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Gangsters Bankers : Too Big To Jail (2/2)

(L?article original?est de Matt Taibbi et ? ?t? publi? le 14 f?vrier 2013 sur le site de?Rolling Stone. Traduction (dans l?ordre des pages) de?SuperNo,?Touchatout?et?Laetsgo. L?illustration est celle de l?article original)

Par?Matt Taibbi

L?accord a ?t? annonc? en louced?, juste avant les vacances de No?l, comme si le gouvernement esp?rait que les gens soient trop occup?s ? mettre leurs souliers devant la chemin?e pour y pr?ter attention. Laissant sur le cul politiciens, avocats et enqu?teurs partout dans le monde, le d?partement am?ricain de la justice a laiss? en libert? les dirigeants de la banque d?origine britannique?HSBC?pour la plus grande affaire de blanchiment d?argent de la drogue et de terrorisme de tous les temps. Ils ont certes prononc? une amende – 1,9 milliard de dollars (euros), soit l??quivalent de 5 semaines de profit – mais ils ne sont pas all?s jusqu?? soutirer un dollar ou coller un jour de prison ? qui que ce soit, en d?pit d?une d?cennie d?abus stup?fiants. On comprend que les gens en aient ras le bol de Wall Street et que de nouvelles histoires de milliardaires cupides qui volent toujours plus n?arrivent m?me plus ? les scandaliser. Mais l?affaire?HSBC?est all?e bien au del? des crimes de papier et de clavier commis par ces geeks encravat?s que l?on associe g?n?ralement ? Wall Street. Dans cette affaire, la banque s?est litt?ralement accommod?e de meurtres – oui oui, les a d?une certaine mani?re aid?s et encourag?s.

Depuis au moins cinq ans, le l?gendaire pouvoir bancaire colonial britannique a permis de blanchir des dizaines de millions de dollars pour des organisations de narco-trafiquants, y compris le cartel mexicain de Sinoala, suspect? de dizaines de milliers de meurtres au cours des 10 derni?res ann?es – des gens ? ce point compl?tement tar?s, plaisante l?ancien procureur g?neral de New York, Eliot Spitzer, ??qu?en comparaison les mecs de Wall Street avaient l?air de bons gars??. La banque avait aussi transf?r? de l?argent pour le compte d?organisations li?es ? Al Qaeda et au Hezbollah, ainsi que pour des gangsters russes?; avait permis ? des pays comme l?Iran, le Soudan et la Cor?e du Nord d??chapper aux sanctions et, tout en aidant les assassins, les terroristes et les ?tats voyous, avait aid? un nombre incalculable de fraudeurs fiscaux ordinaires ? planquer leurs sous. ??Ils ont viol? toutes les putains de lois du code p?nal??, dit Jack Blum, avocat et ancien enqu?teur du S?nat qui dirigea une tr?s importante enqu?te de trafic d?influence contre?Lockheed?dans les ann?es 1970, laquelle conduisit au vote de ??l?Acte sur les pratiques de corruption ? l??tranger??. ??Ils ont employ? toutes les formes imaginables de business ill?gal et illicite.?? Que personne ? la banque ne soit all? en prison ou n?ait eu ? payer ? titre personnel un seul dollar d?amende, rien de bien neuf dans cette ?re de crise financi?re. Ce qu?il y a de diff?rent dans ce verdict, c?est que le D?partement de la justice, et pour la premi?re fois, a admis la raison pour laquelle il a d?cid? d??tre indulgent pour cette vari?t? particuli?re d?affaire criminelle?: il avait peur que quelque chose de plus violent qu?une petite tape sur les doigts d?HSBCpuisse affaiblir l??conomie mondiale. ??Si les autorit?s am?ricaines avaient d?cid? d?engager des proc?dures p?nales??, dit le procureur g?n?ral adjoint Lenny Breuer lors d?une conf?rence de presse pour annoncer la d?cision, ??HSBC aurait presque ? coup s?r perdu son agr?ment bancaire aux ?tats-Unis, l?avenir de l?institution aurait ?t? menac? et c?est le syst?me bancaire tout entier qui aurait ?t? d?stabilis???.

Nous sommes ? l?aube d?une nouvelle ?re. Dans les ann?es qui ont suivi le 11 septembre, le simple fait de se faire approcher par une personne suspect?e de terrorisme pouvait vous conduire en d?tention clandestine pour le restant de vos jours. Mais d?sormais, quand on est ??Trop gros pour aller en prison??, on peut se faire gauler pour blanchiment de l?argent du terrorisme et violation de l???Acte contre l?intelligence avec l?ennemi??, et non seulement on ne sera pas poursuivi pour ?a, mais en prime le gouvernement se mettra en quatre pour faire en sorte qu?on ne perde pas son agr?ment. Quelqu?un au Congr?s m?a d?crit le truc ainsi?: ??OK, tr?s bien, une amende, pas de peine de prison, mais ils n?ont m?me pas ?t? foutus de leur enlever l?agr?ment?? C?est une plaisanterie???? Mais le D?partement de la Justice n?avait pas termin? sa distribution de cadeaux de No?l. Un peu plus d?une semaine plus tard, Breuer ?tait de retour devant la presse, faisant un joli cadeau ? une autre ?norme soci?t? internationale, la banque suisse?UBS, qui venait juste de reconna?tre son r?le cl? dans ce qui est peut-?tre la plus grosse affaire de l?histoire en mati?re de monopole et de distorsion de concurrence, connue sous le nom de scandale du?LIBOR, une conspiration de manipulation massive des taux, impliquant des centaines de milliers de milliards de dollars (avec 14 z?ros) en produits financiers. Alors que deux lampistes ont ?t? condamn?s, Breuer et le D?partement de la Justice se sont ouvertement inqui?t?s pour la stabilit? globale en expliquant pourquoi aucune accusation p?nale n?avait ?t? retenue contre la maison m?re. ??Notre but ici??, dit Breuer, ??n?est pas de d?truire une institution financi?re majeure??. Un journaliste ? la conf?rence sur?UBS?fit remarquer que cette banque avait d?j? ?t? ?pingl?e en 2009 dans une affaire majeure d??vasion fiscale, et posa une question d?licate?: ??C?est une banque qui a d?j? enfreint la loi auparavant??, dit le journaliste, ??alors, pourquoi ne pas ?tre plus s?v?re???? ??Je ne sais pas ce que ?plus s?v?re? veut dire??, r?pondit le procureur g?n?ral adjoint.

