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Fichue dr?le de vie!!!

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ANDR? LEFEBVRE
Revenant du cimeti?re, Jean-Baptiste Tyson et Hyacinthe St-Cyr discutent de l??v?nement.

-Dis donc Jean, est-ce qu?on a trouv? le meurtrier?

-Non. On n?a rien trouv?. Tout ce que l?on sait est que Lefebvre a re?u un coup de couteau dans le dos, pr?s du cou. Il semble s??tre tra?n? jusqu?? son habitation. ?Au matin, le cur? qui se rendait au village, a remarqu? la porte ouverte et est entr?. Il n’a eu que le temps de l’administrer et il est mort dans son lit sans avoir dit un mot. Personne n?a rien vu, ni rien entendu, de ce qui s?est produit.

-Crois-tu que ce soit une vengeance?

-C?est toujours possible. Le vieux Lefebvre, malgr? son ?ge, ?tait dans une forme physique exceptionnelle et faisait toujours ses exp?ditions. Par contre, il ?tait appr?ci? de tous les indiens de toutes les tribus; ce n?est probablement pas un indien qui l?a tu?.

-On ne le saura donc ?jamais. Remarque qu?il y a plus de sc?l?rats am?ricains que de mauvais indiens dans la r?gion; mais mieux vaut ne pas trop le souligner ouvertement.

-Comme tu dis, on ne le saura jamais. Bon! Moi j? suis arriv? chez moi. ? la revoyure St-Cyr. Si tu organises ?une exp?dition, j?serais int?ress?.

-Parfait; on en reparlera. Salut Tyson.

Cet ?tonnant entretien se d?roule ? Florissant, au Missouri. Les Espagnols donnent un autre nom ? ce village qu?ils appellent St-Ferdinand. La date de cette journ?e est le 13 novembre 1815 et ceux qui viennent de discourir sont les deux t?moins de l?enterrement d?un certain ?Pierre Lefebvre. Ce dernier ?tait ?g? de 67 ans. N? ? Batiscan, au Qu?bec, il ?tait un coureur de bois-trappeur-??free trader?? renomm? dans la r?gion. On le connaissait depuis les grands lacs jusqu?aux Mississippi et, vers l?Ouest, jusqu?aux Rocheuses. Il n??tait pas un boute-en-train, m?me s?il ?tait Canayens. Bien qu?il chantait en pagayant et souriait ? ses amis, on pouvait discerner une profonde tristesse dans son regard; certain diraient m?me, une rage. Ce qui lui donnait, parfois, un air un peu ??fauve??. Il consommait de l?eau-de-vie comme tous les coureurs de bois, mais sans jamais au point de perdre son contr?le. Cela lui ?vitait d??tre bouscul? par ceux qui ?taient ivres. Tous savaient qu?il ?tait pr?f?rable de ne pas r?veiller sa col?re; car alors, il devenait impitoyable comme s?il exer?ait une vengeance ou qu?il lib?rait une exacerbation int?rieure trop longtemps refoul?e. Sa droiture, sa franchise et son respect de la parole donn?e le faisait appr?ci? par tous ceux qui le c?toyaient? sauf un, semble-t-il.

Un mois plus tard, tout pr?s de l?, ? St-Louis, le 27 d?cembre 1815, un noir nomm? « negro Jo » ?tait lui aussi assassin? d’un coup de couteau par William Henderson parce qu’il « parlait trop ». Personne n’a jamais su de quoi ce noir « parlait » exactement. Le meurtrier ne semble pas avoir ?t? puni m?me s’il fut reconnu, lors de l’enqu?te/proc?s, responsable du d?c?s.

Pierre Lefebvre avait crois? assez souvent le fameux coureur de bois Toussaint Charbonneau, n? ? Boucherville le 20 mars 1767. Charbonneau avait m?me achet? un terrain ? St-Ferdinand, le 30 octobre 1810 o? il vivait encore avec sa femme Sakagawea. Il revendra son terrain $100.00 en 1811, ? son ami le ?G?n?ral William Clark, parce qu?il n?aimait pas la vie d?agriculteur. Le t?moin de cette vente sera Fran?ois Robidoux, un des cinq fr?res Robidoux fils de Catherine Rollet, autres coureurs de bois connus de l?histoire am?ricaine. Joseph Robidoux, le fr?re a?n?, est le plus connu.

