Du sang et des larmes !

Tout le monde le sait, et tous les ?conomistes sens?s connaissent le rem?de : la Banque centrale europ?enne doit ?videmment assouplir sa politique mon?taire. En d?autres termes, s?arranger pour que les taux d?int?r?t r?els baissent dans une Europe p?riph?rique assomm?e par les dettes et dans une Union qui, dans son ?crasante majorit?, souffre d?une croissance nulle et d?un ch?mage catastrophique. Jusque l?, rien de neuf sous le soleil dans un contexte o? l?inflation europ?enne moyenne est de l?ordre de 0.8% : loin ? bien loin !- de l?objectif de 2% de la BCE.

Cette trinit? infernale – inflation quasi nulle, ch?mage ? deux chiffres et croissance inexistante – complique donc consid?rablement la t?che des nations europ?ennes en crise dont le moteur est d?sormais en cale s?che et qui ne parviennent ?videmment plus ? am?liorer leur comp?titivit? pour regagner des parts de march?. Tous les param?tres et indicateurs penchent donc vers une d?flation qui ne pourra ?tre vaincue ? ou ? tout le moins ?vit?e ? que par un assouplissement mon?taire ?nergique d?une banque europ?enne qui n?a d?cid?ment rien de central? et qui se retrouve face ? un choix ? merk?lien ? du fait de l?impossibilit? de r?duire ses taux d?int?r?t sous la barre du z?ro absolu !

La BCE pourrait certes embo?ter les pas de la R?serve f?d?rale am?ricaine et de la Banque du Japon, championnes de ces baisses de taux quantitatives qui permettent une expansion bienvenue de la masse mon?taire et qui relancent du m?me coup les anticipations inflationnistes, et donc l?activit? ?conomique. Pour autant, contrairement aux USA et au Japon qui ?mettent chacun des obligations souveraines elles-m?mes rachet?es par leur propre banque centrale dans le cadre de ses programmes de cr?ation mon?taire, l?Union europ?enne n?est en mesure de mettre ? disposition de la BCE pour ses emplettes nulle dette europ?enne centralis?e.

En l?absence de ces pr?cieux Eurobonds, la BCE n?aurait donc d?autre alternative que d?acheter de mani?re s?lective les obligations des pays fragilis?s. Ce qui constituerait un v?ritable engagement de sa part en faveur de la solvabilit? et de la cr?dibilit? des finances du pays concern? : totalement inconcevable pour les allemands qui brandiraient imm?diatement le carton rouge de la violation des trait?s europ?ens, et qui rejettent avec horreur une telle aide inconditionnelle ? des nations accus?es de tous les exc?s.

Voil? pourquoi, si la BCE est vraiment d?sireuse d?augmenter sa base mon?taire en pr?sence des trait?s actuels, de son mandat qui restreint son champ d?action et de l?intransigeance allemande, elle devrait imm?diatement se lancer dans des acquisitions massives de Bons du Tr?sor am?ricains ! C?est-?-dire tout bonnement intervenir sur le march? des changes o? elle est autoris?e d?agir, selon son mandat et selon la loi europ?enne.

Ainsi, en lieu et place de proc?der ? une expansion mon?taire via des achats de dette de pays europ?ens p?riph?riques, son expansion mon?taire prendrait une autre forme tout aussi efficace : celle d?une cr?ation mon?taire qui viendrait affaiblir l?euro (et renforcer le dollar). Interventions se trouvant ?tre naturellement du ressort de la BCE qui n?aurait donc ? surmonter aucun obstacle l?gal dans une action qui autoriserait du m?me coup le r?tablissement de la comp?titivit? des nations du Sud, ressuscit?es ? la faveur d?une relance de leurs exportations. Lesquelles nations europ?ennes p?riph?riques auraient d?j? us? de ce levier de la d?pr?ciation mon?taire depuis plusieurs ann?es si elles n?avaient abdiqu? leur monnaie nationale au profit d?un euro o? elle n?avaient plus aucune ma?trise.

Le devoir absolu d?une banque centrale n?est-il pas de soutenir l??conomie dont elle a la charge ? A pr?sent que la Fed s?est engag?e sur une voie consistant ? r?duire progressivement sa propre cr?ation mon?taire, la BCE devrait au contraire intensifier la sienne, et contribuer ainsi de mani?re d?cisive ? red?marrer le moteur europ?en ? la faveur d?une baisse substantielle de la valeur de l?euro sur le march? des changes. En th?orie, les allemands eux-m?mes devraient applaudir ? de telles interventions qui doperaient encore davantage leurs exportations.

En pratique, nous ne faisons gu?re d?illusions car les allemands consid?reraient que les cigales du Sud tireraient trop facilement leur ?pingle du jeu car elles devraient la r?surrection de leur ?conomie ? une relance artificielle de leurs exportations, et non ? des mesures structurelles et de comp?titivit?. Du sang et des larmes, vous dis-je?

The post Du sang et des larmes ! appeared first on Michel Santi.

A propos de

avatar

Check Also

Ces allemands qui insultent Keynes et les citoyens européens

Le 2 juin dernier, Wolfgang Schäuble, Président du Bundestag allemand et ancien Ministre des Finances ...