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Election 2020 (II) : « sittin in limbo » ?

Les machines utilisées pour cette élection ne sont certes toujours pas sûres, mais des règle simples, édictées après les deux gigantesques fiascos de 2000 et 2004, ont amélioré leur (relative) fiabilité. Non pas techniquement, mais en multipliant les contrôles humains autour, ou en fournissant au moins une preuve papier du vote à l’électeur. C’est certes un pis-aller, ça reste hackable, mais ça marche, globalement, disons. Les améliorer encore coûterait cher, très cher. De nouvelles machines induisent aussi des erreurs humaines, toujours possibles, hélas. Installer de nouveaux engins est également une vraie galère, car ils s’ajoutent à un parc existant, rendant le tout encore plus hétéroclite et plus difficile à gérer encore. Certains responsables d’élections en ont pleuré de dépit devant l’étendue de la tâche. Tel celui de Louisiane, un trumpien bon teint pourtant, qui avait fait le forcing pour acheter des machines … Dominion, qui ont élu Donald haut la main dans cet Etat ! Quelle farce !

Pas un problème technique mais humain

Le 16 novembre, l’avocat des démocrates du Nevada (Aaron D. Ford) pouvait jubiler avec la phrase du juge Andrew Gordon. Ce dernier venait d’écrire : « tout ceci n’est-il pas ridicule ? » Et effectivement !!! Ça l’est, quand on tente par exemple de bloquer l’élection d’un comté en raison d’UN seul bulletin mal rédigé par une mal voyante (cf l’affaire  Jill Stokke dans le Nevada ! Ou quand Rudy Giuliani tente d’invalider à Philadelphie 8 329 bulletins de vote en faisant constater que 592 bulletins de vote ont été renvoyés par la poste parce que les électeurs n’avaient pas renseigné leur adresse sur l’enveloppe extérieure. Ou de définir en Arizona, après le fameux SharpieGate (l’histoire du feutre invalidant) qu’il existe une limite de distance (imaginaire) pour prendre des photos, selon Giuliani (cf le texte ici à gauche extrait de la plainte) …  En réalité c’est une tentative de détourner une loi existant réellement en Arizona , la N°16-515, et qui dit que « sauf tel que prescrit dans le présent article et l’article 16-580, une personne n’est pas autorisée à rester à l’intérieur de la limite de soixante-quinze pieds pendant que les bureaux de vote sont ouverts, sauf aux fins de vote, et à l’exception des fonctionnaires électoraux, un représentant à tout une fois pour chaque parti politique représenté sur le bulletin de vote qui a été nommé par le président du comté de ce parti politique et les challengers autorisés par la loi, et aucune élection ne peut avoir lieu dans la limite des soixante-quinze pieds.  Les électeurs ayant déposé leur bulletin de vote doivent rapidement sortir de la limite des soixante-quinze pieds ». Avec cette loi, le manifestants pro-trump de Detroit qui ont envahi le local auraient été virés (mais Detroit ce n’est pas l’Arizona !). La même loi stipule « qu’avec la permission de l’électeur, un mineur peut entrer et rester dans la limite de soixante-quinze pieds afin d’accompagner un électeur dans un bureau de vote, une installation de vote anticipé sur place et une cabine de vote pendant que l’électeur vote« . Giuliani n’a sans doute pas réussi à trouver d’enfant sur place non accompagné !! Commentaire d’un connaisseur : « je ne peux pas imaginer qu’une personne rationnelle » dans le grand public « ne serait pas affectée par la façon dont il se conduit », a déclaré Barry Richard, qui a représenté George W. Bush lors du recomptage en Floride de 2000″. Giuliani, qui a surtout oublié de nous dire qu’en mai 2019 il avait été approché dans un restaurant de New-York par des gens désireux de lui refiler un disque dur compromettant Hunter Biden, ce qu’il avait… refusé, pour nous le ressortir un an et demi plus tard ! A l’époque, l’homme en demandait 5 millions de dollars. Celui à la base de l’affaire étant Andrii Derkach, un escroc et un agent russe patenté !

L’interférence flagrante et malfaisante du Tea Party

Sur place en effet, on a oublié de le dire visiblement, l’avocat Laxalt représentant Trump s’est appuyé sur une activiste connue, appelée Jennifer Wright (ici à droite), qui a copréside Verify the Vote Arizona, qui est en fait une émanation directe de True The Vote (on va en reparler bientôt !), une organisation conservatrice basée à Houston avec pour objectif déclaré de lutter contre la fraude électorale, et qui s’active surtout à supprimer des listes d’électeurs défavorables aux républicains. Or Wright a été embauchée dans l’unité d’intégrité électorale chère à Trump, que cite aujourd’hui Laxalt comme référence dans son tweet (repris ici par Jeremy Chen de KTNV). Des législateurs républicains ont budgété 530 000 dollars pour cette nouvelle unité de quatre personnes !!

