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La belle revanche de Wally, une des femmes à qui on avait promis la Lune

Le mouvement MeToo ne semble pas encore avoir atteint l’espace, malgré sa notoriété grandissante et ses effets spectaculaires (et ses dérives parfois, hélas) pour dénoncer le sexisme qui règne encore partout dans ce monde. Il devrait retourner un peu en arrière, et mettre davantage en évidence ce qui est aujourd’hui une preuve parfaite des lourdeurs qui régnaient un peu partout dans la tête des hommes qui dirigeaient le monde, afin de marquer encore davantage les esprits et montrer du doigt les injustices passées.

En 1960, les américains avaient promis la lune à une escouade de femmes, recrutées au même nombre que leurs confrères cosmonautes masculins, mais pas une seule au final n’a été envoyée dans l’espace.

En Russie, Valentina Terdchkova, qui a eu elle la chance de le faire, à été plus ou moins évincée dans sa carrière sous des prétextes ridicules.

Mais aujourd’hui, l’une d’entre elles, une américaine, va pouvoir prendre sa revanche et s’envoler pour faire un tour en apesanteur. Elle a 82 ans et s’appelle Wally Funk. Elle aura une grosse pensée, c’est sûr, pour sa collègue Jerrie (Cobb) disparue le 18 mars 2019 et ses 12 collègues aspirantes cosmonautes …

Les Chinois ont envoyé une femme dans l’espace voici 9 ans, en 1uin 2012, Liu Yang, pour une mission de 13 jours à bord de Shenzhou 9. A ce jour, elles n’ont pas été (assez) nombreuses, à vrai dire.

Et il y en a une, alors âgée de 71 ans, qui avait dû regarder le départ de la fusée d’un drôle d’œil. Geraldyn Cobb, elle s’appelait, surnommée « Jerrie ». Ce véritable phénomène a vécu il y a plus de 60 ans une terrible désillusion : sélectionnée en 1959 pour devenir la première femme de l’espace américaine, avec ses 12 collègues, elle en avait été écartée pour d’obscures raisons, dans lesquelles le machisme évident d’un Von Braun et de son équipe de techniciens (d’ex-nazis) n’y était pas pour rien. La Nasa ne lui a jamais révélé les raisons véritables pour lesquelles elle n’a pas pu laisser son nom dans la légende, alors qu’elle l’aurait amplement mérité. Détentrice de plusieurs records aériens, héritière de la médaille d’or Amelia Earhart, elle avait tout pour devenir la Terechkova américaine. Car celle qui avait passé tous les tests haut la main, ainsi que ses consœurs, s’était vue refuser un envol dans la navette spatiale, malgré ses demandes réitérées.

Encore une fois, un homme l’avait battue : son compère John Glenn, pourtant âgé de dix années de plus, avait obtenu le droit d’y retourner, lui !!!  Depuis remarquez, les chinois eux aussi ont fait profil bas : Liu Yang avait été préférée à Wang Yaping qui est partie l’année suivante dans Shenzou 10, et qui fêtait le 50 eme anniversaire de Vostok, avec Valentina Terechkova, première femme cosmonaute.

Mais depuis, des hommes chinois n’ont à ce jour mis que 12 cosmonautes différents en orbite, certains effectuant jusqu’à 3 missions.

