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L?Atlantide


ANDRE LEFEBVRE:

Nous arrivons ? la portion la plus difficile ? dig?rer de l??uvre de Platon pour ceux qui poss?dent tout le ??savoir?? acceptable selon l?objectivit? actuelle des autorit?s. Remarquez que l?objectivit? tire son origine de Thales de Milet qui ?tait grec; mais qu?? cela ne tienne, toute objectivit? ne semble pas bonne ? ?tre accept?e, comme ??toute v?rit? n?est pas bonne ? dire!??.

-Maintenant, vas-y mon Critias, ? toi de parler?:

??Et maintenant voici ? peu pr?s de quelle mani?re commen?a ce long r?cit. Nous avons d?j? dit, au sujet du tirage au sort que firent les dieux, qu?ils partag?rent toute la terre en lots plus ou moins grands suivant les pays et qu?ils ?tablirent en leur honneur des temples et des sacrifices. C?est ainsi que Pos?idon, ayant eu en partage l??le Atlantide, installa des enfants qu?il avait eu d?une femme mortelle dans un endroit de cette ?le que je vais d?crire. Du c?t? de la mer, s??tendait, par le milieu de l??le enti?re, une plaine qui passe pour avoir ?t? la plus belle de toutes les plaines et fertile par excellence. Vers le centre de cette plaine, ? une distance d?environ cinquante stades, on voyait une montagne qui ?tait partout de m?diocre altitude. Sur cette montagne habitait un de ces hommes qui, ? l?origine, ?taient, en ce pays, n?s de la terre. Il s?appelait ?v?nor et vivait avec une femme du nom de Leucippe. Ils engendr?rent une fille unique, Clito, qui venait d?atteindre l??ge nubile, quand son p?re et sa m?re moururent. Pos?idon, s?en ?tant ?pris, s?unit ? elle et fortifia la colline o? elle demeurait, en en d?coupant le pourtour par des enceintes faites alternativement de mer et de terre, les plus grandes enveloppant les plus petites. Il en tra?a deux de terre et trois de mer et les arrondit en partant du milieu de l??le, dont elles ?taient partout ? ?gale distance, de mani?re ? rendre le passage infranchissable aux hommes?; car on ne connaissait encore en ce temps-l? ni vaisseaux ni navigation (On parle ?videmment d?une p?riode beaucoup plus ancienne que 9,500 ans av J.C.). Lui-m?me embellit l??le centrale, chose ais?e pour un dieu. Il fit jaillir du sol deux sources d?eau, l?une chaude et l?autre froide, et fit produire ? la terre des aliments vari?s et abondants. Il engendra cinq couples de jumeaux m?les, les ?leva, et, ayant partag? l??le enti?re de l?Atlantide en dix portions, il attribua au premier n? du couple le plus vieux la demeure de sa m?re et le lot de terre alentour, qui ?tait le plus vaste et le meilleur?; il l??tablit roi sur tous ses fr?res et, de ceux-ci, fit des souverains, en donnant ? chacun d?eux un grand nombre d?hommes ? gouverner et un vaste territoire. Il leur donna des noms ? tous. Le plus vieux, le roi, re?ut le nom qui servit ? d?signer l??le enti?re et la mer qu?on appelle Atlantique, parce que le premier roi du pays ? cette ?poque portait le nom d?Atlas. Le jumeau n? apr?s lui, ? qui ?tait ?chue l?extr?mit? de l??le du c?t? des colonnes d?H?racl?s, jusqu?? la r?gion qu?on appelle aujourd?hui Gadirique en ce pays, se nommait en grec Eum?los et en dialecte indig?ne Gadire?,mot d?o? la r?gion a sans doute tir? son nom. Les enfants du deuxi?me couple furent appel?s, l?un Amph?r?s, l?autre Evaimon. Du troisi?me couple, l?a?n? re?ut le nom de Mn?seus, le cadet celui d?Autochthon. Du quatri?me, le premier n? fut nomm? Elasippos, le deuxi?me Mestor?; ? l?a?n? du cinqui?me groupe on donna le nom d?Aza?s, au cadet celui de Diapr?p?s. Tous ces fils de Pos?idon et leurs descendants habit?rent ce pays pendant de longues g?n?rations. Ils r?gnaient sur beaucoup d?autres ?les de l?Oc?an et, comme je l?ai d?j? dit, ils ?tendaient en outre leur empire, de ce c?t?-ci, ? l?int?rieur du d?troit, jusqu?? l??gypte et ? la Tyrrh?nie.

