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Ing?rence du gouvernement Harper dans les primaires am?ricaines : de quoi je me m?le ?!

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper est r?put? pour sa manie de tenir ? distance les journalistes, son allergie ? la transparence et son penchant naturel pour la cachotterie. Paradoxalement, ce m?me gouvernement semble aussi avoir d?velopp? la f?cheuse habitude de fourrer son nez l? o? il ne devrait pas puisqu’il poss?de une feuille de route peu reluisante en mati?re d’ing?rence politique en p?riode ?lectorale.

Par exemple, en octobre 2006, le pr?sident du conseil du Tr?sor du gouvernement Harper, John Baird, intervient dans les ?lections municipales d’Ottawa en retardant le financement du projet d’expansion du train l?ger si cher au maire sortant, Bob Chiarelli, un ancien d?put? du Parti lib?ral ontarien. Soulignons qu’? l’?poque o? il si?geait ? l’assembl?e l?gislative de l’Ontario, le lib?ral Chiarelli avait affront? Baird, qui ?tait alors d?put? au sein du parti conservateur de Mike Harris.

Devenu l’un des membres les plus puissants du gouvernement Harper, Baird est alors en position de rendre ? Chiarelli la monnaie de sa pi?ce. Ainsi, la d?cision inusit?e de Baird dans le dossier du train l?ger fait carr?ment d?railler la campagne de Chiarelli et contribue ? l’?lection de Larry O’Brien, un homme d’affaires dont les id?es en mati?re de loi & d’ordre sont proches de celles des conservateurs. (1) Notons d’ailleurs que le maire O’Brien doit aujourd’hui r?pondre d’accusations criminelles de corruption.

Ensuite, lors des ?lections g?n?rales qu?b?coises de mars 2007, l’ing?rence du gouvernement Harper atteint de telles proportions qu’elle est d?nonc?e par les plus importants partis politiques de la province, incluant son alli? naturel l’Action d?mocratique du Qu?bec (ADQ), obligeant m?me le premier ministre Jean Charest ? rappeler ? l’ordre ses amis du Parti conservateur.

Dans un premier temps, alors que le gouvernement f?d?ral d?pose habituellement son budget vers la fin de f?vrier, il choisit exceptionnellement de le faire le 20 mars, soit une semaine avant que les ?lecteurs qu?b?cois ne soient appel?s aux urnes. L’attente d’un budget sens? r?soudre le probl?me du d?s?quilibre fiscal entre Ottawa et les provinces influence alors toute la dynamique de la campagne ?lectorale. Mario Dumont de l’ADQ va m?me jusqu’? refuser d’annoncer son cadre financier avant le d?p?t du budget f?d?ral. Lorsque le budget est d?pos?, les lib?raux de Charest se servent alors de la hausse du montant des transferts f?d?raux pour en tirer le maximum de capital politique en annon?ant des baisses d’imp?ts de 950 millions $.

Puis, le lendemain du d?p?t du budget, le premier ministre Harper dresse pratiquement toute la classe politique qu?b?coise contre lui en ?voquant la n?cessit? « d’avoir un gouvernement f?d?raliste ? Qu?bec » comme condition afin d’engager d’?ventuelles discussions sur un transfert de points d’imp?t au Qu?bec et sur la limitation du pouvoir f?d?ral de d?penser dans les champs de comp?tence provinciale.

Andr? Boisclair du Parti qu?b?cois r?agit en criant au chantage, affirmant que « m?me M. Chr?tien, dans ses pires moments, ne se serait pas rendu l?. » Dumont estime lui aussi que Harper d?passe les bornes. « Je trouve que le mot chantage est trop fort, j’appelle ?a une ing?rence », dit-il, ajoutant : « Je dis qu’elle est inappropri?e ? ce point-ci et je demande ? M. Harper de laisser les Qu?b?cois d?cider entre Qu?b?cois. » (2) Pour sa part, Charest juge bon de rappeler que « ce n’est pas ? quelqu’un de l’ext?rieur du Qu?bec, m?me si c’est le premier ministre du Canada, ? d?cider ou ? chercher ? d?terminer avec qui il n?gocie. » (3)

Non seulement les basses manoeuvres des conservateurs ne connaissent aucune limite sur le plan ?thique, mais en plus, elles semblent aujourd’hui faire abstraction des fronti?res g?ographiques. Ainsi, apr?s la campagne ?lectorale d’Ottawa et celle du Qu?bec, le gouvernement Harper est maintenant soup?onn? d’?tre intervenu lors des primaires am?ricaines en faisant couler dans les m?dias des renseignements confidentiels portant s?rieusement atteinte ? la campagne du candidat favori pour l’investiture d?mocrate, soit le s?nateur Barack Obama.

Cette fois-ci, les accusations d’ing?rence viennent de nul autre que l’ambassadeur am?ricain au Canada. L’affaire est si grave que m?me le leader du gouvernement conservateur ? la Chambre des communes, Peter Van Loan, doit reconna?tre « qu’un ?v?nement de ce genre ne favorise pas les relations entre le Canada et les ?tats-Unis ». (4) Ce qui est tout de m?me ironique quand on se rappelle que ce sont les conservateurs qui s’?taient eux-m?mes engag?s ? am?liorer les relations canado-am?ricaines lors des derni?res ?lections g?n?rales f?d?rales.

Il est aussi pour le moins insolite qu’un pays comme le Canada soit accus? de s’ing?rer dans les ?lections de la plus grande puissance de la plan?te, qui elle ne s’est jamais g?n?e d’intervenir ouvertement ou clandestinement dans les affaires internes d’un nombre incalculable d’?tats souverains. ? ce sujet, la m?me semaine o? Ottawa se retrouve sur la sellette pour son intrusion all?gu?e dans les primaires am?ricaines, le magazine am?ricain Vanity Fair r?v?le en grande primeur que l’administration Bush avait cherch? ? renverser le gouvernement palestinien ?lu dirig? par le mouvement de r?sistance islamique Hamas en armant et en finan?ant une faction du Fatah. (5)

Voici donc le dossier du Bureau des affaires louches sur l’« ALENAgate » ou comment le Canada approvisionna en munitions les adversaires du s?nateur Obama. Mais avant de nous plonger au coeur de cette controverse, nous vous proposons d’abord de revenir sur l’?mergence d’Obama dans la course ? l’investiture d?mocrate, un ph?nom?ne dont la popularit? fait des adeptes un peu partout incluant ici m?me.

La mont?e en puissance de l’« Obamania »

Aux ?tats-Unis, la journ?e connue sous le nom de Super Tuesday est consid?r?e comme ?tant l’?tape la plus importante des primaires am?ricaines. Il s’agit effectivement du moment o? le plus grand nombre d’?tats votent simultan?ment pour ?lire les d?l?gu?s qui seront envoy?s aux conventions des deux grands partis, d?mocrates et r?publicains, qui se tiendront en ao?t 2008.

Ce sont lors de ces conventions que les d?l?gu?s des deux partis rivaux d?signeront officiellement leurs candidats respectifs ? la pr?sidence et ? la vice-pr?sidence des ?tats-Unis en vue des ?lections de novembre 2008. Pour s’assurer de remporter l’investiture d?mocrate, l’aspirant ? la pr?sidence se doit d’obtenir le soutien d’au moins 2025 d?l?gu?s et super d?l?gu?s (6) (sur un total de 4000), tandis que chez les r?publicains, le chiffre magique est de 1191 d?l?gu?s et super d?l?gu?s.

De nombreux observateurs de la politique am?ricaine estiment que les candidats qui parviennent ? remporter le Super Tuesday sont g?n?ralement ceux qui obtiennent l’investiture de leur parti. Ce fut en effet le cas du d?mocrate Bill Clinton en 1992, du r?publicain Bob Dole en 1996, et de George W. Bush Jr. et d’Al Gore en 2000. Lors du Super Tuesday qui se tient le 5 f?vrier 2008, un nombre record de vingt-quatre ?tats, soit pr?s de la moiti? des cinquante ?tats que comptent les ?tats-Unis, choisissent les d?l?gu?s des camps d?mocrates et r?publicains. Chez les d?mocrates un total de 2 088 d?l?gu?s sont ?lus ce jour l?, dont 1 688 assign?s ? un candidat.

Chez les d?mocrates, la victoire revient au s?nateur de l’Illinois Barack Obama, qui r?ussit ? remporter une majorit? de d?l?gu?s dans treize ?tats. Ce r?sultat confirme l’avance de la campagne d’Obama sur celle de sa plus proche rivale, la s?natrice de New York Hillary Clinton. L’ex-premi?re dame des ?tats-Unis, qui ?tait la favorite au d?but de la course ? l’investiture d?mocrate, doit se contenter d’une victoire dans seulement neuf ?tats, parmi lesquels l’on retrouve toutefois certains des plus peupl?s, comme la Californie et New York. Bilan : Obama compte 838 d?l?gu?s, contre 826 pour Clinton.

N? ? Hawa? d’un p?re kenyan et d’une m?re descendante de Jefferson Davis, le pr?sident des ?tats conf?d?r?s durant la guerre de s?cession, le s?nateur Barack Obama est le premier politicien d’origine afro-am?ricaine ? devenir un aspirant s?rieux ? la Maison-Blanche, surpassant de loin l’exploit du r?v?rend Jesse Jackson qui avait remport? huit primaires, la plupart dans des ?tats du sud, lors de la course ? l’investiture d?mocrate de 1988. Avant d’aller plus loin, voici une rapide r?capitulation de la carri?re particuli?re de cet homme politique qui fait tant parler de lui, non seulement aux ?tats-Unis mais aussi d’un bout ? l’autre de la plan?te.

