui se posent?? Mais les probl?mes (et les solutions) d?pendent peut-?tre de bien d’autres choses.

Fin-du-monde

LA FIN D?UN MONDE CERTES, MAIS VERS QUEL AUTRE??

?Nous n?affrontons pas une crise mais l?effondrement d?un syst?me. Pour tenter de trouver un ?chappatoire, il est n?cessaire de revenir sur des notions essentielles qui ont toujours guid? nos actions collectives. L??tablissement de lois ou la construction d?une morale ont toujours ?t? les moteurs de nos organisations sociales. Il s?agit donc de trouver ce qui peut ?tre efficace de nos jours, ind?pendamment du leitmotiv pr?nant concurrence et enrichissement personnel qui, certes, ont toujours exist? mais en tant qu?outil pas comme infrastructure. De fait, le go?t du lucre n?a jamais contribu? significativement ? un quelconque progr?s ni en Sciences, ni en Art, ni en Philosophie, ni en Architecture, ni en aucun autre domaine o? l?acte cr?atif est primordial. Les ?mergences se sont faites dans toutes les strates sociales mais les cr?ateurs ?taient anim?s avant toute chose par leur passion. Laissons donc de c?t? les analyses du P.I.B, de la dette publique, des d?ficits, des attentes des march?s, toutes choses trait?es abondamment par des experts bard?s de r?f?rences?: ce ne sont que les cons?quences les plus visibles d?un mal bien plus profond. Comment permettre l??mergence d?une soci?t? capable de cr?er une richesse et non pas des richesses. Lois et morale, les piliers r?els de nos soci?t?s, peuvent-elles encore exister et sous quelle forme??

La Loi ou la Morale?? La premi?re peut-elle remplacer la seconde?? Les lois sont-elles la codification pratique de notions trop diffuses pour ?tre concr?tement applicables?? Loi et Morale ont-elles des natures essentiellement diff?rentes?? Comment peuvent-elles permettre l??mergence de progr?s.

La Loi est la m?me pour tous, sa vocation est donc d?unifier, de standardiser, d?homog?n?iser. Son ?criture provient d?un collectif issu g?n?ralement d??lections. La Morale tout au contraire est une construction personnelle qui repose le plus souvent lors de son acquisition sur l?exemple. Elle peut prendre des formes tr?s diverses dans lesquelles les aspects culturels prennent toujours une part importante. Loi comme Morale confront?es au r?el ont subi maints am?nagements pour les faire appara?tre avec ce qui semble ?tre un besoin irr?pressible de dominer. Les soci?t?s fortement r?glement?es sont r?gies par des crit?res de rentabilit? qui semblent les ?loigner des id?aux affich?s, les ??politiques?? s??tant progressivement effac?s derri?re les ???conomistes?? qui prennent soin de r?compenser le risque pris par les investisseurs, de fait la classe dominante. La Morale n?ayant jamais ?t? confront?e directement au pouvoir, elle n?eut pas ce d?sagr?ment mais encore faut-il qu?elle existe et baigne la collectivit?. Pour le futur, quel monde souhaitons-nous?: vers celui qui ??v?n?re ce qui ?l?ve?? ou celui pour qui la rentabilit? est le facteur d?terminant.

La ??modernit? (ou du moins ce qu?on pr?sente comme telle) a d?j? choisi?: ce qui ?l?ve est remplac? par ce qui est l?gal. Le processus d?mocratique tel qu?on le conna?t de nos jours semble apte uniquement ? fournir un cadre soci?tal qui repose quasi-exclusivement sur le d?sir de jouissance exprim? dans un cadre ?lectif?? La ??D?mocratie?? implique, pour obtenir le ??pouvoir??, d?obtenir une majorit? de suffrages. Id?alement, chacun devrait exposer rationnellement son point de vue et?une votation pourrait d?terminer l?option finalement choisie une fois les citoyens d?ment ?clair?s. Ce n?est pas ainsi que le syst?me fonctionne de nos jours. Le postulant au pouvoir fait en sorte de rassembler suffisamment de voix en tenant le discours qui convient au nombre le plus grand possible de ??communaut?s??. Une multitude de professionnels de la communication l?aident dans cette t?che. Chaque ??communaut?, qui n?a plus rien de commun avec une classe sociale, raisonne en fonction de ses int?r?ts propres, imm?diats et claniques. L?int?r?t g?n?ral n?appara?t m?me plus lors des discours?: pour quelle valeur accepterait-on de sacrifier tout ou partie d?un mieux ?tre de l?instant?? Il ne reste plus que les comm?morations pour se souvenir que des g?n?rations enti?res ont accept? les pires souffrances pour pr?server des valeurs. Le postulant ? l???lection s?efforce donc de rassembler suffisamment de suffrages de groupes disparates et aux int?r?ts souvent contradictoires car non m? par un int?r?t sup?rieur. Le syst?me d?mocratique a fait place ? une d?mocratie du spectacle. Les ?lus essaient ensuite de concilier des objectifs incompatibles car purement cat?goriels sans notion transcendante. Leur sens ??politique?? est alors mis pleinement ? contribution dans cet exercice. Une question peut alors se poser?: ce processus peut-il d?gager les dirigeants qui ont la hauteur de vue n?cessaire dans l?exercice de leurs responsabilit?s??

