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Gagner ? chaque fois!!!

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ANDR? LEFEBVRE ?Note?: Il est peut-?tre important de savoir qu?? cette ?poque, on parle deux langues au Canada. L?une est l?Acadien et l?autre, le Fran?ais. Ces deux langues se ressemblent tr?s peu et les tenants de l?une ne comprennent pas, ou tr?s difficilement, les tenants de l?autre.

Le Fran?ais parl? en Nouvelle-France est celui de la cour du Roi. C?est le Fran?ais originaire d??le-de-France. Cette langue fran?aise se g?n?ralise chez nous, encore plus rapidement qu?en France m?me. Vers 1700, existent plusieurs ??patois?? en France; de sorte que seulement 2 personnes sur cinq comprennent vraiment le Fran?ais. Chez nous, parce que les ??filles du roi?? proviennent de la r?gion de Paris, le ??Fran?ais royal?? est enseign? ? tous les enfants, ce qui d?cide de la langue parl?e au Canada. C?est de ce ??Fran?ais royal?? que nous tirons l?usage du ??y?? au lieu de ??lui?? ou ??elle??; comme dans ??j?y ai dit que??? C?est ?galement de l? que vient le ??assisez-vous?? au lieu de ??assoyez-vous?? tout autant que le ??mo? et le ??to?. C?est mots ne sont pas du ??joual??; ce sont des mots du vrai Fran?ais. Les Canayens adoptent cependant quelques particularit?s dans leur lexique.

Citons d?Aleyrac qui ?crit en 1755?: ??Tous les Canadiens parlent un fran?ais pareil au n?tre. Hormis quelques mots qui leur sont particuliers, emprunt?s d’ordinaire au langage des matelots, comme amarrer pour attacher, h?ler pour tirer non seulement une corde mais quelque autre chose. Ils en ont forg? quelques-uns comme une tuque ou une fourole pour dire un bonnet de laine rouge… Ils disent une poche pour un sac, un mantelet pour un casaquin sans pli… une rafale pour un coup de vent, de pluie ou de neige; tann? au lieu d’ennuy?, ch?mer pour ne manquer de rien; la relev?e pour l’apr?s-midi; chance pour bonheur; miette pour moment; par? pour pr?t ?. L’expression la plus ordinaire est: de valeur, pour signifier qu’une chose est p?nible ? faire ou trop f?cheuse.??

Nous continuerons, jusqu?? nos jour, d?employer le ??Fran?ais royal?? en vase clos pendant qu?en France, apr?s la r?volution, on adoptera le ??Fran?ais de la bourgeoisie??.

Voil? pour la langue ? laquelle nous tenons; et cette langue, qu?on appelle ??le Qu?b?cois??, est loin de d?noter un manque d??ducation, au contraire. Finalement les Qu?b?cois, ne parlent pas ??mal??, la langue fran?aise, ils en ont m?me gard? ??l??me??; n?en d?plaise aux suppos?s puristes.

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Gabriel-Nicolas Lefebvre et son ?pouse Louise, restent extasi?s devant les deux chevaux que leur pr?sente ??Celui qui parle peu??, leur neveu Mohawk.

-Mon Dieu qu?y sont beau! S?exclame Louise. Et tu dis, mon neveu, que tu nous les donnes en cadeau? Mais c?est beaucoup trop! ?a n?a pas d?allure!

-Crois-tu, ma tante, que ma vie ne vaut pas deux chevaux? Ils sont ? vous tout autant que ma reconnaissance.

Gabriel passe sa main sur l?encolure des chevaux et se remplit peu ? peu de fiert? ? la pens?e que ces deux merveilles, dor?navant, lui appartiennent.

-J?te remercie de tout mon c?ur, fils. C?est un cadeau magnifique.