Connue aussi sous le nom de ??Hong Kong and Shanghai Banking Corporation??,?HSBC?a toujours ?t? associ?e ? la drogue. Fond?e en 1865,?HSBC?est devenue la principale banque de la Chine coloniale apr?s la fin de la Seconde Guerre de l?Opium. Si vos connaissances sur les diff?rentes guerres d?agression imp?rialiste britanniques sont un peu rouill?es, la Seconde Guerre de l?Opium fut celle o? l?Angleterre et d?autres puissances europ?ennes (ndT?: et principalement la France) massacr?rent un grand nombre de Chinois jusqu?? ce qu?ils consentent ? l?galiser le commerce de la drogue (un peu comme ils l?avaient fait lors de la Premi?re Guerre de l?Opium, qui s??tait termin?e en 1842). Un si?cle et demi plus tard, il semble que les choses n?aient pas beaucoup chang?. Avec sa forte implantation dans nombre des divers ex-territoires coloniaux en Asie et en Afrique, ainsi que par sa riche histoire de flexibilit? morale transculturelle,?HSBC?a une empreinte internationale tr?s diff?rente des autres banques ??Trop grosses pour faire faillite?? comme?Wells Fargo?ou?Bank of America. Alors que les monstres bancaires am?ricains se sont principalement gav?s dans le commerce du cr?dit immobilier subprime qui a caus? la bulle financi?re de 2008,?HSBC?a pris un chemin l?g?rement diff?rent, devenant la banque de pr?dilection des salopards locaux et internationaux de toutes les vari?t?s possibles. Les petits r?cidivistes rat?s qui croupissent dans les prisons de Californie pour des d?lits sur la voie publique pourraient ?tre surpris que la d?cision de non-emprisonnement prise par Lenny Breuer pour?HSBC?concernait d?j? le troisi?me mauvais coup de la banque. En fait, comme le mettait en ?vidence un rapport d?sesp?rant de 34 pages publi? l??t? dernier par le Sous-comit? Permanent du S?nat sur les Enqu?tes,?HSBC?a ignor? un nombre tout simplement incroyable de mises en garde officielles.

En avril 2003, alors que le 11 septembre est encore tout frais dans l?esprit des r?gulateurs am?ricains, la R?serve F?d?rale envoie une lettre de mise en demeure ? une filiale d?HSBC, lui ordonnant de mettre ? jour son r?glement, et de faire plus d?efforts pour emp?cher les criminels et les terroristes d?ouvrir un compte chez eux. L?un des plus gros clients de la banque, par exemple, ?tait la banque saoudienne?Al Rajhi, pour laquelle la CIA et d?autres agences gouvernementales avaient trouv? des liens avec le terrorisme. Selon un document cit? dans le rapport du S?nat, Sulaiman bin Abdul Aziz Al Rajhi faisait partie des 20 financiers historiques d?Al Qaeda, un membre de ce que Oussama Ben Laden lui-m?me appelait ??la cha?ne en or??. En 2003, la CIA ?crit un rapport confidentiel sur la banque, d?crivant?Al Rajhi?comme un ??canal vers la finance extr?miste??. Dans le rapport, dont les d?tails ont fuit? dans le public vers 2007, l?agence notait que Sulaiman Al Rajhi avait travaill? consciencieusement ? aider des ???uvres?? islamiques ? cacher leur v?ritable nature, donnant l?ordre ? la direction de la banque ??d?explorer les instruments financiers qui permettraient aux bonnes ?uvres de la banque d??viter les contr?les officiels saoudiens?? (La banque a ni? tout r?le dans le financement d?extr?mistes.) En janvier 2005, alors qu?elle ?tait toujours sous la contrainte de son premier accord de probation top secret avec les ?tats-Unis,?HSBCd?cida de partiellement couper les ponts avec?Al Rajhi. Notez le mot ??partiellement???: la d?cision s?appliquerait seulement aux activit? bancaires d?Al Rajhi?et non ? sa soci?t? de trading, une distinction qui d?rangea des dirigeants de la banque. En mars 2005, Alan Ketley, un employ? du service?Compliance?[1] de la filiale am?ricaine d?HSBC,?HBUS, dit en rigolant ? Paul Plesser, chef du d?partement global des ?changes internationaux que c??tait cool de faire du business avec?Al Rajhi Trading. ??On dirait que ?a ne vous pose pas de probl?me de continuer ? traiter avec Al Rajhi??, ?crit-il. ??Vous feriez mieux de gagner beaucoup d?argent?!??.

Mais cet arrangement de derri?re les fagots avec le suspect? banquier de la ??chaine en or?? de Ben Laden n??tait pas assez direct ? plusieurs dirigeants de?HSBC?voulaient en revenir ? la totale. Dans un courriel remarquable envoy? en mai 2005, Christopher Lok, responsable global de l?argent liquide de la banque, demanda ? un coll?gue s?ils ne pouvaient pas reprendre compl?tement le business avec?Al Rajhi?d?s lors qu?un des premiers r?gulateurs bancaires am?ricains, le bureau du contr?leur de la monnaie (OCC), aurait lev? la mise en demeure de 2003?: ??apr?s la d?cision de l?OCC et en esp?rant que ce chapitre soit clos, pourrions-nous ? nouveau rendre visite ? Al Rajhi?? La Compliance de Londres voyait les choses de mani?re plus l?g?re??. Apr?s avoir ?t? frapp?e par la mise en demeure de 2003,?HSBC?commen?a ? s?affranchir de ses obligations, tant sur la lettre que sur l?esprit, et ? une grande ?chelle. N?anmoins, au lieu de punir la banque, la r?ponse du gouvernement fut de lui envoyer encore plus de lettres de d?sapprobation. Typiquement, celles-ci prenaient la forme de courriers estampill?s ?Important? envoy?s par l?OCC. La plupart d?entre elles ?taient sur le m?me th?me, c?est ? dire qu?HSBC?manquait ? son devoir de prudence envers les personnages louches qui pourraient d?poser de l?argent sur ses comptes ou utiliser ses moyens pour transf?rer de l?argent.?HSBC?entassa ces injonctions du style ??Vous continuez ? d?conner et on est au courant?? par douzaines, et sur la seule courte p?riode entre 2005 et 2006, elle re?ut 30 avertissements formels diff?rents. N?anmoins, en f?vrier 2006, l?OCC aux ordres de Georges Bush d?cide soudain de lib?rer?HSBCde sa mise en demeure. En d?autres mots,?HSBC?avait tout simplement reni? sa parole 30 fois en ? peine plus d?un an, et s?en tirait quand m?me. La banque ?tait, selon l?expression populaire, ??blanchie?? ? et libre de faire revenir en courant tous les Al Rajhis du monde.