La race d?Atlas devint nombreuse et garda les honneurs du pouvoir. Le plus ?g? ?tait roi, et, comme il transmettait toujours le sceptre au plus ?g? de ses fils, ils conserv?rent la royaut? pendant de nombreuses g?n?rations. Ils avaient acquis des richesses immenses, telles qu?on n?en vit jamais dans aucune dynastie royale et qu?on n?en verra pas facilement dans l?avenir. Ils disposaient de toutes les ressources de leur cit? et de toutes celles qu?il fallait tirer de la terre ?trang?re. Beaucoup leur venaient du dehors, gr?ce ? leur empire, mais c?est l??le elle-m?me qui leur fournissait la plupart des choses ? l?usage de la vie, en premier lieu tous les m?taux, solides ou fusibles, qu?on extrait des mines, et en particulier une esp?ce dont nous ne poss?dons plus que le nom, mais qui ?tait alors plus qu?un nom et qu?on extrayait de la terre en maint endroit de l??le, l?orichalque?,?le plus pr?cieux, apr?s l?or, des m?taux alors connus. Puis tout ce que la for?t fournit de mat?riaux pour les travaux des charpentiers, l??le le produisait aussi en abondance. Elle nourrissait aussi abondamment les animaux domestiques et sauvages. On y trouvait m?me une race d??l?phants tr?s nombreuse?; car elle offrait une plantureuse p?ture non seulement ? tous les autres animaux qui paissent au bord des marais, des lacs et des rivi?res, ou dans les for?ts, ou dans les plaines, mais encore ?galement ? cet animal, qui par nature est le plus gros et le plus vorace. En outre, tous les parfums que la terre nourrit ? pr?sent, en quelque endroit que ce soit, qu?ils viennent de racines ou d?herbes ou de bois, ou de sucs distill?s par les fleurs ou les fruits, elle les produisait et les nourrissait parfaitement, et aussi les fruits cultiv?s et les secs, dont nous usons pour notre nourriture, et tous ceux dont nous nous servons pour compl?ter nos repas, et que nous d?signons par le terme g?n?ral de l?gumes, et ces fruits ligneux qui nous fournissent des boissons, des aliments et des parfums, et ce fruit ? ?cailles et de conservation difficile, fait pour notre amusement et notre plaisir, et tous ceux que nous servons apr?s le repas pour le soulagement et la satisfaction de ceux qui souffrent d?une pesanteur d?estomac, tous ces fruits, cette ?le sacr?e qui voyait alors le soleil, les produisait magnifiques, admirables, en quantit?s infinies?.?Avec toutes ces richesses qu?ils tiraient de la terre, les habitants construisirent les temples, les palais des rois, les ports, les chantiers maritimes, et ils embellirent tout le reste du pays dans l?ordre que je vais dire.

