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Ernesto Gu?vara et Alberto Granado, une amiti? plant?e sur deux-roues

Entretien (2007) avec le compagnon du Che, d?c?d? le 5 mars 2011

Cathy Ce?be

Apr?s la mort d?Alberto Granado, nous republions un entretien r?alis? pour le hors-s?rie de ??l?Humanit??: ??Viva Guevara?? (40 ans apr?s sa mort). Entretien r?alis? en septembre 2007. Alberto Granado a connu le Che lorsqu?il avait quatorze ans. Ensemble, ils ont sillonn? l?Am?rique latine.

Alberto Granado

?L?Am?rique latine qu?il a travers?e et connue, a bien chang? depuis.??

Alberto Granado est l?un des fid?les compagnons d?adolescence d?Ernesto Guevara. De leur rencontre en 1943 ? Cordoba na?tra une puissante amiti?. Ils partagent les m?mes passions pour le rugby, la m?decine et les voyages. En 1951 sur une Norton 500, la Poderosa, ils entreprennent un p?riple ? travers l?Am?rique du Sud qui durera pr?s d?un an. ?Mial? et ?Fuser?, leurs surnoms de rugbymen, se perdent de vue sans s?oublier. Quarante ans plus tard, Alberto Granado confie que, d?s il en a l?occasion, il aime parler du Che surtout aux jeunes g?n?rations.

Compagnon d?adolescence d?Ernesto, vous ?tes un t?moin privil?gi? de cette p?riode de sa vie. Comment ?tait le jeune ??Fuser??, comme on le surnommait ? l??poque??

Lorsque je l?ai connu, c??tait encore un enfant. Il avait quatorze ans et j?en avais vingt. ? cet ?ge-l?, la diff?rence d??ge para?t plus importante. Je dis toujours que le jeune Ernesto Guevara ?tait comme n?importe quel autre un jeune, avant de me reprendre. Il y avait certains c?t?s qui le rendaient attractif au point qu?une personne majeure, comme moi, s?int?resse ? lui. Il avait une capacit? de raisonnement, et surtout une profondeur, qui sortait de la normale pour un jeune de son ?ge. Sa force de discussion me fait dire qu?il n??tait pas un parmi d?autres. ? cette ?poque, les autres jeunes l?appelaient le ??Guevara le fou??. Et ? l??poque, jamais je n?aurais imagin? qui il serait devenu. Mais il ?tait brillant, il lisait et d?battait beaucoup, et il ?tait drastique contre les menteurs.

Ernesto Guevara et Alberto Granado
autour de la Poderosa II

En d?cembre 1951, vous d?cidez de partir ? moto ? travers l?Am?rique latine. Comment est n? ce projet??

Nous aimions tous les deux voyager. Cette id?e de voyage sud-am?ricain ?tait mon id?e. Lorsque nous nous sommes connus, je me d?diais depuis plusieurs ann?es ? lire, des ouvrages, tels que le Tr?sor de la jeunesse, qui ?voquaient tous les topiques?: l?histoire, la g?ographie, les contes, les nouvelles, bref, je les avalais tous. C?est ainsi que j?ai d?cid? de voyager. Ernesto aussi aimait les voyages. Chaque fois qu?il le pouvait, il venait d?Alta Gracia, o? il vivait, jusqu?? Cordoba o? se trouvait ma famille. Ces deux villes se trouvaient ? une distance de cinquante kilom?tres. Plus tard, il a r?alis? un voyage ? bicyclette o? il avait install? un v?lomoteur. Il a travers? l?Argentine, quelque 4 000 kilom?tres. Il avait donc ce go?t du voyage. J?avais aussi ce d?sir mais je voyageais th?oriquement. Nous avions aussi en commun le sport, la lecture. Depuis le jour o? nous nous sommes connus, nous nous sommes trouv? beaucoup de points communs y compris sur ce que nous n?aimions pas. Sur la forme, nous ?tions incapables de reculer. Concernant le voyage, notre ambition ?tait que nous de nous d?placer le moins possible de fa?on touristique. Nous avons ?labor? l?id?e du voyage ? moto en octobre 1951 et nous partons en d?cembre. La Poderosa II fait partie en tant que telle de l?exp?dition car la moto offre une autre perspective du voyage. Et puis cela te rend plus facile de fuir la tendresse de la famille, la fianc?e? Car les sentiments qui t?unissent t?enracinent. Si l?on veut voyager et conna?tre, il faut savoir rompre.

Ce voyage va-t-il ?tre ? l?origine d?une prise de conscience quant aux conditions de vie des peuples d?Am?rique latine??