Apr?s avoir totalement repris ses relations avec la banque?Al Rajhi, apparemment amie des terroristes en Arabie Saoudite,?HSBC?lui fournit pr?s d?un milliard de dollars. Quand?HSBC?lui demanda pourquoi il avait besoin de tout cet argent am?ricain, Al Rajhi expliqua que les gens en Arabie Saoudite avaient besoin de dollars pour toutes sortes de raisons. ??Pendant l??t???, ?crit la banque, ??nous avons une forte demande de la part de touristes pour leurs vacances??. Le D?partement du Tr?sor tient ? jour une liste compil?e par le bureau de contr?le des avoirs ?trangers (OFAC) et les banques am?ricaines ne sont pas suppos?es faire des affaires avec quiconque figurerait sur cette liste. Mais la banque a aid? en toute connaissance de cause des individus peu recommandables ? ?chapper au processus de sanctions. L?un d?entre eux ?tait le puissant homme d?affaires syrien Rami Makhlouf, un proche de la famille Assad. Quand Makhlouf est apparu sur la liste de l?OFAC en 2008,?HSBC?n?a pas r?agi en coupant les ponts avec lui, mais en essayant de trouver une solution pour les comptes que le puissant courtier syrien d?tenait dans ses filiales ? Gen?ve et aux Iles Ca?man. ??Nous avons ?tabli que les comptes d?tenus aux Ca?mans ne sont pas sous la juridiction, ni h?berg?s par aucun syst?me des ?tats-Unis??, ?crit un employ? du service Compliance. ??Nous ne rapporterons donc pas cela ? l?OFAC??. Traduction?: ??On sait que ce type est sur une liste de terroristes, mais ses comptes sont dans un endroit o? les Am?ricains ne peuvent aller fouiller, alors qu?ils aillent se faire foutre.?? Rappelez-vous, c??tait en 2008 ? 5 ans apr?s qu?HSBC?a ?t? pris ? faire ce genre de choses. Et m?me 4 ans plus tard, quand elle a ?t? interrog?e par le S?nateur Carl Levin en juillet 2012, un dirigeant de?HSBC?refusa de dire clairement que la banque informerait le gouvernement si Makhlouf ou un autre nom sur la liste de l?OFAC apparaissait dans son syst?me ? disant simplement qu?il ferait ??tout ce qu?il pourrait??.

L??change au S?nat mit en ?vidence une dynamique tr?s frustrante que les enqu?teurs du gouvernement avaient eu ? affronter avec les m?gabanques trop grosses pour aller en prison?: la m?me chose qui les rendait si attractives aupr?s des clients louches ? leur capacit? ? d?placer instantan?ment l?argent autour du monde vers des endroits comme les Iles Ca?man et la Suisse ? leur facilitait la t?che quand il s?agissait de jouer les idiots face aux r?gulateurs en se retranchant derri?re le secret bancaire. Quand elle ne servait pas de banque ? des personnage louches du Tiers-Monde,?HSBC?entra?nait sa puissance de feu mentale sur le probl?me consistant ? trouver des moyens cr?atifs de lui permettre de faire des affaires avec des pays soumis ? des sanctions am?ricaines, en particulier l?Iran. Dans un m?mo de la filiale de?HSBC?au Moyen Orient (HBME), la banque note qu?elle pourrait gagner beaucoup d?argent avec l?Iran, ? condition qu?elle puisse contourner de ce qu?elle appelle ??des difficult?s?? ? vous savez, ces putains de lois. ??On s?attend ? ce que l?Iran devienne une source de revenus croissants pour le groupe dans le futur??, dit le m?mo, ??et si nous voulons atteindre ce but, nous devons adopter une attitude positive lorsque nous rencontrerons des difficult?s??. ??L?attitude positive?? comprenait une technique appel?e ??camouflage??, dans laquelle les filiales ?trang?res comme?HSBC Moyen Orient?ou?HSBC Europe?effaceraient toute r?f?rence ? l?Iran dans tous les virements de ou vers les ?tats-Unis, se substituant souvent elles m?mes au v?ritable nom du client pour ?viter le d?clenchement des alertes OFAC. (En d?autres mots, la transaction mentionnerait?HBME?d?un c?t?, au lieu du client Iranien.)

Pendant plus de 10 ans, la somme effarante de 19 milliards de dollars de transactions impliquant l?Iran est pass?e par le syst?me financier am?ricain, la connexion avec l?Iran ?tant cach?e dans 75 ? 90?% de ces transactions. Le si?ge d?HSBC?est ?tabli en Angleterre depuis plus de 20 ans ? c?est en fait la plus grosse banque d?Europe ? mais elle a d?importantes filiales aux quatre coins du monde. Ce qui est ressorti de cette enqu?te, c?est que les responsables de la soci?t?-m?re ?taient souvent au courant des transactions douteuses alors que la filiale r?gionale l?ignorait. Dans le cas des transactions interdites avec l?Iran, par exemple, il existe de nombreux courriels du directeur de la Compliance d?HSBC, dans lesquels il reconna?t que la filiale am?ricaine d?HSBC?n?est pas au courant que?HSBC Europe?a envoy? des quantit?s ph?nom?nales d?argent iranien prohib?. ??Je ne suis pas s?r que HBUS soit au courant que HBEU fournisse d?j? des services de compensation pour quatre banques iraniennes??, ?crit-il en 2003. L?ann?e suivante, il fait la m?me observation. ??Je suspecte que HBUS ne soit pas au courant que des paiements (iraniens) aient pu passer par eux??, ?crit-il. Quel est l?int?r?t pour une banque comme?HSBC?de faire des affaires avec des individus peu recommandables, des escrocs, etc.?? La r?ponse est simple?: ??Si vous avez des clients int?ress?s par des ?services particuliers??? c?est l?euph?misme pour les trucs douteux ??on peut leur facturer tout ce qu?on veut??, dit l?ancien enqu?teur du S?nat Blum. ??La marge sur l?argent blanchi pendant des ann?es a ?t? environ de 20?%.?? Ces frais peuvent prendre plusieurs formes, des commissions initiales ? l?engagement de garder ses d?p?ts ? la banque pour une certaine dur?e. Quelle que soit la mani?re de les organiser, les possibilit?s de profits sont ?normes, ? condition que vous soyez d?accord pour recevoir de l?argent de presque n?importe o?.?HSBC, par ses racines dans le champ de bataille du capitalisme brut des anciennes colonies britanniques, et par sa forte pr?sence en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient, a peut-?tre davantage acc?s ? des clients demandeurs de ??services particuliers?? que n?importe quelle autre banque.