Elle aurait mérité d’y aller

Le journal Florida Today avait alors imprimé un très beau texte, laissé hélas lettre morte: « un astronaute de 77 ans, l’ancien peut retourner dans l’espace, pourquoi pas une astronaute de 67 ans, ancien stagiaire ? Pilote d’essai privé dans les années 1950, c a été la première d’un petit groupe de femmes choisies pour voler dans l’espace aux côtés des astronautes de Mercury originaux. Puis l’agence spatiale tranquillement tués programme spatial des femmes avant même qu’elle ne pris son envol.  La raison officielle était un manque de matériel de formation, mais il est plus probable que certains bons vieux garçons au Congrès n’aimait pas l’idée des femmes partageant la vedette avec les astronautes macho de l’Amérique. Trente-sept ans plus tard, la NASA envisage de tenir sa promesse à Jerrie Cobb de l’envoyer dans l’espace en lui donnant un siège à bord de la navette spatiale. C’est à l’agence spatiale de se conformer à sa demande. Après le rejet par la NASA, Cobb a passé plus de trois décennies ministère auprès des indigènes dans la jungle amazonienne, travail pour lequel elle a été nominée pour le Prix Nobel de la Paix en 1981. Maintenant, elle est de retour aux Etats-Unis avec une quête différente – pour gagner l’approbation de la NASA pour un voyage en orbite à bord de la navette spatiale. Nous pensons qu’elle le mérite ». Hélas, trois fois hélas, on n’accédera pas à son vœu. Elle dest décédée le 18 mars 2019 à 88 ans. Disney lui avait rendu un bel hommage dans un film, jouée par Mamie Gummer (avec Trudy Cooper, la femme de Gordon Cooper, interprétée par Eloise Mumford). Après l’épisode malheureux des 13, elle avait continué à battre des records aériens et était devenue cadre chez Aero Commander, Inc., Oklahoma, le fabricant d’avions bimoteurs (cf la photo ici à droite).

Valentina, femme de caractère

Valentina Terechkova est une héroïne à saluer et à ne surtout pas oublier, elle aussi. Cette ancienne ouvrière en filature devenue institutrice aura marqué son époque, pour sûr !! D’abord parce qu’elle ne se sera jamais laissée faire, malgré la pression, et aura gardé toute sa vie un caractère bien trempé, malgré son jeune âge (25 ans !), tel que rappelé ici parfaitement dans ces extraits du site « Scaphalasoge« . « Au moment où les trois premières jeunes femmes franchissent l’enceinte de la Cité des étoiles, leurs rires amusent les cosmonautes qui sont surtout intrigués par une des deux valises que porte Valentina et qui semble très lourde. « Elle contient des poids et des haltères » affirme Bykovsky avec un air moqueur. Le contenu est tout autre : elle est chargée de livres. En galant célibataire, Nikolaïev l’amène dans l’appartement de Valentina dont il devient le tuteur de formation avant qu’ils aient des relations intimes. Lorsqu’elle termine l’épreuve de la centrifugeuse, Nikolaïev et les techniciens se précipitent avec inquiétude vers l’habitacle suspendu à l’extrémité du bras d’acier à l’intérieur duquel elle est enfermée. Valentina leur dit en souriant : « Ainsi, vous pensiez que vous seuls, les hommes, pouviez supporter le manège diabolique ? Les femmes aussi ! » Elle résiste également au test de la chambre sourde où le silence est si pesant qu’elle doit occuper son esprit en récitant à voix haute des poèmes de Nekrasov célébrant l’émancipation de la femme. Elle continue aussi à sauter en parachute (à 25 ans elle avait déjà fait 160 sauts !), puis elle apprend à voler comme copilote d’avion de transport et d’avion à réaction. » 

En réponse à l’adversaire, uniquement, pas un projet 

En réalité si les russes ont eux aussi prévu un contingent de femmes cosmonautes, c’est aussi parce qu’ils avaient appris qu’en face ils étaient tentés de le faire et de réaliser ainsi une « première » spatiale qui faisait toujours défaut aux américains : premier satellite, premier impact sur la Lune, premier cosmonaute, première cabine double, les russes avaient trusté l’espace à partir de 1957. Leur implication n’est pas pour autant totale : sur 60 nouveaux cosmonautes recrutés, ils n’ont retenu que cinq femmes seulement (dont Valentina, les autres étant Zhanna Yorkina, 23 ans, parachutiste elle aussi, Tatiana Kouznetsova, la plus jeune (ici à gauche, 20 ans seulement mais déjà recordwoman mondiale de parachutisme et qui a la bosse des maths, Valentina Ponomariova, 29 ans, pilote d’avion et mathématicienne, mère d’un enfant, et Irina Soloviova, 25 ans, membre de l’équipe nationale de parachutisme de l’Union soviétique et recordwoman également (à droite le groupe formé par Kouznietsova, Soloviova, Terechkova et Ponomariova). « En mai 1962, Kamanine revient des Etats-Unis où il a accompagné Titov. Il confirme que des femmes, dont l’aviatrice Jerrie Cobb détentrice de records, essayent d’intégrer le groupe des astronautes du programme Mercury. En juillet, le président de la commission des affaires spatiales à la Chambre des Représentants (députés) demande à la Nasa d’élaborer un plan en vue d’engager des femmes. Pour les autorités soviétiques, il n’est pas question qu’une Américaine s’envole la première. Les cosmonautes féminines accélèrent leur préparation et Valentina est choisie pour ce voyage exceptionnel » . Pour le choix final c’est la politique qui a prévalu : comme Gagarine, Valentina est enfant de prolétaires ! (à gauche Terechkova, Yorkina et Soloviova lors d’un entraînement sur le matériel photo. Elle s’envole le 16 juin 1963, pour 3 jours, en supportant beaucoup mieux au passage au départ les accélérations de la fusée Semiorka que Nikolaïev et Popovitch : c’est le dernier vol du Vostok à une seule place qui a emmené Gagarine. « C’est le deuxième vol jumelé soviétique, car son vaisseau s’approche à 5 km de Vostok 5 occupé par Bykovsky lancé deux jours auparavant ».

