Accueil / A C T U A L I T É / Des p?trodollars aux petrowars : les dessous de la politique ?trang?re Us

Des p?trodollars aux petrowars : les dessous de la politique ?trang?re Us

M.A.D.A.

Alors que l’issue de la guerre civile en Syrie semble suspendue au bon d?roulement des op?rations de d?mant?lement de l’arsenal chimique de Bachar el-Assad, les Russes se f?licitent de leur victoire diplomatique et de l’accord Kerry-Lavrov obtenu en septembre dernier qui a emp?ch? in extremis une intervention militaire pourtant ardemment souhait?e par Londres, Paris et Washington. Devant la complexit? des rapports de force des diff?rents acteurs impliqu?s, il convient d’analyser les enjeux g?opolitiques qui sous-tendent ce conflit, en ?clairant en particulier les motivations profondes de la politique ?trang?re des ?tats-Unis au Moyen-Orient.

Un Nobel de la Paix va-t-en guerre

George W. Bush, pr?sident des ?tats-Unis de 2001 ? 2008, et son administration de n?oconservateurs resteront dans l’histoire pour avoir pr?sid? ? deux guerres majeures du d?but du XXI?me si?cle?: la guerre d’Afghanistan contre le r?gime taliban d?but?e en 2001 et toujours en cours aujourd’hui, et la guerre d’Irak d?but?e en 2003 et officiellement achev?e en 2011. Son successeur Barack Obama, ?lu en 2008 puis r??lu en 2012, s’est d?marqu? de son pr?d?cesseur en op?rant un retrait progressif des troupes d’Irak (mais en augmentant celles pr?sentes en Afghanistan) et en lan?ant une campagne d’assassinats cibl?s par l’interm?diaire de drones au Y?men et au Pakistan (en particulier dans la r?gion du Waziristan). Selon le rapport?The Year of the Drone?publi? en 2010 par la?New America Foundation, 32 % des victimes des attaques de drones au Pakistan sont des civils. Le 10 d?cembre 2009, soit dix jours apr?s avoir annonc? l’envoi de 30.000 soldats suppl?mentaires en Afghanistan, Barack Obama re?oit le prix Nobel de la Paix ? Oslo, d?montrant si besoin ?tait que la realpolitik (1) ne craint pas les contradictions. En 2011, les Etats-Unis ont appuy? l’intervention militaire en Libye ? travers les??r?solutions 1970?et??1973?du Conseil de s?curit? des Nations unies qui mirent en place un embargo sur les armes et une zone d’exclusion a?rienne au-dessus de la Libye. Ces r?solutions furent suivies d’un intense bombardement de l’OTAN lors de l’op?ration?Unified Protector, qui mena?in fine?? la mort de Mouammar Kadhafi le 20 octobre 2011. En parall?le, les Etats-Unis ont soutenu (m?diatiquement, diplomatiquement et financi?rement comme nous le verrons plus loin) le camp des autoproclam?s ??rebelles?? lors de la guerre en Syrie. La r?volte populaire anti-Assad de mars 2011 s’est rapidement transform?e en guerre civile meurtri?re, impliquant de nombreux acteurs ext?rieurs aux int?r?ts propres aux premiers rangs desquels les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Royaume-Uni et la France, et de l’autre c?t? la Russie, la Chine, l’Iran et le Liban. Cette ??guerre g?ostrat?gique par procuration?? a fait ? ce jour plus de cent mille morts?selon l’ONU, dont plusieurs dizaines de milliers de civils.