Par contre Fran?ois est celui duquel parle Z?bulon Pike lorsqu’il mentionne, dans le rapport de son exp?dition, qu’il a rencontr? un jeune « gentleman » du nom de Robidoux auquel il remit une lettre pour apporter ? St-Louis. L’exp?dition de Lewis et Clark le rencontre ?galement, le 16 septembre 1806, pr?s du village de St-Joseph cr??e par son fr?re Joseph Robidoux. Lewis et Clark sont surpris que Fran?ois Robidoux poss?de une?licence?de traite quand il n’est ?g? que de 18 ans. Ils le mettent en garde de ne pas « salir » la r?putation des Yankees. Ce que Fran?ois n’avait pas, du tout, besoin de faire, ?videmment.

Sakagawea d?c?de en 1812, au fort de Manuel Lisa, pour qui Charbonneau travaille.

Notons que Fran?ois Robidoux ?tait voyageur en m?me temps que Pierre Lefebvre, au lac du poisson blanc. Il semble bien que Toussaint Charbonneau ait ?t? appr?ci? et ait d? sa renomm?e au g?n?ral William Clark. C?est ce dernier qui l?introduisit au prince Maximilien pour ?tre son guide. Clark accepte ?galement de se charger de l??ducation de son fils Jean-Baptiste et de sa fille Lisette. Par contre, suite au r?cit du coup de couteau qu?il re?u d?une vieille indienne ?en 1795, dont il tentait de violer la fille, on peut douter du caract?re honn?te de Charbonneau. Cet ?v?nement est racont? par un certain John McDonnell, commis pour la Compagnie du Nord-Ouest. Pendant la p?riode o? Toussaint Charbonneau v?cu au Missouri, il semble qu?il n??tait pas beaucoup appr?ci? par plusieurs; mais quelques autres donn?es contredisent ces ?m?disances.

Pierre Lefebvre connaissait donc les deux principaux? h?ros, responsables de la r?ussite de la premi?re exp?dition am?ricaine qui parvint ? traverser le continent jusqu?au Pacifique. Cette exp?dition de Lewis et Clark s??tendit de 1804 ? 1806. (Lewis s?est suicid? ? l??ge de 33 ans, en 1809). ? noter qu’il y a au moins dix Canayens qui participent ? cette exp?dition « am?ricaine ». Sans eux, l’exp?dition ?tait impossible.

Toussaint Charbonneau, n? le 20 mars 1767 ? Boucherville, ?avait ?t? engag?, comme voyageur, chez la Compagnie du Nord-Ouest, en 1793. Par contre son premier contrat d’un an est sign? en 1788, ?g? de 21 ans, comme engag? de Thomas Dennis n?gociant demeurant aux C?dres, au montant de 15 livres par mois. ? cette ?poque Charbonneau habite Longueil. Le Capitaine R. ?Holmes de l?arm?e am?ricaine, le rencontrera, en compagnie d?un groupe de trappeur dans les montagnes rocheuses, ?g? de 73 ans. Trois ans plus tard, Charbonneau s??chappera d?une bataille entre deux tribus am?rindiennes, en r?coltant deux trous de balles dans son chapeau. ? l??ge de 80 ans, compl?tement fauch?, il ira collecter une balance de salaire qui lui ?tait d?, depuis longtemps, par le gouvernement am?ricain. On ne sait pas quand il est d?c?d?. ?On raconte qu?il fut inhum? chez les Mandans o? il vivait depuis longtemps. Son p?re, Jean Baptiste Charbonneau, d?c?de ? D?troit en 1791; sa m?re, Marguerite Deniau, ??Longueuil?six ans plus tard.

La diff?rence entre un trappeur et un ??free trader?? est que le premier se contente d?installer ses pi?ges sur une ligne de trappe qui lui appartient, tandis que le ??free trader?? peut ?galement installer ses pi?ges, en m?me temps, qu?il n?gocie des fourrures avec les indiens. Plusieurs ??free trader?? sont employ?s par les marchands de fourrures pour rendre les services qu?ils veulent bien, au marchand. ?Comme de livrer des messages, de chasser pour la nourriture? et d?fendre le fort; mais le ??free trader?? veille toujours ? sauvegarder son droit de placer ses pi?ges et d?en garder la r?coltes.