L’engueulade mémorable au retour sur terre

Son séjour ne fut hélas pas tout rose, elle est victime (comme les hommes) de nausées et de maux de tête : « Lors de la rentrée dans l’atmosphère, la télémétrie indique que toutes les étapes se déroulent normalement. Cependant l’anxiété monte, car on n’entend pas Valentina confirmer en direct le bon fonctionnement du système d’orientation, ni la mise à feu de la rétrofusée, ni la séparation de la cabine sphérique et du module de service. Après s’être éjectée en parachute à 6 500 m d’altitude (les russes en effets s’éjectent de leur capsule dans les Vostoks!), elle ouvre la visière de son casque pour mieux se repérer. Elle lève la tête au moment où une pièce de métal se détache de la voilure et vient frapper son nez en laissant une petite coupure et un bleu. Puis, Valentina constate que le vent la pousse vers une étendue d‘eau. Affaiblie par une insuffisance alimentaire de trois jours, elle se demande si elle aura assez de force pour se débarrasser de son parachute et pour nager vers la rive. Heureusement, la direction du vent change et elle atterrit, mais sur le dos en raison d’une défaillance d’un élément de la coupole.
Des travailleurs d’une exploitation agricole accourent l’aider à se relever et à retirer son scaphandre. Elle se dirige ensuite vers la cabine posée 400 mètres plus loin ».
En somme jusqu’ici tout s’est passé comme prévu, mais le caractère de Valentina va faire des siennes peu après. La séance de débriefing du vol sera houleuse. « C’est alors que Valentina commet plusieurs infractions au règlement. Elle distribue à ses « secouristes » les tubes d’aluminium et les boulettes contenant des aliments (d’où impossibilité de quantifier la nourriture mangée durant son vol) ; elle accepte un copieux petit déjeuner sur place (d’où annulation des analyses) ; elle nettoie la cabine de tout ce qui a un rapport avec l’hygiène (d’où abandon des examens).  Lorsqu’un médecin arrive sur les lieux, elle lui reproche sévèrement d’avoir désobéi aux consignes. Le ton s’élève entre les deux femmes qui ont une discussion très animée ». Malgré cela, on salue sa performance et on la nomme responsable, en 1965, de l’entraînement de deux autres femmes sélectionnées pour la mission Voskhod 5 : Ponomaryova et Solovyova, qui doivent effectuer une sortie dans l‘Espace. « Mais les partisans de l’égalité des sexes dans le Cosmos ne résistent pas à la pression des misogynes. Le vol féminin est annulé et remplacé par un vol masculin qui est, lui aussi, supprimé par la suite. Valentina est contrariée par la mise à l’écart des cosmonautes féminines. Déjà, on lui reproche d’avoir été souffrante durant sa mission. Elle note que dans l’Espace comme sur Terre, on accepte que les hommes tombent malades ou commettent des erreurs. Par contre, on ne pardonne pas aux femmes d’attraper mal ou de faire des fautes« .