De 1984 ? 1987, Obama travaille comme intervenant social dans le secteur d?favoris? de South Side, ? Chicago, ? aider les r?sidents ? s’organiser pour d?fendre leurs int?r?ts. Apr?s des ?tudes de droit, Obama se joint ? un cabinet d’avocats sp?cialis? dans les causes de droits civiques, Davis, Barnhill, Miner & Galland. En 1992, il ?pouse l’avocate renomm?e Michelle Robinson, une figure influente du Parti d?mocrate local gravitant autour du puissant maire de Chicago, Richard M. Daley. C’est d’ailleurs Mme Robinson qui propulse Obama sur la sc?ne politique. (7)

?lu une premi?re fois en 1996 au S?nat de l’Illinois, Obama se distingue par son soutien envers la cause des homosexuels et ? la lutte contre le SIDA. Il perfectionne sa ma?trise de l’art du compromis en r?ussissant le tour de force d’obtenir l’approbation des r?publicains pour l’adoption de lois prohibant le profilage racial, ?tendant la couverture d’assurance-maladie aux enfants, autorisant la surveillance vid?o des interrogatoires de police et m?me un moratoire sur l’application de la peine de mort dans l’Illinois. En 2000, Obama ?choue dans sa tentative de d?crocher l’investiture d?mocrate en vue des ?lections ? la Chambre des repr?sentants.

En 2002, le s?nateur Obama est l’un des rares politiciens am?ricains ? s’opposer publiquement ? la guerre en Irak. En novembre 2004, il fait son entr?e au S?nat am?ricain. Devant la multiplication des scandales de corruption et de conflits d’int?r?ts chez les ?lus de Washington, Obama fait adopter les plus importantes r?formes en mati?re d’?thique et de lobbying depuis l’affaire du Watergate. (8) Reproduisant la recette qui fit sa marque de commerce au S?nat de l’Illinois, Obama r?ussit ? obtenir l’appui des r?publicains. En f?vrier 2007, il annonce sa candidature ? l’investiture du Parti d?mocrate.

Orateur charismatique et communicateur habile, Obama sait faire frissonner les foules. Celui dont le pr?nom signifie « b?ni » en h?breu, en arabe et en swahili b?ti sa campagne autour du th?me de l’espoir. En pointant son embl?me de campagne, un « O » en forme de soleil qui se l?ve, le s?nateur d?clare ceci ? une foule d?bordant d’enthousiasme : « Nos pancartes ne parlent pas d ?Obama, elles parlent d’espoir. Je ne peux que parler d’espoir parce que je suis l? aujourd’hui. Je ne suis pas n? privil?gi?. Ma m?re ?tait une ado. Mon p?re est parti quand j’avais 2 ans. ?lev? par mes grands-parents. Je ne devrais pas ?tre l?. Mais ils m’ont donn? de l’amour, une ?ducation, et ils m’ont donn? de l’espoir. » (9)

Le changement est un autre th?me qu’il mart?le sans arr?t. Obama cultive son image d’ « outsider » en se pr?sentant comme un politicien qui n’est pas encore rentr? dans le moule. La veille du caucus (assembl?es d’?lecteurs) en Iowa, il lance ? ses partisans : « Certains disent : ’Obama est peut-?tre une source d’inspiration, il a peut-?tre de bonnes id?es, mais il n’a pas ?t? assez test? ? Washington. On va le faire mijoter un peu plus, faire ?vaporer tout son espoir, pour qu ?il parle comme les autres, et alors il sera pr?t ?’ »

Mettant de l’avant un discours rassembleur, Obama se d?marque ?galement par sa volont? de d?passer les clivages partisans qui caract?risent depuis si longtemps la politique am?ricaine. Le 5 janvier 2008, il parle de son r?ve de former une grande coalition : « Je pense que de tr?s nombreux r?publicains – et certainement des ind?pendants – qui ont perdu confiance en leur gouvernement estiment que plus personne ne les ?coute, qu’ils croulent sous le co?t croissant des soins m?dicaux et de l’?ducation sup?rieure, et ne croient plus ? ce que disent les politiques. Or nous pouvons attirer ces ind?pendants et certains r?publicains dans une coalition qui marche, une majorit? qui marche en faveur du changement. »

S’il remporte certains succ?s au d?but de l’ann?e 2008, comme le caucus en Iowa et les primaires en Caroline du sud, c’est vraiment sa victoire lors du Super Tuesday qui lui permet de se positionner en tant que meneur dans la course ? l’investiture d?mocrate. Sa c?te popularit? atteint des sommets alors que les comparaisons flatteuses se multiplient : quand ce n’est pas le « Michael Jordan de la politique », on le d?peint comme le « JFK noir ». Son aura transcende m?me les fronti?res des ?tats-Unis. En effet, les adeptes d’Obama se multiplient d’un bout ? l’autre du monde, du Nigeria au Japon en passant par le Mexique, et m?me au sein de l’establishment lib?ral qu?b?cois. (10)

Le quotidien The Gazette r?v?le en effet que l’influent lib?ral John Parisella a r?cemment fait du porte-?-porte pour la campagne d’Obama au New Hampshire. Parisella, qui a ?t? directeur g?n?ral du Parti lib?ral du Qu?bec (PLQ) et chef de cabinet du premier ministre Robert Bourassa, est est aujourd’hui pr?sident de l’agence de publicit? BCP, membre ad hoc de l’ex?cutif du PLQ et conseiller sp?cial aupr?s de Jean Charest. Quand Parisella ?voque Obama, il en parle avec la plus grande des passions. « Il repr?sente l’espoir et il repr?sente une fa?on de faire les choses diff?remment et on le croit d’une fa?on ou d’une autre », dit-il. « C’est comme ?tre en amour. Quand on le voit, on cesse de respirer. » (11)

L’ampleur de l’« Obamania » commence m?me ? susciter un malaise chez certains commentateurs politiques am?ricains. « La campagne d’Obama tend ? ressembler dangereusement ? un culte de la personnalit? », s’inqui?te Paul Krugman dans le New York Times. (12) Pendant ce temps, rien ne semble pouvoir arr?ter l’ascension d’Obama, qui vogue de succ?s en succ?s. Le 19 f?vrier, Obama remporte les primaires du Wisconsin et d’Hawa?, ce qui constitue sa dixi?me et sa onzi?me victoire cons?cutives depuis le Super Tuesday. ? ce moment-l?, Obama compte une centaine de d?l?gu?s de plus que sa rivale Clinton (1374 contre 1275).

Il est d?s lors devenu clair que la campagne de Clinton est s?rieusement en p?ril. Mais la combative s?natrice est encore loin de s’avouer vaincue. Lors de divers d?bats t?l?vis?s, les deux candidats vedettes du Parti d?mocrate croisent le fer sur la guerre en Irak, leurs plans respectifs relativement ? la couverture m?dicale et leurs positions sur l’Accord de libre-?change Nord-Am?ricain (ALENA) entre les ?tats-Unis, le Canada et le Mexique, en vigueur depuis 1994. Aux ?tats-Unis, plus les craintes de r?cession s’accentuent, plus le vent du protectionnisme souffle fort. C’est pourquoi tant Obama que Clinton jouent ? celui qui se distancera le plus de l’ALENA.

Ainsi, l’?quipe d’Obama ne manque pas une occasion d’associer Clinton ? l’ALENA, en disant notamment que la s?natrice new-yorkaise s’?tait toujours montr?e favorable envers cet accord et qu’elle n’a chang? son fusil d’?paule seulement depuis qu’elle est en campagne pour l’investiture d?mocrate. Il est vrai que dans son autobiographie intitul?e « Mon Histoire », la s?natrice avait ?lev? la ratification de l’ALENA, en 1993, au rang de « succ?s » de la pr?sidence de son mari Bill Clinton. (13)

Toujours est-il que la s?natrice Clinton dit aujourd’hui avoir l’intention d’« am?liorer » l’ALENA et m?me de mettre la p?dale douce sur le commerce ext?rieur d?s novembre prochain, le temps de « revoir syst?matiquement tous les accords commerciaux pour v?rifier qu’ils sont b?n?fiques pour les travailleurs am?ricains ». De son c?t?, Obama s’engage ? adopter une « Loi des employeurs patriotes » pour p?naliser les d?localisations d’entreprises. « Je ne signerai aucun accord commercial (…) qui ne comporte pas de protections pour notre environnement et pour les travailleurs am?ricains », promet-il.

La rh?torique protectionniste s’amplifie au fur et ? mesure que s’approchent les primaires de l’Ohio, qui se tiennent le 4 mars 2008. Cela s’explique par le fait que la perte de 200 000 emplois dans le secteur manufacturier de l’Ohio depuis l’an 2000 est attribu?e, ? tort ou ? raison, aux effets pervers de l’ALENA. En plus de l’Ohio, les d?mocrates tiennent ?galement leurs primaires au Texas, au Vermont et ? Rhode Island, ce qui incite certains observateurs ? parler d’un « mini Super Tuesday ». En tout, 260 d?l?gu?s sont en jeu, dont 141 dans l’Ohio et 193 au Texas, lors de cette journ?e qui pourrait bien s’av?rer ?tre fatidique pour la campagne de Clinton.

