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L?aide humanitaire canadienne au service des mini?res


Par Louis Girard
10 janvier 2013
Les changements apport?s ? l?ACDI font partie d?une s?rie de mesures prises par le gouvernement canadien ainsi que par les entreprises afin de faire taire l?opposition largement r?pandue face ? l?exploitation brutale et la destruction de l?environnement dont sont synonymes les projets miniers.

Les populations touch?es par ces projets accusent les grandes soci?t?s mini?res canadiennes d?ass?cher leurs rivi?res et de contaminer leurs eaux, de causer des probl?mes de sant? (maladie de peau, cancer, probl?mes respiratoires), d?offrir de mauvaises conditions de travail et de payer peu de redevances mini?res aux gouvernements locaux malgr? leurs profits faramineux. Cette opposition, qui prend souvent la forme de conflits violents, menace les opportunit?s de profits des grandes soci?t?s canadiennes qui sont parfois forc?es d?annuler ou de reporter des projets.

En Afrique du Sud, deux mineurs en gr?ve sont morts lors d?affrontements violents survenus pr?s d?une usine de traitement appartenant ? Forbes & Manhattan Coal, une compagnie bas?e ? Toronto. La gr?ve ? laquelle participaient ces mineurs faisait partie du large soul?vement des mineurs en Afrique du Sud de l?automne 2012 suite au massacre de plusieurs dizaines d?entre eux ? la mine de Marikana. Les mineurs r?clamaient de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

Devant plusieurs chefs d?entreprises r?unis ? l?Economic Club of Canada, le ministre canadien de la Coop?ration internationale, Julian Fantino, a d?crit l?ACDI comme un ?outil? pour ?aider les entreprises commerciales ? l??tranger?. Faisant l??loge de l??conomie capitaliste, il a d?clar? que le travail de cette agence canadienne ?consiste principalement ? aider les pays en d?veloppement ? cr?er les conditions propices pour mettre des capitaux ? la disposition des entreprises?.

Officiellement, la raison d??tre de l?ACDI est le financement de l?aide humanitaire et des projets de d?veloppement ? long terme visant ? r?duire la pauvret?. Cependant, l?aide au ?d?veloppement international?, dans laquelle l?ACDI joue un r?le pr??minent, a toujours ?t? une arme parmi d?autres dans l?arsenal de la politique ?trang?re canadienne. Non seulement l?ACDI peut aider les compagnies canadiennes ? s?implanter ? l??tranger et ? faire du profit, mais, de mani?re plus large, elle sert ? ?tendre l?influence g?opolitique de la bourgeoisie canadienne ? travers le monde.

?L?ACDI peut contribuer ? renforcer la capacit? de n?gocier avec d?autres pays, de mettre en ?uvre des accords commerciaux internationaux avec le Canada et d?autres partenaires, et aider les entreprises ? profiter de ces accords. Et nous le ferons de plus en plus ? l?avenir?, a d?clar? le ministre Fantino devant l?Economic Club.

Quand Fantino parle de cr?er des ?conditions propices? ou d???tablir les cadres l?gislatifs et r?glementaires n?cessaires? pour que les entreprises canadiennes puissent investir, cela signifie concr?tement que l?ACDI doit mettre l?accent sur la promotion des privatisations et les d?r?glementations et aussi dissuader les gouvernements concern?s ? nationaliser des parties de leurs ?conomies. Du point de vue des entreprises canadiennes, de telles politiques sont vitales pour faire fructifier leurs bilans financiers, m?me si cela a des cons?quences d?vastatrices sur les conditions sociales de ceux qui habitent l? o? ces entreprises s?implantent et sur l?environnement.

Et Fantino a annonc? que l?Agence exigera dor?navant des ONG qu?elle finance d?entrer dans des partenariats avec les entreprises canadiennes ? l??tranger.

?Et, bien que l?Agence ait de longs ant?c?dents de travail avec des organisations du secteur priv?, qui agissent ? titre d?agents d?ex?cution, elle doit en fait collaborer davantage avec elles?, a affirm? Fantino. Il a rajout? que les partenariats qui existent d?j? entre des ONG financ?es par l?ACDI et des compagnies mini?res canadiennes devraient ?tre des ?mod?les? pour de futurs projets de d?veloppement.

Le Canada occupe une place importante au niveau international dans l?industrie mini?re. Il est un des principaux producteurs de plusieurs minerais, comme la potasse, les minerais de fer, le nickel, le cuivre, l?uranium, l?or, les diamants et le charbon. De plus, le Canada est le si?ge de nombreuses entreprises d?exploration ainsi que de grandes soci?t?s mini?res telle Barrick Gold, le plus important producteur d?or dans le monde. Le Canada est aussi un joueur cl? pour le financement de l?industrie mini?re mondiale qui y trouve le capital de risque n?cessaire ? ses projets d?exploration min?rale.