Les quatre indiens se regardent et sont heureux de la surprise et du bonheur qu?ils voient sur les visages des blancs. L?apr?s-midi est consacr?e ? chevaucher sur la terre des Lefebvre; m?me le petit Gabriel, ?g? de quatre ans, fait son ??tour de cheval??.

Les deux semaines suivantes servent ? construire un enclos et une petite ?curie de deux ?tages au bout de l’?table existante. On y entassera le plus de foin possible au deuxi?me ?tage pour l?hiver qui viendra. Gabriel s?me rapidement de l?avoine additionnel dans une autre partie de sa terre. Il poss?de maintenant deux vaches, un jeune b?uf, quatre moutons, un couple de porcs avec huit porcelets et plusieurs poules auxquels il peut ajouter deux chevaux magnifiques. Sa maison s?est peu ? peu agrandie au cours des ann?es et son installation est plus qu?ad?quate pour sa famille. Ses enfants sont pleins de vie et tr?s vigoureux. La vie d?un Canayen est une tr?s belle vie et la famille est heureuse. La situation des fermiers fran?ais de cette ?poque est, de beaucoup, moins enviable.

Lorsque les chevaux sont install?s, les indiens se pr?parent ? retourner vers la rivi?re Hudson. ??Celui qui parle peu??, discute avec ses compagnons et leur apprend qu?il a d?cid? de rester et leur demande de transmettre un message ? son p?re Loup gris. Les Mohawks, apr?s avoir salu? toute la famille, quittent la ferme.

-J?ne savais pas que tu avais d?cid? de rester, fils.

-J?pense que tu auras besoin de moi, p?re. Mes petits fr?res sont en ?ge d?apprendre ce que je peux leur enseigner.

-Excellente id?e! Rien ne me fera le plus plaisir et rien ne leur sera plus profitable que tu te charges de leur apprentissage pour devenir de vrais Canayens. Mais il ne faut pas que cela nuise aux travaux de la ferme. Nous devrons organiser tout cela ensemble, toi et moi.

Et c?est de cette fa?on que les jeunes fils de Gabriel apprennent le m?tier de ??coureurs de bois?? qui leur est enseign? par leur « fr?re » Mohawk, ?g? d’environ vingt-neuf ans. ?? la fin de l?ann?e, le jeune Jacques-Fran?ois pouvait survivre en for?t avec seulement un couteau de chasse pour se d?panner. Il tirait de l?arc de fa?on acceptable et savait tr?s bien comment se fabriquer un dard ou des nasses pour p?cher les poissons de la rivi?re. La fabrication des diff?rents pi?ges pour animaux n?avaient plus de secret pour lui.

Le jeune homme ne se rendait pas vraiment compte de l?am?lioration de ses aptitudes. ??Celui qui parle peu??, ne lui en donnait pas l?occasion et ne le f?licitait que tr?s rarement.

? l?automne, Jacques-Fran?ois avait dit ? son p?re?:

-J?aime bien Winnetou; y m?apprend des choses formidables. Les sauvages sont vraiment des hommes extraordinaires.

-Winnetou? C?est qui Winnetou?

-C?est ??Celui qui parle peu??. Je l?appelle maintenant Winnetou et y’a accept? le nom que j’y ai donn?.

-Pourquoi l?appeler Winnetou si sont nom est ??Celui qui parle peu???

-C?est parce qu?? chaque fois que je me mesure ? lui, c?est toujours lui qui gagne. Quand j?ai su que ??gagner?? se dit, dans sa r?gion, ??to win??, j’y ai propos? de l?appeler Winnetou jusqu?? ce que j’parvienne ? le battre dans ce qu?y m?enseigne. Y’a accept?. Mais j’me demande si j’pourrai changer son nom un jour. Y’est tr?s difficile ? surclasser.

-?a viendra bien, mon fils. Tout cela d?pend de l?effort que tu y mets. Par contre, ce serait bien de ne jamais changer ce nom de Winnetou m?me si un jour, tu deviens plus habile que lui. Ce serait un hommage envers son enseignement. Tu n’crois pas?