Korolev, un génie… macho

Mieux encore : elle a sauvé la vie de ses confrères, ce qu’il lui avait été interdit de révéler pendant des années : « le premier jour du vol, elle a trouvé un bug dans le programme de descente grâce à une vérification d’horaire. Le programme était orienté vers l’augmentation de l’orbite au lieu de l’atterrissage. Elle a signalé le problème au centre de contrôle de mission et a entré manuellement les données correctes dans le programme. Après l’atterrissage, l’ingénieur soviétique en chef des fusées, Sergey Korolyov (Korolev) , lui a demandé de garder le secret. Et elle l’a fait. Pendant 30 ans. Elle a rompu le silence sur l’erreur 30 ans après la mission. »  Un Korolev resté bien macho selon Iaroslav Golovanov qui dans son livre «Korolev: faits et mythes» l’accuse d’avoir prononcé ce verdict pour le moins tranché à l’égard de sa cosmonaute : «Les bonnes femmes n’ont rien à faire dans l’espace! (…) Plus jamais je ne veux avoir affaire à des femmes!»... Terechkova, en tout cas, a assez vite abandonné la partie face à cette adversité manifeste :  « en 1963, Valentina a épousé Andrian Nikolayev, qui était le troisième cosmonaute soviétique. En 1964, elle donne naissance à Elena, son unique enfant. La fille est devenue connue comme le « premier enfant de l’espace », puisque ses deux parents étaient des cosmonautes. Valentina et Andrian ont divorcé en 1982, lorsque leur fille a atteint l’âge adulte. » L’espace n’annihile pas les contingences de la vie terrestre !

Peu de suiveuses, hélas : les russes ne feront pas dans le féminisme

Elle s’est lancée avec succès dans la politique (elle est résolument Pro-Poutine) et on la retrouve bien plus tard sur un pas de tir, invitée le 28 avril 2008, pour accompagner la cosmonaute Sud-coréenne Yi Soyeon, (30 ans) au pied de la fusée qui lance désormais des vaisseaux Soyouz, la même que celle qu’elle a utilisée, pour un vol à destination de la station internationale ISS. Ironie : Yi Soyeon avait hérité du siège car son compatriote Ko San avait été trop bavard sur la mission…

Mais auparavant d’autres femmes russes auront été envoyées dans l’espace, mais pas assez à son goût :  Svetlana Evguenievna Savitskaïa, par deux fois, une première fois le , dans un Soyouz T-7,  19 ans après Valentina Terechkova. Elle remet ça deux ans plus tard, le , avec Soyouz T-12, pour une énième première russe : la première sortie extravéhiculaire féminine (ici à droite). Les russes sont tentés un temps de faire une autre mission vers Saliout avec la doublure de Svetlana, Ekaterina Ivanovna, qui a reçu le même entraînement, mais le vol est annulé. Fin 1985 on proposera à nouveau à Svetlana, associée cette fois à Elena Dobrokvachina , de s’envoler pour une autre première, celle d’un double équipage entièrement féminin, mais le retour précipité le 21 novembre 1985 de Valery Vassioutine de Saliout 7, tombé très gravement malade, remet le départ aux calendes grecques. Cela permet à Dobrokvachina de nous donner une leçon d’amertume bien ressentie :  «Imaginez que vous êtes une ballerine, que vous préparez un spectacle et qu’au moment où vous devez enfin monter sur scène on vous dit: non, tu n’iras pas», a confié à l’AFP Mme Dobrokvachina, qui est aujourd’hui médecin à l’Institut des problèmes médicaux-biologiques (IMBP), chargé de la santé des cosmonautes. «C’était probablement du chauvinisme masculin. Pendant notre entraînement à la Cité des Étoiles, les responsables du secteur spatial étaient divisés : les uns soutenaient ce projet exclusivement féminin, les autres ne supportaient pas cette idée», confie cette blonde souriante qui s’est entraînée pendant 14 ans pour un vol spatial et qui n’a jamais volé. »

C’est Elena Kondakova (ici à droite) qui devient donc la troisième cosmonaute russe.  Elle partira pour deux vols Soyouz TM-20 vers la station MIR le 3 octobre 1994 et le 15 mai 1997 pour un vol STS-84 MSP, sur la navette Atlantis cette fois. Selon Dobrokvachina « les vols de Kondakova n’auraient jamais été possibles sans l’appui de son mari, Valeri Rioumine, haut responsable du secteur spatial »... En  2014 c’est au tour d’Elena Olegovna Serova, ici à gauche) la quatrième femme cosmonaute russe (seulement ?), pour 6 mois dans l’ISS, après une longue interruption de 17 ans… après Elena Kondakova.