L?industrie mini?re canadienne occupe une place de plus en plus importante dans les investissements directs canadiens ? l??tranger. De 2001 ? 2011, la part des investissements directs canadiens ? l??tranger visant le secteur minier est pass?e de 11,8 pour cent ? 18,8 pour cent. De 2006 ? 2011, la valeur totale de ces investissements a presque doubl?, passant de 23,8 milliards ? 45,3 milliards de dollars.

Ces investissements ont rapport? d??normes profits ? la bourgeoisie canadienne. GoldCorp, une importante soci?t? aurif?re canadienne, a enregistr? un b?n?fice de 498 millions de dollars pour le troisi?me trimestre de 2012. Barrick Gold a enregistr? un b?n?fice de 618 millions de dollars pour le m?me trimestre, malgr? une baisse de 55 pour cent de son b?n?fice. L?ancien PDG de Barrick, Aaron Regent, a gagn? 9,2 millions de dollars en 2011. Selon une ?tude du Centre canadien de politiques alternatives, sur les 100 PDG les mieux pay?s au Canada, 19 ?uvrent dans le secteur minier.

Le tournant de plus en plus marqu? de l?ACDI vers des collaborations ouvertes avec les grandes multinationales canadiennes a suscit? de vives r?actions chez plusieurs intervenants qui travaillent dans le domaine de la coop?ration internationale.

Stephen Brown, un enseignant en d?veloppement international ? l?Universit? d?Ottawa a dit que les projets de d?veloppement qui impliquent les soci?t?s mini?res reviennent ? une subvention d?guis?e pour ces soci?t?s. ?C?est de l?argent qui est utilis? pour obtenir et maintenir l?accord des communaut?s afin que les compagnies mini?res puissent continuer de faire leurs op?rations?, a dit Brown. ?Cela doit faire partie des calculs financiers [des entreprises] et non du budget de l?ACDI.?

Les derni?res annonces du ministre ainsi que des coupes de 319 millions de dollars sur les trois prochaines ann?es auxquelles fait face l?ACDI laisseront encore moins de marge de man?uvre aux ONG financ?es par l?ACDI pour se consacrer ? autre chose que des partenariats avec la grande entreprise canadienne.

R?pondant aux vives r?actions ? son discours sur les changements apport?s ? l?ACDI, Fantino a d?clar??: ??a n?a rien ? voir avec le pillage et l?extorsion?. Vraiment??

Selon le Groupe de recherche de l?Universit? McGill sur l?activit? mini?re du Canada en Am?rique latine (en anglais, MICLA), il y a environ 200 mines canadiennes en activit? ? tout moment en Am?rique latine. Depuis la fin des ann?es 1990, ce groupe a recens??85 sites miniers?o? un conflit est survenu entre la population locale et l?entreprise mini?re.

Un exemple typique est celui de la mine San Martin au Honduras. La compagnie canadienne GoldCorp a exploit? cette mine d?or pendant pr?s de 10 ans avant de la fermer en 2008. Lorsque la mine a ouvert, la compagnie a pu faire accepter le projet aux cultivateurs locaux en promettant emplois et nouvelles maisons pour ceux qui habitaient l? o? l?extraction de l?or devait se faire.

Rodolfo Arteaga, un ancien travailleur de la mine qui avait vendu son cheptel pour y travailler, a affirm??: ?Pendant des ann?es, j?ai bu de l?eau contamin?e par les m?taux lourds. Des tests ont r?v?l? que j?avais des niveaux ?lev?s de plomb et d?arsenic dans le sang.? Le docteur Juan Alemendarez, ancien doyen de la facult? des sciences m?dicales de l?Universit? nationale autonome du Honduras, tient une clinique dans la Vall?e de Siria, l? o? se trouve la mine San Martin, maintenant abandonn?e. Il rapporte que la proportion de patients qui vont consulter pour des maladies de peau est pass?e de 10 pour cent ? 70 pour cent en quelques ann?es. Il ajoute?: ?Les gens nous consultent aussi pour des pertes de cheveux, des d?mangeaisons, des irritations aux yeux. Et ?a, c?est parce qu?ils ont bu et se sont lav?s avec cette eau contamin?e par la mine.?

Le Groupe de recherche de McGill rapporte qu?en 2009, les carcasses de 24 bovins ont ?t? retrouv?es pr?s des p?turages entourant la mine, empoisonn?s par l?eau contamin?e. De plus, au moins 15 des 18 cours d?eau fournissant l?eau potable aux diff?rents villages ont ?t? ass?ch?s.

Les d?veloppements au Honduras refl?tent ce qui se passe dans de nombreux autres pays d?Am?rique Latine, d?Afrique et du monde entier, incluant au Canada. Tandis que la ?prosp?rit? ?conomique? pr?tendument apport?e par la mine est souvent mise de l?avant par la compagnie et les gouvernements des pays concern?s pour faire accepter le projet minier ? la population, l?impact sur l?agriculture et le b?tail du manque d?eau et de l?empoisonnement de l?environnement forcent les habitants de la r?gion mini?re ? quitter leur r?gion ou sinon ? y laisser leur sant?.