Au-del? de ces indications pr?liminaires d’ordre factuel, il faut bien comprendre une chose?: le ??printemps arabe?? qui embrase l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient depuis la fin de l’ann?e 2010 sert de combustible ? un cocktail explosif dont la m?che a ?t? pr?par?e de longue date par les Etats-Unis et leurs alli?s. La cible et l’objectif de ce jeu macabre?: appliquer ? leur profit l’adage latin maintes fois v?rifi? dans l’histoire?:?divide ut regnes, « diviser pour r?gner ». Rappelons ce que rapporte Wesley Clark (ancien g?n?ral quatre ?toiles des?United States Armed Forces?et Commandant du?Supreme Headquarters Allied Powers Europe?de l’OTAN de 1997 ? 2000, ayant dirig? le bombardement du Kosovo lors de l’op?ration?Allied Force?en 1999) lors de son?discours au Commonwealth Club of California le 3 octobre 2007. Wesley Clark a ?t? inform? en 1991 par l’ancien pr?sident de la Banque mondiale Paul Wolfowitz (alors sous-secr?taire ? la politique de D?fense) que les ?tats-Unis avaient « environ cinq ou dix ans devant [eux] pour nettoyer ces vieux r?gimes clients des sovi?tiques – la Syrie, l’Iran, l’Irak – avant que la prochaine superpuissance ne vienne [les] d?fier ». Dix ans plus tard, en novembre 2001, Wesley Clark apprend au Pentagone que des plans pour attaquer l’Irak sont « en discussion dans le cadre d’un plan quinquennal, […] d?butant avec l’Irak, puis la Syrie, le Liban, la Libye, l’Iran, la Somalie et le Soudan ».

La realpolitik au service des p?trodollars

Pour comprendre les orientations et les strat?gies mises en place aujourd’hui par les ?tats-Unis au Moyen-Orient, il convient de se placer dans l’?tude historique de leur politique ?trang?re. Un petit retour ? l’?poque de l’apr?s-guerre nous permet de mettre ? jour les m?canismes ?conomiques par lesquels les Etats-Unis se sont assur?s une h?g?monie plan?taire (qu’ils entendent bien conserver) au cours de la seconde moiti? du XX?me si?cle.

? la sortie de la deuxi?me guerre mondiale, les ?tats-Unis disposent de la plus grande partie des capitaux mondiaux. Ils produisent la moiti? du charbon, les deux tiers du p?trole, plus de la moiti? de l’?lectricit? au niveau mondial, et d?tiennent deux tiers des r?serves mondiales d’or. Les accords de Bretton Woods sign?s en 1944 mettent en place un syst?me d’?talon change-or (Gold-Exchange Standard)?fond? sur le dollar US?: toutes les monnaies sont d?finies en dollar, et seul le dollar est d?fini en or. Le taux de change des diff?rentes monnaies est ?tabli par rapport au dollar, et les r?serves des banques centrales doivent ?tre constitu?es de devises (2) et non plus d’or. Du dollar d?pendent d?sormais la croissance et l’inflation mondiales, au service des Trente glorieuses pr?sidant l’essor ?conomique et l’opulence du ??monde occidental??. En revanche, le gouvernement am?ricain est cens? – ? travers la Federal Reserve System, ou FED – garantir la valeur ??r?elle?? du dollar et s’interdire d’imprimer trop de monnaie. Les accords de Bretton Woods donnent aussi naissance ? la Banque mondiale et au Fonds mon?taire international,??dont le r?le officiel est???de promouvoir la coop?ration mon?taire internationale, de garantir la stabilit? financi?re, de faciliter les ?changes internationaux, de contribuer ? un niveau ?lev? d’emploi, ? la stabilit? ?conomique et de faire reculer la pauvret? (3)??.

Dans les ann?es 1960, la guerre du Vi?tnam et la course ? l’espace conduisent le gouvernement am?ricain ? multiplier les d?penses et ? cr?er une immense liquidit? internationale de dollars. Voyant se d?s?quilibrer la balance des paiements des ?tats-Unis, la France et d’autres pays europ?ens r?clament la contrepartie en or d’une forte proportion des dollars qu’ils poss?dent. Les ?tats-Unis ne s’y soumettent pas, souhaitant conserver leur encaisse-or. Pour ?viter ce remboursement en or, le pr?sident des ?tats-Unis Richard Nixon d?cide le 15 ao?t 1971 de mettre fin ? la convertibilit? du dollar en or (d?cision officialis?e le 8 janvier 1976 suite aux Accords de la Jama?que). Le syst?me des taux de change fixes s’?croule d?finitivement le 19 mars 1973 et est remplac? par un syst?me moins r?gul? de changes flottants (ou r?gime de changes flexibles). La cr?ation mon?taire est ainsi lib?r?e des contraintes d’un ?talon mon?taire mondial fixe existant en quantit?s finies, mais cela affecte d?sormais la demande globale de dollars US, et menace directement l’?conomie ?tats-unienne. Le gouvernement des Etats-Unis, aid? par des compagnies aux lobbies tout-puissants, trouve alors une ressource de rechange pour conserver la supr?matie du dollar?: le p?trole.