Ils commenc?rent par jeter des ponts sur les foss?s d?eau de mer qui entouraient l?antique m?tropole, pour m?nager un passage vers le dehors et vers le palais royal. Ce palais, ils l?avaient ?lev? des l?origine ? la place habit?e par le dieu et par leurs anc?tres. Chaque roi, en le recevant de son pr?d?cesseur, ajoutait ? ses embellissements et mettait tous ses soins ? le surpasser, si bien qu?ils firent de leur demeure un objet d?admiration par la grandeur et la beaut? de leurs travaux. Ils creus?rent depuis la mer jusqu?? l?enceinte ext?rieure un canal de trois pl?thres (cent pieds) de large, de cent pieds de profondeur et de cinquante stades (stade = 600 pieds, donc 30,000 pieds; presque 10 km)) de longueur, et ils ouvrirent aux vaisseaux venant de la mer une entr?e dans ce canal, comme dans un port, en y m?nageant une embouchure suffisante pour que les plus grands vaisseaux y pussent p?n?trer. En outre, ? travers les enceintes de terre qui s?paraient celles d?eau de mer, vis-?-vis des ponts, ils ouvrirent des tranch?es assez larges pour permettre ? une tri?re de passer d?une enceinte ? l?autre, et par-dessus ces tranch?es ils mirent des toits pour qu?on p?t naviguer dessous?; car les parapets des enceintes de terre ?taient assez ?lev?s au-dessus de la mer. Le plus grand des foss?s circulaires, celui qui communiquait avec la mer, avait trois stades (1,800 pieds) de largeur, et l?enceinte de terre qui lui faisait suite en avait autant. Des deux enceintes suivantes, celle d?eau avait une largeur de deux stades (1,200 pieds) et celle de terre ?tait encore ?gale ? celle d?eau qui la pr?c?dait?; celle qui entourait l??le centrale n?avait qu?un stade. Quant ? l??le o? se trouvait le palais des rois, elle avait un diam?tre de cinq stades (30,000 pieds). Ils rev?tirent d?un mur de pierre le pourtour de cette ?le, les enceintes et les deux c?t?s du pont, qui avait une largeur d?un pl?thre (100 pieds). Ils mirent des tours et des portes sur les ponts et ? tous les endroits o? passait la mer. Ils tir?rent leurs pierres du pourtour de l??le centrale et de dessous les enceintes, ? l?ext?rieur et ? l?int?rieur?; il y en avait des blanches, des noires et des rouges. Et tout en extrayant les pierres, ils construisirent des bassins doubles creus?s dans l?int?rieur du sol, et couverts d?un toit par le roc m?me. Parmi ces constructions les unes ?taient d?une seule couleur?; dans les autres, ils entrem?l?rent les pierres de mani?re ? faire un tissu vari? de couleurs pour le plaisir des yeux, et leur donn?rent ainsi un charme naturel. Ils rev?tirent d?airain, en guise d?enduit, tout le pourtour du mur qui entourait l?enceinte la plus ext?rieure?; d??tain fondu celui de l?enceinte int?rieure, et celle qui entourait l?acropole elle-m?me d?orichalque aux reflets de feu (Information sur ce m?tal inconnu?: il a des reflets de feu).

Le palais royal, ? l?int?rieur de l?acropole, avait ?t? agenc? comme je vais dire. Au centre m?me de l?acropole il y avait un temple consacr? ? Clito et ? Pos?idon. L?acc?s en ?tait interdit et il ?tait entour? d?une cl?ture d?or. C?est l? qu?? l?origine ils avaient engendr? et mis au jour la race des dix princes. C?est l? aussi qu?on venait chaque ann?e des dix provinces qu?ils s??taient partag?es offrir ? chacun d?eux les sacrifices de saison. Le temple de Pos?idon lui-m?me ?tait long d?un stade, large de trois pl?thres et d?une hauteur proportionn?e ? ces dimensions?; mais il avait dans son aspect quelque chose de barbare. Le temple tout entier, ? l?ext?rieur, ?tait rev?tu d?argent, hormis les acrot?res, qui l??taient d?or?; ? l?int?rieur, la vo?te ?tait tout enti?re d?ivoire ?maill? d?or, d?argent et d?orichalque?; tout le reste, murs, colonnes et pav?s, ?tait garni d?orichalque. On y avait dress? des statues d?or, en particulier celle du dieu, debout sur un char, conduisant six chevaux ail?s, et si grand que sa t?te touchait la vo?te, puis, en cercle autour de lui, cent N?r?ides?sur des dauphins?; car on croyait alors qu?elles ?taient au nombre de cent?; mais il y avait aussi beaucoup d?autres statues consacr?es par des particuliers. Autour du temple, ? l?ext?rieur, se dressaient les statues d?or de toutes les princesses et de tous les princes qui descendaient des dix rois et beaucoup d?autres grandes statues d?di?es par les rois et les particuliers, soit de la ville m?me, soit des pays du dehors soumis ? leur autorit?. Il y avait aussi un autel dont la grandeur et le travail ?taient en rapport avec tout cet appareil, et tout le palais de m?me ?tait proportionn? ? la grandeur de l?empire, comme aussi aux ornements du temple.