En somme cette avocate est abondée par les républicains pour faire le ménage électoral en Arizona ! Wright avait été soutenue par l’ancien président du Sénat, Russell Pearce, lorsqu’elle était candidate du Tea Party pour le maire de Phoenix en 2011 et elle a promu depuis  des théories du complot électoral infondées accusant notamment le « Deep State » d’être derrière.

C’est une Tea Party à l’origine et ça explique pas mal de choses en effet : son côté complotiste surtout !!! Son site présente une bibliothèque de lectures ahurissante de bêtise ! On y trouve The Way Of The Shadow Wolves: The Deep State And The Hijacking Of America de Steven Seagal (on ne le présente plus, c’est le roi du nanar), Conspiracies of the Ruling Class: How to Break Their Grip Forever de Lawrence B. Lindsley,, partisan de Ted Cruz, ou The True Story of the Bilderberg Group ou même Population Control, How Corporate Owners are Killing Us, Jim Marrs, un théoricien (antisémite) du complot, soutien du négationniste Eric Williams  ! Et c’est ça qui aide Giuliani dans sa croisade folle pour trouver des « preuves » qui n’existent pas !!!

 

Dominion roll on the Bayou !

En Louisiane, Etat qui a largement voté Trump (58,5 % contre à peine 39,9 % !), c’est plus amusant, car les responsables ont investi massivement avant les élections dans des ImageCast X.. (« l’iPad géant ») signées Dominion. Un élément, en fait, de l’ensemble qui s’appelle fort pompeusement « Dominion Voting Systems’ Democracy Suite ».  Kyle Ardoin (« keep kyle » !), secrétaire de l’Etat, devenu ardent défenseur de la marque (les revendeurs arrosent souvent leur clientèle dans ce milieu…avec des marchés dépassant ici les 90 millions de dollars, pensez-donc, une nouvelle voiture ou des vacances ailleurs c’est rien en échange !) avait même dû faire du teasing dans la presse pour être sûr de les recevoir à l’heure… , annonçant qu’il s’inquiétait fort en effet en décembre 2018 de leur arrivée promise…. (ici à gauche).

Elles ont avalé (avec d’autres !) les 817 957 bulletins de vote anticipés sans broncher et sans incident gravissime, ou sans Giuliani derrière pour crier au vol de bulletins. Le responsable de l’élection, Kyle Ardoin, (ici à droite) a quand même relevé des erreurs dont celle-ci (il raconte aussi qu’ils ont failli ne jamais les avoir leurs ImageCasts et qu’il en a pleuré de ces préparatifs difficiles, ce grand émotif) : « comme à chaque élection, a déclaré Ardoin, son bureau reçoit des appels concernant des irrégularités. Ses enquêteurs se penchent sur chaque réclamation, mais rien de crédible n’est apparu qui changerait le résultat. Le plus gros incident est venu de rapports d’une douzaine d’électeurs disant que leur vote initial pour le président – principalement pour Biden dans ces cas – avait disparu alors qu’ils frappaient les noms d’autres candidats sur l’écran de la machine à voter. Ardoin, qui a également vu les rapports, a déclaré que des dysfonctionnements de la machine se produisaient, en particulier avec les machines de l’État vieilles de 20 ans. Mais il n’a rien vu d’anormal. Ses techniciens ont été dépêchés et ont réparé les machines en question, a-t-il déclaré. «C’est un problème lié au transport des machines à voter vers les bureaux de vote. Elles se trémoussent et avec les routes de Louisiane, vous pouvez simplement comprendre comment ces choses bougent. Parfois, il s’agit de s’assurer que tout est connecté comme il se doit », a déclaré Ardoin. Mais ces vieilles machines auraient été remplacées par de nouvelles machines fournies par Dominion si elles s’étaient toutes déroulées comme prévu ».