Et elle a travaill? dur pour satisfaire ces clients. Dans ce qui est peut-?tre le summum de l?innovation dans l?histoire des pratiques bancaires douteuses,?HSBC?a mis en place une op?ration?offshore?absurde au Mexique qui permettait ? quiconque d?aller dans n?importe quelle agence?HSBC?au Mexique, et d?ouvrir un compte en dollars US (Les comptes?HSBC?au Mexique doivent ?tre en pesos) via une certaine ??succursale des Iles Cayman?? de?HSBC Mexique. Les preuves d?montrent que les client ont rarement eu ? divulguer leurs v?ritables nom et adresse, et encore moins ? d?montrer l?origine l?gale de leurs d?p?ts. Si vous ?tes capables d?imaginer une clinique de transplantation cardiaque en mode?drive-in, ou une compagnie a?rienne qui mettrait un minibar bien rempli dans le cockpit de chaque avion, vous saisissez approximativement l?absurdit? r?glementaire de la ??succursale des Iles Ca?mans?? de?HSBC Mexique. Toute cette structure ?tait une pure compagnie coquille, g?r?e par des Mexicains dans les succursales d?une banque mexicaine. ? un moment, ce fantasme issu de l?imagination de la banque avait 50 000 clients, d?tenant un total de 2,1 milliards de dollars d?actifs. En 2002, un audit interne d?couvrit que 41?% des comptes audit?s avaient des informations clients incompl?tes. Six ans plus tard, un courriel d?un employ? haut-plac? de?HSBC?nota que 25?% des clients n?avaient m?me pas de dossier. ??Comment voulez-vous localiser les clients si vous n?avez pas de dossier????, se plaignait ce dirigeant. Ce n?est que lorsqu?on d?couvrit que ces comptes ?taient utilis?s pour payer une soci?t? am?ricaine qui pr?tendait fournir des avions aux dealers de drogue mexicains que?HSBC?se d?cida ? agir, m?me si elle ne ferma que certains des comptes de la ??succursale des Iles Ca?man??. Encore en 2012, quand des dirigeants de?HSBC?furent tra?n?s devant le S?nat am?ricain, la banque avait toujours 20 000 de ces comptes pour une valeur de 670 millions de dollars, et sous serment accepta seulement de dire que la banque ?tait ??en train?? de les fermer.

Entretemps, durant toute cette p?riode, les r?gulateurs am?ricains continu?rent ? surveiller?HSBC. Dans un sc?nario absurde qui se poursuivit pendant les ann?es 2000, les inspecteurs de l?OCC conduisirent des audits annuels, et trouv?rent les m?mes trucs emmerdants qu?ils avaient trouv?s depuis des ann?es, puis ?crivirent des rapports sur les probl?mes de la banque comme si c??tait la premi?re fois qu?ils les d?couvraient. Extrait du rapport 2006 de l?OCC?: ??Au cours de l?ann?e, nous avons identifi? un certain nombre de zones dont les pratiques de business r?v?lent un manque d?adh?sion flagrant et r?el sur le secret bancaire et l?anti-blanchiment d?argent. La direction a r?pondu positivement et a pris des mesures pour corriger ses faiblesses et am?liorer sa conformit? avec la politique de la banque. Nous validerons cette action corrective au cours du prochain cycle d?examen.?? Traduction?: ??Ces types sont des enfoir?s, mais ils en sont conscients, c?est cool et on ne fera rien??. Un an plus tard, le 24 juillet 2007, l?OCC tenait ? dire ceci?: ??Au cours de l?ann?e pass?e, les inspecteurs ont identifi? un certain nombre de th?mes communs, dans lesquels les pratiques de business r?v?lent un manque d?adh?sion flagrant et r?el sur le secret bancaire et l?anti-blanchiment d?argent. Les politiques de la banque sont acceptables? La direction continue ? r?pondre positivement et a pris des mesures pour am?liorer la conformit? avec la politique de la banque??. Traduction?: ??Ce sont toujours des enfoir?s, mais on les a alert?s sur le probl?me et tout va bien se passer.?? Depuis lors, le laxisme des contr?les anti-blanchiment de?HSBC?a virtuellement contamin? la totalit? de la banque. Des Russes se pr?sentant comme vendeurs de voitures d?occasion en ?taient arriv?s ? d?poser 500 000 dollars par jour, principalement ? travers une op?ration de d?tournement de ch?ques de voyage au Japon. Le programme bancaire sp?cial pour les ambassades ?trang?res de la soci?t? ?tait tellement d?tourn? qu?il a ?mis des alertes d?activit?s suspectes par milliers. Il y a aussi des preuves irr?futables que la banque permettait ? des clients de Cuba, de Birmanie et de Cor?e du Nord d??chapper aux sanctions.

Lorsque qu?en 2007, lors d?une r?union de direction, une des responsables du service Compliance de la banque, Carolyn Wind, souleva le probl?me du manque d?effectifs pour surveiller les activit?s suspectes, elle fut vir?e sur le champ. Le culot monstre qu?il fallut ? la banque pour passer outre les dirigeants de son service Compliance et continuer ? engranger de l?argent de tant de sources douteuses alors qu?elle savait pertinemment qu?une arm?e de r?gulateurs surveillaient chaque mouvement est incroyable, ??On ne peut pas imaginer blanchiment d?argent plus ?vident et impliquant la totalit? d?une institution??, dit Spitzer. Vers la fin des ann?es 2000, d?autres organismes charg?s de faire appliquer la loi commenc?rent ? venir renifler?HSBC?d?un peu plus pr?s. Le D?partement de la s?ret? int?rieure ouvrit une enqu?te sur?HSBC?pour blanchiment d?argent de la drogue, tandis que le bureau du procureur g?n?ral de l?ouest de la Virginie s?int?ressait ? l?implication de?HSBC?dans une affaire de fraude ??Medicare?(ndT?: la S?cu des vieux aux ?tats-Unis). Une r?union f?d?rale inter-agences se tint ? Washington en septembre 2009, au cours de laquelle il fut constat? queHSBC??tait incontr?lable, et n?cessitait une enqu?te plus pouss?e. La banque elle-m?me fut alors avertie que son audit habituel par l?OCC ?tait ???tendu??. On affecta plus de personnel pour passer au peigne fin les comptes d?HSBC?et, entre autres choses, ils d?couvrirent une liste de 17 000 alertes d?activit?s suspectes qui n?avaient pas ?t? trait?es. Ils not?rent ?galement que la banque avait une pile similaire d?assignations pour des affaires de blanchiment d?argent. Il sembla enfin que le gouvernement ?tait en train de vraiment s??nerver. En mars 2010, apr?s avoir vu un nombre incalculable d?ultimatums ignor?s, il en ?mit un de plus, donnant ??HSBC3 mois pour traiter cette putain de liste de 17 000 alertes faute de quoi elle en subirait de s?rieuses cons?quences. Mais quelques mois plus tard, l?OCC trouva de nouveau que les contr?les anti-blanchiment de la banque ?taient inefficaces, obligeant le gouvernement ? prendre, euh? une action drastique, hein?? Enfin, fa?on de parler? En octobre 2012, l?OCC respira un bon coup, enfila ses habits de grand gar?on, et? envoya une seconde lettre de mise en demeure?!