En 1973, le secr?taire d’?tat des ?tats-Unis Henry Kissinger passe des accords secrets avec la famille royale d’Arabie Saoudite?: les ?tats-Unis lui offrent une protection militaire et un approvisionnement en armement, contre l’assurance que l’Arabie Saoudite vendra d?sormais son p?trole contre des dollars US uniquement, et investira les profits exc?dentaires dans les bons du Tr?sor et les billets am?ricains. D’autres accords pass?s en 1971 et 1973 obligent l’ensemble des pays de l’OPEC(4)(4) ? vendre leur p?trole en dollars US, ce qui cr?? une demande permanente de dollars sur le march? international des ?changes. La plupart des pays du monde ?tant d?pendants des importations de p?trole, le p?trodollar devient la monnaie de r?serve dominante dans le monde, rempla?ant l’or comme monnaie ?talon. Depuis lors et jusqu’? aujourd’hui, les pays importateurs et exportateurs se voient donc dans l’obligation d’acheter des dollars US aupr?s de la FED, la r?serve f?d?rale des ?tats-Unis, qui est la seule institution autoris?e ? ?mettre cette monnaie.

Apr?s quarante ans d’inflation et deux (voire trois) chocs p?troliers, les prix du p?trole s’envolent?: en 1972 le baril de p?trole est ? 1,90 USD, en 1981 ? 34 USD, et en 2008 ? plus de 140 USD. En cons?quence, les b?n?fices des pays producteurs de p?trole, ainsi que des ?tats-Unis qui profitent des transactions en dollars US, explosent. Ainsi le dollar US, monnaie d’un ?tat f?d?ral qui accuse en 2012 une dette totale de plus de 16.000 milliards de dollars soit 103% du PIB, tient bon gr?ce ? son adossement au p?trole et ? la d?pendance de la plupart des pays industrialis?s ? cette ressource.

Les guerres des hydrocarbures, au nom de la paix et de la d?mocratie

Le fait que l’euro et le yen soient des monnaies fortes a amen? certains pays exportateurs de p?trole ? souhaiter ?tre pay?s dans une autre monnaie que le dollar US. S’ils y parvenaient, la valeur du dollar US diminuerait fortement par rapport aux autres monnaies, ce qui augmenterait le prix des importations aux Etats-Unis et ruinerait leur ?conomie. On comprend d?s lors que tous les pays qui annoncent publiquement vouloir vendre leur p?trole dans une autre monnaie que le dollar se retrouvent dans une ligne de mire qui tourne souvent au d?sastre humanitaire?:

??IRAK

En 2000, le pr?sident irakien Saddam Hussein, qui avait d?j? entam? la nationalisation des compagnies p?troli?res en 1972, annonce que les transactions p?troli?res se feront d?sormais avec des devises en euros plut?t qu’en dollars.

En 2001 George W. Bush devient le pr?sident des ?tats-Unis et appelle aupr?s de lui plusieurs sympathisants n?oconservateurs du?Project for the New American Century?(PNAC)?: Jeb Bush, Dick Cheney, Zalmay Khalilzad, Lewis Libby, Dan Quayle, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz?; ainsi que Condoleezza Rice, ex-collaboratrice de Chevron (Texaco). Plusieurs d’entre eux sont signataires de la lettre que le PNAC envoya ? Bill Clinton en 1998, qui stipulait que ??la seule strat?gie acceptable est celle qui ?limine la possibilit? que l’Irak puisse ou menace d’employer des armes de destruction massive. ? court terme, cela signifie la volont? d’entreprendre une action militaire(5)??. (5)