Compte tenu de sa situation pr?caire, la s?natrice se doit de faire bonne figure en Ohio comme au Texas. Il en va de l’avenir m?me de sa campagne, reconna?t l’ex-pr?sident Bill Clinton, qui est tr?s impliqu? ? soutenir les efforts de son ?pouse dans la course ? l’investiture. Or, m?me si l’Ohio est un ?tat o? la s?natrice est sens?e jouir d’une base solide, la partie n’est pas gagn?e d’avance. Si les sondages de cet ?tat lui accordent une avance de quelques points ou la place au coude ? coude avec Obama, la tendance est que Clinton ne cesse de perdre du terrain dans les intentions de vote en Ohio comme ailleurs aux ?tats-Unis depuis sa d?faite au Super Tuesday. (14)

C’est peut-?tre pourquoi tous les espoirs semblent permis dans le camp d’Obama. ? en croire le New York Times, en d?pensant pr?s de deux fois plus d’argent que sa rivale en publicit? ?lectorale sur les r?seaux t?l?vis?s de l’Ohio et du Texas, Obama chercherait ni plus ni moins qu’? assener le coup de gr?ce ? la campagne de Clinton. Ainsi, pour le seul mois de f?vrier, l’achat de temps d’antenne dans ces deux ?tats totalise 15.3 millions$ pour la campagne d’Obama, contre 8 millions$ pour le camp de Clinton. (15)

La rh?torique ?lectoraliste mise ? nu

Le 26 f?vrier, lors d’un d?bat t?l?vis? tenu ? Cleveland, en Ohio, Clinton d?cide de mettre le paquet. La candidate va jusqu’? pr?tendre que si elle est ?lue pr?sidente, son administration aurait recours ? la clause de l’ALENA permettant ? tout pays signataire de se retirer du trait? en cas de refus de la part du Canada ou du Mexique de ren?gocier l’entente. Question de ne pas ?tre en reste, Obama se dit quant ? lui pr?t ? « utiliser le marteau d’un potentiel d?sengagement comme effet de levier pour nous assurer que les normes du travail et au niveau de l’environnement soient renforc?es ».

? Ottawa, cette soudaine surench?re de d?clarations anti-ALENA ne passe pas inaper?ue. Soixante-quinze pour cent des exportations canadiennes ?tant destin?es au march? am?ricain, il pourrait difficilement en ?tre autrement. Aussi, la r?action du gouvernement Harper face aux prises de position des candidats d?mocrates ne se fait pas attendre.

Le lendemain du d?bat Clinton-Obama, le ministre du Commerce international, David Emerson, rappelle aux deux candidats d?mocrates que le Canada est le principal fournisseur d’?nergie aux ?tats-Unis, ajoutant au passage que l’ALENA garanti ? leur pays un acc?s avantageux au p?trole canadien. (16) Le ministre Emerson souligne ?galement que toute ren?gociation du trait? ne se ferait pas ? sens unique, le Canada ayant lui aussi sa propre liste de r?criminations ? faire valoir. De son c?t?, le critique lib?ral en mati?re de Finances, John McCallum, affirme que le retrait des ?tats-Unis de l’ALENA serait « un d?sastre pour le Canada ».

La m?me journ?e, un reportage du r?seau Canadian Television (CTV), bas? sur une source anonyme, all?gue qu’un membre de l’?quipe d’Obama aurait t?l?phon? ? l’ambassadeur du Canada aux ?tats-Unis, Michael Wilson, pour l’avertir que le s?nateur de l’Illinois avait l’intention de s’en prendre ? l’ALENA lors des primaires. (17) Selon le reportage, qui a ?t? pr?par? par le bureau de CTV ? Washington, le but de l’appel aurait consist? ? rassurer les autorit?s canadiennes en les invitant ? ne voir dans les positions anti-ALENA d’Obama qu’une forme de rh?torique ?lectorale.

Selon la source, l’?quipe de Clinton aurait livr? le m?me type de message ? Ottawa, ce qui est vite d?menti par un porte-parole de la s?natrice. Quant ? l’?quipe d’Obama, l’un de ses porte-parole ne nie pas l’existence de contacts avec du personnel diplomatique canadien, mais s’empresse toutefois de pr?ciser que « le s?nateur Obama ne fait pas de promesses qu’il n’a pas l’intention de tenir ». (18) De son c?t?, l’ambassade canadienne d?ment formellement par voie de communiqu? avoir ?t? contact? par t?l?phone par quelque membre que ce soit de quelque ?quipe ?lectorale que ce soit pour discuter de l’ALENA.

Chose certaine, le premier ministre Harper lui-m?me ne semble pas prendre tr?s au s?rieux ces menaces que font planer les candidats d?mocrates sur l’ALENA. Le 28 f?vrier, lors de la p?riode des questions ? la Chambre des communes, Harper affirme qu’il a « appris ? accueillir avec un certain scepticisme les propos de politiciens de l’opposition concernant des accords de libre-?change durant des campagnes ?lectorales ». (19) Le chef conservateur fait ensuite r?f?rence ? l’engagement qu’avait pris Jean Chr?tien lors des ?lections g?n?rales d’octobre 1993. « Nous nous souvenons tous de la promesse des lib?raux d’il y a une quinzaine d’ann?es : ils voulaient d?chirer l’ALENA », rappelle-t-il. ?videmment, une fois au pouvoir, il n’en fut rien.

Maintenant que toutes les parties impliqu?es d?mentent l’ensemble des all?gations contenues dans son premier reportage, CTV met de l’avant une nouvelle version de l’affaire dans un autre reportage diffus? le 29 f?vrier. (20) Cette fois-ci, CTV all?gue qu’un important conseiller ?conomique de l’?quipe d’Obama, Austan Goolsbee, aurait discut? de l’ALENA avec le consul canadien ? Chicago, Georges Rioux, plus t?t en f?vrier.

Contact? par CTV, Goolsbee, qui enseigne l’?conomie ? l’Universit? de Chicago, refuse de dire si cette discussion a vraiment eu lieu et invite plut?t le r?seau t?l?vis? ? adresser ses questions au quartier g?n?ral de la campagne d’Obama. Toutefois, malgr? l’insistance des reporters de CTV, personne parmi la vaste ?quipe d’Obama ne daigne r?pondre ? leurs questions.

Par ailleurs, CTV affirme aussi qu’une source plac?e au plus haut niveau du gouvernement canadien a reconfirm? qu’un membre de l’?quipe d’Obama avait bien log? un appel ? l’ambassade canadienne. Le reportage indique ?galement qu’un membre important de l’ambassade canadienne a offert davantage de pr?cisions ? CTV au sujet dudit appel t?l?phonique… avant de faire ensuite marche arri?re, en sugg?rant qu’il s’agissait peut-?tre l? d’un malentendu.

Le s?nateur r?publicain de l’Arizona John McCain est le premier aspirant ? la Maison Blanche ? se servir de ces all?gations ? des fins partisanes. McCain, qui est alors le meneur dans la course ? l’investiture r?publicaine, d?clare ceci : « Je ne crois pas qu’il est appropri? d’aller en Ohio et de dire une chose aux gens pendant que votre assistant appelle l’ambassadeur canadien et lui dit quelque chose d’autre ».

La m?me journ?e, une source proche du bureau du premier ministre du Canada confie au r?seau am?ricain ABC que l’ambassadeur Wilson aurait exag?r? l’importance de l’?change survenu entre Goolsbee et Rioux lors d’une conversation avec le chef de cabinet du premier ministre Harper, Ian Brodie, un ancien professeur de sciences politiques de l’Universit? de Western Ontario. (21) Le reportage d’ABC identifie m?me Brodie comme ?tant la fameuse source qui aurait coul? cette histoire au r?seau CTV. Ces nouvelles all?gations suscitent de nouvelles r?actions, et ce, tant sur la sc?ne politique am?ricaine que canadienne.

D’abord, McCain sugg?re que les attaques anti-ALENA des d?mocrates pourraient avoir un impact sur l’engagement canadien en Afghanistan, en disant que « toutes ces choses sont interreli?es ». De son c?t?, le directeur des communications de la campagne de Clinton, Howard Wolfson, demande ? ce qu’Obama dise si des membres de son ?quipe ont vraiment rassur? le gouvernement canadien au sujet de l’ALENA. Le porte-parole d’Obama, Bill Burton, r?plique en disant que la seule volte-face qui est survenue relativement ? l’ALENA provient de la s?natrice Clinton.

Si Obama ne peut plus continuer d’ignorer cette controverse, il choisit d’abord de se cacher derri?re le communiqu? de l’ambassade canadienne. « Le gouvernement canadien a ?mis une d?claration disant que ce n’?tait pas vrai, alors je ne sais pas quelles sont les sources », affirme le candidat ? l’investiture d?mocrate. Lors de son passage ? WKYC-TV, en Ohio, Obama affirme sur un ton d?fensif qu’il n’a pas ? apporter d’?claircissements sur sa position concernant l’ALENA : « Je n’ai pas ? la clarifier. L’ambassade canadienne l’a d?j? fait en disant que l’histoire n’?tait pas vraie. Notre bureau a dit que l’histoire n’?tait pas vraie. Je pense que c’est important que vos auditeurs sachent que ce n’est pas vrai. » (22)

De son c?t?, Goolsbee nie pour la premi?re fois les propos qui lui sont attribu?s par le reportage de CTV. « Cette histoire est totalement inexacte. Je n’ai pas appel? ces gens », se d?fend-il au cours d’un bref entretien avec Jason Horowitz, du New York Observer, toujours le 29 f?vrier. (23)

Au Canada, la porte-parole du premier ministre Harper, Sandra Buckler, affirme que « Ian Brodie ne se souvient pas d’avoir discut? de cette question ». (24) (On notera avec int?r?t qu’il existe une diff?rence entre nier quelque chose et ne pas s’en rappeler.) Buckler rappelle aussi le d?menti ?mis par l’ambassade canadienne ? Washington. Toutefois, ce n’est plus l’ambassadeur Wilson mais bien le consul canadien de Chicago qui est d?sormais sur la sellette.

Chez l’opposition, Leslie Swartman, la directrice des communications du chef lib?ral St?phane Dion, voit dans cette affaire une preuve d’ing?rence des conservateurs dans la campagne am?ricaine. « Le comble, c’est qu’ils se mettent ? bl?mer l’ambassadeur d’avoir exag?r? », dit-elle. « C’est fou de voir jusqu’o? ils sont pr?ts ? aller pour s’assurer de l’?lection d’un R?publicain. » Le critique lib?ral des Affaires ?trang?res, Bob Rae, abonde dans le m?me sens. « C’est l’Internationale r?publicaine en action », affirme Rae, un ancien leader n?o-d?mocrate qui fut premier ministre de l’Ontario entre 1990 et 1995. « Le gouvernement Harper est tellement id?ologique et li? aux R?publicains qu’il utiliserait n’importe quelle opportunit? pour nuire ? la campagne d’Obama », croit-il.