Des machines qu’il a failli ne pas avoir à temps en effet : « Alors un haut collaborateur de l’ancien secrétaire d’État Tom Schedler, Ardoin a été chargé en 2018 d’avoir fixé l’achat des 10 000 machines à temps pour former le personnel et les commissaires à leur utilisation dans tout l’État pour les élections de novembre 2020. Mais le processus pour décider quel fournisseur vendrait ces machines à l’Etat s’est effondré. Le chef des achats de l’État a rejeté l’offre gagnante de 95 millions de dollars de Dominion et a ordonné la reprise du processus. L’attribution du contrat lucratif de la machine à voter en Louisiane a été annulée après des failles découvertes dans le processus de sélection. Les normes sur lesquelles les soumissions étaient basées ont brusquement changé au profit de Dominion, selon une plainte déposée par Election Systems & Software LLC, l’un des soumissionnaires perdants » (et le grand concurrent de Dominion donc, qui a fait comme Donald, un procès, qu’il a donc perdu !). « Ardoin a écrit à l’Office of State Procurement que c’était une grosse erreur. Quelqu’un au bureau avait téléchargé les mauvaises spécifications – une pour les machines de dépouillement par opposition aux critères pour les machines à voter, a-t-il écrit. L’erreur a été découverte et les bons documents ont été affichés. Le comité a commencé à évaluer les soumissions et Ardoin a approuvé la recommandation du comité pour que Dominion obtienne le contrat ». Un chaud partisan de Donald (on va le retrouver bientôt dans une commission de Trump sur la sécurité informatique AVANT l’élection !) qui a fait des pieds et des mains pour acheter du matériel Dominion, flingué tous azimuts par l’équipe de Trump, avouez que c’est amusant, non ? Enfin moins, quand on voit que c’est en train de tourner au coup d’Etat, là, en ce moment à Washington !!!

Kyle Ardoin (à droite en pleurs), s’était heurté non pas au matériel, qui semble avoir parfaitement marché (pas de bourrages !) mais à d’autres contingences : « la Louisiane n’aura probablement pas de protocole de coronavirus pour l’élection à moins que les tribunaux n’interviennent. (Ardouin) veut élargir le nombre de personnes éligibles pour travailler comme commissaires au scrutin, pour s’assurer que l’État ne fait pas face à une pénurie. Il veut de la flexibilité pour les changements de circonscription afin de s’assurer qu’il peut permettre l’éloignement des électeurs en ligne. Et il veut plus de temps pour préparer les bulletins de vote des absents pour la compilation, disant sans cela, il s’attend à ce que les résultats soient retardés au-delà de la nuit des élections. Ardoin propose également d’augmenter la période de vote anticipé de la Louisiane de sept jours à 10 jours et d’ajouter 1,5 heure supplémentaire de temps de vote à chaque jour pour l’élection du 3 novembre afin d’offrir plus de temps à des milliers d’électeurs pour voter. Pour répondre aux préoccupations concernant les retards dans le traitement du courrier via les États-Unis Service postal, le plan d’Ardoin permettrait également aux paroisses de mettre en place des points de dépôt en bordure de rue où les gens peuvent remettre leurs bulletins de vote par correspondance à quelqu’un en personne plutôt que de les envoyer par la poste, si les registraires paroissiaux des électeurs sont d’accord. Mais sans l’approbation d’Edwards, un juge fédéral décidera des éléments de la proposition d’Ardoin ».

Bref, ce bon républicain-là (qui en fait vraiment beaucoup !), celui qui a fait gagner Donald grâce à des machines que son patron déteste, étendre la durée de vote que se refusait de faire Donald, gérer ses meetings, dire qu’il voterait pour lui alors qu’il n’en avait pas le droit, a dû aussi lutter contre les retards de courrier provoqués par un patron nommé au dernier moment pour saboter l’élection et ajouter des points de retraits de bulletins certifiés, lorsque Donald les faisait enlever partout ailleurs: avouez que Trump devrait lui ériger une statue, à ce phénomène paradoxal de l’univers trumpien ! Ou même d’avoir aussi à se battre contre la tempête Zeta (un ouragan !) pour redresser des poteaux électriques pour les alimenter, ces fichus engins noirs tant aimés, à en pleurer  (le voilà sittin’in limbo) !!! Ci-dessous la file d’attente, le jour du vote à Baton Rouge (ou la démocrate Sharon Weston Broome n’est pas encore passée devant Steve Carter (20% seulement), car elle n’a hélas atteint que 48 % des bulletins : prochain round le 5 décembre) :

En Louisiane, en résumé, Trump a été élu par tout ce qu’il critique ou déteste !!! Avouez que c’est… à la fois amusant et déprimant. Bon, je réécoute… Joe Dassin, tiens accompagné par Tony Joe White, pour faire passer ce coup de blues soudain !! (ou les Neville Brothers au Tipitina’s tiens aussi! Quel pied, ça fait largement oublier les ouragans,  l’informatique  et les crétineries d’un Donald (1) !!!).