Imm?diatement apr?s le 11 septembre 2001, Donald Rumsfeld (alors secr?taire ? la D?fense des ?tats-Unis) et Dick Cheney (alors vice-pr?sident des ?tats-Unis et ancien directeur d’Halliburton, une multinationale sp?cialis?e dans l’industrie p?troli?re qui a d?croch? de gros contrats en Irak en 2003) mettent en ?uvre un projet pour faire tomber l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran. Paul Wolfowitz (alors secr?taire adjoint ? la D?fense, sous les ordres de Donald Rumsfeld),?d?clare?: ??les revenus du p?trole irakien au cours des deux ou trois prochaines ann?es vont apporter 50 ? 100 milliards de dollars, qui viendront rembourser la propre reconstruction du pays et plus encore??.

En 2003, les ?tats-Unis et leurs alli?s envahissent l’Irak en pr?textant que le r?gime dispose d’armes de destruction massive (??weapon of mass destruction??, ou WMD), et lancent l’Operation Iraqi Freedom?qui pr?voit la chute de Saddam Hussein et l’instauration d’une d?mocratie irakienne. Deux mois apr?s l’invasion de l’Irak de mars 2003, George W. Bush annonce le r?tablissement des ventes du p?trole irakien en dollar US.

??IRAN?(deuxi?me producteur de p?trole au monde et premier exportateur de l’OPEC. Dispose par ailleurs de la plus grande r?serve en gaz naturel au monde)

En 1951, le futur Premier ministre d’Iran Mohammad Mossadegh nationalise la compagnie p?troli?re britannique Anglo-Iranian Oil Company (qui deviendra The British Petroleum Company en 1954, aujourd’hui BP) et entame une politique anti-britannique.?L’op?ration secr?te Ajax, men?e en 1953 par le MI6 (service de renseignements ext?rieurs du Royaume-Uni) et la CIA (principale agence de renseignements des ?tats-Unis), destitue Mohammad Mossadegh et consolide le pouvoir du Chah Mohammed Reza Pahlavi. La Anglo-Iranian Oil Company est alors restaur?e, et des licences sont accord?es ? cinq entreprises p?troli?res ?tats-uniennes, en plus de la Royal Dutch Shell et de la Compagnie fran?aise des p?troles (aujourd’hui Total).

En 1979 l’Ayatollah Khomeini prend le pouvoir lors de la r?volution iranienne. Un an plus tard l’Irak, soutenu financi?rement et militairement par les autres pays arabes puis par les ?tats-Unis et les pays occidentaux, envahit l’Iran?: c’est le d?but de la premi?re guerre du Golfe.

En 1996, les ?tats-Unis imposent un embargo sur les importations de p?trole et d’autres produits iraniens.

Depuis 2003, l’Iran demande que ses exportations de p?trole vers l’Europe et l’Asie soient pay?es en euros plut?t qu’en dollars. En 2006, le Venezuela appuie la d?cision de l’Iran. Le 17 f?vrier 2008, l’Iran ouvre l’Iranian International Petroleum Exchange, une bourse o? s’?changent des produits d?riv?s du p?trole iranien, ayant ? terme pour objectif d’?changer ?galement le p?trole brut. La particularit? de cette bourse est que les ?changes se font principalement en rial iranien et non en dollar comme dans les autres bourses mondiales. ? terme, d’autres monnaies pourraient ?tre utilis?es, dont l’euro. En f?vrier 2009, l’Iran annonce avoir compl?tement cess? de conduire des transactions p?troli?res en dollars US.

Les pays de l’Union europ?enne ont d?cid? le 23 janvier 2012 d’imposer un embargo p?trolier graduel contre l’Iran, et de sanctionner sa banque centrale afin d’ass?cher le financement de son (suppos?) programme nucl?aire.

??LIBYE

Apr?s le coup d’?tat qui le porte ? la t?te du pouvoir libyen en 1969, Mouammar Kadhafi contraint en 1970 les compagnies p?troli?res ?trang?res ? accepter une augmentation du prix du baril, ouvrant la voie aux autres pays producteurs. En 1973, il nationalise les compagnies p?troli?res. Le choc p?trolier enrichit le pays.

