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Je suis un Toba! L’indien sans terre n’est pas un indien

Guadi Calvo

Un petit groupe de documentalistes de l’Universit? de G?n?ral Sarmiento (Hern?n Montero, de Mario Martinho, d’Eduardo Villar, men?s par Maki Arranz), p?n?tre dans le monde des indig?nes am?ricains pour nous pr?senter cin?matographiquement la communaut? Toba. Le documentaire?: ??Je suis Toba?? (2008) nous raconte comment cette ethnie argentine a ?t? mise de cot?, d?pouill?e de ses territoires et de sa dignit?.

Indiens, aborig?nes, indig?nes, peuples originaires, gens de la terre, il n’existe m?me pas pour l’heure d’ accord pour d?nommer les ethnies qui habitent le continent am?ricain depuis avant l’arriv?e des conquistadors europ?ens. La solution pour beaucoup des nations qui se sont fond?es sur les territoires retir?s ? ces peuples, fut celle de ne pas les nommer. Les oublier, les ignorer de la culture officielle, les dissimuler avec honte dans les quartiers pauvres des grandes villes ou les enfermer dans de petites parcelles, en g?n?ral des terres arides ou appauvries par la exploitation de l’homme blanc.

On compte par milliers les t?moignages du m?pris et de l’oubli dans lesquelles ces ethnies sont et continuent d’?tre soumises. Depuis les massacres, comme soufferte au Salvador en 1932 o? plus de trente mille paysans indig?nes ont ?t? extermin?s dans quelques jours par les troupes du G?n?ral Jos? Calder?n?; ? leur extermination par surexploitation, comme cela s’est pass? dans les mines du Cerro Rico de Potos?, en Bolivie, o? le nombre des morts indig?nes depuis le commencement du XVe jusqu’? aujourd’hui est inestimable.

En Argentine, particuli?rement, o? la population originaire s’est vue substituer son identit? ? de niveaux impensables, il y a encore beaucoup d’habitants de la ville qui ne con?oivent pas avoir des compatriotes qui ressemblent tant aux hommes et femmes indig?nes du continent. La confusion et l’ignorance atteignent un tel degr?, que les fameuses Barras Braves du football, ? l’heure d’insulter leurs rivaux, les appellent ??boliviens ou paraguayens??, l’insulte vers?e par des argentins ? ceux qu’il serait tr?s difficile de distinguer de n’importe quel homme ou femme n? dans l’Alto de la ville de La Paz ou dans le quartier Mbokajaty de Asunci?n.

Un autre exemple clair de cette forte discrimination peut ?tre vu dans le documentaire fran?ais Mondovino (2004) de Jonathan Nossiter, qui relate un long voyage ? travers les grandes r?gions productrices de vin du monde. Dans le chapitre sur l’Argentine entretien avec Arnaldo Etchart, un fameux vigneron de la province de Salta, limite avec la Bolivie et zone de forte pr?sence indig?ne. Pendant l’entretien Etchart change rapidement la direction de la conversation, qui est sur des vins, pour d?nigrer les ??indiens?? comme ??des gens sans initiative??, ??sans volont? de progr?s??, ??? cause de leur race??, ajoute l’un de ses enfants?; ??par leurs anc?tres, sans culture?? conclut Etchart. Tout cela n’importe quelle dame d’un quartier de classe moyenne de Buenos Aires pourrait le dire?; ce qui est significatif dans le cas des Etchart, c’est la forte pr?sence indig?ne dans leurs traits et leurs mani?res, comme si eux m?mes ne pouvaient pas se voir et se reconna?tre dans ces m?me « indiens » qu’ils m?prisent tant.

On se rappelle encore avec fiert? la boutade attribu? ? l’?crivain mexicain Octavio Paz?: ??Les Mexicains descendent des Azt?ques, les P?ruviens des Incas, les argentins des bateaux??, une id?e excessive, pour n’importe qui fait le travail de marcher quelques p?t?s de maison ? travers n’importe quel quartier de la tr?s blanche et europ?enne ville de Buenos Aires, par exemple.