 

Gag supplémentaire ;  » l’iPad géant » de Dominion a gardé la même télécommande à boutons genre console (cf ici à gauche) qu’avait la vieille ES&S, de type AutoMarkavec quand Dominion a été en procès (on sait donc pourquoi !) On note que l’engin fonctionne avec une carte d’électeur, lue par l’embase du machin. Selon ici « defyccc », le logiciel gérant le serveur collecteur, sous Windows 7  (?) tournant sur un Dell Optiplex classique, est très facilement hackable, comme la tablette géante. C’est en fait elle-même un PC déguisé, avec port VGA, deux ports Flash et ports USB, un port Ethernet Gigabit, bien visibles.. et pas protégés pour un rond ! La tablette est fabriquée par Avalue, (voir ici) elle est à base de Celeron J1900 (2014) et tourne en fait sous Android 5.1.1. Pas vraiment une garantie de sécurité tout ça… mais ça n’a pas beaucoup eu l’air d’inquiéter le grand fan républicain de Dominion, que l’on aimerait bien entendre en ce moment, tiens…

Trump n’y connait rien (mais ça on s’en serait douté)

Accroché à ses certitudes (« on m’a volé mon élection, ce sont tous des hackers ! »), Donald essaie de trouver des preuves de ce qu’il avance. Ou plutôt attend qu’on lui en fournisse. Il en encore là en effet le 16 novembre quand il sombre dans l’archéologie des machines à voter en montrant une vidéo de concours de hackers (ici à gauche) s’affairant autour d’une machine. Et en criant au loup, sur les machines Dominion, que sa vidéo ne montre pas, pourtant !

Trump est encore une fois passé à côté de son sujet. L’origine de sa vidéo est amusante, en effet, elle date de août 2019 et a été filmée à Las Vegas,au Voting Machine Hacking Village (c’est la DEFCON N°27), une réunion traditionnelle depuis 2017 de hackers travaillant main dans la main avec les autorités pour améliorer les matériels de vote.  Elle est ici présidée et présentée par le sénateur Ron Wyden de l’Oregon depuis 1996, membre du comité sur le renseignement.  Il n’avait pas apprécie le rôle de Comey au FBI et l’avait clamé bien haut et il est partisan du serrage de vis comme rapporteur de l’Internet Cybersecurity Improvement Act de 2017, permettant à l’Etat davantage de surveillance, une réunion à laquelle a assisté aussi Christopher Krebs, responsable du Homeland Security, qui était là car il est inscrit comme secrétaire aux conférences depuis 2017 !!!  Il est aujourd’hui sur la sellette pour avoir créé un site CISA débusquant les hoaxes de l’élection (2) !!! Bref tout l’inverse de ce que veut montrer ici Donald Trump ! C’est du sérieux en effet, très sérieux même cette série de conférences !!! Avec une longue liste d’intervenants talentueux et prestigieux. Car y ont participé aussi des élus comme Alex Padilla, Secretary of State de Californie, ou des responsables d’élections comme Barb Byrum, Ingham County Clerk, à Ingham County, dans le Michigan , Ion Sancho, ancien Supervisor of Elections, de Leon County, en Floride, Tonya Rice, Director of Elections, à Cook County, en Illinois, Rita Gass, PDG du California Secretary of State’s Office, John Odum du Vermont, Trevor Timmons, Chief Information Officer, du Colorado Secretary of State, Jared Dearing, Executive Director, au Kentucky State Board of Elections, Rich DeMillo, professeur et directeur de  Georgia Tech ou bien des techniciens comme Brian Varner, Special Projects Researcher chez Symantec Cyber Security Service (on va le retrouver bientôt ici), et des « cerveaux » comme Josh Benaloh, Senior Cryptographer chez Microsoft Research ou Art Manion, Vulnerability Analysis Technical Manager, CERT Coordination Center, au Software Engineering Institute, de la prestigieuse Carnegie Mellon University, ou encore Jay Kaplan, co-fondateur et directeur de Synack, travaillant  pour le département de la défense dans le DOD’s Incident Response et la Red Team ou encore des fabricants, tel Marian Schneider, le président de Verified Voting et encore Katie Trimble, Section Chief, Vulnerability Management and Coordination, U.S. Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, au Department of Homeland Security elle aussi !!! Ou encore Logan Lamb, Cybersecurity researcher ou plus amusant … BiaSciLab, fondatrice à 12 ans de Girls Who Hack, une très jeune hackeuse talentueuse pleine d’avenir (retenez son nom, on risque d’en entendre parler) !!! L’avocat spécialisé Robert McGuire, est aussi présent. Sa conférence remarqué au Voting Machine Hacking Village, « The Devil Went Down to Georgia. Did He Steal Souls? (Georgia’s Electronic Voting Saga) » avait un petit air de…. Charlie Daniels ! 