Peu avant l’intervention de l’OTAN en Libye d?but 2011, Mouammar Kadhafi avait refus? le dollar comme monnaie de r?glement du p?trole libyen. Il s’appr?tait ?galement ? cr?er un bloc de pays africains fonctionnant avec une monnaie index?e sur l’or, afin de remplacer le dollar dans les transactions r?gionales.

Le 17 mars 2011 le Conseil de s?curit? des Nations unies, dont cinq membres permanents sont pourvus d’un droit de v?to (la Chine, les ?tats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie), adopte??la r?solution 1973?qui autorise des frappes a?riennes contre les forces de Kadhafi, ??pour la protection du peuple libyen??. Apr?s 9.658 raids de bombardement et 7.700 bombes et missiles tir?s, le nombre de victimes civiles n’a pas ?t? d?voil?.

Dans les cas de la guerre en Afghanistan et du soutien qu’apportent les Etats-Unis et quelques pays europ?ens belliqueux (France et Royaume-Uni notamment) ? la r?bellion syrienne anti-Assad, il s’agit l? aussi d’int?r?ts g?ostrat?giques concernant l’acheminement des hydrocarbures de la r?gion du Caucase (productrice) vers les pays europ?ens (consommateurs).

??AFGHANISTAN

Le fond de la mer Caspienne regorge de gisements de p?trole et de gaz qui sont encore relativement peu exploit?s. Contrairement au p?trole des p?tromonarchies, de l’Irak ou de l’Iran, qui peut s’exporter ais?ment depuis les ports du golfe persique, le p?trole et le gaz de la Caspienne n?cessitent d’?tre achemin?s par des pipelines avant d’?tre export?s en Europe et aux ?tats-Unis. Plusieurs trac?s sont possibles depuis l’Azerba?djan, en passant par la Russie, la G?orgie, l’Arm?nie ou la Turquie. L’ol?oduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) par exemple, ouvert en 2005, transporte le p?trole brut du champ p?trolif?re de la mer Caspienne jusqu’? la mer M?diterran?e. Mais pour d?congestionner les d?troits du Bosphore et des Dardanelles, il faut trouver de nouveaux trac?s. Les Etats-Unis, d?sireux d’?viter la Russie et l’Iran pour acheminer le p?trole et le gaz turkm?ne, imaginent le projet de pipeline TAP qui traverserait le Turkestan, l’Afghanistan et le Pakistan, mais ils se heurtent ? l’opposition du r?gime taliban afghan.

En 2001, pr?textant capturer Oussama Ben Laden, d?truire l’organisation Al-Qa?da et renverser le r?gime taliban, les ?tats-Unis envahissent l’Afghanistan. Hamid Karzai (ancien consultant de la compagnie p?troli?re et gazi?re californienne Unocal) devient le pr?sident de l’Administration int?rimaire en 2001 puis pr?sident de l’Afghanistan en 2004?; il est r??lu ? ce poste en 2009.?Un rapport de 2009?de l’United?Nations Office on Drugs and Crime?r?v?le par ailleurs que le trafic d’opium en Afghanistan (qui avait ?t? presque totalement ?radiqu? par le r?gime taliban en 2001, cf. infographie ci-dessous)?repr?sente aujourd’hui 93% de la production mondiale?et g?n?re 3,4 milliards de dollars de revenus annuels. Cette manne opiac?e profite directement aux trafiquants et aux paysans qui cultivent le pavot ? opium, mais aussi et surtout (pour 75% de la somme) aux officiels du gouvernement, ? la police et aux autorit?s locales et r?gionales. Ahmed Wali Karza?, le fr?re du pr?sident afghan Hamid Karza?, a ?t? accus? de narcotrafic et de corruption,?et recevait de l’argent de la CIA. Le pr?sident Hamid Karza? lui-m?me?a re?u des dizaines millions de dollars de la CIA, ce qui r?v?le la pr?occupation de l’agence d’accro?tre l’influence des ?tats-Unis dans le pays.

