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Inde – La for?t rendue aux habitants apr?s un si?cle de lutte

Ashish Tripathi

Les villages tribaux de Surma et de Golbojhi ont c?l?br? leur lib?ration le 1er mai 2011, jour international du travail. Apr?s 107 ann?es de lutte, leurs habitants ont obtenu la propri?t? des for?ts dont ils ont ?t? tributaires des si?cles durant. Habit?s par quelque 450 familles de la tribu Tharu, ces deux villages forestiers sont situ?s au c?ur du parc national Dudhwa, dans le district de Lakhimpur d?Uttar Pradesh (U.P.).

Bien que les zones tribales du pays soient contr?l?es par le naxalisme, Surma et Golbojhi ont obtenu leur lib?ration apr?s des d?cennies de lutte d?mocratique non violente, sans tirer une seule balle. Les deux villages sont aussi les premiers ?tablissements tribaux du pays, situ?s dans un parc national, ? avoir b?n?fici? de la Loi sur les droits forestiers (FRA) de 2006.

Pr?s de 700 acres de terres bois?es ont ?t? distribu?es, chaque famille recevant un maximum de quatre acres. Le gouvernement d?Uttar Pradesh a accord? aux villages le statut d?Ambedkar, ce qui signifie qu?ils seront reli?s par des routes, qu?ils auront une ?cole primaire et un centre m?dicosocial. Les habitants tribaux ont maintenant le droit de b?n?ficier des divers plans d?assistance sociale des gouvernements ?tatique et central. Les villages seront bient?t les propri?taires de la for?t et de sa production?; leurs habitants pourront disposer de foin et de bois, de feuilles de tendu (?b?ne de Coromandel), d?herbes et d?autres produits forestiers pour nourrir leur famille et leur b?tail.

S?agissant d?une v?ritable r?ussite historique, plus de 5 000 habitants de la for?t sont venus de divers endroits d?U.P. pour participer aux festivit?s. Les gens ont maintenant de la terre ? cultiver pour assurer leur subsistance, ils pourront envoyer leurs enfants ? l??cole et jouir des droits constitutionnels en tant que citoyens indiens. Ce succ?s leur a demand? des ann?es de sacrifices, de difficult?s et de souffrances indescriptibles. Paradoxalement, tout le processus a ?t? ignor? par les m?dias conventionnels du pays, qui, pourtant, ne manquent jamais d?informer sur la violence naxaliste dans les zones tribales et accordent un large espace ? ceux qui vantent et essaient de justifier le naxalisme ou le mao?sme. Beaucoup de r?volutions pacifiques, comme celles de Surma et de Golbojhi, ont lieu en Inde sans que les m?dias leur accordent l?attention qu?elles m?ritent. C?est peut-?tre que la paix manque du dramatisme n?cessaire pour attirer les regards et faire monter l?indice d?audience, et que les histoires de pauvres tribaux qui pr?f?rent la non-violence de la Satyagraha au naxalisme ne sont pas suffisamment ?mouvantes pour accro?tre le nombre des lecteurs.

Moi, je pense que ces histoires stimulantes doivent ?tre racont?es aux jeunes g?n?rations, et surtout ? ceux qui ont eu le privil?ge de na?tre dans une Inde libre. N?ayant pas eu ? lutter pour la libert?, ils sont souvent insensibles aux souffrances de leur fr?res d?favoris?s. En 1904, les membres de la tribu Tharu perdirent leur terre lorsque les Britanniques enlev?rent ? la reine de Khairgarh la for?t de son domaine, qui devint propri?t? du royaume d?Awadh. Pendant la deuxi?me guerre mondiale, toute la for?t disparut par suite de l?exploitation excessive. Les Tharus r?ussirent ? r?g?n?rer les for?ts au cours des vingt ann?es suivantes. Le pays devint libre en 1947, mais l?h?ritage britannique continua dans le d?partement forestier. En 1978, les membres des tribus furent d?clar?s intrus dans leur propre terre quand celle-ci devint un parc national. Sur les 37 villages de la zone, 35 furent r?install?s ailleurs. Les habitants de Surma et de Golbojhi refus?rent l??vacuation?; on leur avait accord? des terres pour se r?installer, mais elles ?taient plus petites que celles de leurs villages originels et, en outre, elles ?taient d?j? occup?es par d?autres tribus. Ils s?adress?rent ? la Haute Cour en 1980 mais, en 2003, ils perdirent cette bataille juridique qui avait dur? 23 ans.