 

La Dominion, une très bonne console de jeux sous Linux !

La conférence citée a donc eu en mains l’été dernier une machine récente fort attendue Dominion, une Image Cast (ici à droite, un simple scanner posé sur une boîte de récupération de bulletins, genre poubelle à papiers !) et ce qu’ont noté les expérimentateurs ne va pas en faire la gloire, loin de là. Pour eux, c’est un vraie passoire, à plusieurs entrées en prime !!! Mais Trump n’a même pas daigné le lire, à l’évidence ; il aurait dû, pourtant ! Tout y est sur l’engin de son champion de Louisiane (et en Floride aussi, tiens !)  ! Le compte-rendu des testeurs est en effet… complètement affligeant : « La Dominion ImageCast est un équipement de vote hybride intégré. Il combine un scanner optique de vote papier et un dispositif de marquage des bulletins de vote et permet une accessibilité non visuelle pour les aveugles et les malvoyants, conformément à la HAVA.  Cette machine offre aux électeurs handicapés les mêmes opportunités d’accès et de participation que les autres électeurs. Cet appareil intègre les dispositifs et l’urne pour stocker les bulletins de vote dans une seule unité, mais possède un mécanisme de verrouillage unique qui maintient l’ensemble de l’urne ensemble. S’ils sont visés, les bulletins de vote pourraient facilement être volés à l’aide d’articles courants tels qu’un ramasseur de déchets standard. Les participants ont pu accéder à l’USB et au RJ45 (de l’Ethernet, elle peut donc être mise facilement en réseau), et une carte mémoire Flash Compact, sur cette machine, sans utiliser de force destructrice. Le système exécute également un Busybox Linux 1.7.4, qui a vingt vulnérabilités de niveau moyen à élevé actuellement connues, y compris la possibilité de permettre à des attaquants distants d’autoriser un DNS via la consommation CPU / bande passante via un paquet NTP forgé qui déclenche une boucle de communication avec l’effet d’attaques par déni de service ».  

« Les paramètres de démarrage permettent également au système d’être démarré à partir d’une clé USB externe au démarrage » (c’est l’une de ses plus grandes failles). « Il est important de noter que la carte CF et les lecteurs de carte situés à l’avant et à l’arrière de l’appareil sont physiquement exposés et peuvent être remplacés. De plus, il y a un port USB interne qui n’est pas exposé et un emplacement CF externe qui est couvert par une petite porte. Chaque emplacement peut être utilisé pour charger le système d’exploitation. L’ordre de démarrage est USB puis CF. La porte s’ouvre en dévissant l’une des vis. Les vis en question étaient des vis dites « sûres ». Les participants ont rapidement couru dans un magasin d’électronique à proximité pour acheter un ensemble de bits de sécurité avec pilote à cliquet pour moins de 28 dollars, qui a été utilisé pour ouvrir toutes les vis de sécurité utilisées dans l’une des machines. Lorsque les participants ont retiré la carte CF à l’avant de la machine, ils ont trouvé les bulletins de vote numérisés et le fichier de configuration en clair » (c’est le même problème qu’il y a 20 ans avec les cartes PCMCIA de l’époque qui stockaient les données !). « En l’absence d’autres protections, la modification des données de configuration pourrait permettre à un attaquant de modifier les emplacements X / V sur les bulletins scannés correspondant à quel candidat. Les participants n’ont trouvé aucune signature numérique ou chiffrement protégeant ces fichiers numériques ». (les résultats sont en clair !). »Les participants responsables (…) ont pu démarrer un système d’exploitation de leur choix et jouer à des jeux vidéo sur la machine à voter, y compris un jeu populaire appelé « Pong ». Ces participants ont affirmé qu’en apportant un simple tournevis et une carte CF dans la zone de vote, un attaquant pourrait utiliser un tournevis pour accéder à la carte CF prévue de la machine et la remplacer par la carte qu’il a apportée, permettant à l’attaquant de démarrer un système d’exploitation arbitraire et de prendre le contrôle de la machine.
Le groupe a pu parcourir le système de fichiers sur la carte CF, prouvant que le système de fichiers n’était ni chiffré ni protégé »
. Ah ah, elle est belle, la machine préférée de Kyle Ardoin, non ? Il y avait bien de quoi pleurer, en effet !