??SYRIE

Un des torts de la Syrie est de se trouver sur la route (ou plut?t, sur une des routes) du p?trole venant d’Iran et ? destination des pays europ?ens. Un autre de ses torts est d’?tre l’alli? ind?fectible de l’Iran (lui-m?me l’ennemi des Etats-Unis depuis la r?volution islamique de 1979), pour des raisons historiques. Pour acheminer le p?trole iranien vers l’Europe, un projet de pipeline traversant l’Irak et la Syrie a ?t? mis au point par la Russie. Ce projet mena?ait les int?r?ts des Etats-Unis, de la Turquie (un des principaux b?n?ficiaires du transit du p?trole iranien sur son sol, et un alli? pr?cieux des Etats-Unis dans la r?gion) et des p?tromonarchies sunnites du Golfe, au premier rang desquelles l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Selon le journaliste Charlie Skelton du Guardian, la ??transition d?mocratique?? en Syrie a ?t? pr?par?e par les Etats-Unis d?s 2005 ? travers le programme?Arab Reform Initiative?initi? par leCouncil on Foreign Relations?(CFR), un des think-tank (6) les plus influents en mati?re de politique ?trang?re aux ?tats-Unis.?Un article du Washington Post?- prenant appui sur des?c?bles diplomatiques confidentiels?fuit?s par Wikileaks – a r?v?l? qu’en 2006 le?United State Department of State (7)?a propos? cinq millions de dollars pour financer le?Syria Democracy Program, un programme destin? ? ??acc?l?rer le travail des r?formateurs en Syrie??. En 2008, le?Democracy Council?bas? aux USA et le?Movement for Justice and Development?(MJD) bas? ? Londres ont organis? ? Washington une conf?rence dont l’objectif ?tait clairement contenu dans l’intitul? de la r?union?: ??La Syrie en transition??. Le MJD – un r?seau d’opposants syriens de l’?tranger -?aurait re?u six millions de dollars?du m?me?State Department?pour d?velopper ses activit?s, notamment par le biais de la cha?ne?Barada TV.

Allant dans le m?me sens,?un article du New York Times?r?v?le que l’autoproclam?e ??Arm?e Syrienne Libre?? (Free Syrian Army?ou?FSA) b?n?ficia en 2011 de l’aide d’agents de la CIA install?s au Sud de la Turquie. Leur but ?tait de choisir les combattants anti-Assad qui recevraient des armes (des fusils automatiques, des lance-roquettes, des munitions et des armes antichars) fournies par la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar. Ces armes seraient ensuite achemin?es depuis la Turquie jusqu’en Syrie par un ??obscur r?seau d’interm?diaires incluant des Fr?res Musulmans syriens(8)??.(8)

En 2012 enfin, le?State Department?a autoris? 15 millions de dollars d’aide?(fournitures m?dicales et mat?riel de communication) aux ??groupes d’opposition civile?? en Syrie. Toutefois, cette somme para?t presque ridicule lorsqu’on la compare au?fonds de 300 millions de dollarspromis lors du?Syrian Business Forum?qui s’est tenu en juin 2012 ? Doha (capitale du Qatar). Le fonds – aliment? par des hommes d’affaires syriens install?s ? l’?tranger – serait destin? ? ??soutenir toutes les composantes de la r?volution en Syrie??, selon les termes de?Wael Merza, alors secr?taire g?n?ral du?Syrian National Council?(SNC). Selon Merza, 150 millions de dollars auraient d?j? ?t? d?pens?s, en partie pour financer les op?rations militaires de la?Free Syrian Army.

Il est important de noter que le?Syrian National Council, organe politique de l’opposition syrienne cr?? en Turquie en 2011 et constitu? en grande partie de fr?res musulmans syriens, a ?t? largement financ? par la Libye post-Kadhafi (? hauteur de 20,4 millions de dollars), par le Qatar (15 millions de dollars) et par les ?mirats arabes unis (5 millions de dollars) (9)??. Pour le chercheur Fabrice Balanche (10), le?Syrian National Council?est ??un groupe tr?s disparate constitu? et financ? par le Qatar et appuy? par la France (11)??.

