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Esther Vivas : « Nous mangeons ce que les grandes entreprises agroalimentaires nous imposent » (Rebelion)

Esther VIVAS

Esther Vivas est membre du Centre d??tudes sur les Mouvements Sociaux de l?Universitat Pompeu Fabra de Barcelone. Activiste sociale pour la souverainet? alimentaire et militante du mouvement antimondialisation, elle nous alerte sur la pr?dominance du capital priv? qui impose les go?ts, marques et produits. En collaboration avec Xavier Montagut, elle a publi? les livres ?Del Campo al Plato?, ?O? va le commerce ?quitable??? et ?Supermercados, no gracias?.

Vous ?tes co-auteur du livre Del Campo al Plato (Ed. Icaria, 2009). Selon vous, ils nous empoisonnent??

Le mod?le de production d?aliments oppose les int?r?ts priv?s et ceux des entreprises aux besoins alimentaires des gens, leur sant? et le respect de l?environnement. Nous mangeons ce que les grandes entreprises de ce secteur veulent. Il y a actuellement dans le monde le m?me nombre de personnes qui ont faim que de personnes ayant des probl?mes de surpoids, ce qui touche, dans les deux cas, les secteurs les plus pauvres de la population, tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud. Les probl?mes agricoles et alimentaires sont mondiaux et sont le r?sultat de la transformation des aliments en marchandise.

925 millions de personnes dans le monde ont encore faim aujourd?hui. C?est la preuve de l??chec du capitalisme agro-industriel??

Oui. L?agriculture industrielle, kilom?trique, intensive et d?pendante du p?trole a montr? qu?elle ?tait incapable de nourrir la population, car elle a un fort impact sur l?environnement en r?duisant l??codiversit?, en engendrant un changement climatique et en d?truisant des terres fertiles. Pour arr?ter la faim dans le monde, il ne s?agit pas de produire plus, comme l?affirment les gouvernements et les institutions internationales. Au contraire, il faut d?mocratiser les processus de production et faire en sorte que les aliments soient accessibles ? l?ensemble de la population.

Les entreprises multinationales, L?ONU et le FMI proposent une nouvelle ??r?volution verte??, des aliments transg?niques et le libre ?change. Quelle alternative peut ?tre propos?e par les mouvements sociaux??

Nous devons r?cup?rer le contr?le social de l?agriculture et de l?alimentation. Quelques multinationales, qui monopolisent chaque ?tape de la cha?ne agro-alimentaire, ne peuvent pas d?cider de ce que nous devons manger. La terre, l?eau et les graines doivent appartenir aux paysans, ? ceux qui travaillent la terre. Ces biens naturels ne doivent pas ?tre l?objet d?un commerce, pour faire de la sp?culation. Nous, consommateurs devons avoir le pouvoir de d?cider de ce que nous mangeons si nous voulons consommer des produits sans OGM.?En d?finitive, nous devons miser sur la souverainet? alimentaire.

Pourriez-vous d?finir le concept de souverainet? alimentaire??

C?est avoir la capacit? de d?cider de tout ce qui a trait ? la production, la distribution et la consommation des aliments. Miser sur la culture de vari?t?s locales, de saison, saines. Encourager les circuits courts de commercialisation, les march?s locaux. Lutter contre la concurrence d?loyale, les m?canismes de dumping, la volont? d?exportation. Arriver ? cet objectif implique une strat?gie de rupture avec les politiques de l?Organisation mondiale du commerce (OMC).

Mais revendiquer la souverainet? alimentaire ne veut pas dire un retour romantique au pass?, au contraire, il s?agit de retrouver la connaissance des pratiques traditionnelles et de les associer aux nouvelles technologies et savoirs. M?me ainsi, il ne s?agit pas d?une proposition localis?e mais cela consiste ? promouvoir la production et le commerce local, o? le commerce international serait le compl?ment du local.

Via Campesina affirme qu?aujourd?hui manger s?est converti en un ??acte politique??. Etes-vous d?accord??

Absolument. Ce que nous mangeons est le r?sultat du mercantilisme du syst?me alimentaire et des int?r?ts de l?agrobusiness. Le mercantilisme mis en oeuvre dans la production agroalimentaire est le m?me que celui qui touche d?autres contextes de notre vie?: privatisation des services publics, pr?carisation des droits du travail, sp?culation sur le logement et le territoire. Il faut opposer ? cela une autre logique et s?organiser contre le mod?le agro-alimentaire actuel dans le cadre d?une lutte plus g?n?rale contre le capitalisme mondial.