Cette d?mocratie du spectacle et leurs acteurs ?lus jouent cependant un r?le de plus en plus tenu. Les v?ritables pouvoirs lui ?chappent en effet?: les gouvernements issus des urnes voient leur pouvoir se confiner aux aspects sociaux et soci?taux. Les d?penses publiques sociales repr?sentent une part consid?rable des pr?l?vements obligatoires?: les ?lus utilisent ces fonds pour panser les plaies les plus b?antes du syst?me d?r?gul? ou en passe de l??tre dont les r?nes ont ?t? confi?s au secteur priv?. Les multinationales, comme leur nom l?indique, ne se pr?occupent gu?re de la nationalit? de leurs employ?s, ils utilisent pleinement les diff?rences de l?gislation sociale entre pays pour optimiser leurs investissements et leur rentabilit?. Aux ?lus le ??social??, au priv? le ??lib?ral??, d?o? l?apparition du social-lib?ralisme. Mais la ??privatisation?? m?me des aspects sociaux est elle aussi in?luctable ? terme, ce qui ne laisserait que la compassion aux responsables politiques pour agir.

Autre terme incontournable pour les ??modernistes???: ??Mondialisation??. La ??mondialisation?? n?a pas que des aspects ?conomiques m?me si l?essentiel des analyses provient des cercles des ?conomistes qui estiment quasi-unanimement que le seul syst?me performant consiste ? confier aux secteurs bancaires et financiers priv?s les investissements et en confinant le secteur public ? un r?le social pour parer aux exc?s les plus criants de ce qui est nomm? le lib?ralisme. La mondialisation est en fait beaucoup plus ambitieuse?: il s?agit que chaque pays, chaque nation, se conforme fid?lement ? un mod?le politique tr?s pr?cis?: des ?lections permettent de choisir entre des ??bonnets blancs?? et des ??blancs bonnets?? qui appliqueront une politique rendue incontournable par les ?changes financiers transnationaux. Les ??r?volutions?? arabes ou les guerres d?Irak, de Syrie, d?Afghanistan et de tant d?autres pays n?ont pas d?autre but que d?installer ce syst?me quel que soit le co?t en horreurs et en barbarie que cela co?te.

Et si ce syst?me ?tait incompatible avec une quelconque morale??

??Morale??, l?emploi m?me de ce mot est devenu l?objet de quolibets, pourtant se conformer ? la devise ??Libert?, Egalit?, Fraternit? n?cessite l?int?riorisation d?une morale qui n?est pas moins contraignante que les principes chr?tiens ou communistes et qui sont pour l?essentiel identiques si on les d?barrasse des ??myst?res???: il s?agit de vivre ensemble en respectant les autres, tous les autres. La plupart de ceux qui animaient ces mouvements recherchait avec recueillement ??ce qui ?l?ve??, l?essence m?me d?une morale. Des subsides, des subventions, des allocations sont vers?s afin que l?app?tit de consommation soit satisfait au moindre co?t, avec des produits fabriqu?s dans des pays suffisamment pauvres pour que les ouvriers impliqu?s restent proches du servage. Ces achats de produits import?s conduit ? terme ? la dissolution du tissu social national qui sert pourtant aux diverses ?lections. Ces produits import?s sont tr?s g?n?ralement de tr?s m?diocre qualit? et ne peuvent en aucun cas ?tre r?par?s ou recycl?s.?Aussi bien qualitativement que quantitativement, les objectifs des pays occidentaux n?ont rien de commun et sont m?me antagonistes avec ceux des pays dits ?mergents?: ces derniers veulent satisfaire une soif bien compr?hensible de consommation que nous voulons (ou devrions vouloir) canaliser et aller vers sobri?t? et qualit?. Les soci?t?s multinationales gr?ce ? la ??mondialisation???peuvent optimiser au mieux les conditions de production, ce qui revient de fait ? mettre en pi?ce le syst?me de protection sociale acquis chez des uns, sans en engendrer l? o? il n?existe pas. Une classe dirigeante transnationale d?connect?e de toute esp?ce de tutelle r?glementaire peut alors s??battre. La venue quasi-incontr?lable de migrants permet ?galement de faire taire toute conscience de classe au profit de comportements claniques au sein d?une Nation donn?e. Ainsi le d?pe?age des protections sociales s?op?re aussi bien au sein des Nations qu?entre elles.

Mais alors ? quoi bon voter pour l?un ou l?autre alors que les d?cisions se prennent ailleurs.

Le premier devoir d?un dirigeant n?est pas d??crire des lois, c?est de mettre en avant un objectif qui permet d?allier les forces et les talents, qui permet d?offrir un futur cr?dible, c?est de proposer une notion qui transcende les int?r?ts particuliers. Il est plus judicieux de mettre en ?uvre des mesures qui permettent de favoriser le mieux-?tre que d?aiguiser des app?tits satisfaits par les ??fast foods?? qui ne concernent pas seulement un type d?alimentation proche du d?chet, mais qui inonde ?galement les cha?nes d?information continue, les s?ries t?l?vis?es, des chanteurs qui scandent des d?bilit?s et tant d?autres choses. Ne peut-on pas ??r?ver?? d?un monde o? le meilleur de chaque culture soit non seulement pr?serv?e mais accessible au plus grand nombre. Il est ?vident qu?il faut plus de temps et de talent pour produire des biens de qualit??: mais l?id?al d?un travailleur, ce n?est pas de produire beaucoup, cette probl?matique du toujours plus quelle que soit la nature du bien produit concerne uniquement ceux ? qui cela profite, c?est ? dire ? ceux qui ne participent pas au processus productif et qui ne consomment pas ce qu?ils font produire ? leurs oblig?s.

Osons muter vers un monde o? environnement et ?cologie seront au centre de toutes les pr?occupations?: c?est la seule valeur transcendante qui pourra prendre le relais des anciennes. C?est le c?ur de l?indispensable utopie rationnelle et raisonnable qui a toujours servi de ressort aux soci?t?s. L?Ecologie est avant tout une morale et elle est ? m?me de r?unir ceux qui peuvent la promouvoir ind?pendamment de toute id?ologie.

Jacques-Robert Simon

Source: ?Agoravox

 

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