Enjeux g?opolitiques des guerres modernes?: un secret ? ?venter

Ces faits largement m?connus du grand public jouent pourtant un r?le d?terminant dans la politique ?trang?re US, et plus largement dans la comp?tition acharn?e et mortif?re ? laquelle se livrent toutes les nations du monde.On nous parle de « lutte de civilisations ». Une th?se manich?enne et simpliste cachant les v?ritables enjeux g?ostrat?giques qui sous-tendent les guerres men?es au nom de la libert?, des droits de l’homme et de la d?mocratie. Qu’il s’agisse d’une guerre dite civile, conventionnelle, asym?trique ou dissym?trique pour reprendre la terminologie militaire, ou encore de haute ou de basse intensit? (avec tout le cynisme que comporte l’expression ??basse intensit? pour ceux qui vivent ces conflits), la premi?re et plus d?sastreuse cons?quence d’une guerre est la mort et l’exode de millions d’individus. La guerre implique l’atomisation des familles, le d?chirement d’un peuple, l’agonie d’une culture, la r?gression d’une histoire. La guerre laisse derri?re elle des territoires exsangues, des pays d?vast?s, des carcasses fumantes et des cadavres puants. La guerre balafre et d?figure. Les guerres d’Irak et d’Afghanistan, qui ont co?t? plus de 5.000 milliards de dollars (12) aux contribuables ?tats-uniens, ont d’abord co?t? la vie ? plus d’un million de personnes, dont plus de 200.000 ont ?t? identifi?s comme morts de guerre directs.

Les multinationales qui exploitent le p?trole et le gaz du Caucase et du Moyen-Orient, les man?uvres g?opolitiques mesquines et hypocrites des strat?ges des think-tank US, les rivi?res de diamants et les r?ves aussi pharaoniques qu’insens?s des monarques du Golfe, les calculs bassement p?cuniaires des vendeurs d’armes transnationaux, les milliardaires mafieux qui profitent des exactions et des ??victoires?? de telle ou telle milice arm?e… ceux-l? m?ritent-ils qu’un seul ?tre p?risse sur l’autel de leurs int?r?ts??

Source?: blog de l’auteur?:?karamareporter.wordpress.com

Notes?:


11 La realpolitik (ou « politique r?aliste ») est d?finie par le diplomate ?tats-unien Henry Kissinger comme ??la politique ?trang?re fond?e sur le calcul des forces et l’int?r?t national??. Henry Kissinger,?Diplomatie, ?d. Fayard, 1996, p. 123.

2 Une devise est l’unit? mon?taire d’un pays ou d’une zone ?conomique.

3 Pr?sentation du FMI par lui-m?me?:?Guide du FMI. Qu’est-ce que le Fonds mon?taire international??, Washington, 2004, p. 1.

4 Organization of Petroleum Exporting Countries, ou?Organisation des pays exportateurs de p?trole?(OPEP) en fran?ais.

5 ??Lettre du PNAC au Pr?sident Bill Clinton??, sur le site internet du PNAC.

6 Groupe de r?flexion informel et priv?, qui peut parfois agir comme un lobby aupr?s d’un gouvernement.

7 L’?quivalent aux ?tats-Unis du minist?re des Affaires ?trang?res fran?ais.

8 Eric Schmitt, « C.I.A. Said to Aid in Steering Arms to Syrian Opposition? »,?NYTimes, 21 juin 2012.

9 Chiffres officiels au 31 octobre 2012.

10 Directeur du?Groupe de recherches et d’?tudes sur la M?diterran?e et le Moyen-Orient(Gremmo) et ma?tre de conf?rences ? l’Universit? Lyon 2.

11 Armin Arefi, « Syrie?: l’opposition en voie de d?composition?? »,?Le Point.fr, 29 f?vrier 2012.

12 En prenant en compte les co?ts indirects et subs?quents.

michelcollon.info

A propos de

avatar

Check Also

Les démés…

Il existe trois grands traumatismes dans la vie d’un être humain : la naissance, la mort ...