Puis, le 2 mars, soit ? seulement deux jours du « mini Super Tuesday », l’affaire conna?t un nouveau rebondissement lorsque l’agence Associated Press d?voile des extraits d’un m?mo se voulant un compte-rendu de la discussion que le consul Rioux a eu avec Goolsbee le 8 f?vrier dernier. (25) Selon des sources gouvernementales, le m?mo avait initialement ?t? envoy? par courriel ? cent vingt employ?s du f?d?ral. (26)

L’auteur dudit m?mo ?crit notamment que Goolsbee « a eu la franchise de dire que le focus des primaires portait n?cessairement sur les affaires domestiques, particuli?rement dans le Mid-West, et que la plupart de la rh?torique qui pourrait ?tre per?u comme ?tant protectionniste refl?te davantage une manoeuvre politique plut?t qu’une politique ». Un autre extrait : « Prenant note de l’anxi?t? parmi le public am?ricain ? propos des perspectives ?conomiques des ?tats-Unis, Goolsbee a admis candidement l’?mergence d’un sentiment protectionniste. Il a averti que ce message ne devait pas ?tre pris hors contexte et devait ?tre davantage per?u comme un positionnement politique plut?t qu’une articulation claire de plans politiques. »

Appel? ? r?agir au contenu du m?mo, Goolsbee d?clare que son auteur, Joseph DeMora, un employ? du consulat, a d?form? ses paroles. « Cette chose ? propos d’un ’positionnement politique plut?t qu’une articulation claire de plans politiques’, ce sont les mots de ce gars-l? », dit Goolsbee au sujet de DeMora. « Il ne me cite pas », insiste-t-il. « Je n’ai certainement pas utilis? cette phrase en aucune fa?on. »

Goolsbee estime que peut-?tre seulement deux ou trois minutes furent consacr?es ? discuter de l’ALENA lors de cette rencontre qui totalisa environ quarante minutes. Il reconna?t avoir indiqu? au consul canadien qu’Obama n’est pas un protectionniste, mais qu’il est plut?t ? la recherche d’un ?quilibre entre les politiques de libre-?change et les difficult?s ?conomiques que connaissent les travailleurs am?ricains. Cependant, Goolsbee affirme maintenant que cet ?nonc? ne faisait aucunement r?f?rence ? l’ALENA.

Notons cependant que le conseiller ?conomique d’Obama ne rejette pas le m?mo dans sa totalit?. Selon Goolsbee, l’extrait qui suit est authentique et compatible avec la position d’Obama : « Sur l’ALENA, Goolsbee sugg?re qu’Obama est moins port? ? changer fondamentalement l’accord et plus en faveur de renforcer/clarifier le langage ? propos de la mobilit? de la main-d’oeuvre et de l’environnement et de tenter de veiller ? ce que ceux-ci deviennent des principes qui soient au coeur de l’accord. »

Le probl?me, c’est que si la position r?elle d’Obama se r?sume ? « clarifier le langage » de l’ALENA, cela contraste quelque peu avec ses d?clarations publiques dans lesquelles il se disait pr?t ? menacer de d?sengager les ?tats-Unis pour forcer la main du Canada et du Mexique ? ren?gocier l’accord. En d’autres mots, l’all?gation voulant qu’Obama tienne un double discours au sujet de l’ALENA ne serait donc pas totalement d?nu?e de fondement.

Aussi subtile soit-elle, une telle nuance demeure susceptible de jeter un doute sur la sinc?rit? d’Obama quant ? ses prises de position concernant l’ALENA. ?videmment, nous n’avons pas affaire ici ? un scandale particuli?rement spectaculaire et les Am?ricains en ont vu d’autres ? ce chapitre. Il n’en demeure pas moins qu’une affaire pareille peut facilement entacher l’image d’un politicien comme Obama qui d?cida de faire de l’?thique en politique l’une de ces marques de commerce.

Les retomb?es de cette affaire dans la course ? l’investiture d?mocrate sont loin d’?tre insignifiantes. Dans ce type de campagne o? le salissage mutuel se substitue souvent aux d?bats de fond, il n’est nullement n?cessaire de faire la preuve que les all?gations qui sont lanc?es de part et d’autre soient solides comme du b?ton pour qu’elles r?ussissent ? causer des dommages politiques ? l’adversaire. Il suffit juste de soulever un doute dans la t?te d’un nombre suffisant d’?lecteurs, et le mal est fait. Avec la fuite du m?mo du consulat de Chicago, le s?nateur Obama a l’air du politicien opportuniste typique qui tient un double discours. Pour la premi?re fois, Obama perd son assurance et l’?lectorat am?ricain le voit sur la d?fensive.

C’est d’ailleurs sans doute parce qu’ils r?alisent trop bien l’enjeu de toute cette affaire que certains membres de l’?quipe d’Obama perdent leur sang-froid au point de fabriquer une v?ritable histoire ? dormir debout dans l’espoir d’?viter que ne s’?veillent des soup?ons de duplicit? ? l’?gard du s?nateur de l’Illinois. Ainsi, l’?quipe d’Obama, qui se contentait jusqu’alors de tout nier en bloc, reconna?t maintenant, par la bouche de son directeur de campagne, David Plouffe, que Goolsbee a bien rencontr? le consul Rioux. Mais Plouffe ajoute aussit?t que leur conversation ?tait tout ce qu’il y a de plus informel, en pr?tendant ? qui veut bien l’entendre que Goolsbee s’est exprim? seulement ? titre de prof d’universit?, et non pas en tant que conseiller ?conomique du candidat Obama. (27)

Mais cette position souffre d’entr?e de jeu de s?rieux probl?mes de cr?dibilit?. D’abord, s’il s’agissait vraiment d’une petite jasette sans cons?quence entre un prof et un diplomate, alors on s’explique mal pourquoi l’?quipe d’Obama ne l’a pas dit d?s le d?but au lieu d’attendre que des extraits du compte-rendu de la rencontre soient coul?s sur le fil de presse des m?dias nord-am?ricains. Mais ce n’est pas tout. Non seulement le principal int?ress?, c’est-?-dire Goolsbee lui-m?me, n’a-t-il pas soulev? ce moyen de d?fense, mais en plus, en identifiant quel passage du m?mo refl?tait la position d’Obama sur l’ALENA, ce qui revient donc ? s’exprimer au nom du candidat ? l’investiture d?mocrate, le conseiller ?conomique invalide totalement l’explication d?j? boiteuse que le directeur de campagne a cherch? ? mettre de l’avant.

Puis, comme si la situation n’?tait pas suffisamment confuse, le s?nateur Obama affirme quant ? lui ne voir aucune contradiction entre ses propres positions sur l’ALENA et le texte du m?mo que Goolsbee rejette pourtant en bonne partie. « L’ambassade canadienne a confirm? qu’il a dit exactement ce que j’ai dit durant la campagne, qui est que je crois dans les ?changes commerciaux, mais qu’il est important pour nous d’avoir des normes en mati?re de travail et d’environnement qui soient ex?cutoires », d?clare le candidat ? l’investiture d?mocrate. (28)

Bien entendu, l’?quipe d’Obama d?nonce aussi l’exploitation ?hont?e que fait sa rivale de cette controverse. « Mme Clinton sait tr?s bien qu’elle ne dit pas la v?rit?, et que sa d?formation des faits ?vidente fait partie de la strat?gie avou?e de son ?quipe visant ? jeter tout ce qui leur tombe sous la main contre M. Obama aux derniers jours de la campagne », affirme le porte-parole d’Obama, Bill Burton.

Il reste que l’?quipe d’Obama est en partie responsable de la situation pour le moins inconfortable dans laquelle se trouve le s?nateur de l’Illinois. En choisissant initialement de se r?fugier dans le d?ni complet, Obama et son ?quipe n’ont fait qu’empirer leur cas. Puis, une fois pris en d?faut, l’?quipe d’Obama s’enfonce encore plus profond?ment dans le mensonge et la duperie, un r?flexe classique chez des hommes politiques d?nu?s de scrupules. En agissant ainsi, l’?quipe du candidat ? l’investiture n’a fait qu’apporter davantage d’eau au moulin de leurs d?tracteurs qui s’en donnent ?videmment ? coeur joie, en accusant Obama de chercher ? induire en erreur le peuple am?ricain, et plus particuli?rement l’?lectorat de l’Ohio.

Ottawa vs Obama

Le 2 mars, l’affaire est discut?e ? la populaire ?mission am?ricaine « Meet the Press » du r?seau NBC. « Vous avez un gouvernement de droite au Canada qui essaie d’aider les r?publicains et intervient activement dans cette campagne », accuse Bob Shrum, un important conseiller du Parti d?mocrate qui joua un r?le cl? lors des campagnes pr?sidentielles d’Al Gore et de John Kerry. (29)

? l’oppos?, Mary Matalin, une strat?ge bien connue du camp r?publicain qui travailla notamment pour Georges Bush p?re et fils, s’en prend aux d?mocrates, en les accusant de faire volte-face sur l’ALENA. Reprenant les propos du ministre Emerson sur l’approvisionnement en ?nergie, Matalin d?clare ensuite que les sables bitumineux canadiens contiennent autant de p?trole que les r?serves d’or noir de l’Arabie saoudite.

