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Hommage à l’Amérique

Chers lecteurs, j’ai le plaisir de vous communiquer mon deuxième article d’une série d’analyses que je souhaite consacrer aux Etats-Unis d’Amérique.

Pour mémoire, A quoi sert un Président…? Publié le 23 décembre dernier.

Toute l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique – de 1776 à Ronald Reagan – démontre la lutte des politiques et des citoyens de cette nation contre l’hyper concentration des pouvoirs privés. Voilà deux siècles en effet que ce pays a parfaitement bien intégré cette problématique et qu’il fut le pionnier en matière de démantèlement des monopoles. La Révolution américaine elle-même fut sous-tendue par une remise en question de contrôles économiques comme celui de la Compagnie des Indes. Ce fut précisément cette lutte déterminée des pères fondateurs qui permit de définir la philosophie de la politique économique US. Ils comprirent très tôt que la liberté humaine ne peut prospérer sur le terreau de la servitude économique. L’extraordinaire (pour l’époque) Déclaration d’Indépendance dépasse d’ailleurs le stade de la libération d’un peuple du joug de son occupant pour se porter également garante d’une égalité parfaite. Ayant à cœur de libérer l’homme de l’emprise de ses semblables, les pères fondateurs élaborèrent ainsi des institutions et des lois raffinées et sophistiquées dont le but était de protéger chaque citoyen des excès générés par les pouvoirs privés. Les noirs, les minorités ethniques et les femmes ne furent hélas pas à l’époque concernés par ces privilèges civiques nouveaux, mais il n’en reste pas moins que les Révolutionnaires et leurs successeurs immédiats furent animés d’une authentique volonté philanthropique et d’une admirable capacité organisationnelle.

Pierre angulaire de toute cette construction, la Constitution américaine permit ainsi de distribuer équitablement des terres à des familles qui bénéficièrent immédiatement de la protection des pouvoirs publics contre les monopoles privés. Il serait erroné de considérer que ce document ne fait que définir l’équilibre des pouvoirs aux Etats-Unis car l’autre priorité de la Constitution américaine fut de compliquer la tâche des seigneurs de la finance et de l’industrie de l’époque dans leur tentation naturelle de concentrer en leurs mains trop de pouvoirs. C’est James Madison qui écrivait que «lorsque le pouvoir est détenu par le plus grand nombre et non par une minorité privilégiée, il y a dès lors peu de danger que cette minorité soit favorisée». Voilà qui explique des lois adoptées en 1789 par le premier Congrès sous la Présidence de George Washington visant à insuffler aux colons les réflexes démocratiques en mettant hors la loi les spéculateurs terriens, en imposant aux parents de répartir équitablement leurs propriétés entre leurs enfants tous sexes confondus, en pénalisant les trop grands regroupements de terrains. Le but ultime des Pères fondateurs américains était donc d’édifier une société saine grâce à des règles équitables et à une éducation devenue publique. Bien plus tard, des lois elles aussi emblématiques comme l’ «Interstate Commerce Act» en 1887 et le «Sherman Antitrust Act» en 1890 furent votées dans le but de casser les monopoles du rail et de la finance. Sans pour autant éviter à l’orée du XXème siècle l’émergence d’une petite oligarchie autour du banquier JP Morgan qui réussit à dominer – et à parasiter – divers pans de l’économie américaine.

Il fallut toute la détermination de Woodrow Wilson, élu Président en 1912, et son talent de réformateur pour créer une banque centrale (la Réserve fédérale) afin de contrôler le flux du crédit et réguler voire de casser Wall Street, pour mettre en place un impôt progressif sur le revenu afin d’éviter la concentration des grosses fortunes, et afin de démanteler le géant de l’époque AT&T. Les succès législatifs de Wilson ouvrirent ainsi la voie à une véritable deuxième Révolution américaine – qu’il appela lui-même «Nouvelle Liberté» – laquelle rendit possible le «New Deal» de Roosevelt 20 ans plus tard. Ce dernier perpétua l’œuvre de son prédécesseur en poursuivant son action contre les monopoles financiers et contre les conglomérats industriels et commerciaux. «La lutte contre les monopoles privés, déclarait-il, est une bataille pour, et pas contre, le milieu des affaires américain. C’est une lutte pour préserver l’entreprise individuelle et la liberté économique». Sous son impulsion, le nombre d’avocats spécialisés dans l’application des lois anti-trusts au sein du Ministère de la Justice bondit de 60 à plus de 600 ! Les prédateurs économiques et financiers furent donc bâillonnés voire purement et simplement éliminés, les salaires purent monter, le taux d’adhésion aux syndicats nettement grimper, l’entreprise privée prospérer. Autant de facteurs décisifs ayant libéré les énergies et ayant présidé à la période la plus riche de l’Histoire en matière d’innovation.

Suite au prochain numéro

 

Michel Santi

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