Autrement dit, c??tait ??Ne refaites jamais ?a?? – une fois de plus. La sanction pour tous ces d?fis d?lib?r?s fut de ramener le processus de r?gulation vers le m?me genre de mise ? l??preuve ? laquelle ils l?avaient d?j? condamn?e en 2003. On ne peut pas dire qu?HSBC?n?avait rien chang? apr?s le second ??Ne refaites jamais ?a??. Elle changea ? elle embaucha des gens. Au cours de l??t? 2010, Everett Stern, 25 ans, qui sortait tout juste de l??cole de commerce, ?tait en proie ? une petite envie de voyager, ? la recherche d?un boulot et de l?aventure. Son r?ve ?tait de devenir agent de la CIA, d?affronter les m?chants et de coxer des terroristes du Moyen-Orient. Il pr?senta sa candidature au service secret de l?agence, obtint m?me un entretien,mais juste avant la remise des dipl?mes, le jeune et exub?rant binoclard Stern fut refus?. Il ?tait effondr?, mais c?est alors qu?il tomba sur une offre d?emploi en ligne qui piqua sa curiosit?.?HSBC, une grande banque internationale, cherchait du monde pour collaborer ? son programme de lutte anti-blanchiment d?argent. ?J?ai pens? que c??tait exactement ce que je voulais faire?, dit-il, ??a paraissait tellement exaltant.? Stern se pr?senta aux bureaux?HSBC?de Newcastle, Delaware, pour un entretien et en ce mois d?octobre, juste apr?s que l?OCC ait envoy? sa deuxi?me lettre ??Ne refaites jamais ?a??, il commen?a ? travailler comme membre du programme ???tendu?? de?HSBC?de lutte contre le blanchiment d?argent. D?s le d?part, Stern savait qu?il y avait quelque chose de tordu dans son boulot. ??J?ai d? aller ? la biblioth?que pour emprunter des livres sur le blanchiment d?argent?? dit Stern aujourd?hui en riant. ??C??tait ? ce point-l???, il n?y avait ni cours ni s?minaires sur le blanchiment d?argent, ce que c??tait, comment le d?tecter. Son travail consistait principalement ? rechercher sur l?Internet les noms de personnages infr?quentables et ? les soumettre aux syst?mes internes de la banque, pour voir s?il ?mergeaient quelque part dans les noms des comptes.

Plus tordu encore, personne ne semblait chercher ? savoir si quelqu?un travaillait vraiment. Le bureau du Delaware est rest? pratiquement vide pendant longtemps, juste une immense pi?ce aux murs nus avec quelques box am?nag?s sommairement, pas plus d?une douzaine de personnes , et personne pour encadrer aucun des employ?s. Stern et un de ses coll?gues cessaient r?guli?rement le travail ? 10h30 le matin, pour aller passer quelques heures ? lancer des cailloux dans une carri?re derri?re les bureaux de la banque. Puis ils revenaient ? leurs box et tuaient le temps jusque vers 15h, ou une heure ? laquelle il ?tait plausible qu?ils aient effectu? une vraie journ?e de travail. ??Si on r?clamait davantage de travail, ils se mettaient en col?re??, dit Stern. Stern touchait un salaire de d?part de 54 900 $. Assez t?t, cependant, pris d?ennui et peut-?tre aussi d?un peu de patriotisme, Stern commen?a ? passer au crible quelques-unes des alertes pass?es et essaya de les comprendre. Presque tout de suite, il trouva une s?rie d?op?rations tr?s inqui?tantes. Il y avait une compagnie d?agents de change qui virait de fortes sommes ? des b?n?ficiaires intra?ables au Moyen-Orient. Stern trouva par une simple recherche Internet qu?une compagnie fruiti?re saoudienne envoyait des millions ? un personnage haut plac? de la branche y?m?nite des?Fr?res Musulmans. Stern apprit m?me que?HSBC?autorisait le transfert de millions de dollars de la cha?ne africaine de supermarch?s?Karaiba?vers une entreprise d?nomm?e?Tajco, dirig?e par les fr?res Tajideen, identifi?s par le ?D?partement du tr?sor? comme un des principaux financiers du Hezbollah. Chaque fois que Stern rapportait une de ses trouvailles ? ses patrons, ils lui faisaient les gros yeux, ou pire. Quand il signala ? son patron qu?une compagnie de navigation li?e ? l?Iran travaillait intens?ment avec la banque, il explosa. ??C?est pour ?a que vous me d?rangez???? lui demanda s?chement le patron.

