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Fête du slip chez les patrons

Par ces temps de crise, les travailleurs, par le biais de leurs syndicats, avaient plus ou moins accepté, dans beaucoup d’entreprises, le gel de leurs salaires.

Ce réflexe citoyen n’est plus partagé par tous, et devient insupportable d’autant que quelques patrons, et pas des moindres, voient leurs salaires atteindre des sommets.

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L’un d’eux s’appelle Carlos Ghosn, et il est comme chacun sait le patron de Renault, mais pas seulement, puisqu’il est aussi à la tête de l’entreprise Nissan.

En 2013, il avait empoché près de 10 millions d’euros en tenant compte de sa rémunération cumulée au titre de ces 2 postes, ce qui est un record, puisque ce pactole dépasse de loin celui de tous les patrons d’entreprise française, et qu’il représente plus de 570 années de Smic. lien

En 2014, il a fait beaucoup mieux, en triplant sa rémunération chez Renault, et si on cumule celle-ci avec celle reçue chez Nissan, on arrive à la coquette somme de 15 millions d’euros. lien

Pourtant, la direction se refuse à la moindre augmentation générale des salaires, salaires bloqués depuis 6 ans. lien

Ce n’est pas une nouveauté, et malgré les promesses présidentielles de 2012, les salaires des patrons continuent à s’afficher de manière indécente : en 2013, la rémunération moyenne des patrons du CAC 40 dépassaient les 2 millions d’euros. lien

L’ex ministre de l’économie, Arnaud Montebourg s’était indigné, il y a moins d’un an, de l’envolée indécente des salaires des banquiers (lien)…vu qu’il est passé de la case ministre à celle de chef d’entreprise, il est possible que le sujet le passionnera moins. lien

Pas étonnant dès lors que la grogne commence à monter, comme chez Seita, par exemple, où les usines de Sandouville et Riom ont été bloquées avec un motif limpide : « on nous donne des miettes alors qu’ils réalisent d’énormes profits  » scande la CGT de l’entreprise, qui est scandalisée de n’avoir obtenu qu’un maigre 0,6% d’augmentation en mars 2014, puis 0,4% en juillet, alors qu’elle en demandait 1,5%…ce qui était somme toute assez modeste.

Les routiers ne sont pas en reste, et réclame une hausse de 5% après avoir longuement patienté pendant plusieurs années de gel des salaires, alors que le patronat ne veut aller au-delà des 2%,ce qui permet aux politologues de prédire un « printemps chaud ». lien

Au rayon bricolage, dès avril 2013, les employés du secteur se sont émus du petit 0,7%d’augmentation de salaire obtenu, et alors que le « travail le dimanche » devait générer des emplois, ils constatent au contraire que la réduction des effectifs continue de plus belle. lien

Idem pour les employés de la plus grosse fortune de France, ceux de l’Oréal qui demandent un petit 4% d’augmentation, et un 13ème mois, mais Liliane de Bettencourt est manifestement moins généreuse pour ses employés que pour l’ancien président de la république. lien

Les fonctionnaires leur emboitent le pas. lien

Mais revenons aux patrons…

Un autre patron a provoqué le scandale, celui de Radio France, Mathieu Gallet, qui en prônant la rigueur, et envisageant de drastiques réductions d’effectifs, s’est offert une rénovation de son bureau pour la modique somme de 105 000 euros, scandale dévoilé par le « Canard Enchainé  », et malgré les plates excuses présentées par l’intéressé, la colère monte dans la maison ronde, provocant plusieurs journées de grève. lien

Il faut dire qu’il n’y est pas allé de main morte, le PDG du service public : 72 000 euros ont été consacrés à la restauration des boiseries, une partie des murs étant plaquée de boiseries précieuses en « bois de rose », bois exotiques rares et chers que l’on utilise plutôt pour la marqueterie, ou à la fabrication d’instruments de musique.

Rappelons pour la petite histoire que les bois de rose de Rio et de Madagascar sont protégés par la convention de Washington, qui en interdit le commerce, et il faut disposer d’une autorisation spéciale pour se procurer la plupart des essences de palissandre, autre appellation du bois de rose. lien

Le boss de Radio-France a bien tenté une parade, assurant que la rénovation de son bureau avait été votée avant son arrivée, mais pas de bol, son prédécesseur, Jean-Luc Hess a démenti l’information : « alors ça, ça m’épate beaucoup (…) je ne me souviens pas qu’en conseil d’administration, on ait voté 105 000 euros pour un bureau que j’allais quitter 4 mois après, et alors qu’il était tout neuf ». lien

Ajoutons pour la bonne bouche que Gallet n’en est pas à sa première rénovation.