En Argentine la pr?sence de descendants de peuples originaires, qu’on on a historiquement trait?s de minorit?s, est ?crasante, on interagit avec eux d’une mani?re permanente et ainsi et malgr? tout ils continuent d’?tre invisibles.

Le jargon argentin est rempli de mots h?rit?s des langues autochtones comme?: pilcha [frange], cancha [terrain de jeu], une pampa (??plaine?? en quechua), mat? [mate en Guaranis]. Et peut-?tre m?me le terme mapuche ??Che?? (homme), d?j? devenu le surnom par lequel nous les argentins sommes identifi?s dans le reste de continent?; en plus d’?tre presque le nom propre du meilleur de tous les argentins.

La pr?sence de descendants des peuples originaires en Argentine est aussi majoritaire qu’ignor?e, de m?me que dans tous les pays du continent. Ils sont des millions les argentins qui sans ?tre purs, ont une pr?sence indig?ne dans leurs g?nes et nombre d’entre eux chargent cela comme une faute, une honte ou l’ignorent simplement.

Les syst?mes de pouvoir ont transform? ces communaut?s en invisibles, leurs probl?matiques sont seulement exhib?es ? travers des questions m?diatiques ou des int?r?ts politiques. N’a jamais exist? une politique d’int?gration en Argentine et depuis l’?poque m?me o? elle s’est d?clar?e r?publique ind?pendante, les indig?nes ont ?t? oubli?s, leurs territoires accapar?s par les grands propri?taires terriens d?pouillant les communaut?s de leur habitat, de leurs mani?res de sustentation et du territoire depuis lequel ils ont construit leur conception du monde. Sans territoire, sans soutien et sans les bases de leur religiosit?, ils sont rest?s condamn?s ? ?tre utilis?s comme main d’oeuvre bon march?, oblig?s ? une int?gration in?gale, beaucoup pouss?s ? l’alcool, ? la malnutrition. Ils n’ont jamais ?t? incorpor?s aux syst?mes d’?ducation et s’ils l’ont ?t? ils sont tomb?s entre les mains de communaut?s religieuses qui ont fini par les d?pouiller de leurs Dieux et de leur identit? culturelle.

De la quantit? importante de nations indig?nes qui ont fa?onn? la carte de l’Argentine (plus de vingt diff?rentes ethnies), nombre d’entre elles ont ?t? extermin?es. L’une des plus importantes d?mographiquement est la Toba, dans leur langue les Qom (homme)?; la communaut? se situe dans la r?gion nord-est du pays, dans la province du Chaco, avec ? peu pr?s cent mille membres.

Les Qom ont ?t? les derniers ? ?tre r?duit, et jusqu’au d?but du XXe si?cle ils ont r?sist? dans un pied de lutte?; leur derni?re malon (groupe d’attaque d’Indiens) a fut de la tribu Mocovi, une ethnie apparent?e aux Tobas, en avril 1904, dans la localit? de San Javier, la province de Santa Fe. Une Malon provient du terme mapudungun, de la langue de la nation mapuche, maleu, malecua qui signifie?: ??harceler l’ennemi??.

Dans le matin du 19 juillet 1924, ils subirent leur dernier et d?finitif ?chec. Pr?s de 130 policiers et un groupe de civils, par ordre du gouverneur chaque?o Fernando Centeno, sont arriv?s ? la population de Napalp?, (Par hasard lieu des morts en langue Toba) et pendant 45 minutes les forces du gouverneur Centi?me ont d?charg? plus de 5 mille balles de fusil sur la communaut?. Pr?s de 500 indiens sont morts par les projectiles ou empal?s, les femmes ont ?t? viol?es?; des trente-huit enfants qui ont surv?cu, la moiti? est morte dans le d?placement jusqu’aux peuples de Quitilipi et de Machagai, o? les survivants ont ?t? offerts en cadeau au service domestique.

Malgr? l’importance culturelle et historique de ces peuples, le cin?ma argentin s’est tr?s peu occup? de leur r?alit?. En 1918, Alcides Greca r?alise le film ??El ?ltimo Mal?n??, avec certains des protagonistes de cette incursion d’Indiens de 1904, comme le cacique mocov? Mariano L?pez, leader du soul?vement.