Un contingent féminin à la NASA, pour la navette

Chez les américains, la NASA a nettement changé son fusil d’épaule en revanche : en 1978, le programme de la navette à sélectionné de nouveaux astronautes et dans le groupe 8  » on compte 6 femmes toutes docteur ». Certes mais au final il n’y aura eu que deux femmes commandant de bord de navette spatiale : Eileen Collins (ici à droite) sera la première, c’est une pilote de l’USAF. Elle a un beau palmarès avec 4 vols de navette et un de ravitaillement en Soyouz de Mir : en 1995, avec la mission STS-63 (pour un rendez-vous avec la station spatiale Mir), la STS-84, le du déploiement du télescope spatial à rayons X Chandra ( STS-93), et remet ça en juillet 2005, pour le retour de Discovery (STS-114) de Discovery, après le tragique accident de la navette Columbia en février 2003.

La seconde commandant de bord sera Pamela Melroy, une pilote de guerre (200 heures de missions de combats de la guerre du Golfe en 1991, elle était aussi pilote d’essais à Edwards sur une cinquantaine d’avions -elle a mis au point le C-17,-c’est elle qui a piloté la piloté la navette Discovery, pour sa vingt-huitième mission (octobre 2000,  STS-92) et la navette Atlantis en octobre 2002 (STS-112) et qui est (enfin) devenue commandante pour sa troisième mission de navette en août 2007 (STS-120). Les navettes ont été lancées 135 fois, et deux fois seulement leur commandant a été une femme : voilà qui relativise sérieusement le féminisme prétendu des américains en matière spatiale, non ?? Melroy devrait hériter logiquement de la sous-direction de la NASA, nommée par Joe Biden (mais avec devant elle… un homme, Bill Nelson, sénateur et ex astronaute de navette, en 1986, le deuxième parlementaire à avoir une seule fois volé dedans, pour ne pas y faire grand-chose d’ailleurs !). C’est elle qui aurait dû hériter du poste !!

Peggy la recordwoman US

Dix femmes partiront ainsi côté américain, entre 1984 et 1994. Tout le monde se souvient de Sally Ride et plus tragiquement de Sharon McAuliffe et Judith Resnik... La plus cotée devient alors celle entrée en 1996 à la NASA : Peggy (Annette Whitson) qui s’envole le   pour l’ISS avec deux russes (Valeri Grigorievitch Korzoune et Sergueï Ievguenievitch Trechtchiov, amenés tous trois par la navette STS-111, la dix-huitième mission de la navette spatiale Endeavour). Elle y retourne pour sa seconde mission, mais en  tant que commandante à bord de l’ISS cette fois, lors de l’Expédition 16, du  Soyouz TMA-11. Elle y retourne à nouveau pour 6 mois de plus le , en décollant d’un Soyouz MS-03 avec le Russe Oleg Novitski, et… Thomas Pesquet lors des expéditions 50 et 51 de l’ISS. Elle sait endosser toutes les tenues comme vous pouvez le constater !!! « Peggy Whitson bat de nombreux records lors de sa troisième mission. Elle décroche au cours de cette mission le record de temps cumulés dans l’espace pour un astronaute américain (665 jours), battant Jeffrey Williams (534 jours) et Scott Kelly (520 jours). Elle devient aussi la femme ayant passé le plus de temps cumulé dans l’espace, et la détentrice de la plus longue mission féminine (289 jours). Avec 10 sorties extra-véhiculaires Peggy Whitson bat les records féminins détenus par Sunita Williams du nombre de sorties et du temps passé dans l’espace (60 heures). Elle est à cette date la femme la plus âgée ayant séjourné dans l’espace et la seule femme ayant commandé la Station spatiale internationale (à deux reprises). » Il faudra attendre 2019 pour qu’ait lieu la première sortie spatiale doublement féminine, avec Christina Koch et Jessica Meir (ici à droite), et l’occasion aussi pour Trump de montrer qu’il n’y connaissait rien en conquête spatiale (là aussi ? )… A ce jour, 64 femmes sont allées dans l’espace (soit 11,4 % de femmes parmi les 562 personnes envoyées (1)).