De ce c?t?-ci de la fronti?re, l’opposition estime que les conservateurs de Harper pourraient se retrouver dans de beaux draps s’il fallait qu’Obama devienne le prochain locataire de la Maison Blanche, en novembre prochain. « Si le s?nateur Obama est ?lu, il se rappellera de cet incident », croit le lib?ral Bob Rae. (30)

Comme l’affaire frise d?sormais l’incident diplomatique, le minist?re canadien des Affaires ?trang?res cherche ? calmer le jeu. Dans un communiqu? envoy? le lendemain, le minist?re assure qu’un « r?cent rapport du consulat g?n?ral ? Chicago n’avait aucunement pour intention de faire valoir de quelque fa?on que ce soit que M. Obama et son ?quipe de campagne exprimaient en priv? des vues diff?rentes de celles qui sont exprim?es en public, notamment sur l’ALENA. » (31) Le minist?re tient aussi ? souligner, ? quel point il « regrette profond?ment toute conclusion qui avait pu ?tre tir?e de cet incident. »

? la Chambre des communes, le chef du Nouveau parti d?mocratique (NPD), Jack Layton, reprend ? son compte les all?gations d’ing?rence lors de la p?riode des questions. Harper r?agit dans un premier temps en notant les regrets exprim?s dans le communiqu? des Affaires ?trang?res. Mais Layton revient ? la charge en demandant ? Harper de ne pas « se porter ? la d?fense du Parti r?publicain ».

Le premier ministre conservateur r?pond alors ainsi : « la question du chef du NPD me fait sourire. Il laisse entendre que nous sommes assez puissants pour intervenir dans le processus ?lectoral aux ?tats-Unis et choisir le pr?sident. Le gouvernement actuel ne pr?tend pas avoir un tel pouvoir. Je nie certainement toute all?gation selon laquelle le gouvernement actuel aurait tent? de s’ing?rer dans le processus ?lectoral aux ?tats-Unis. » (32)

Bien entendu, l’?quipe de Clinton est bien d?cid?e ? tirer le maximum de capital politique de cette controverse, qu’elle choisi de baptiser « ALENAgate » (« NAFTAgate », en anglais). Lors d’une conf?rence de presse de soixante-quinze minutes, la s?natrice new-yorkaise reproche ? Obama de dire une chose aux gens de l’Ohio et de dire « quelque chose d’autre ? un gouvernement ?tranger derri?re des portes closes. » Son directeur des communications, Howard Wolfson, accuse quant ? lui Obama d’avoir induit en erreur les d?mocrates en niant ? plusieurs reprises l’existence d’une conversation entre un de ses conseillers et un diplomate canadien. (33)

M?me le gouverneur de l’Ohio, Ted Strickland, qui s’est rang? dans le camp de Clinton, se met de la partie. Lors d’un rassemblement ? l’Universit? de Toledo, Strickland d?clare ceci : « Il est important que le peuple de l’Ohio comprenne qu’il a r?cemment ?t? d?voil? que l’adversaire de la s?natrice Clinton a pour principal conseiller ?conomique quelqu’un dont on dit qu’il a affirm? ? des responsables du gouvernement canadien que son adversaire est si peu s?rieux ? propos de ce qu’il raconte en Ohio au sujet de l’ALENA, qu’il ne s’agit que de rh?torique politique. H? bien, nous, en Ohio, croyons qu’il faut dire ce que vous avez l’intention de faire et qu’il faut faire ce que vous dites. » Notons que des rumeurs persistantes veulent que Strickland pourrait ?tre choisi comme candidat ? la vice-pr?sidence de Clinton.

Tandis que le premier reportage de CTV est en ligne sur le c?l?bre site Internet YouTube d?s le lendemain de sa diffusion ? la t?l?vision (34), la campagne de Clinton se sert all?grement du m?mo du consulat canadien dans une annonce publicitaire diffus?e sur les stations de radio de l’Ohio ? moins de quarante-huit des primaires. « Comment les habitants de l’Ohio vont-ils d?cid? s’ils croient ou non les paroles d’Obama ? C’est ce que nous saurons la journ?e du vote », conclut l’annonce. (35)

L’ampleur de la controverse oblige Obama ? consacrer un temps pr?cieux ? se d?fendre des all?gations de tenir un double discours sur l’ALENA, au lieu de mettre de gaver l’?lectorat de ses promesses d’espoir et de changement. Mais la frustration s’accro?t au fur et ? mesure que les m?dias nationaux am?ricains d?veloppent leur int?r?t envers l’« ALENAgate ». Le 4 mars, la journ?e m?me des primaires, Obama met fin pr?matur?ment ? une conf?rence de presse lors de laquelle les journalistes le bombardent de questions sur cette affaire.

Pendant ce temps, certains responsables de l’?quipe d’Obama ?prouvent de plus en plus de mal ? contenir leur col?re face ? Ottawa. « Il y a clairement un malentendu qui a ?t? foment? par des gens ? l’int?rieur du gouvernement », affirme au quotidien torontois The Globe and Mail un membre non-identifi? de l’?quipe d’Obama. (36) Un autre responsable de la campagne va encore plus loin sur le r?seau CBC. « Pourquoi le Canada se m?le-t-il des affaires internes des ?tats-Unis ? », demande-t-il. « Fournir un compte-rendu erron?, ? ce moment pr?cis, la veille d’un vote crucial, n’est pas un accident, et c’est vraiment, vraiment stupide. »

? la Chambre des communes, le n?o-d?mocrate Layton demande d?sormais la t?te de Ian Brodie. Ce ? quoi Harper r?pond : « Le gouvernement cherche ? trouver le responsable de la divulgation de ces informations au public, mais ce n’est pas mon chef de cabinet. » (37) Devant l’empressement du premier ministre ? innocenter Brodie, Layton d?cide de pointer un doigt accusateur en direction du chef conservateur.

« Si le premier ministre affirme aujourd’hui que le responsable n’est pas son chef de cabinet, alors qui est-ce ? », demande-t-il, ajoutant ensuite : « Serait-il possible que le premier ministre ait ?t? au courant de cette information et ait autoris? ces fuites afin de nuire ? la campagne de M. Obama en vue d’?tre candidat ? la pr?sidence des ?tats-Unis ? » Notons que cet ?change entre Layton et Harper et les autres qui suivront seront affich?s bien en ?vidence sur le site Internet de la campagne d’Obama.

Bien que nous soyons en pr?sence d’au moins deux fuites, l’enqu?te interne au minist?re des Affaires ?trang?res annonc?e par le gouvernement ne s’attaque qu’? seulement l’une d’elle, soit celle du m?mo du consulat de Chicago qui fut coul? ? l’agence Associated Press. (38) Or, la premi?re fuite est pourtant celle qui donna lieu au premier reportage de CTV et fut en fait le point de d?part de l’« ALENAgate ». S’il n’en tient qu’? Harper, cette premi?re fuite resterait donc impunie. ?videmment, comme le principal suspect de cette fuite est son propre chef de cabinet, une enqu?te pourrait facilement l’?clabousser politiquement, lui et son gouvernement.

« Il n’est pas tout ? fait clair comment un rapport de notre bureau de Chicago, notre consulat de Chicago, s’est retrouv? aux mains des m?dias, particuli?rement avec un gouvernement qui se montre si d?vou? au secret », remarque Paul Heinbecker, un ancien ambassadeur canadien ? l’ONU, avant d’ajouter : « On ne peut faire autrement que d’assumer qu’il fut coul? d?lib?r?ment. » (39) Selon lui, l’auteur de la fuite ne semble pas avoir bien mesur? les cons?quences de son geste.

Heinbecker cite ? titre d’exemple le risque que la fuite puisse miner la confiance entre le personnel diplomatique et Ottawa. « Si le gouvernement veut recevoir des comptes-rendus candides de ses bureaux ext?rieurs, les auteurs de ces rapports doivent ?tre assur?s que ce qu’ils ?crivent ne se retrouvera pas dans les journaux », affirme l’ex-ambassadeur. De son c?t?, Bob Rae fait remarquer que les fuites pourraient porter atteinte aux int?r?ts canadiens ? l’?tranger. En effet, apr?s ce qui vient d’arriver, qui aura encore envie de se confier ? un diplomate canadien de mani?re aussi franche et ouverte que l’a fait l’?conomiste Goolsbee ?

Alors que les r?sultats pr?liminaires des primaires du « mini Super Tuesday » semblent indiquer que Clinton se dirige vers une victoire en Ohio, le n?o-d?mocrate Layton d?clare : « Il ne peut maintenant y avoir aucun doute : la fuite provenant de l’int?rieur du gouvernement canadien a eu un impact sur les ?lections am?ricaines ». (40) Bref, la controverse est en train de prendre une telle dimension que le premier ministre Harper finit m?me par en perdre son sourire…

Notons ici le changement de ton qu’il adopte dans ses r?ponses lors de la p?riode des questions du 5 mars. « Une telle fuite n’est pas utile et elle n’est pas dans l’int?r?t du gouvernement du Canada », admet le leader conservateur. (41) « Telle qu’elle a ?t? orchestr?e, c’est clairement une injustice pour le s?nateur Obama et sa campagne. Nous allons veiller ? prendre toutes les mesures juridiques et toutes les mesures d’enqu?te n?cessaires pour d?couvrir exactement qui en est l’instigateur. »

Harper annonce du m?me souffle que le greffier du Conseil priv?, Kevin Lynch, va proc?der ? une enqu?te interne, ce qui signifie qu’il reconna?t implicitement que son propre cabinet est sur la sellette. Pr?cisons que le bureau du conseil du Conseil priv? est le minist?re du premier ministre, ce pourquoi son greffier est consid?r? comme ?tant le fonctionnaire le plus important de tout l’appareil f?d?ral. Il n’est peut-?tre pas inutile non plus de noter ici qu’en raison de leurs fonctions respectives, Lynch et Brodie se c?toient et travaillent ensembles sur une base quotidienne…

(On d?couvrira plus tard que l’enqu?te est confi?e ? la firme BMCI Investigations & Security, dont plusieurs des employ?s proviennent des rangs du Service canadien du renseignement de s?curit? (SCRS). (42) Notons que les demandes de l’opposition consistant ? conna?tre le mandat exact de la firme sont rest?es sans r?ponse.)