R?cemment en 2008, un petit groupe de documentalistes de l’Universit? G?n?rale Sarment (Hern?n Montero, Mario Martinho, Eduardo Villar, men? par Maki Arranz), se sont ? nouveau occup?s cin?matographiquement de la communaut? le Toba, pour r?aliser le documentaire?: ??Je suis Toba??.

Le documentaire se passe entre deux communaut?s les Tobas s?par?es par plus de 1300 kilom?tres, celle de Villa R?o Bermejito, dans le Chaco, et celle de Presidente Derqui, dans la province du Buenos Aires. Lors de ses d?placements entre les lieux le film montre les diff?rences et les affinit?s entre les deux communaut?s, une install?e dans un contexte urbain de Presidente Derqui et l’autre nettement rurale, celle de Villea R?o Bermejito. Li?s les deux r?cits par une journ?e de p?che ? l’arc, dans les marais de la communaut? de Bermejito, qui est presque un acte rituel qui nous remonte aux origines de l’ethnie form?e essentiellement par des chasseurs, des p?cheurs et des cueilleurs.

Aujourd’hui la communaut? de Villa R?o Bermejito, essaie de se tenir avec des activit?s agricoles, en faisant face aux difficult?s de n’importe quel petit producteur qui est en comp?tition avec les grands trusts, en plus de la marginalisation et la discrimination ? laquelle ils continuent d’?tre soumis de la part de l’Etat et des hommes blancs.

La communaut? est ins?r?e dans une zone de cent quarante mille hectares entre des marais contamin?s, hautement inondables et la fois la zone de grandes s?cheresses. Le r?cit de Laurencio Rivero, repr?sentant des communaut?s Tobas du R?o Bermejito, est clair au sujet de ses probl?mes. ??Un b?b? est mort dans Uriburu, je ne sais pas s’il ?tait sous-aliment?, mais le gosse est mort ce jour l? et ils voulaient se d?placer au cimeti?re, qui est 3 kms d’ici et comme ils ?taient occup?s par l’?lection nationale, il n’y avait pas de camionnette pour porter le corps du gosse??.

La marginalisation de la communaut? est absolue, les entit?s officielles par laisser-aller ou corruption n’activent pas politiques d’int?gration donnant une excuse qui est peut-?tre trop simple?: ??de toute fa?on c’est pour les indiens??.

??Quand vient la s?cheresse, ces animaux commencent ? mourir, parce qu’ils n’ont pas d’eau, ils n’ont pas de quoi manger. Certains ont tr?s peu d’animaux, ?l?vent quelques chevreaux, mais nous nous battons, nos femmes travaillant dans l’artisanat, et qu’elles am?nent en ville,… elles ?changent des corbeilles pour des v?tements, alors nous avons des v?tements, nous habillons nos enfants, mais nous d?veloppons ainsi notre zone??. explique ? un autre moment Cl?ment.

Le profil de la communaut? Toba de Derqui, pour ?tre situ?e dans un secteur urbain, a beaucoup plus de mobilit? et les probl?matiques sont diff?rentes comme le poids du d?racinement. Son cacique, Clemente L?pez raconte?: ??ma grand-m?re disait, l’indien sans terre n’est pas indien. Que les gens comprennent que nous ne sommes pas les propri?taires de la terre, aucun de nous sommes les propri?taires de la terre. Nous sommes partie de la terre??.

La cam?ra de Maki Arranz, cherche ? refl?ter seulement la r?alit?, sans st?r?otypes pr?tendument anthropologique et beaucoup moins d’utilitaires. Sa cam?ra sert comme un simple instrument ? refl?ter la r?alit? ? la mani?re des grands artisans du genre, Joris Ivens ou Jean Rouch, o? le regard a toujours ?t? l’homme, d?pourvu de toute id?ologie et dans une libert? absolue face ? l’objectif. La directrice laisse courir seulement les images dans une libert? absolue, pour que reste aussi clair que le dit dans sa derni?re intervention le cacique Clemente L?pez?: ??Les Tobas sont encore en vie, ils ne sont pas tous morts??.

Caratula. Ao?t – septembre 2011.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par?: Estelle et Carlos Debiasi

elcorreo.eu.org

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