En Russie, les femmes… ou l’argent ?

Mais avant, il y a eu pire côté russe : « mai 2003, le dernier recrutement russe ne comporte aucune femme. Après plus de neuf ans, Nadejda Koujelnaïa, unique femme de l’équipe actuelle des cosmonautes russes qui s’entraîne à la Cité des Etoiles (ici à droite), dans l’attente désespérée d’un vol dans l’espace pense qu’elle n’effectuera aucun vol. Inscrite comme candidate en 1994, elle est choisie en 1997 pour un vol sur ISS. Son premier vol spatial, en tant qu’ingénieur de bord, doit avoir lieu en avril 2001, mais, trois mois avant le lancement, elle apprend que sa place est prise: c’est le millionnaire américain Dennis Tito (ici à gauche son retour)  qui partira sur l’ISS en payant 20 millions de dollars. En octobre de la même année, Nadejda est la doublure de l’astronaute française Claudie Haigneré. D’habitude, les doublures partent dans l’espace pour la mission suivante. Mais en avril 2002, c’est le deuxième touriste de l’espace, le millionnaire sud-africain Mark Shuttleworth, qui prend place dans le vaisseau Soyouz. »

Aux USA : 13 femmes en colère (1) 

Revenons à Jerrie Cobb qui n’aura donc pas vu son vœu exaucé et à sa doublure, Wally Funk (ou pensons au sourire merveilleux de Rhea Woltman, qui nous a quitté en février dernier : elle a toujours été pilote et c’était une jeune fille… belle comme le jour – ici à droite !). Revenons avec elles plus de 60 ans en arrière, avec un directeur d’une NASA qui se mettait tout juste en place (elle n’a été créée qu’en 1958) chargé de recruter de futurs cosmonautes. « (En 1959)  Randolph Lovelace II, président du comité consultatif spécial de la NASA sur les sciences de la vie, venait de sélectionner Glenn, Alan Shepard et le reste des célèbres astronautes de Mercury 7. Il était curieux de savoir si les femmes pilotes pouvaient se mesurer aux mêmes tests rigoureux que les hommes avaient passés dans sa clinique d’Albuquerque, N.M. La course à l’espace battait son plein et si l’Amérique ne pouvait pas battre les Russes en envoyant un homme dans l’espace, pensa Lovelace, alors pourquoi ne pas envoyer des femmes ? Lovelace a demandé à Jerrie Cobb, une célèbre femme pilote de l’Oklahoma, de venir à Albuquerque pour passer la première série d’examens et de l’aider à identifier d’autres femmes qui pourraient réussir. En tout, 26 femmes pilotes sont venues au Nouveau-Mexique pour être testées pour ce qui a été décrit dans les lettres de Lovelace aux candidates comme « le programme des femmes dans l’espace ».Treize femmes – les Mercury 13 – ont réussi les tests : Cobb, Myrtle « K » Cagle, les soeurs jumelles Jan et Marion Dietrich (ici à gauche), Wally Funk, Jane Hart, Jean Hixson, Gene Nora Jessen, Irene Leverton, Sarah Gorelick Ratley, Bernice « B » Steadman, Truhill (ici à droite sur l’aile d’un Mustang P-51) et Rhea Allison Woltman. » Parmi les candidates, figurait aussi une WASP, ces femmes pilotes qui ont joué un rôle crucial pendant la guerre (de Corée ici) en effectuant des livraisons et des convoyages d’avions, des vols à risques sur grandes distance, telle Jean Hixson d’Akron, dans l’Ohio (ici à gauche) qui sera la seconde femme à briser le mur du son, au-dessus du lac Erie. La première ayant été étant un autre phénomène : Jackie Cochran (ici à droite) ! Et que dire alors de Jane Briggs Hart, cavalière émérite, camionneur (se) durant la guerre à Detroit, officier de la Civil Air Patrol, pilote d’hélicoptère, élue sénatrice en 1958, mère de 8 enfants … et fondatrice de la National Organization for Women (NOW), activiste des droits au sein de la League of Women Voters, et du NAACP (National Association for the Advancement of Colored People)…  Quelle femme !!!