Peu apr?s, le bureau vide commen?a ? se remplir. La man?uvre de?HSBC?pour le recrutement de personnels nouveaux ?tait en fait plut?t fut?e. La banque liquidait sa section de recouvrement de cartes de cr?dit et mutait le gros des employ?s au service anti-blanchiment. Encore une fois sans v?ritable formation de quiconque, ils jetaient des centaines d?employ?s au verbe haut, m?cheurs de gomme, la plupart incultes, d?conneurs ? l?occasion, dans un nouveau boulot, pour en faire des enqu?teurs anti-blanchiment. Stern dit que non seulement ses coll?gues ?taient nuls dans leur boulot, mais qu?ils ne savaient m?me pas ce qu??tait leur boulot. ??Vous pouvez vous pointer dans ce b?timent aujourd?hui??, dit-il, ??et demander si quelqu?un sait ce qu?est le blanchiment d?argent ? je vous garantis que pas un ne saura.?? Quand quelque chose de louche ?merge d?un compte, la banque d?clenche une alerte. Une alerte peut na?tre de pratiquement n?importe quoi, depuis un virement de 9 999 $ (pour rester en dessous de la limite des 10 000 $) jusqu?? des virements de grosses sommes en nombres ronds vers quelqu?un qui ouvre un compte sous un nom ou une adresse qui sonne faux. Quand une alerte est d?clench?e, la banque est cens?e enqu?ter promptement sur le sujet. Si la banque n?efface pas l?alerte, elle cr?e un ??Rapport d?activit? suspecte?? qui est transmis au D?partement du Tr?sor pour enqu?te. Stern se trouva alors dans une sorte de m?canisme pervers de non-conformit?.?HSBC?s??tait ??conform?e?? ? nouveau ? la deuxi?me injonction ??Ne refaites jamais ?a?? du Gouvernement, en embauchant des centaines de personnes qu?elle avait transform?es en une arm?e de blanchiment des op?rations suspectes. Rappelez-vous que le reproche fait ??HSBC?n??tait pas tant d?avoir accept? pr?cis?ment l?argent de la drogue ou du terrorisme, mais d?avoir permis l?accumulation de comptes douteux sans v?rification.

Le patron du bureau de Stern au Delaware donna des objectifs ? sa nouvelle ?quipe?: chacun devait traiter 72 alertes par semaine. Pour ceux d?entre vous qui tiennent les comptes ? la maison, cela signifie presque deux alertes examin?es et effac?es ? chaque heure. Selon Stern, ? peu pr?s n?importe quelle information ?tait bonne pour effacer une alerte. ??En gros, si une compagnie avait un site web, vous pouviez les blanchir??, dit-il. Bient?t, les cadres de la Compliance chez?HSBC?envoy?rent des courriels de satisfaction. ??Bon travail de certains professionnels du Delaware pour le d?but de la semaine??, ?crivait le patron de Stern le 30 juin 2011. Le courriel ?tait intitul? ??La foule des 60 et plus??, ce qui valait f?licitations pour les employ?s qui avaient blanchi plus de 60 op?rations cette semaine-l?. Apr?s avoir essay? de convaincre ses patrons d?au moins le laisser faire son travail et rechercher le blanchiment d?argent, Stern d?cida de se faire lanceur d?alerte, en racontant au FBI et autres agences ce qui se passait ? la banque. Il quitta son travail ??HSBC?en 2011, convaincu que les foudres du gouvernement allaient s?abattre sur ses anciens employeurs. Entretemps, de nombreuses agences, dont le ??D?partement de s?curit? int?rieure??, s??taient introduites partout dans le dos deHSBC, entre autres comme partie prenante dans une vaste enqu?te internationale sur les stup?fiants. Au cours d?une p?riode de quatre ans entre 2006 et 2009, des virements pour le montant ahurissant de 200 000 milliards de dollars sont pass?s sans aucun contr?le. La banque a n?glig? de donner l?attention n?cessaire ? l?achat incroyable, depuis le Mexique, de 9 milliards de dollars US en billets, ce qui permettait aux cartels de la drogue, tant mexicains que colombiens, de convertir en pesos pour l?usage national les dollars US issus des ventes de drogue. Les policiers anti-drogue ont d?couvert que les trafiquants du Mexique fabriquaient des mallettes ? billets aux dimensions exactes des vitres des comptoirs?HSBC.

L?ancien ??inspecteur du renflouement?? et procureur f?d?ral Neil Barofsky, qui avait contribu? ? obtenir de nombreuses inculpations pour blanchiment d?argent ?tranger, fait remarquer que les gens avec qui?HSBC?faisait des affaires, comme les cartels Norte del Valle de Colombie et Sinaloa du Mexique, ?taient ??les pires organisations de trafiquants qu?on peut imaginer?? ? des groupes qui non seulement pratiquent le meurtre ? grande ?chelle, mais sont connus aussi pour des d?capitations, des vid?os de torture (??le truc ? la mode aujourd?hui??, dit-il) et autres atrocit?s, dont aucune ne se produit sans blanchisseurs d?argent. C?est pour cette raison, dit Barofsky, que les procureurs anti-drogue ne sont pas avares de lourdes peines de prison ? l?encontre des blanchisseurs. ??Franchement, notre vision du blanchiment ?tait qu?il ?tait ? ?galit? avec le trafic lui-m?me, et aussi significatif??, dit-il. Barofsky a ?t? impliqu? dans la premi?re extradition d?un citoyen colombien (Pablo Trujillo, un membre du cartel pour lequel?HSBC?faisait circuler de l?argent) sur des accusations de blanchiment. ??Ce type a pris 10 ans??, dit Barofsky. ??HSBC faisait la m?me chose, simplement sur une bien plus grande ?chelle que ce couillon.?? Clairement,?HSBC?a enfreint la deuxi?me injonction ??Ne refaites jamais ?a??. Everett Stern l?a vu de ses yeux?; de m?me l?OCC (Bureau du contr?leur de la monnaie) et le S?nat am?ricain, dont la sous-commission permanente des enqu?tes a d?cid? de soumettre la compagnie ? une enqu?te d?un an sur le blanchiment d?argent. La banque elle-m?me, en r?ponse ? l?enqu?te du S?nat, a reconnu qu?elle avait ??parfois ?chou? ? respecter les normes que les r?gulateurs et les clients attendent??. Elle a continu? plus tard en se disant ??profond?ment d?sol?e??.