En fait, ce terme de ??free trader?? existait avant d’identifier les employ?s « libres » des marchands de fourrures. Ils ?taient simplement les traiteurs comp?titifs de la NWC et de la Baie d’Hudson. La deuxi?me identification dont nous parlons ici, appara?t ?chez la Compagnie du Nord-Ouest, lors de sa jonction avec la compagnie XY, en 1804. Le nombre de leurs voyageurs ?tant devenu trop grand pour la t?che ? accomplir, plusieurs furent lib?r?s de leur contrat. Certains retourn?rent chez eux, mais la plupart rest?rent et continu?rent de trapper et d??changer avec leurs amis am?rindiens. Les services qu?ils rendaient aux marchands ?taient pay?s ??? la t?che??.

On ne sait pas vraiment ? quelle date Pierre Lefebvre est venu s?installer au Missouri. J’ai trouv?, par contre, ?qu?il est mentionn? dans deux rapports de la Compagnie du Nord Ouest.

Le plus tardif de ces rapports ?est celui ?crit par Hug Feries, en charge du fort du Lac ? la Pluie, en 1805. On d?couvre dans ce rapport journalier que le 15 f?vrier 1805 Hug Feries envoie Pierre Lefebvre porter ? M. Lacombe, 29 ? livres de castor. Il mentionne que la journ?e est froide.

Ensuite, le 22 f?vrier, Feries note que Pierre Lefebvre et Jean-Baptiste Lafrance reviennent au fort avec 4 martres, apr?s avoir install? 180 pi?ges ? martres. Ils retournent visiter leurs pi?ges le mardi, 26 f?vrier, pour revenir le jeudi, 28 f?vrier avec 13 martres.

Le jeudi 7 mars, ils ont captur? 3 autres martres.

Les ?pi?ges ? martres sont faciles ? fabriquer simplement avec une hache. On n’a pas besoin de « pi?ges » m?talliques; son principe est celui d’un pi?ge « ? bascule ».

Dimanche le 10 mars, Feries envoie Pierre Lefebvre? chez Lacombe, encore une fois, pour lui porter 102 livres de castor. Pierre revient le m?me jour.

Le lendemain, lundi 11 mars, Pierre est envoy? avec Pierre Jourdain et un certain Richard Pricket interpr?te, au lac Poisson Blanc chez M. Monk dans l?actuel Minnesota.

Le 3 juin 1805, Jean Baptiste Lafrance partira en tant que guide et interpr?te avec Fran?ois -Antoine Larocque, Charles Mackenzie et quatre autres voyageurs dont l?un est Pierre Soucie (probablement de Trois-Pistoles, ?g? de 26 ans) qui parle Sioux et William? Morrison, pour se rendre chez les Mandans, dans le Missouri. Ils seront de retour le 22 octobre. Il avait d?j? fait le voyage l?ann?e pr?c?dente avec les m?mes personnes. Lafrance fut choisit comme guide parce qu?il avait fait la traite dans cette r?gion pendant plusieurs ann?es auparavant, ? partir du 10 d?cembre 1793. Larocque, quant ? lui, ?viendra demeurer ? St-Hyacinthe, au Qu?bec, dans sa vieillesse, o? il d?c?dera.

On apprend, dans d?autres donn?es, que Jean-Baptiste Lafrance est un ??free trader?? dans le pays de l?Assiniboine en 1804. C?est donc parce qu?il est ??free trader?? qu?il peut aller tendre des pi?ges ? martres lorsqu?il est au Lac ? la pluie. Par contre, ceci nous indique que Pierre Lefebvre est, lui aussi, un ??free trader?? en 1805. On peut facilement comprendre que Pierre fut lib?r? de son contrat en 1804, puisqu?aux yeux de l?employeur, ?tant ?g? de 57 ans, il commen?ait ??? se faire vieux??. Ceci nous sera confirm? par les entr?es de l?autre rapport dont je parlais. Celui d?Archibald Norman McLeod, qui, lui, ?crit en 1801.

Le 7 f?vrier 1801, ?old Lefebvre? (52 ans) et Baptiste Petitjean arrive du campement de P?rign? ?apportant du sel et des balles ? Archibald N. McLeod. Ils ont voyag? dans des ??sledges?? (grosses bo?tes sur patins de bois) tir?es par des chevaux. Ils viennent chercher de la viande pour la rapporter ? Perign?. Tous les deux sont des employ?s de Joseph Frobisher. Parce que McLeod n?a pas de viande en surplus, ils repartiront 15 jours plus tard, apr?s avoir r?ussit ? tuer deux bisons qu?ils rapportent ? P?rign?.