Les activit?s mini?res comme celles de GoldCorp ou d?autres compagnies mini?res au Honduras ont suscit? une forte opposition parmi la population face ? de futurs ou actuels projets miniers.

Aussi, le gouvernement Harper estime qu?en jumelant les ONG financ?es par l?ACDI avec les entreprises canadiennes, ces derni?res pourront am?liorer leur image et leur capacit? ? faire face ? l?opposition qu?elles suscitent.

Pierre Gratton, le pr?sident de l?Association mini?re du Canada, a accueilli l?annonce du ministre. Il admet que les compagnies mini?res ont fait des ?erreurs? dans le cadre de leurs projets de ?responsabilit? sociale des entreprises? et que les changements apport?s par le ministre ? l?ACDI permettront aux ONG de mieux aider les entreprises ? remplir leurs ?responsabilit?s sociales?.

Un passage d?un article du 17 d?cembre du quotidien montr?alais?The Gazette?montre bien ce que signifie vraiment cette ?responsabilit? sociale des entreprises? et comment les ONG peuvent aider ? lui donner de la cr?dibilit?.

?Telle est la contribution de Barrick ? la construction de logement ? Vallenar et Copiap?, en partenariat avec une ONG qui s?appelle Un Techo Para Chile (Un toit pour le Chili). C?est en grande partie en raison des activit?s mini?res, et de sa soif pour l?eau pendant les derni?res d?cennies, que le bassin de Copiap? s?est ass?ch?. (Produire une once d?or requiert en moyenne 6000 litres d?eau.)

Les fermiers qui ne sont plus capables de cultiver des raisins ou des mangues dans leurs villages affluent vers les villes ? la recherche d?emploi dans le secteur minier, mettant de la pression sur les ressources immobili?res et cr?ant des bidonvilles. Mais maintenant que l?ONG a fait un partenariat avec Barrick, ?a pourrait les rendre moins critiques de la compagnie et des activit?s mini?res en g?n?ral.?

Pour Daviken Studnicki-Gizbert, un professeur d?histoire ? l?Universit? McGill et aussi coordonnateur du MICLA, ce que les mini?res appellent ?responsabilit? sociale? est plut?t de la gestion de relations publiques. ??a donne une aura de ??nous nous soucions de vous?? et de respectabilit? ? l?industrie sur des questions sociales et environnementales. Mais, la compagnie ne s?assoit jamais pour dire?: ??Voulez-vous une mine ici?? Ce n?est pas de la consultation. C?est de la performance.??

En plus des changements annonc?s aux op?rations de l?ACDI, le gouvernement Harper a pris d?autres mesures pour venir ? la rescousse des soci?t?s mini?res canadiennes. En 2009, il a cr?? un bureau des plaintes pour les personnes ? l??tranger qui sont affect?es par les op?rations des compagnies mini?res canadiennes et qui se nomme ??Bureau du conseiller en responsabilit? sociale des entreprises de l?industrie extractive??.

Dot? d?un budget annuel de 650.000 dollars, cet organisme est destin? ? aider les entreprises ? l??tranger ? implanter leur programme de ??responsabilit? sociale?? et ? r?gler des conflits qui surviennent. Jusqu?? maintenant, deux des trois dossiers ouverts suite ? des plaintes ?taient li?s ? des conflits impliquant des compagnies mini?res canadiennes en Am?rique latine. Les deux dossiers ont d? ?tre ferm?s, car les compagnies vis?es n?ont pas voulu coop?rer.

L?automne dernier, le gouvernement Harper a annonc? l?allocation de 25 millions de dollars ? m?me le budget de l?ACDI, pour la cr?ation de l?Institut canadien international pour les industries extractives et le d?veloppement. Le but de cet institut sera pr?tendument de renforcer ??la capacit? technique des gouvernements des pays en d?veloppement de mieux g?rer et gouverner les industries extractives et d?en profiter??.

La bourgeoisie canadienne peut bien ?tre une puissance imp?rialiste de second rang, mais ? l?instar de ses rivaux et alli?s plus puissants, elle d?fend impitoyablement ses int?r?ts et s?organise pour que les gouvernements ?trangers coop?rent avec elle.

Les changements apport?s ? l?ACDI sont li?s ? d?autres importants changements dans la politique ?trang?re canadienne, incluant une vaste expansion du militarisme canadien lors des deux derni?res d?cennies. Ces changements refl?tent une comp?tition mondiale de plus en plus f?roce et l?exemple de l?industrie mini?re montre que la bourgeoisie canadienne n?h?site pas ? employer tous les moyens ? sa disposition pour d?fendre ses int?r?ts pr?dateurs.

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