Oui. Il m?en co?tait et il me co?te toujours d?avouer que ce voyage fut si important. Les ann?es passant, les livres ?crits, le film r?alis?, on se rend compte que des ?tapes du voyage constituent de nouveaux points de d?part, et mises au point de la vie. En Argentine, un berger nous a racont? l?exploitation. Ernesto a fait la connaissance d?une vieille dame qui avait ?t? l?esclave d?une famille qui voulait la cong?dier parce qu?elle ne pouvait plus travailler. Il consid?rait que les gouvernants devaient plus se pr?occuper des gens que de leur monde.

Apr?s ce p?riple, vous vous perdez de vue. Le Che rentre ? Buenos Aires tandis que vous restez au Venezuela?

Alberto Granado et Ernesto Guevara
alors qu?ils parcouraient l?Am?rique latine

Nous ne savions pas si nous allions nous consacrer ? la recherche ou ? la poursuite de voyages mais le plan ?tait de nous retrouver une fois qu?il aurait obtenu son dipl?me de m?decine. Il voulait accomplir la promesse faite ? sa m?re de devenir m?decin. Durant cette p?riode il m??crivait, jusqu?? ce qu?il m?annonce qu?enfin dipl?m? il venait me voir. Il r?alise alors son second voyage avec Calica Ferrer. En arrivant en ?quateur, il change de route et d?cide d?aller au Guatemala. Il pensait que la r?volution d?Arbenz ?tait plus importante que le Venezuela o? l?on se consacrait ? faire de l?argent. Il m?a dit, ??je t??crirai??. Le temps passait. Apr?s le d?barquement de Granma, j?ai d?couvert dans le journal Nacional, un article qui annon?ait que le m?decin argentin est mort lors du d?barquement ? Cuba. Il ne donnait pas le nom d?Ernesto Guevara. J?ai appel? la famille et sa m?re m?a dit qu?il ?tait vivant. Il disait?: ??J?ai cinq vies, il m?en reste trois??? C??tait le signe de reconnaissance pour que l?on sache que c??tait lui, ainsi que le surnom ??T?t?, que lui donnaient ses parents lorsqu?il ?tait enfant. En Am?rique latine, nous suivions la r?volution cubaine, ? travers Radio Rebelde et en aidant ?conomiquement les associations qui existaient au Venezuela. Apr?s le triomphe de la r?volution cubaine, Ernesto tomba malade et m??crivit une lettre o? il m?expliquait pourquoi il ne pouvait venir. Le temps passa. Et je d?cidais d?aller ? Cuba. Cela faisait presque huit ans que l?on ne s??tait pas vu. Il ?tait d?j? commandant, moi j??tais un homme mari? avec deux enfants. Le temps avait pass? depuis cette p?riode du voyage ? motocyclette.

Qu?avez-vous ressenti en voyant Fuser devenu l?un des commandants les plus importants de la R?volution cubaine??

Imm?diatement, j?ai su qu?il ?tait toujours le m?me, et dans le m?me temps, il ne l??tait plus. Il ?tait toujours l?ami fid?le, sympathique, chaleureux, de bon augure mais il avait gagn? en profondeur. Il n??tait plus seulement Fuser, Ernesto. Ils avaient triomph? ? peu pr?s un an auparavant, et il avait acquis des connaissances et une ma?trise de la parole plus amples. Le voyage que nous avions entrepris nous avait ouvert les yeux d?un point de vue social. Nous voulions lutter contre les latifundistes et les ennemis des ouvriers, nous opposer ? la stupidit? de la guerre. Nous souhaitions un monde meilleur. Mais il nous manquait une perspective politique. Le Che avait beaucoup lu ??Saint Karl?? (Marx), comme il l?appelait, et L?nine mais c?est son exp?rience au Guatemala et la pr?sence de Hilda Gadea, puis le Mexique qui l?ont beaucoup influenc?. En juillet 1960, alors que j??coutais le discours de Fidel, j?ai r?alis? qu?il parlait de ce que nous d?battions et r?vions en Argentine. J?ai compris qu?il fallait tout laisser pour venir ici. Une r?volution commen?ait.

Qu?est-ce que cela a signifi? ?tre l?ami du Che??

La vie a d?montr? qu?il attachait beaucoup d?importance ? la place de l?individu. Il a ?t? pour moi une sorte de d?fi de vie pour ?tre meilleur. Il ?tait sans indulgence pour les menteurs et ceux qui aimaient l?argent facile. Le plus grand d?faut du Che est qu?il avait trop de vertus?: il ?tait bel homme, intelligent, cultiv?, m?decin, courageux? Car on peut ?tre courageux et voleur, m?decin et mercantile. Pour moi, les plus grandes vertus du Che ?taient son incapacit? ? mentir et ? accepter les mensonges?; son refus de faire quelque chose qui ne lui correspondait pas et ? ne pas ?tre le premier ? r?aliser quelque chose qui doit l??tre. Nous ?tions donc incapables de le suivre.

SOURCE: http://w41k.info/50489

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