Cela ?tant dit, il reste qu’il s’agit l? de tout un revirement de la part celui de Harper, qui, ? peine vingt-quatre heures plus t?t, disculpait exp?ditivement son chef de cabinet. Mais Layton reste n?anmoins sur sa faim. Le chef du NPD demande maintenant ? Harper d’appeler la Gendarmerie royale du Canada (GRC) afin de d?terminer si les fuites contrevinrent ? la Loi sur la protection de l’information ou ? l’article 122 du Code criminel, qui interdit ? tout fonctionnaire de rendre publics des renseignements confidentiels sans autorisation. « Si M. Harper n’est pas pr?t ? appeler la GRC, cela confirme nos soup?ons que c’?tait intentionnel, » estime Layton.

Le leader n?o-d?mocrate est d’ailleurs d’avis que cette affaire est beaucoup plus grave que la fuite d’un brouillon du plan vert du gouvernement conservateur qui avait donn? lieu ? une enqu?te de la GRC, l’ann?e derni?re. Rappelons qu’en mai 2007, un jeune employ? temporaire du minist?re de l’Environnement avait ?t? interpell? ? son bureau, au beau milieu d’une journ?e de travail, et avait ?t? emmen?, menottes aux poignets, par des policiers en uniformes sous les regards ahuris de ses coll?gues de travail. (43) Le ministre de l’Environnement, John Baird, avait alors affirm? que cette arrestation lan?ait un message clair aux autres employ?s du f?d?ral ? l’effet qu’aucune fuite d’information ne serait tol?r?e.

En fin de journ?e du 5 mars 2008, le journaliste Alexander Panetta de l’agence Presse Canadienne apporte d’importantes pr?cisions sur le r?le qu’aurait jou? Ian Brodie dans l’« ALENAgate ». (44) S’il veut identifier l’origine de la fuite qui a secou? les primaires am?ricaines, Harper « n’a qu’? tourner son regard vers son propre chef de cabinet, Ian Brodie », ?crit Panetta.

Ainsi, le journaliste r?v?le que la controverse canado-am?ricaine a commenc? le 26 f?vrier dernier, lorsque Brodie s’est m?l? aux nombreux journalistes se trouvant ? l’int?rieur d’une pi?ce verrouill?e du parlement canadien pour ?tudier le budget Flaherty. Les membres des m?dias n’?taient apparemment pas f?ch?s d’avoir acc?s ? l’un des plus importants repr?sentants du gouvernement Harper, lequel est reconnu pour ?tre peu volubile avec la presse parlementaire. Brodie aurait alors comment? les d?clarations anti-ALENA du camp d?mocrate en bavardant amicalement avec des journalistes de CTV.

« Il a dit qu’un membre de la campagne de Clinton avait sugg?r? ? l’ambassade de prendre la d?claration avec un grain de sel… Que quelqu’un avait t?l?phon? pour dire de ne pas s’inqui?ter », affirme un t?moin. « Plusieurs personnes l’ont entendu », ajoute la source. Ces informations auraient ensuite trouv? leur chemin jusqu’au bureau de CTV, ? Washington. Bien que le reportage de CTV mentionna l’?quipe de Clinton, on ignore cependant pourquoi l’emphase a ?t? mis sur le camp d’Obama. Malgr? la nature plut?t g?nante de ces nouvelles r?v?lations, il reste que Brodie peut continuer ? dormir tranquille. Les journalistes prot?gent bien leurs sources de m?me que Harper prot?ge bien les membres de son clan.

Entre-temps, les r?sultats officiels des primaires du « mini Super Tuesday » confirment la d?faite d’Obama en Ohio. Non seulement, la s?natrice Clinton remporte-t-elle l’Ohio, en recevant 54 % des suffrages et en se voyant accorder 75 d?l?gu?s, mais en plus elle gagne au Texas (51 %, 65 d?l?gu?s) et au Rhode Island (58 %, 13 d?l?gu?s). Le petit ?tat de Vermont est le seul o? Obama sort vainqueur, avec 59 % des voix, lui donnant un modeste gain de 9 d?l?gu?s. Avec un total de 1567 d?l?gu?s, dont 207 super d?l?gu?s, la campagne d’Obama conserve n?anmoins son avance sur le camp de Clinton, qui en compte 1462, dont 242 super d?l?gu?s.

(Un b?mol doit toutefois ?tre apport? ? la victoire de Clinton au Texas, puisque seuls les deux tiers des d?l?gu?s sont attribu?s ? la proportionnelle dans le cadre d’une ?lection primaire, le dernier tiers ?tant attribu? lors de caucus. Il faudra attendre jusqu’? la fin du mois de mars pour que le caucus texan alloue les derniers d?l?gu?s. On apprend alors que le score final du caucus permet ? Obama de devancer Clinton avec 38 d?l?gu?s contre 29, portant ainsi le total de d?l?gu?s attribu?s au s?nateur de l’Illinois ? 99 contre 94 pour l’ancienne premi?re dame des ?tats-Unis. (45))

Du c?t? r?publicain, o? l’on tient ?galement des primaires dans les quatre m?mes ?tats le 4 mars, John McCain triomphe partout et blanchit son plus proche rival, le gouverneur de l’Arkansas Mike Huckabee. Ce dernier choisissant de se retirer de la course, le s?nateur de l’Arizona et v?t?ran du Vietnam devient alors le seul candidat en lice pour l’investiture du Parti r?publicain.

On ne saurait minimiser l’importance des r?sultats du « mini Super Tuesday » pour le reste de la course ? l’investiture. La campagne de Clinton vient de recevoir un nouveau souffle, permettant ? la rivale d’Obama de rester dans la course. Cela signifie que la lutte pour l’investiture d?mocrate va non seulement se prolonger sur plusieurs mois, mais aussi gagner en intensit? en prenant de plus en plus l’allure d’un duel fratricide entre Obama et Clinton. Et pendant ce temps, le r?publicain McCain aura le beau jeu de se donner des airs d’homme d’?tat s’?levant au-dessus de la m?l?e.

La victoire la plus ?clatante de Clinton ?tant sans contredit celle remport?e en Ohio, et ce, tant au niveau du nombre de suffrages exprim?s que de d?l?gu?s attribu?s, cela soul?ve ?videmment une question aussi ?pineuse que cruciale : dans quelle mesure les fuites canadiennes ont-elles influenc? les r?sultats en Ohio ?

Pour Mark Penn, le principal strat?ge de l’?quipe de Clinton, il est clair que l’ « ALENAgate » eut un « impact significatif » sur les primaires en Ohio. (46) Les sondages effectu?s ? la sortie des bureaux de vote semblent d’ailleurs lui donner raison puisqu’ils indiquent que Clinton a re?u l’appui de 55 % des ?lecteurs qui arr?t?rent leur choix lors des trois derni?res journ?es avant les primaires, alors que la couverture m?diatique de l’« ALENAgate » battait son plein. (47)

En contribuant ? gonfler le score de Clinton en Ohio, les fuites auront n?cessairement eu pour cons?quence d’alimenter les divisions et la bisbille au sein de la grande famille d?mocrate. C’est pourquoi les vrais gagnants sur le plan politique dans cette histoire, ce sont d’abord et avant tout les r?publicains, qui sont d?sormais unis derri?re la candidature de McCain. Ce sont eux, ces ?ternels adversaires des d?mocrates, qui tireront un r?el avantage strat?gique des fuites canadiennes.

Bref, l’affaire des fuites n’a rien d’anodin. C’est ce qui explique sans doute pourquoi l’ambassadeur des ?tats-Unis au Canada, David Wilkins, sort de son habituelle r?serve diplomatique pour d?noncer ouvertement cette fuite du m?mo du consul canadien qui « n’aurait jamais d? avoir lieu », en la qualifiant d’« interf?rence » du Canada dans la campagne am?ricaine sur le r?seau CBC, le 6 mars. (48) Mais la petite mont?e de lait de l’ambassadeur am?ricain contre le Canada sera de tr?s courte dur?e. En effet, Wilkins met de l’eau dans son vin ? peine quelques heures plus tard.

« Je crois que le terme « interf?rence » est un peu fort », dit maintenant l’ambassadeur. (49) « Cela laisse entendre un acte intentionnel. Et je n’ai aucun moyen de savoir si c’?tait inintentionnel ou intentionnel, ou quoi que ce soit de cette nature. Mais ma d?claration sur l’interf?rence ne signifiait pas une interf?rence intentionnelle de la part du gouvernement canadien, et malheureusement c’est de cette fa?on que cela a ?t? repris. » Affirmant accepter les excuses de l’ambassade canadienne, Wilkins estime que « le temps est venu de tourner la page sur cet incident regrettable ».

Les observateurs de la sc?ne politique f?d?rale auront sans doute not? le r?le de premier plan jou? par le n?o-d?mocrate Jack Layton en devenant le critique le plus visible du gouvernement conservateur dans l’affaire des fuites. Bien que le lib?ral St?phane Dion soit le chef de l’opposition officielle, celui-ci attend pourtant jusqu’? la p?riode des questions du 6 mars avant de s’en prendre au premier ministre Harper relativement au r?le du Canada dans l’« ALENAgate ».