Quelques jours apr?s?Thanksgiving?2012, Stern entendit que le D?partement de la justice ?tait sur le point d?annoncer une transaction. Depuis qu?il avait quitt??HSBC?l?ann?e pr?c?dente, il avait connu une p?riode difficile. La publication de ses all?gations l?avait ruin? sur le plan ?motionnel et financier. Il avait ?t? incapable de trouver un emploi et eut m?me ? un moment recours ? l?aide sociale. Mais maintenant que les f?d?raux ?taient sur le point d?abattre la masse sur?HSBC, il s?imaginait qu?il aurait la satisfaction de savoir son sacrifice utile. Il vint alors ? New-York et s?installa dans une chambre d?h?tel, ? attendre que des reporters lui demandent ses commentaires. Quand il a entendu que la ??punition?? annonc?e par Breuer ?tait une inculpation avec sursis ? un ??Ne refaites jamais ?a?? pour la troisi?me fois, si on veut ? il a ?t? sid?r?. ??J?ai pens??: tout ?a pour rien????, dit-il. ??Je ne pouvais pas y croire.?? L??crivain Ambrose Bierce a dit une fois que tout ce qu?il y a de pire qu?une clarinette, c?est deux clarinettes. Dans la m?me veine, tout ce qu?il y a de pire qu?une banque totalement corrompue, c?est une multitude de banques corrompues. Si la transaction?HSBC?a montr? combien de saloperies l??tat ?tait dispos? ? tol?rer d?une banque, Breuer revenait une semaine plus tard pour montrer que le gouvernement se montrerait tout aussi coulant avec les banques qui s?associent ? d?autres banques pour provoquer des scandales encore plus grands. Le 19 d?cembre 2012, il annon?ait que le D?partement de la justice, finalement, ne poursuivait pas le g?ant suisse?UBS?pour sa part dans ce qui est probablement le plus gros scandale financier de tous les temps.

Le scandale du?LIBOR, qui est au c?ur du compromis de l?UBS, met l?affaire?Enron?au niveau d?un stationnement interdit. Beaucoup des plus grandes banques internationales, dont?UBS?de Suisse,?Barclay?s?et?Royal Bank of Scotland?du Royaume-Uni, se sont r?unies et mises d?accord en secret pour manipuler le ??London Interbank Offered Rate??, ou?LIBOR, qui mesure le taux auquel les banques se pr?tent entre elles. La plupart, sinon la totalit?, des taux d?int?r?ts sont accroch?s au?LIBOR. Les prix de centaines de milliers de milliards de dollars de produits financiers sont li?s au?LIBOR, depuis les pr?ts commerciaux jusqu?aux cartes de cr?dit, en passant par les pr?ts immobiliers, les pr?ts au collectivit?s, les assurances et les devises. Si vous pouvez imaginer des dirigeants deFord, GM, Mitsubishi, BMW?et?Mercedes?qui se r?uniraient chaque matin pour fixer le prix de l?aluminium et de l?acier inoxydable, vous avez une vague id?e du scandale du?LIBOR, sauf que dans la comparaison avec les fabricants de voitures, vous traitez de chiffres ridiculement petits. Il s?agit des plus grandes banques du monde qui se r?unissent chaque matin pour fixer pr?cis?ment le prix de la monnaie. Un taux?LIBOR?bas signifie que les banques sont fortes et en bonne sant?. Ces banques falsifiaient les r?sultats de leur ?changes physiques quotidiens. En termes de banque, elles ?taient florissantes. Deux manipulations bien distinctes ont eu lieu. En 2008, en pleine tourmente financi?re, les banques proposent des taux artificiellement bas afin de renvoyer une image de solidit? financi?re aux march?s. Mais ? d?autres moments au fil des ann?es, des traders ont intrigu? afin de faire monter ou baisser les taux, pour leur plus grand profit, sur des deals sp?cifiques. Il n?y a personne au monde qui cultive une herbe suffisamment costaud pour aider l?esprit humain ? appr?hender l??normit? de ce crime. C?est une conspiration d?une telle ampleur que les avocats en charge des dossiers rencontrent les plus grandes difficult?s ? chiffrer l??tendue des d?g?ts.

Voil? comment ?a fonctionne?: chaque matin, 16 des plus grandes banques mondiales soumettent des chiffres ? un panel situ? ? Londres. Ces chiffres repr?sentent les taux d?int?r?ts que chacune applique aux banques qui leur empruntent de l?argent et les taux d?int?r?t qui lui sont appliqu?s en retour. Le panel?LIBOR?prend ces 16 taux d?int?r?ts diff?rents, ?carte les 4 plus ?lev?s et les 4 plus faibles, et r?alise une moyenne des 8 restant afin de d?terminer le cours du jour du?LIBOR?? la base sur laquelle se calculent les taux d?int?r?ts aux quatre coins de la plan?te. Le fait que le?LIBOR?exclue les 4 chiffres les plus ?lev?s et les plus faibles est tr?s important car cela signifie qu?il est extr?mement difficile d?influencer artificiellement le taux final? sauf ? envisager que de nombreuses banques se soient entendues entre elles?! En effet, une banque mentant de mani?re ?hont?e et proposant un taux proche du 0 pour ses ?changes avec les autres banques n?aura quasiment aucun impact sur le taux d?int?r?t final du?LIBOR. Afin d??tre certain que le taux que vous cr?ez est artificiellement haut ou bas, vous avez besoin d?un sacr? paquet de banques dans la combine? et il s?est av?r? que c??tait bien le cas. Depuis les vingt derni?res ann?es (peut-?tre, cela reste ? creuser), les banques soumettent des taux bidonn?s, souvent en concertation avec d?autres banques. Elles l?ont fait pour des raisons tr?s diverses, mais la principale, c?est que si un trader passe un deal li? au?LIBOR?? panier de monnaies, obligations d??tats, hypoth?ques, et autres ? ce deal permettra au trader de gagner beaucoup plus d?argent si le taux d?int?r?t est bas. Concr?tement, ?a signifie que le trader de la banque X appelle le courtier de la banque qui envoie le taux?LIBOR?et lui offre du cash, de l?alcool, un renvoi d?ascenseur ou autres corruptions afin qu?il soumette un taux falsifi? ? son avantage ce jour-l?.

Le scandale a ?clat? l?ann?e derni?re quand la m?gabanque anglaise?Barclays?a reconnu avoir bidouill? les taux?LIBOR. Les r?gulateurs anglais ont d?couvert de tr?s nombreux courriels montrant des traders de diff?rentes banques qui manipulent joyeusement des ?l?ments de cr?dit (vos cartes de cr?dit, le taux d?int?r?ts de vos emprunts, votre imp?t, etc.) afin de faire plus de pognon sur quelque deal sordide qu?ils conduisent ce jour-l?. Dans un des cas, le trader d?une banque dont le nom n?a pas ?t? r?v?l? envoie un courriel ? un courtier de la?Barclays, le remerciant de son aide dans la manipulation du taux et lui promettant une bouteille de bulles en r?compense de ses efforts. ??Mon pote, je t?en dois une?! Passe apr?s le boulot ? l?occasion, et on ouvrira une bouteille de Bollinger.?? La banque?UBS?est la suivante ? passer aux aveux et le r?glement de l?affaire ? une amende de 1,5 milliard de dollars contre l?abandon des poursuites ? est similaire, si ce n?est que les courriels d?couverts sont encore plus d?go?tants et explicites que ceux de la?Barclays. L?Autorit? des Services Financiers britanniques, l??quivalent de la SEC aux USA (NdT?: ou de l?AMF en France), d?couvre des milliers de demandes visant ? truquer les taux d?int?r?t sur une p?riode de plusieurs ann?es, et impliquant des dizaines d?individus diff?rents et de multiples banques. Dans de nombreux cas, les m?faits sont commis de mani?re plus ou moins affich?e, par ?crit, avec des traders offrant des pots de vin sans aucun complexe et sans aucune crainte de sanctions, absence de sanction qui se trouvera malheureusement av?r?e par la suite. ??Je vais t?offrir un putain de deal, propose un trader d?UBS ? un courtier ? qui il demande d?arranger le taux. ??Je te paierai, mettons, 50 000, 100 000 dollars?!??