Nous sommes entre les mains des grandes cha?nes de distribution?? Qu?est-ce que cela implique et quels effets ce mod?le de consommation entra?ne-t-il??

Aujourd?hui, sept entreprises de l?Etat espagnol contr?lent 75% de la distribution des aliments. Et cette tendance repr?sente plus que cela. De cette fa?on, le consommateur a de moins en moins acc?s ? la nourriture et la m?me chose se passe avec le producteur qui veut atteindre le consommateur. Ce monopole garantit un contr?le total par les supermarch?s lorsqu?ils d?cident de notre alimentation, comment elle est ?labor?e et du prix de ce que nous mangeons.

Les solutions individualistes servent-elles ? rompre avec ces r?gles de consommation??

L?action individuelle a une valeur d?monstrative et apporte une coh?rence, mais elle n?entra?ne pas de changements structuraux. Nous avons besoin d?une action politique collective, de nous organiser dans le contexte de la consommation, par exemple, ? partir de groupes et de coop?ratives de produits biologiques?; cr?er des alternatives et promouvoir de grandes alliances qui participent ? des campagnes contre la crise, pour la d?fense du territoire, des forums sociaux, etc.?

Il faut aussi descendre dans les rues et agir de fa?on politique, comme cela a ?t? fait ? un certain moment avec la campagne de ??l?Initiative l?gislative populaire?? contre les OGM, organis?e par ??Som lo que Sembrem??, car, comme nous l?avons vu ? plusieurs occasions, ceux qui travaillent dans les institutions ne repr?sentent non pas nos int?r?ts mais les int?r?ts priv?s.

Kyoto, Copenhague, Cancun. Quel est le bilan g?n?ral que l?on peut faire des diff?rents sommets sur les changements climatiques??

Le bilan est tr?s n?gatif. Lors de tous ces sommets, les int?r?ts priv?s et le court terme ont eu plus de poids qu?une r?elle volont? politique ayant pour but de mettre fin aux changements climatiques. Aucun accord pour cela n?a ?t? fait pour permettre une r?duction effective des gaz ? effet de serre. Au contraire, les crit?res mercantiles ont ?t? une fois de plus la monnaie d??change et le m?canisme de commerce d??missions en est, ? cet ?gard, l?expression la plus significative.

A Cancun, l?id?e d?une ??adaptation?? au changement climatique a ?t? beaucoup reprise. Les int?r?ts des compagnies multinationales et d?un soit disant ??capitalisme vert?? se cacheraient-ils derri?re cela??

Tout ? fait. Au lieu de solutions r?elles, on choisit de fausses solutions telles que l??nergie nucl?aire, la captation de carbone dans l?atmosph?re pour le stocker ou les biocarburants. Par ces mesures, on ne fait qu?intensifier plus encore la crise sociale et ?cologique et donc cr?er d??normes b?n?fices pour un petit nombre d?entreprises.

Le Mouvement pour la Justice Climatique essaie de proposer des alternatives. Comment est-il n? et quels sont ses principes??

Le Mouvement pour la Justice Climatique critique les causes fondamentales du changement climatique, en questionnant le syst?me capitaliste et, comme l?indique sa devise, il s?agit de ??changer le syst?me, pas le climat??. De cette fa?on, il exprime cette relation diffuse qui existe entre la justice sociale et climatique, entre crise sociale et ?cologique. Le mouvement a un fort impact international, en ?tant notamment ? la base des protestations durant le sommet sur le climat de Copenhague et, plus r?cemment, lors des mobilisations de Cancun. Cela a contribu? ? visualiser l?urgence d?agir contre le changement climatique. Le d?fi est d??largir sa base sociale, en associant les luttes quotidiennes et chercher des alliances avec le syndicalisme alternatif.

La solution est de changer le climat ou le syst?me capitaliste??

Un changement radical de mod?le est n?cessaire. Le capitaliste ne peut apporter de solution ? une crise ?cologique que le propre syst?me a cr??e. La crise actuelle demande un besoin urgent de changer le monde ? sa base et de le faire dans une perspective anticapitaliste et ?cologiste radicale. Anticapitalisme et justice climatique sont deux combats qui doivent ?tre ?troitement li?s.

* Entretien avec Esther Vivas r?alis? par Enric Lllopis, publi? par le site Rebeli?n et diffus? par EcoDebate.

** Traduction?: Karine Lehmann & Jean Saint-Dizier pour Autres Br?sils http://www.autresbresils.net/

+ info?: http://esthervivas.wordpress.com/francais

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