Lorsqu’il œuvrait au Ministère de la Culture, sous la houlette de Frédéric Mitterrand, il avait obtenu qu’un bureau soit aménagé spécialement pour lui…il continue quelques temps après, lorsqu’il est nommé à l’INA (institut national de l’audiovisuel), et fait rénover les 2 bureaux qui lui sont attribués, à grand coup de moquette, de peinture, et de nouveaux mobiliers…la rigueur n’est donc pas la même pour tous…

Et comme si ça ne suffisait pas, une semaine après ce premier scandale, le « Canard Enchaîné », encore lui, donne une nouvelle information qui risque d’attiser la colère : Mathieu Gallet s’est aussi offert un conseiller en communication, rémunéré 90 000 euros par an, sans être passé par la case « appel d’offre »…

Cet expert a été chargé de gérer l’image du patron de Radio France, de « l’accompagner stratégiquement  », alors que le groupe radio France est déjà largement pourvu en matière de communication. lien

L’expert, Denis Pingaud, va donc avoir du boulot pour tenter de sauver ce qui reste de l’image de marque de son employeur.

Pas étonnant dès lors que la grogne monte aussi à Radio France et la grève lancée le 19 mars a été prolongée, alors que la direction envisage un plan de « départs volontaires » de 200 à 300 salariés seniors…il s’agit de tenter d’économiser 50 millions d’euros. lien

D’autres patrons ne sont pas à plaindre sur la question des rémunérations, et, malgré le cadeau que leur a octroyé le gouvernement Valls, le fameux « pacte de responsabilité  », les patrons continue de trainer les pieds, en demandant toujours plus de « flexibilité », et d’autres cadeaux…

Le coup de gueule du premier ministre n’a pas eu l’air d’émouvoir grand monde : « quand la nation, a travers le parlement, consent et va consentir un effort de 40 milliards d’euros pour les entreprises, pour baisser la fiscalité, et pour baisser les charges, chacun doit être à la hauteur de ses responsabilités » avait-il déclaré l’hiver dernier. lien

Emmanuel Macron, lui emboitant le pas, se plaignait à l’époque par la même occasion que très peu d’accords de branche avaient été signés. lien

Depuis ce joli cadeau fait aux patrons, la situation n’a guère changé, et au début de l’année on ne comptait que 11 accords signés, autant dire pas grand-chose… lien

Mais est-ce de la provocation, ou une simple maladresse ?… Le patron des patrons en demande toujours plus, et n’a pas hésité pas à réclamer un « salaire transitoire inférieur au smic pour encourager l’emploi des jeunes »… tout en augmentant sa propre rémunération de près de 30%.

Ce qui a provoqué un sondage sur le thème de l’indécence des salaires patronaux, sondage auquel une large majorité de français, proche de l’unanimité à répondu oui. lien

Quittons le monde de l’entreprise pour visiter celui des élus où l’on a appris, que les députés, en toute discrétion, et à l’unanimité, Front National y compris, s’étaient offert récemment un joli cadeau aux frais du contribuable.

En effet, ils ont décidé le doublement de la durée de leur indemnisation en cas de défaite électorale, confirmant le proverbe « on n’est jamais si bien servi que par soi même ». lien

Les ministres ne sont pas en reste et leurs rémunérations, ainsi que celles de leurs conseillers atteignent des sommets et en 2013 elles frôlaient déjà les 85 millions d’euros, ce qui représente1,30 € par français…les primes dépassant les 20 millions d’euros, soit une hausse de 3% par rapport à 2012…hausse dont aimeraient bien profiter aussi les travailleurs. lien

Quant à François Hollande, qui vient de connaitre une nouvelle baisse dans les sondages, entrainant Valls dans sa chute (moins 2 pour lui, et moins 6 pour Valls),(lien) il persiste et signe, convaincu que son virage socio-libéral est la bonne solution, et il semble être plus préoccupé par sa réélection, que par la misère des citoyens français.

Il a sa petite boite à outils, manifestement peu efficace, a connu un regain modeste et bref de popularité grâce à Charlie, et alors que le mois de mai approche, mois propice à battre le pavé, que la grogne s’intensifie, que son parti se disloque, il n’a qu’une préoccupation…être élu en 2017.

Les régionales, après la claque des municipales, suivies par la débandade des « départe-mandales », (joli mot emprunté au Canard Enchaîné) seront-elles une nouvelle gifle, apte à lui remettre les idées en place ?

L’avenir nous le dira.

Comme dit mon vieil ami africain : « l’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais quand on en a pas, ça sent pas bon  ».

le dessin illustrant l’article est de Charb, paru chez élunet.fr

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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