Un constat exprimé par Slate le 28 septembre dernier encore : pour lui les machines à usage de feuilles papiers scannées n’empêchent pas tout, encore. Ce serait trop beau, mais il y a un mieux, par rapport à qu’il y avait avant ! « L’avocate Jennifer Cohn partage les doutes de Friedman. «C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux analystes ont lancé de sérieuses mises en garde contre l’acquisition des nouvelles machines de type BMD (pour ballot marking device), mais les fonctionnaires électoraux d’au moins 250 juridictions à travers le pays les ont ignorées (à droite des Dominion ImageCast X, le 5 mars 2018 à Sacramento en Californie). Les 159 comtés que compte la Géorgie s’en sont équipés.» Si les ballot marking devices avaient été plébiscités, c’est parce qu’on les considérait comme une solution providentielle: en imprimant un résumé, les machines permettent la vérification. Avant celles-ci, le direct-recording electronic system à écran tactile assurait un vote 100% électronique, sans aucune donnée imprimée. Imposé dans le cadre du Help America Vote Act entériné par le Congrès en 2002, il rendait toute fraude ou erreur impossible à prouver. Expert·es de la sécurité, professeur·es ou étudiant·es ont depuis prouvé la tendance de ces machines à bugger et modifier les choix indiqués. Le risque que représente leur mode de fonctionnement reposant sur l’utilisation de programmes modifiables à distance a aussi été mis en exergue (type PC Anywhere !). Elles n’ont cependant pas complètement disparu: par manque de fonds ou à cause de batailles politiques, la Louisiane, la Caroline du Sud (Trump haut la main !) une partie du New Jersey et de nombreuses juridictions à travers le pays voteront le 3 novembre sur des machines DRE (et des Dominion pour le premier cité !). »

Le bilan est donc toujours… catastrophique, et en fait le même que pour sa concurrente directe de E&ES la plus vendue ces derniers temps , l’ExpressPoll Tablet Electronic Pollbook, hélas, elle aussi ! C’est une tablette Toshiba non encryptée, tournant sur un processeur Intel Atom tournant sur le catastrophique Windows 8.1 32-bits comme OS. Elle ouvre ses ports USB et SD à tout vent, elle aussi… et elle n’a pas de BIOS pour restreindre son accès : on y entre comme dans un moulin, à savoir comme dans Windows ! Ici le déploiement à Dallas de la bête et son manuel. Bref, les nouvelles rapportées de la DEFCON n’avaient rien de rassurantes… mais Donald n’a même pas su les exploiter correctement !!!

Un univers impitoyable… à Dallas !

En Floride, où Trump est passé et a fini en tête, on a donc utilisé (au moins) trois engins lors de cette élection : la tablette Toshiba, l’Express Vote d’E&ES, problématique aussi (dédiée au handicap) et la Dominion DS 200 !!! Trois passoires notables !!! Au Texas, à Dallas, c’est autre chose (mais avec le même -nouveau-matériel !) : le contraste des villes votant Biden et les campagnes Trump y a été surtout…. flagrant. Dallas, c’est une ville-enclave politique, car gérée (depuis 2011) par une municipalité démocrate (par Eric Johnson), au contraire de tout l’Etat. Biden y a littéralement ratiboisé sur place Trump a presque deux contre un : 596 337 votes contre 306 069 pour Trump, alors que l’ensemble de l’Etat a donné 52,2 % avec 5 687 882 votes à Trump contre 46,6% avec 5 023 291 bulletins (pour 93% des décomptes faits).
Mais pas une seule plainte n’a été déposée à Dallas par l’équipe de Trump… malgré la déculottée : elle ne focalise donc que sur les Etats perdus !!! Gag de l’histoire, comme le montre la page de la ville (en haut à gauche), dans le comté de Dallas, 3 nouvelles machines ont été achetées et utilisées pour 2020 : L’Express Poll, la fameuse tablette-passoire Toshiba, l’Express Vote de ES&S et le DS-200 pour compter les votes, à savoir une autre ES&S, utilisée aussi à New-York par exemple. En somme, Biden a été élu à Dallas, et à plate-couture par un équipement qui n’est pas du tout du Dominion !!! C’est la vieille baderne de Fox de Lou Dobbs qui nous l’a rappelé en tentant d’enfoncer le clou de la société, appuyé par les fans de Trump : le Texas a en effet rejeté le matériel de marque Dominion en 2019. Le gag c’est que cette baderne a affiché pourquoi à l’écran (ici à gauche) : pas du tout pour des intrusions possibles, mais pour un logiciel « pas intuitif », et surtout un bête problème de… bourrage de papier, le bulletin scanné se retournant en fait dans le bazar !! En gros un problème courant rencontré dans toutes les photocopieuses et qui tourne là à l’erreur de conception manifeste pour cette machine !!! Pas de critique de hacking possible, donc ni de modification de calculs de nombres !!! Et rien, surtout sur les véritables failles connues : ports accessibles facilement, logiciel archaïque et mise en réseau possible via l’Ethernet !!! Trump, ou comment rater sa cible !!!