Le « Right Stuff » c’était elles qui l’avaient, pourtant !

Vous vous souvenez de la scène des tests de l’Etoffe des Héros (ou la femme médecin est plutôt sadique) ? Eh bien nos 13 candidates ont eu droit aux mêmes, sinon à pire… « Les tests n’ont pas été faciles. De nombreuses femmes astronautes d’aujourd’hui disent que leurs propres tests sont pâles par rapport à ceux du Mercury 13. Quelque 50 examens différents ont mesuré la force physique, le conditionnement, l’endurance et l’adaptabilité des femmes. Ils ont subi près de 100 rayons X, bu de l’eau radioactive, avalé des tuyaux en caoutchouc, se sont fait injecter de l’eau glacée dans les oreilles pour déclencher une désorientation. Parfois, les normes de performance étaient plus élevées pour le Mercury 13 que pour les hommes du Mercury 7. Funk cite le test de privation sensorielle qu’elle a pris comme exemple. Les cliniciens lui ont avoué que le « dog dip » était plus long et plus isolant pour les femmes que pour les hommes. Le test exigeait que Funk flotte dans un réservoir d’eau chaude de 8 pieds – un réservoir situé dans une petite pièce hermétique sans sons, sans odeurs, sans stimulation d’aucune sorte. L’objectif du test était de mesurer à quel moment un sujet pouvait devenir dysfonctionnel et si des hallucinations s’installaient. Les hommes ont été testés pendant trois heures ; Funk a flotté pendant 10 heures et 35 minutes, n’ayant jamais halluciné et ne faisant que « se faufiler quelques siestes rapides ». Les femmes, supposaient les médecins, pourraient endurer plus de privations que les hommes. (Plus tard, Funk a passé un test de centrifugation dans lequel elle a époustouflé l’esprit des Marines en prenant cinq G complets sans s’évanouir, même si la réglementation ne lui permettait pas d’emprunter une combinaison G réglementaire.  À l’insu des hommes présents, elle portait une « veuve joyeuse » pleine longueur, une ceinture de serrage à l’ancienne empruntée à sa mère, pour le soutien.) Les résultats des tests pour le Mercury 13 ont été exceptionnels – meilleurs que prévu, meilleurs sur certains tests que ceux des hommes. Donald Kilgore, qui a assisté Lovelace à la clinique, rappelle que Funk et Cobb, en particulier, étaient des candidats extraordinaires et « auraient fait d’excellents astronautes ». Lovelace était en extase et a travaillé à la hâte pour mettre en place la phase suivante – l’entraînement au vol – à l’école de médecine aéronautique de la Marine à Pensacola, en Floride. Mais un problème s’est produit. La Marine voulait que la NASA approuve officiellement le projet que Lovelace avait commencé par curiosité. Des retards s’installent. Les tests ont été reprogrammés plusieurs fois. Truhill, membre de Mercury 13, se souvient à quel point il était frustrant d’avoir la décision-sanction de l’agence. « J’ai acheté un billet pour Pensacola et j’ai fait mes valises », dit-elle, la voix toujours emplie de colère. « J’étais une mère. Ce n’était pas facile de préparer les choses puis de les laisser tomber. »

Alors oui, d’aucuns trouveront que le tourisme spatial à la Bezos le 20 juillet prochain ce n’est pas la même chose. Certes, mais d’apprendre que l’une des dernières survivantes d’un groupe de femmes extraordinaires que l’on a privées d’aller dans l’espace pourra le faire enfin, personnellement, j’y vois comme une douce revanche contre un type de société au manque d’intelligence social flagrant. Elle l’a bien méritée, son excursion, Wally, au nom des douze autres bien sûr (et d’Amelia Earhart, pour sûr, aussi, la pionnière dans le genre)  !!!

 

(1) elles ne le sont même pas, c’est un pote de nez personnel à un film culte de 1957, l’année du Spoutnik (et film fabuleux)….

Les membres de Mercury 13 : il ne reste  plus que 4 survivantes :

(1) selon une excellente enquête à lire ici :

11,4 % de femmes dans l’Espace : qui sont ces astronautes (pas) comme les autres ?

 

le documentaire de Netflix :

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