Les r?gulateurs britanniques ne cherchent pas ? cacher l?ampleur du scandale. L?affaire?UBS?d?montre sans aucun doute possible que le scandale du?LIBOR?implique des centaines de personnes dans les institutions financi?res les plus grandes et prestigieuses du monde. En d?autres termes, un cas av?r? de cartel d?int?r?ts posant la question de savoir si les plus grandes banques du monde ne sont pas en train de cr?er un nouvelle forme de haute finance, pas vraiment capitaliste dans son essence (?DT?: concurrence libre et non fauss?e, blabla?) ??Nous enqu?tons sur cinq autres institutions??, rapporte Christopher Hamilton de la FSA ??ainsi que sur un grand nombre de personnes physiques?? (au moment o? cet article est publi?, une autre banque, la?Royal Bank of Scotland, a ?galement accept? une transaction pour le r?glement de son implication dans le scandale du?LIBOR). Cela recoupe ce que Bob Diamond, le pr?c?dent PDG de la?Barclays, d?clarait au Parlement le lendemain de sa d?mission l?ann?e derni?re. ??Il y a un probl?me d?envergure, impliquant l?ensemble de la profession, qui couve?? a-t-il d?clar?. Michael Hausfeld est un avocat r?put? qui a pris en charge la d?fense de villes comme Baltimore, dont les investissements ont perdu beaucoup de valeur avec la baisse des taux. Il souligne que le public n?a pas du tout compris l?importance de propos tels que ceux de Diamond. ??En gros, Diamond a dit qu?il y avait un probl?me ?norme. Mais personne n?a encore d?fini quel est ce probl?me?!??.

Ce que Hausfeld veut souligner en disant cela, c?est que ce ??probl?me?? ne se limite pas uniquement ? quelques p?quins trafiquant les taux par ci par l?. Il pourrait traduire une tentative syst?mique de pervertir le capitalisme lui-m?me (ndT?: le comble du blasph?me pour des am?ricains??!) Et donc mettre en exergue la grave erreur qui consiste ? r?gler par une transaction amiable l?abandon des poursuites contre les banques.?HSBC?a fait bien plus que fermer les yeux sur quelques transactions douteuses. La banque a d?fi? ? de nombreuses reprises les injonctions du gouvernement et, de mani?re d?lib?r?e, a tout fait pour qu?il n?y ait plus de distinction entre argent propre et argent sale au fil des ann?es. Et quand elle parvient ? convaincre le gouvernement d?accepter un r?glement amiable pour ces d?lits, afin de pr?server son agr?ment bancaire, elle fait du crime la norme. Au m?me moment,?UBS?pr?sente un cas similaire, avec des infractions r?p?t?es qui ne violent pas seulement l?esprit de la loi, mais l?int?grit? m?me du syst?me concurrentiel?! Si vous laissez des centaines de banquiers intoxiqu?s par l?argent facile passer leur matin?e ? s?envoyer des courriels vantards tout en manipulant le cours de l?argent (des traders d?UBS?? qui feraient mieux d?apprendre ? ?crire ? s?envoient des courriels dans lesquels ils s?intitulent ??Capitaine Caos??, ??les trois Mousquet?res??, ou ??Superman??, sic?!), autant laisser tomber le syst?me capitaliste et donner aux 16 plus grandes banques du monde un nouveau nom?: « Bureau International des Prix ». Ainsi, en l?espace de quelques semaines, les r?gulateurs tant britanniques qu?am?ricains ont baiss? leur culotte et sign? une reddition totale face au crime et au monopole. Ces accords ? l?amiable repr?sentent bien plus que de laisser filer quelques riches. Ce sont des d?cisions politiques majeures dont les cons?quences vont se faire sentir pendant tr?s longtemps. Et pire que les accords eux-m?mes, c?est l?analyse qu?en fait Breuer. ??Dans le monde actuel de la finance, bas? sur la confiance, un bon accord est un accord qui fait en sorte que les clients ne fuient pas une institution donn?e, que les emplois ne soient pas perdus, qu?il ne se produise pas un ?v?nement de nature ?conomique, disproportionn? par rapport ? l?accord lui-m?me.?? En d?autres termes, ce que Breuer nous dit, c?est que les banques nous tiennent par les couilles, que le co?t social engendr? par l?emprisonnement des responsables serait beaucoup plus ?lev? que de les laisser continuer ? faire ce qu?ils veulent.

Ce sont des conneries, diam?tralement oppos?es ? la v?rit?, mais c?est ce dont le gouvernement actuel est convaincu. Les Am?ricains ont compris depuis tr?s longtemps que les riches ont les moyens de se payer de bons avocats et de s?en sortir blancs comme neige, tandis que les pauvres peuvent aller se faire foutre et purger une peine. Mais ?a, c?est quelque chose de diff?rent. ?a, c?est le gouvernement qui reconna?t publiquement qu?il a peur de poursuivre en justice les puissants. C?est quelque chose qui n?est jamais arriv? dans l?histoire des ?tats-Unis, m?me durant les jours de gloire de Capone, ou Escobar, ou m?me Nixon. Et quand vous admettez que certaines personnes sont trop importantes pour ?tre poursuivies? cela signifie a contrario que toutes les autres sont si peu importantes qu?elles peuvent aller en taule. Une classe qu?on peut arr?ter. Une classe qu?on ne peut pas arr?ter. Nous l?avons toujours suspect?, l?, c?est clair. Et maintenant, on fait quoi??

Matt Taibbi

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