Le nom exact de ce dernier personnage, que McLeod appelle ??Perign?, est Louis P?rigny, de la famille « Papillot dit P?rigny », commis pour la compagnie du Nord-Ouest ? ce moment-l?. Il est en charge du fort de la Montagne de l?Oiseau qu?il a construit quelques mois plus t?t.? ?tonnamment, ce commis, Louis Perigny, est n? ? Batiscan et est l?arri?re petit neveu de Pierre Lefebvre, ce ??old Lefebvre?? dont parle McLeod. Il l?appelle ??old Lefebvre?? parce qu?il existe un autre Lefebvre, Jacques, qui est beaucoup plus jeune et qui travaille ?galement pour ??Perign?.

Mc Leod note ensuite que le mercredi ?8 avril, les deux Lefebvre (old and young) arrive chez lui, venant du fort d?en bas. Ils apportent les chevaux des hommes incluant le cheval noir de McLeod. Ce fort d?en bas est command? par M. Daniel Williams Harmon engag? en 1800.

Le samedi 11 avril 1801, Norm McLeod redirige Pierre Lefebvre vers Perign?, avec une pi?ce de viande sal?e, un sac de Pemmican et trois peaux pour faire un canot? qui servira sur la Swan River.

La liste des employ?s de la North West Company pour la r?gion, nous confirme que Pierre Lefebvre est bien employ? par la NWC cette ann?e-l?.

Mais quand Pierre Lefebvre a-t-il sign? son contrat avec la NWC?

On trouve deux contrats sign?s par lui, le dernier en 1795. Ce contrat est au nom de Pierre-Joseph Lefebvre de la paroisse de l?Ormi?re ? Maskinong? et la destination est le Mississippi. L?employeur est McTavish, Frobisher & Co. La destination du Mississippi nous indique que Pierre devait, en 1795, rejoindre Jean-Baptiste Lafrance qui op?rait dans la r?gion ? cette ?poque, comme on l?a vu plus haut.

Le premier contrat que Pierre Lefebvre a sign? avec la m?me compagnie, est dat? du 19 janvier 1792. Le contrat est au nom de Joseph Lefebvre qui r?side, selon ce contrat, ? Louiseville. La destination est?: ??au nord??. L?employeur est le m?me que le contrat pr?c?dent, pour un montant de 600 livres dont il re?oit 48 livres en avance.

Ce Pierre-Joseph Lefebvre du contrat sign? en 1795, r?sidant ? l?Ormi?re de Maskinong? est l??poux de Josephte Collard, fille de Fran?ois Collard, on ne peut en douter. L?histoire de Maskinong? nous apprend, cependant, que Pierre Lefebvre, r?sidant ? l?Ormi?re, a ??abandonn? sa famille en 1792 pour aller dans le Nord.?C?est donc notre Pierre Lefebvre qui signe le contrat du nom de Joseph Lefebvre en 1792, de Louiseville;? car il n?existe pas d?autre contrat au nom d?un Pierre Lefebvre pour cette ann?e-l?.

Avant d?accepter l?accusation ??a abandonn? sa famille?? r?pandue par les ragots du village, je veux me pencher sur le ??petit?? d?tail important qui lui fait dire, sur son premier contrat, ?s?appeler Joseph et habiter Louiseville, quand la r?alit? est que son nom est Pierre et que sa r?sidence est ? l?Ormi?re de Maskinong?.

C?est ce ? quoi nous nous attacherons ?dans la suite du r?cit.

 

Andr? Lefebvre

 

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3 Commentaire

  1. avatar

    Une fois de plus cet article passe « sous la table ». 🙂

    Ne désespérez pas, il n’en reste que six ou sept pour terminer cette fichue histoire. 😉

    Amicalement

    André Lefebvre

  2. avatar

    Fichue drôle de vie!!!

    Tu penses que tu peux écrire cela, même ici, je viens te saluer et te faire un cadeau

    Bon les émoticones ne fonctionnent pas, c’était une « fleur »

    Pour calmer tes ardeus

    Amicalement,

    Le Panda