Menac?s d?expulsion et n?ayant plus d?options, ils d?cid?rent de s?engager dans un combat non violent. Les femmes prirent les devants et form?rent l?organisation « Tharu Adivasi Mahila Mazdoor Kisan Manch » pour diriger la campagne. Elles re?urent l?aide des activistes du « Forum national des peuples et des travailleurs des for?ts » (NFFPFW). Les membres des tribus furent harcel?s, battus et soumis ? des tortures par les fonctionnaires forestiers. Lorsqu?ils cueillaient du bois mort et de la paille pour r?parer les toitures de leurs maisons, pour l?artisanat ou pour faire du feu, le d?partement forestier les accusait de braconnage, d?abattage d?arbres et d?invasion de propri?t? priv?e. Des proc?s criminels furent intent?s m?me contre des enfants, contre des personnes mortes depuis longtemps et contre d?autres qui avaient quitt? les lieux 20 ans plus t?t. ??Si nous faisons du braconnage et de l?abattage d?arbres, j?aimerais qu?on m?explique pourquoi nous vivons toujours dans la mis?re la plus noire, alors que les fonctionnaires m?nent une vie luxueuse??, dit Lalmati, un autochtone.

En 2006, le parlement adopta la loi FRA qui fut promulgu?e en janvier 2008, apr?s deux ann?es de d?bats. C??tait une nouvelle stimulante pour les tribus, mais il fallut encore trois ans pour qu?elle soit appliqu?e. En fait, les membres des tribus et les activistes qui travaillaient avec eux m?ont dit que les trois derni?res ann?es ont ?t? les plus difficiles. D?apr?s eux, pendant cette p?riode le d?partement forestier, la mafia foresti?re et les forces f?odales ont tout fait pour les expulser. On a mis le feu ? leurs maisons, beaucoup d?entre eux ont ?t? arr?t?s arbitrairement. Alors que la loi FRA autorise les assembl?es villageoises (gram sabha) ? t?moigner de la situation d?une personne en mati?re de r?sidence, des gardes forestiers ont ?t? surpris ? d?livrer des certificats de domicile o? les habitants figuraient comme des intrus, dans le but de confondre le gouvernement ?tatique?; heureusement, celui-ci ?tait favorable ? l?octroi de droits fonciers aux autochtones. Sur l?ordre de certains fonctionnaires en service, des fonctionnaires retrait?s ont pr?sent? plusieurs p?titions au tribunal, pour emp?cher le gouvernement de d?livrer des titres de propri?t?s aux habitants originels de la for?t.

Ram Chandra Rana, un autre autochtone, rappelle que quelques ??passionn?s de la nature?? avaient rejoint le combat sous pr?texte que les villages situ?s au milieu d?une r?serve de tigres allaient mettre en danger ces derniers. ??Notre r?ponse a ?t? simple?: des si?cles durant, tant qu?elles ont ?t? entre les mains des peuples tribaux, les for?ts ont ?t? en s?curit??; c?est apr?s la formation du d?partement forestier qu?elles ont commenc? ? p?ricliter et que la faune s?est trouv?e menac?e. Les tribus traitent la for?t comme une d?esse, donc elles la prot?gent. La population de tigres a diminu? quand les for?ts sont pass?es sous l?autorit? du d?partement forestier mais, apr?s l?adoption de la FRA, c?est-?-dire lorsque les autochtones ont commenc? ? obtenir des titres fonciers, le nombre des tigres a augment? partout dans le pays??, a-t-il dit. Quand on lui a demand? pourquoi ils n?avaient pas accept? la compensation mon?taire et la parcelle qu?on leur offrait, il a r?pondu?: ??Nous ne pouvons pas vendre notre patrie. C?est une question de respect de soi et de dignit?.

Apr?s avoir entendu les r?cits des souffrances, des sacrifices et des r?ussites de ces personnes, comme l?activiste Ashok Da qui a consacr? sa vie ? lutter pour les d?favoris?s, j?ai d? me poser une question?: ??Qu?est-ce que j?ai fait, en plus de griffonner des mots dans mon bureau climatis? et d??tre content de moi-m?me???? J?ai trouv? la r?ponse dans Pourquoi je suis ath?e, ?crit par le r?volutionnaire Bhagat Singh en 1930?: ??Une courte vie de lutte sans une fin aussi splendide sera elle-m?me ma r?compense, si j?ai le courage de la vivre ainsi. C?est tout. Sans aucun motif ?go?ste, sans d?sir de r?compense pr?sente ou future, de fa?on tout ? fait d?sint?ress?e j?ai consacr? ma vie ? la cause de l?ind?pendance, parce que je ne pouvais pas faire autrement. Le jour o? il y aura un grand nombre d?hommes et de femmes qui penseront ainsi, qui ne pourront se consacrer ? rien d?autre qu?au service du genre humain et ? l??mancipation de l?humanit? souffrante, ce jour-l? l??re de la libert? aura commenc?…??.

Le jour o? 10% d?entre nous (la classe privil?gi?e) suivront ce que Bhagat Singh a dit, 90?% des probl?mes de l?Inde seront r?solus.

Ashish Tripathi, journaliste indien et ami des habitants des for?ts.
Envoy? par Roma, NFFPFW (Kaimur) / Human Rights Law Centre, Uttar Pradesh, Inde, adresse ?lectronique?: romasnb (at) gmail.com

http://jansangarsh.blogspot.com

Propos? par le World Rainforest Movement et Natural Writers.

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