En revanche en septembre, il avait fallu batailler sur place, à Dallas, en justice pour obtenir assez de bulletins par correspondance…  dont la délivrance avait été limitée par l’Etat (républicain) aux plus de 65 ans seulement. Une décision totalement arbitraire de l’Attorney General Ken Paxton. Celui-là est aujourd’hui accusé de corruption par ses propres employés en ayant favorisé un de ses donateurs, Nate Paul. En 2019, sa société World Class Holdings LLC, avait reçu la visite du FBI… l’homme est un profond trumpien, opposé au « Big Tech » (à Google), il est contre le vote par correspondance et l’Obamacare bien sûr…  les amis de Donald sont bien à son image !! Ils ne font que ce qui les arrange !!! … et tentent toujours de limiter le nombre de votants, une pratique courante chez eux depuis des années comme on va le voir dans le prochain épisode. Les ravages des machines, c’est « peanuts » en effet comparé à ce long travail de sape effectué par des républicains passant leur temps à épurer les listes électorales avec  les mêmes idées en tête : les pauvres, les démunis, les ouvriers, les noirs… tous ceux susceptibles de voter.. démocrate ! Les voici donc contaminés par une analyse marxiste, un comble, qui veut que les classes laborieuses soient des classes dangereuses !!!

L’engin démonté et décortiqué montré par Trump dans son tweet « Defcon » est en tout cas loin d’être récent et ce n’est surtout pas une Dominion comme il l’annonce improprement en titre, car c’est en effet une ES&S, de type AutoMark Voter Assist Terminal (VAT), inventée  en 2003 par Eugene Cummings, et construite par Vogue Election Systems, elle fonctionnait sous Windows NT ou XP. Windows NT ? Un logiciel qui, on le rappelle, date de… 1993 !!! Il a 27 ans ! Un modèle suivant la réglementation 2002 VSS, certifié il y a 15 ans (en 2005,  notamment ici en Californie)  et parfois utilisée combinée à des scanners de Sequoia ou de chez Premier/Diebold. C’est en fait une machine à touches genre manette de jeux incorporée sur la droite de l’embase, destinée aux… handicapés (malvoyants, invalides, personnes ne pouvant se tenir debout) : « les électeurs malvoyants reçoivent des écouteurs et des touches de pavé tactile en braille sur le côté droit de l’écran pour effectuer des sélections. Les électeurs qui ne sont pas en mesure d’utiliser l’écran tactile ou les tablettes tactiles reçoivent un tube à gorgée et bouffée pour faire des sélections. Un écran d’instructions apparaîtra et les instructions seront lues dans le casque. C’est là que les électeurs peuvent choisir une langue autre que l’anglais et ajuster la taille du texte et le contraste de l’écran. » L’engin est assez utilisé désormais (sauf ici au Texas !). Bref, encore une fois, Donald s’est trompé d’objet !! Mais quel crétin ! Il se fait embarquer dans ce qu’on lui envoie avec une facilité déconcertante !!! Et en prime, en ouvrant le dossier et en le lisant, il avait la « bonne » à critiquer sous la main, cet incapable !!! Mais sait-il lire au moins ? On a renoncé à s’en convaincre, depuis 2016 !

Pas assez de sous pour sécuriser !

Mieux encore, la fameuse DEFCON avait préconisé des ajouts de sécurité simples (exemple, bloquer les ports, même mécaniquement comme on le fait avec des coques de protection pour la tablette E&ES) mais certains responsables politiques s’y étaient opposés en trouvant ça trop cher (constat relevé par Slate un peu plus haut) : « selon un article de New York Times, la majorité du Sénat, Mitch McConnell, a bloqué le financement fédéral pour aider à mettre à niveau et à corriger correctement ces machines, et n’a approuvé que récemment à contrecœur 250 millions de dollars pour la sécurité électorale, comme mentionné précédemment. Ce manque de préoccupation quant à l’intégrité de notre processus démocratique est extrêmement alarmant, étant donné que les dirigeants de notre pays ont le pouvoir de négliger et d’entraver sérieusement le processus qui les met au pouvoir en premier lieu ». Ceux qui crient aujourd’hui au loup envahisseur sont ceux qui ont refusé de payer les enclos où il aurait dû rester... inutile alors, de crier, justement, au loup, comme Trump le fait aujourd’hui !

