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Julian Assange: ? La vraie guerre, c?est la guerre de l?information ?

cryptage

 

 

Source de l’image:?http://laurent.flaum.free.fr/pgpintrofr.htm

 

 

Comment la cryptographie est une arme essentielle dans la lutte contre les Etats imp?riaux

Le codage des messages, ou cryptographie, doit permettre aux petits Etats de se d?fendre contre les plus grands, assure le fondateur de WikiLeaks dans une tribune exceptionnelle. Car, de P?kin ? Washington, le contr?le des communications est aujourd?hui une arme de guerre.

 

La plupart des premiers ??cypherpunks?? [groupes de personnes int?ress?es par la cryptographie, l?ensemble des techniques de codage et de d?codage de messages] ?taient des militants libertariens de Californie. Je n??tais pas issu de la m?me tradition, mais nous ?tions tous unis par notre volont? de prot?ger les libert?s individuelles contre la tyrannie de l?Etat. La cryptographie ?tait notre arme secr?te.

Les gens ont oubli? ? quel point cet outil ?tait subversif. A l??poque, la cryptographie ?tait la propri?t? exclusive des Etats, qui s?en servaient pour conduire leurs guerres. En concevant notre propre logiciel et en le diffusant au maximum, nous avons lib?r? la cryptographie. Nous l?avons d?mocratis?e et diss?min?e ? travers les fronti?res du nouvel Internet.

La r?action des autorit?s et leurs diverses mesures contre ce ??trafic d?armes?? n?ont pas r?ussi ? enrayer le mouvement. La cryptographie est devenue un standard des navigateurs Internet et d?autres logiciels que les gens utilisent aujourd?hui quotidiennement. La cryptographie est un instrument crucial de la lutte contre l?oppression de l?Etat. C?est le message de mon livre Menaces sur nos libert?s (?d. Robert Laffont, mars 2013). La d?mocratisation de solides protocoles cryptographiques ne doit toutefois pas se limiter ? cela. Notre avenir ne repose pas sur la seule libert? des individus.

Surveillance de masse

Le travail de WikiLeaks permet d?acc?der ? un niveau ?lev? de compr?hension des relations entre l?ordre mondial et la logique des empires. Avec le d?veloppement de WikiLeaks, nous avons vu les preuves de la domination et du harc?lement exerc?s par de grandes puissances sur de petites nations, qui ?taient infiltr?es par des entreprises ?trang?res et forc?es d?agir contre leurs int?r?ts. Nous avons vu la volont? populaire priv?e d?expression, les ?lections achet?es et les richesses de pays comme le Kenya vol?es et vendues aux ench?res aux ploutocrates de Londres et de New York.

Le combat pour l?autod?termination des pays latinoam?ricains concerne bien plus que les seuls habitants de cette r?gion, car il montre au reste du monde que la bataille n?est pas perdue. L?ind?pendance des d?mocraties d?Am?rique Latine reste toutefois fragile. Les tentatives de d?stabilisation se poursuivent, comme r?cemment au Honduras, en Ha?ti, en Equateur et au Venezuela.

C?est pour cette raison qu?il est tellement important de faire entendre le message des cypherpunks en Am?rique Latine. La surveillance de masse n?est pas seulement un probl?me pour la d?mocratie et la bonne gouvernance des pays, c?est aussi une question de g?opolitique. La surveillance de toute une population par une puissance ?trang?re constitue de fait une menace pour la souverainet? de ce pays. L?interventionnisme incessant dans les affaires des d?mocraties d?Am?rique Latine nous a appris ? ?tre r?alistes. Nous savons que les vieilles puissances n?arr?teront pas d?exploiter le moindre avantage pour retarder ou limiter l?ind?pendance de l?Am?rique Latine.

Il suffit de regarder la situation du point de vue g?ographique. Tout le monde sait que les ressources p?troli?res sont le moteur de la g?opolitique mondiale. Ce sont les flux de p?trole qui d?terminent qui est en position dominante, qui doit ?tre envahi et qui doit ?tre mis au ban de la communaut? internationale. Le contr?le physique d?un ol?oduc, ne serait-ce que d?une portion, conf?re une vaste influence au plan g?opolitique. Les gouvernements qui jouissent d?une telle position peuvent obtenir d??normes concessions. D?un seul coup, le Kremlin peut condamner l?Allemagne et l?Europe de l?Est ? passer l?hiver sans chauffage. La seule perspective de voir T?h?ran ma?tre d?un ol?oduc le reliant ? l?Inde et ? la Chine sert aujourd?hui de pr?texte ? la logique belliqueuse de Washington.

Le codage des donn?es, nerf de la guerre moderne

Mais la v?ritable guerre n?est pas celle pour les ol?oducs ou les gazoducs?; la v?ritable guerre aujourd?hui est celle de l?information, c?est-?-dire celle pour le contr?le des c?bles de fibre optique qui parcourent les terres et les oc?ans. Pour mettre la main sur le nouveau magot mondial aujourd?hui, il faut contr?ler les vastes flux de donn?es qui transitent entre les continents et les civilisations et relient des milliards de gens et d?organisations. Tout le monde sait que, sur Internet ou par voie t?l?phonique, toutes les communications depuis ou ? destination de l?Am?rique Latine passent par les Etats-Unis.