-Ce serait surtout une reconnaissance de tout ce que j’y devrai. Tu as raison; pour moi, y sera toujours mon grand fr?re Winnetou.

Et c?est ainsi que le fils de Loup gris, que les Mohawks appelaient ??Celui qui parle peu??, fut baptis?? Winnetou par la famille Lefebvre. Ce fut ce fils de chef Mohawk qui fit des enfants de Gabriel et de Louise, des ??coureurs de bois?? accomplis. Il leur apprit, l’autonomie, la vie, la nature, la construction du n?cessaire incluant le canot et le wigwam. Il leur apprit ?galement ?l?usage des armes indiennes et la ??petite guerre??.

Leur p?re leur apprit l?honneur, le respect, le travail, l??quitation et l?usage du fusil. Un seul des fils de Gabriel, le dernier, ne profita pas de le?ons d’escrime avec la vieille rapi?re. Les autres furent aptes ? porter, eux aussi le surnom de Lataille. Mais, on peut dire qu’aucun d’entre eux ne s’en servit vraiment. Les surnoms adopt?s par certains furent : dit Despins, dit Villemure, dit Du Sablon et Landreville.

Plusieurs fois au cours des dix ann?es qui suivent, Gabriel, accompagn? de l?un ou l’autre de ses fils et de Winnetou, se rend dans la r?gion de Nouvelle York pour vendre ses fourrures. Ils visitent Loup gris ? maintes reprises. Peu ? peu, l?aisance de sa famille augmente. Durant toute cette p?riode, la famille traite, principalement, avec les indiens de la r?gion du? nord de la rivi?re Batiscan. Par la suite, cependant, Winnetou les am?ne ? faire la traite dans la r?gion des grands lacs. Les Lefebvre visitent ces r?gions bien avant qu?Antoine, le deuxi?me fils de la famille, signe un contrat de ??coureur de bois?? avec La V?rendrye qui part,?en 1731, ? la recherche de la mer de l?Ouest.

Lorsque Gabriel se rend compte que ses fils augmente le territoire de traite avec celui des Grands lacs, il leur propose d?acheter un terrain pr?s de Montr?al. De sorte que lorsque l?un d?eux s?absente pour aller traiter avec les sauvages, ? Batiscan on dit qu?il est ?? Montr?al, et ? Montr?al, on dit qu?il est ? Batiscan. Leur commerce avec la Nouvelle York demeure, alors, discret, sinon secret.

On continue de proc?der ainsi, m?me apr?s que Jean Baptiste et Nicolas Lefebvre soient devenus des marchands de fourrures officiels. De cette fa?on, on se garde des ??sautes d?humeurs?? des autorit?s au niveau du commerce des fourrures et, surtout, du peu de nombre de ??cong?s de traite?? qui sont attribu?s. D?ailleurs, ces cong?s sont presque tous donn?s apr?s r?ceptions de ??pots de vin?? par les autorit?s. Les lois de la famille?si?gent?au-dessus des lois des autorit?s. C?est une question du droit ? la vie.

Alexis Lemoyne dit Moni?re, marchand de Montr?al depuis 1715 et ami de Gabriel-Nicolas Lefebvre dit Lataille, participe parfois ? cette couverture en engageant l?un ou l?autre des fils Lefebvre. Cela justifie les fourrures qu’on peut parfois trouver en leur possession. C?est d?ailleurs Moni?re qui d?montre ? Gabriel que la traite officielle est truff?e de magouilles. Lemoyne de Moni?re r?ussira ? se faire une place de choix chez les marchands de Montr?al, seulement apr?s son deuxi?me mariage, en 1726, avec Marie-Jos?phe de Couagne, fille de Charles de Couagne qui, lui, est l?un des plus importants marchands de fourrures.

? suivre

Andr? Lefebvre

 

 

 

 

 

 

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