On sait aussi pourquoi « Mitch » n’a pas trop insisté pour améliorer cette sécurité pour cette année nous avait expliqué ici en 2019 The Guardian : « Le leader républicain du Sénat, Mitch McConnell, s’est montré hostile aux projets de loi de réforme électorale, tout comme l’ensemble du parti républicain. Le récit du parti est que les démocrates essaient d’utiliser le gouvernement fédéral pour prendre en charge les élections nationales et locales; l’angle politique est que la reconnaissance des vulnérabilités ou des failles du système électoral pourrait soulever des doutes sur la légitimité de la victoire du parti – et de Donald Trump – en 2016.«  Là, avouez, ça devient plus amusant : auraient-il eux-mêmes essayé de tricher, en 2016 ??? L’angle des dépenses trop importantes aurait-il été un rideau de fumée ? Destiné à servir à dissimuler des pratiques peu recommandables comme celles vécues en 2004 en Ohio ?

Pas un mot là-dessus chez le nouveau chouchou de la chaîne télé de Trump, fort fâché avec l’histoire de l’Arizona annoncé perdu trop tôt chez Fox, Newsmax, donc, Christopher Ruddy, qui a désormais chez lui autant de faveurs que OAN, la chaîne de la fille à la chaise… Cette chaîne est entrée bille en tête dans le débat depuis le 2 novembre avec Greg Kelly, un ex Fox-News, ancien embedded d’Irak Freedom qui se trimballe lui aussi une casserole, avec un seul slogan péremptoire : c’est « Dominion ou la démocratie » (bigre !), oubliant que statistiquement E&ES a accordé autant de voix aussi à Joe Biden… Selon ses propres chiffres, Dominion avait géré 71 millions de bulletins dans 1 635 juridictions en 2016, l‘année où Trump avait gagné les élections, sans pour autant finir premier dans les chiffres mais grâce à des Etats-clés !! (Trump avait gagné en 2016 grâce à Dominion ? Ça devient amusant, vu comme ça !) Il en avait obtenu 62 984 828 (contre 65 853 514 à Hillary Clinton, qui avait eu plus en nombres, on le rappelle… Or cette année 151 millions de bulletins ont été comptabilisés au total : à lui seul Dominion ne peut donc pas faire pencher mathématiquement la balance pour Biden (même en espérant que PARTOUT elles ne votent que pour lui) !!! Donald, c’est simple, en pointant une seule marque défaillante selon lui se moque du monde !

Accuser Dominion, c’est tout simplement un prétexte, une façon de détourner le problème qui se résume à une seule chose : les républicains étaient tellement préoccupés par leur occupation préférée, celle de taillader dans des listes d’électeurs pro-démocrates, leur grand sport, ou modifier les règles de vote au dernier moment (changer les lieux de vote à la dernière minute) qu’ils ne sont pas aperçus qu’ils n’avaient rien prévu en cas d’arrivée massive de votes par correspondance sur lequel les démocrates avaient misé très tôt. La raison ? Les démocrates ont pris conscience plus tôt de la pandémie, ou l’ont prise tout de suite au sérieux. Donald Trump s’est moqué ouvertement de Joe Biden portant un masque ?  Il n’a jamais pris la menace virale au sérieux ? Il n’a pas compris que les gens ne se risqueraient pas à aller voter et s’exprimeraient quand même sans avoir à se déplacer ?  En effet, c’est tout cela qui a causé sa perte : sa légèreté manifeste face à un problème où ce dilettante de la fonction présidentielle a montré son incompréhension est à l’origine de son désastre final. Le remue-ménage actuel des procès intentés n’importe comment par un homme devenu grotesque déjà ridiculisé (Giuliani) : c’est Don Quichotte s’attaquant à des moulins à vent  (et il s’y connait en moulins !) !

(1) avec un grosse pensée pour Art Neville, chanteur et claviériste, co-fondateur du groupe et architecte du son incomparable des Brothers, mort à 81 ans le 22 juillet 2019.

(2) le temps de rédiger l’article et il a été éjecté par Trump… le 18 novembre, il l’avait littéralement incendié sur place, à partir surtout des racontars infondés de Giuliani, on ne lui donnait donc pas beaucoup de chances de survie à son poste, où Donald l’avait pourtant nommé… ici sa déclaration sur la sécurité du vote 2020. Un rappel d’être ardent tout en gardant sa confiance pour l’élection à venir.

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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