Les deux sources, l?une d?eau froide et l?autre d?eau chaude, avaient un d?bit consid?rable et elles ?taient, chacune, merveilleusement adapt?es aux besoins des habitants par l?agr?ment et la vertu de leurs eaux. Ils les avaient entour?es de b?timents et de plantations d?arbres appropri?es aux eaux. Ils avaient construit tout autour des bassins, les uns ? ciel ouvert, les autres couverts, destin?s aux bains chauds en hiver. Les rois avaient les leurs ? part, et les particuliers aussi?; il y en avait d?autres pour les femmes et d?autres pour les chevaux et les autres b?tes de somme, chacun d?eux ?tant dispos? suivant sa destination. Ils conduisaient l?eau qui s?en ?coulait dans le bois sacr? de Pos?idon, o? il y avait des arbres de toutes essences, d?une grandeur et d?une beaut? divine, gr?ce ? la qualit? du sol?; puis ils la faisaient ?couler dans les enceintes ext?rieures par des aqueducs qui passaient sur les ponts. L?, on avait am?nag? de nombreux temples d?di?s ? de nombreuses divinit?s, beaucoup de jardins et beaucoup de gymnases, les uns pour les hommes, les autres pour les chevaux, ces derniers ?tant construits ? part dans chacune des deux ?les form?es par les enceintes circulaires. Entre autres, au milieu de la plus grande ?le, on avait r?serv? la place d?un hippodrome d?un stade de large, qui s??tendait en longueur sur toute l?enceinte, pour le consacrer aux courses de chevaux. Autour de l?hippodrome, il y avait, de chaque c?t?, des casernes pour la plus grande partie de la garde. Ceux des gardes qui inspiraient le plus de confiance tenaient garnison dans la plus petite des deux enceintes, qui ?tait aussi la plus pr?s de l?acropole, et ? ceux qui se distinguaient entre tous par leur fid?lit? on avait assign? des quartiers ? l?int?rieur de l?acropole autour des rois m?mes.

Les arsenaux ?taient pleins de tri?res et de tous les agr?s n?cessaires aux tri?res, le tout parfaitement appr?t?. Et voil? comment tout ?tait dispos? autour du palais des rois.

Quand on avait travers? les trois ports ext?rieurs, on trouvait un mur circulaire commen?ant ? la mer et partout distant de cinquante stades de la plus grande enceinte et de son port. Ce mur venait fermer au m?me point l?entr?e du canal du c?t? de la mer. Il ?tait tout entier couvert de maisons nombreuses et serr?es les unes contre les autres, et le canal et le plus grand port ?taient remplis de vaisseaux et de marchands venus de tous les pays du monde et de leur foule s??levaient jour et nuit des cris, du tumulte et des bruits de toute esp?ce.

Disons tout de suite, pour ceux qui seraient port?s ? dire que toute cette description est celle d?une structure compl?tement imaginaire, que des structures de cit?s ?quivalentes et maintenant connues de nos jours, existaient depuis plus de 2,000 ans avant l??poque de Critias; entre autre, Mohenjo-Daro. Son r?cit en devient plus cr?dible puisque sa description est celle, exacte, d?une cit? qu?il n?a pu observer lui-m?me. L?histoire des manuscrits recelant le r?cit du pr?tre ?gyptien prend une consistance importante.

D?ailleurs H?rakleion cit?e portuaire d??gypte, d?couverte en 1992, ?n??tait pas encore submerg?e ? l??poque de Critias. Celui-ci ne se sert donc pas de cette description pour ?pater la galerie.

? suivre

Andr? Lefebvre

 

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