Ce d?tail n’est pas pass? inaper?u aux yeux de Harper, qui en profite pour lancer une pointe ? Dion : « Je souligne, ? l’intention du chef de l’opposition, que, pendant qu’il s’employait ? lancer toutes sortes d’accusations fantaisistes destin?es ? faire scandale, le chef du NPD ?tait en train de s’occuper de ce dossier. » (50) Dion r?plique du tac au tac, en d?clarant que « la seule d?fense du premier ministre consiste ? dire que nous ne savons pas par quel scandale commencer dans son cas. »

Harper r?pond en critiquant encore une fois la performance du leader de l’opposition : « Le chef du Parti lib?ral ne sait tellement plus o? donner de la t?te … que, lorsque survient, comme je l’ai dit, une question s?rieuse comme la circulation pr?judiciable et injuste de propos d?plac?s sur la campagne du s?nateur Obama, il manque compl?tement le bateau. » Puis, Harper lance ? nouveau des fleurs ? Layton, en disant : « Le chef du NPD a pos? de solides questions ? ce sujet. Il m?rite des r?ponses, et nous allons trouver ces r?ponses. »

Il n’y a rien d’exag?r? ? dire que les lib?raux de Dion se sont fait litt?ralement enlever le tapis sous les pieds par les n?o-d?mocrates. Avec pour r?sultat que c’est Layton, et non Dion, qui est invit? ? discuter de l’avenir de l’ALENA sur le r?seau CNN la m?me journ?e. Aux yeux de millions de t?l?spectateurs am?ricains, le vrai leader de l’opposition officielle au Canada, c’est Layton.

Mais Dion n’est toutefois le seul ? avoir « manqu? le bateau ». Gilles Duceppe, le chef du Bloc qu?b?cois, admet qu’il avait cru que l’impact des fuites serait nul aux ?tats-Unis. « Je m’?tais tromp?. C’est plus s?rieux qu’on le croyait, » dit Duceppe pour expliquer son manque de flair. (51) Le 7 mars, le Bloc pose des questions ? la Chambre des communes sur l’affaire des fuites pour la premi?re fois.

Au m?me moment, la controverse autour de la ren?gociation de l’ALENA conna?t un rebondissement pour le moins inattendu lorsqu’un membre de la Chambre des repr?sentants accuse un ministre du gouvernement Harper de tenir un double discours sur cette question. Le repr?sentant d?mocrate Michael Michaud du Maine, cofondateur du caucus bipartisan « Friends of Canada » au Congr?s am?ricain, r?v?le en effet que le ministre David Emerson lui aurait dit en priv? que le Canada ?tait pr?t ? ren?gocier l’ALENA. (52)

« Lorsque le ministre du Commerce Emerson m’a dit qu’il ?tait pr?t ? ren?gocier l’ALENA, j’?tais tr?s optimiste et j’?tais impatient de revenir et de le dire ? mes coll?gues », dit le repr?sentant Michaud, ajoutant ensuite : « Puis, j’ai appris plus tard qu’il ne l’?tait pas. » Rappelons qu’Emerson s’?tait en effet montr? plut?t hostile aux appels ? la ren?gociation de l’ALENA lanc?s par les candidats ? l’investiture d?mocrate, en allant jusqu’? sous-entendre qu’une r?ouverture du trait? commercial pourrait mettre en p?ril l’acc?s privil?gi? des ?tats-Unis au p?trole canadien.

Michaud, qui affirme que la raison d’?tre du caucus « Friends of Canada » est « d’avoir un dialogue ouvert et honn?te avec nos amis du nord », se d?clare « tr?s d??u » que le ministre Emerson ne dise pas la m?me chose en public qu’en priv? au sujet de l’ALENA. Pour le critique n?o-d?mocrate en mati?re de Commerce, Peter Julian, soit Emerson induit en erreur les Canadiens ou soit il induit en erreur les membres du Congr?s am?ricain.

Notons qu’? aucun moment Emerson ne prend la peine de contredire ou de r?futer l’all?gation de Michaud, ce qui ne peut faire autrement que de nous amener ? croire que ce dernier doit dire vrai. Il faut dire que ce ne serait pas l? le premier volte-face dans la carri?re politique d’Emerson, qui avait d’abord ?t? ?lu sous la banni?re du Parti lib?ral f?d?ral avant de se semer la consternation parmi ses partisans en acceptant de se joindre au cabinet du gouvernement conservateur de Harper, en f?vrier 2006, soit deux semaines apr?s la d?faite du gouvernement lib?ral de Paul Martin.

La semaine suivante, le quotidien The Toronto Star r?v?le que l’ambassadeur Michael Wilson s’?tait entretenu avec le chef de bureau de CTV dans la capitale am?ricaine, Tom Clark, la veille de la diffusion du premier reportage sur ce qui allait devenir l’« ALENAgate ». Les principaux int?ress?s reconnaissent d’ailleurs qu’ils eurent cette conversation, bien que Wilson refuse de d’entrer dans les d?tails de l’entretien. Pour sa part, Clark admet que le but de l’appel ? l’ambassadeur consistait ? valider les informations que contenait le reportage que CTV ?tait alors sur le point de diffuser. (53)

Le Star va jusqu’? sugg?rer que cette conversation pourrait peut-?tre expliquer pourquoi le reportage de CTV focussait sur le camp d’Obama plut?t que sur celui de Clinton, pourtant mis en cause par la source pr?sum?e de CTV, Brodie. Chose certaine, il n’en faut pas plus pour que les lib?raux exigent que Wilson quitte son poste d’ambassadeur le temps que l’enqu?te sur les fuites soit men?e ? terme. Fait particulier, Wilson, qui est un ancien ministre du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, avait repr?sent? le Canada lors de la signature officielle de l’ALENA, ? San Antonio, au Texas, le 7 octobre 1992.

En guise de conclusion

Bien que l’on ne saura peut-?tre jamais qui au juste manigan?a la fuite du m?mo du consul de Chicago, il reste que de nombreux ?l?ments portent ? croire que le coulage d’informations pr?judiciables ? la campagne d’Obama pourrait bien avoir ?t? orchestr? ? partir des ?chelons les plus ?lev?s du gouvernement Harper.

Quand Harper dit ouvertement qu’il accueille avec scepticisme les promesses de Clinton et d’Obama de ren?gocier l’ALENA, il sous-entend qu’il n’en croit pas un mot. Et quand un m?mo confidentiel du gouvernement canadien fait soudainement son apparition sur le fil de presse et r?v?le qu’Obama tient un double discours sur l’ALENA, nous sommes alors en pr?sence d’une preuve tangible que notre si clairvoyant premier ministre avait raison de ne pas croire ce politicien qui, comme Jean Chr?tien en 1993, est en campagne ?lectorale. Bref, ?a tombe tellement bien qu’un petit peu plus et on croirait que c’est arrang? avec le gars des vues !

En d’autres mots, la fuite du m?mo est assur?ment compatible, sinon compl?mentaire, avec la position adopt?e par le gouvernement conservateur ? l’?gard des discours protectionnistes des candidats d?mocrates. S’il n’existe pas de preuves mat?rielles que le gouvernement est derri?re cette fuite, force est de constater qu’elle sert vachement bien ses int?r?ts.

Voici une liste des autres ?l?ments militant en faveur de la th?se d’une responsabilit? du gouvernement Harper dans l’affaire des fuites : Le fait que ce gouvernement est r?put? pour son d?sir de contr?ler la circulation de l’information ; les ant?c?dents connus des conservateurs en mati?re d’ing?rence ?lectorale ; le fait que l’on compte parmi les principaux suspects l’un des plus importants membres du personnel politique de ce gouvernement (Ian Brodie) et le diplomate canadien occupant le poste le plus important ? l’ext?rieur du pays (Michael Wilson) ; le fait que Brodie, que l’on dit « habituellement circonspect », se soit soudainement montr? bavard avec des journalistes la veille de la diffusion du premier reportage de CTV sur l’affaire ; le changement d’attitude de Harper lui-m?me qui, apr?s avoir tourn? en d?rision les premi?res all?gations de l’opposition, est ensuite oblig? de se rendre ? l’?vidence de la gravit? de la situation ; et enfin, le refus de ce gouvernement d’appeler la GRC en d?pit du fait que Harper que reconna?t que cette affaire ?tait contraire aux int?r?ts du Canada.

Bien qu’il soit indiscutable que les fuites contribu?rent ? ressusciter la campagne d’Hillary Clinton tout en donnant un petit coup de pouce au camp des r?publicains, il demeure possible que le but premier recherch? par leurs auteurs n’?tait pas de favoriser un candidat au d?triment d’un autre, mais bien plut?t de contrecarrer l’?mergence de la rh?torique protectionniste am?ricaine, qui peut ? elle seule repr?senter une source de nuisance pour l’?conomie canadienne. « La perspective de nouvelles barri?res frontali?res d?couragera les investissements au Canada », ?crit ? ce sujet le P.D.G. de l’Institut C.D. Howe, William Robson, dans le Globe and Mail. (54)

L’« ALENAgate » va-t-il tomber dans l’oubli lors des primaires ? venir ou les adversaires d’Obama vont-ils plut?t continuer ? s’en servir dans le but de miner la campagne de celui qui continue d’?tre le meneur dans la course ? l’investiture d?mocrate ? « Je crois que ?a va ?tre un sujet qui va suivre durant le reste de cette campagne. Cela a soulev? des questions s?rieuses au sujet d’Obama », croit Mark Penn de l’?quipe de Clinton.

L’« ALENAgate » pourrait effectivement jouer lors des primaires qui se tiendront le 22 avril en Pennsylvanie, un ?tat voisin de l’Ohio o? l’attribution de 158 d?l?gu?s sera en jeu. Surtout que la Pennsylvanie conna?t des probl?mes ?conomiques similaires ? ceux de l’Ohio. Obama « parle d’arranger l’ALENA » lance Clinton lors d’un discours prononc? ? Harrisburg, capitale de la Pennsylvanie, le 11 mars. « Mais son principal conseiller ?conomique a assur? le gouvernement canadien qu’il n’allait pas vraiment mener cela ? terme. Sa position ? Seulement des mots », conclut-elle. (55)

Mais Clinton risque de trouver int?r?t ? mod?rer sa rh?torique protectionniste, car son ses positions antilibre-?change sont en train de nuire dangereusement ? sa campagne depuis que son principal conseiller a ?t? contraint de remettre sa d?mission, le 6 avril dernier. En effet, apr?s le Canada c’est maintenant au tour de la Colombie de faire intrusion dans les primaires am?ricaines. Voici ce qui s’est pass?.