Le r?seau Internet g?re 99?% du trafic vers ou en provenance de l?Am?rique du Sud ? l?aide de fibres optiques qui passent physiquement par les fronti?res des Etats-Unis. Le gouvernement US n?a pas eu le moindre scrupule ? violer ses propres lois pour mettre ces lignes sur ?coute et espionner ses propres citoyens. Or aucune loi n?interdit d?espionner d?autres pays. Chaque jour, des centaines de millions de messages en provenance d?Am?rique Latine atterrissent entre les mains des services de renseignements US, qui les stockent?ad vitam aeternam?dans des entrep?ts de la taille de v?ritables villes. La r?alit? g?ographique des infrastructures du r?seau Internet a donc des cons?quences pour l?ind?pendance et la souverainet? de l?Am?rique Latine.

Le probl?me d?passe toutefois la question g?ographique. Bon nombre d?arm?es et de gouvernements latinoam?ricains prot?gent leurs secrets ? l?aide d?outils cryptographiques, autrement dit des logiciels et des bo?tiers qui codent et d?codent les messages au niveau de l??metteur et du r?cepteur. Les gouvernements ach?tent ces outils ? souvent ch?rement pay?s par leurs peuples ? pour garantir la confidentialit? de leurs secrets car ils redoutent, ? juste titre, l?interception de leurs communications.

Le probl?me est que les soci?t?s qui leur vendent ces co?teux ?quipements sont ?troitement li?es au milieu du renseignement US. Leurs PDG et leurs hauts responsables sont g?n?ralement des ing?nieurs ou des math?maticiens issus de la NSA [Agence nationale de la s?curit?, un organisme gouvernemental du minist?re de la D?fense des Etats-Unis], qui exploitent des inventions cr??es par leurs soins pour l?Etat-surveillant. Leurs produits comportent des failles d?lib?r?es servant un objectif pr?cis. Quels que soient leurs utilisateurs ou la mani?re dont ils sont utilis?s, les agents US sont toujours capables de d?coder le signal et de lire les messages. Ces ?quipements sont vendus aux pays d?Am?rique latine et ? d?autres r?gions comme un moyen de prot?ger leurs secrets alors qu?ils sont en r?alit? un moyen de les leur voler.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs

Dans le m?me temps, les Etats-Unis ont lanc? une course aux armements d?un nouveau genre. La d?couverte des virus ??Stuxnet??, puis ??Duqu?? et ??Flame?? annonce l?arriv?e de logiciels ultrasophistiqu?s utilis?s ? des fins militaires par les grandes puissances contre des Etats plus faibles. De ce point de vue, l?agression US de l?Iran a pour but de saboter les efforts de T?h?ran pour maintenir sa souverainet? nationale, une perspective qui va ? l?encontre des int?r?ts isra?liens et US dans la r?gion.

Il fut un temps o? l?utilisation de virus informatiques comme armes offensives relevait de la science-fiction. Il s?agit aujourd?hui d?une r?alit? internationale qu?encouragent les provocations de l?administration Obama en violation du droit international. D?autres pays vont d?sormais suivre l?exemple am?ricain et augmenter leurs capacit?s offensives pour combler leur retard.

Les Etats-Unis ne sont pas les seuls fautifs. Ces derni?res ann?es, la Chine a directement investi dans l?am?lioration des infrastructures Internet de pays comme l?Ouganda. En Afrique, P?kin propose de g?n?reux pr?ts en ?change de contrats pour la construction d?infrastructures de base servant ? relier les ?coles, les minist?res et diverses communaut?s au r?seau mondial de fibre optique.

L?Afrique arrive sur le r?seau, mais avec du mat?riel fourni par une superpuissance ?trang?re en devenir. Internet sera-t-il le nouveau joug de ce continent au XXIe si?cle?? L?Afrique sera-t-elle de nouveau le th??tre de confrontations entre puissances mondiales??

La liste est encore longue des raisons pour lesquelles le message des cypherpunks va bien au-del? de la lutte pour les libert?s individuelles. Outre les droits et les libert?s civiles des individus, la cryptographie peut ?galement prot?ger l?ind?pendance et la souverainet? de nations enti?res, les liens de solidarit? entre groupes unis par une cause commune et l?id?e d??mancipation mondiale. Elle peut servir ? combattre non seulement la tyrannie de l?Etat sur les individus, mais aussi la tyrannie des empires sur les nations plus faibles.

Les cypherpunks n?ont pas encore termin? leur grand ?uvre. Rejoignez-nous.

Julian Assange?para?The Guardian

Originale?: ??How cryptography is a key weapon in the fight against empire states??

The Guardian. Londres, le 9 juillet 2013

El Correo

L’URL de cet article est:?http://centpapiers.com/julian-assange-%C2%AB-la-vraie-guerre-c%E2%80%99est-la-guerre-de-l%E2%80%99information-%C2%BB/

 

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