La s?natrice Clinton s’oppose au projet de Trait? de libre commerce (TLC) entre les ?tats-Unis et la Colombie. Or, son strat?ge Mark Penn est le P.D.G. de la firme de relations publiques Burson-Marsteller Worldwide retenue par le gouvernement colombien pour faire la promotion du TLC aupr?s du Congr?s am?ricain ! Lorsque le Wall Street Journal r?v?le que Penn ?tait l’invit? principal d’un d?jeuner de travail tenu le 31 mars ? la r?sidence de l’ambassadrice de Colombie, ? Washington, le conseiller de Clinton fait son mea culpa en plaidant l’« erreur de jugement ». (56)

Le gouvernement colombien r?agit en rompant le contrat de 300 000$ avec Burson-Marsteller tandis que Penn doit renoncer ? son poste de responsable de la strat?gie de la campagne de Clinton. « Penn est celui qui a orchestr? la r?action outr?e de la s?natrice Clinton au sujet de la rencontre beaucoup plus innocente de Goolsbee avec le consul canadien. Il en a m?me tir? une publicit?. Appelez ?a de l’hypocrisie si vous le voulez », d?clare David Axelrod, strat?ge principal d’Obama, sur la cha?ne MSNBC. (57)

D?cid?ment, le discours protectionniste est une arme ? deux tranchants chez les d?mocrates…

Sources :

(1) Le Droit, « L’ing?rence de John Baird », Pierre Bergeron, 9 janvier 2007, p. 12.
(2) Le Soleil, « Harper rappel? ? l’ordre », Martin Pelchat, 23 mars 2007, p. 8.
(3) La Presse Canadienne, « Dumont et Charest se distancent des propos d’Harper, Boisclair en remet », Isabelle Rodrigue, 22 mars 2007.
(4) http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?DocId=3339547&Language=F&Mode=1&Parl=39&Ses=2
(5) http://www.vanityfair.com/politics/features/2008/04/gaza200804
(6) Les super d?l?gu?s sont des ?lus et dignitaires du parti qui jouissent de la libert? de voter comme bon leur semble lors de la convention.
(7) L’Express, n°2950, « Qui est Barack Obama ? », Philippe Coste, 17 janvier 2008.
(8) Courrier international, n° 897, « Obama et le r?ve du consensus », 10 au 16 janvier 2008, p. 10.
(9) http://www.liberation.fr/actualite/monde/301902.FR.php
(10) http://www.afrik.com/article13951.html
(11) The Gazette, « Charest adviser knocks on doors to help Obama », Kevin Dougherty, January 8, 2008, p. A3.
(12) Le Figaro, « Intouchable Obama », Philippe G?lie, 22 f?vrier 2008.
(13) Agence France-Presse, « Clinton et Obama jouent ? qui se distancera le plus de l’ALENA », Charlotte Raab, 25 f?vrier 2008.
(14) Agence France-Presse, « Le d?bat d?g?n?re entre Clinton et Obama », Alain Jean-Robert, 25 f?vrier 2008.
(15) The New York Times, « Spending heavily, Obama attempts knockout blow », Adam Nagourney, March 2, 2008.
(16) La Presse Canadienne, « ALENA : Emerson r?pond ? Clinton et Obama », Julian Beltrame, 27 f?vrier 2008.
(17) http://www.ctv.ca/servlet/ArticleNews/story/CTVNews/20080227/dems_nafta_080227/20080227/
(18) Associated Press, « Fact Check : Obama Denies Report on Trade », Nedra Pickler, February 28, 2008.
(19)
http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?Mode=1&Parl=39&Ses=2&DocId=3312029&Language=F
(20) http://www.ctv.ca/servlet/ArticleNews/story/CTVNews/20080228/turkey_Gates_080228/20080229 ?hub=TopStories
(21) http://www.abcnews.go.com/Politics/Vote2008/story ?id=4365922&page=1
(22) The New York Times, « Memo Gives Canada’s Account of Obama Campaign’s Meeting on Nafta », Michael Luo, March 4, 2008.
(23) http://www.observer.com/2008/goolsbee-denies-canadian-nafta-story
(24) The Canadian Press, « Liberals accuse Tories of undermining Obama with leak on NAFTA talks », Beth Gorham, February 29 2008.
(25) Associated Press, « Obama Adviser Denies Trade Remarks », Nedra Pickler, March 2, 2008.
(26) Le Devoir, « Fuite sur l’ALENA : le bureau de Harper est point? », Alec Castonguay, 7 mars 2008, p. A1.
(27) thehill.com/leading-the-news/ obama-on-defense-over-canada-memo-on-nafta-2008-03-03.html
(28) http://politicalticker.blogs.cnn.com/2008/03/03/obama-camp-downplays-conversation-with-canada/
(29) The Globe and Mail, « Harper meddling in U.S. primaries, Democrats say », Brian Laghi, March 3, 2008, p. A4.
(30) Canadian Press, « Canada’s government is interfering in U.S. election, says strategist », March 2, 2008.
(31) Agence France-Presse, « Clinton accuse Obama de tenir un double langage sur l’ALENA », 3 mars 2008.
(32) http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?DocId=3320018&Mode=1&Parl=39&Ses=2&Language=F
(33) National Post, « Obama accused of lying to voters », Sheldon Alberts and Mike Blanchfield, March 4, 2008, p. A1.
(34) The Gazette, « Clinton team skillfully used new media to keep the story alive », Ian Macdonald, March 5, 2008. p. A23.
(35) http://thepage.time.com/script-of-clinton-radio-ad-provided-by-obama-campaign/
(36) The Globe and Mail, « Will Obama’s ’wink wink’ on free trade help Clinton win precious votes in Ohio ? », John Ibbitson, March 4, 2008, p. A1.
(37) http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?DocId=3325160&Mode=1&Parl=39&Ses=2&Language=F
(38) The Canadian Press, « Government will only investigate one of two leaks that hit Obama campaign », Alexander Panetta, March 4 2008.
(39) Embassy, « Clinton and Obama’s NAFTA Comments Pose Real Threat », Lee Berthiaume and Jeff Davis, March 5, 2008.
(40) The Canadian Press, « ’NAFTAgate’ began with offhand remark from Harper’s chief of staff », Alexander Panetta, March 5 2008.
(41) http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?DocId=3330102&Language=F&Mode=1&Parl=39&Ses=2
(42) Le Devoir, « Affaire Obama-Canada — Une firme priv?e enqu?te sur la fuite », Alec Castonguay, 27 mars 2008.
(43) Presse Canadienne, « Le fonctionnaire arr?t? d?nonce une manoeuvre d’intimidation », 10 mai 2007.
(44) La Presse Canadienne, « Une remarque du chef de cabinet de Harper aurait lanc? le scandale de l’ALENA », Alexander Panetta, 5 mars 2008.
(45) Associated Press, « Barack Obama devance Hillary Clinton en nombre de d?l?gu?s dans le Texas », 31 mars 2008.
(46) http://www.thestar.com/News/USElection/article/309760
(47) La Presse, « Le Canada, un intrus dans la campagne am?ricaine », Richard H?tu, 6 mars 2008, p. A24.
(48) Le Devoir, « Fuite sur l’ALENA : le bureau de Harper est point? », Alec Castonguay, 7 mars 2008, p. A1.
(49) The Globe and Mail, « Harper pledges to widen NAFTA leak probe », Brian Laghi and Campbell Clark, March 7, 2008, p. A1.
(50) http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx ?DocId=3335079&Language=F&Mode=1&Parl=39&Ses=2
(51) Le Soleil, « « Ing?rence » d?nonc?e », Raymond Giroux, 7 mars 2008, p. 8.
(52) Toronto Star, « Clinton campaign denies NAFTA report », Tim Harper, March 7, 2008, p. A16.
(53) Toronto Star, « Envoy’s role in leak questioned », Tim Harper, March 11, 2008, p. A1.
(54) The Globe and Mail, « NAFTA-gate — Really, what are Canadians sorry for ? », William Robson, March 13, 2008, p. A17.
(55) The Globe and Mail, « NAFTA-gate — That old non-denial denial still doesn’t work », John Ibbitson, March 12, 2008, p. A17.
(56) The Wall Street Journal, « Clinton Aide Met on Trade Deal », Susan Davis, April 4, 2008, p.A3.
(57) La Presse, « Les tuiles s’abattent sur Clinton », Richard H?tu, 8 avril 2008.

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3 Commentaire

  1. avatar

    Bien d’accord sur l’ingérence canadienne. que j’avais soulignée. Bon topo aussi sur la situation et qui va bien au-dela de ce que le titre annonce, mais n’aurait-il pas mieux valu en faire deux (2) ou trois(3) articles ?

    PJCA

  2. avatar
    Bureau des affaires louches

    Merci pour ce commentaire.

    Au Bureau, comme on aime ça creuser le plus profond possible, on a effectivement tendance à en donner plus que ce que le titre pouvait laisser entendre à première vue.

    Il y a probablement des avantages et des désavantages à publier des textes fleuves plutôt que de les diviser en articles plus courts.

    Aussi, certains diront peut-être que trop c’est comme pas assez. Au Bureau, on trouve plutôt qu’il y en a jamais assez, même quand il y en a trop !

  3. avatar

    Je note que sur votre site, le « texte fleuve » est divisé en 3 partie dans un dossier.

    De ce côté-ci de la frontière, l’opposition estime que les conservateurs de Harper pourraient se retrouver dans de beaux draps s’il fallait qu’Obama devienne le prochain locataire de la Maison Blanche, en novembre prochain. « Si le sénateur Obama est élu, il se rappellera de cet incident », croit le libéral Bob Rae.

    C’est fort probable pour le gouvernement canadien avec Harper en poste.

    Si l’élection US se décidait par rapport au nombre de fans sur Facebook, alors OBama l’emporterait haut là main avec
    plus d’un million de fan contre 150.000 pour son opposant républicain.