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Des expositions et une BD pour tout savoir sur la pire « serial killeuse » de France

Combien de femmes, d’hommes, d’enfants, et même de curés, Hélène Jégado a-t-elle fait passer de vie à trépas en mijotant ses soupes à l’arsenic dans les différentes maisons où elle a été employée ? Nul ne le sait avec exactitude. Mais le nombre le plus souvent retenu, au-delà des 37 victimes avérées, est une soixantaine de personnes, y compris quelques membres de sa propre famille. Certains évoquent même une centaine de victimes ! Plusieurs expositions sont, ou vont être, consacrées en Ille-et-Vilaine au parcours criminel de la plus grande tueuse en série qui ait sévi en France…

Le 26 octobre 2017, je publiais sur cette empoisonneuse bretonne, née en 1803 dans une modeste famille de paysans morbihannais, un article – Moi, Hélène Jégado, cuisinière et tueuse en série – dans lequel un dénommé Fergus, gazetier rennais, recueillait le 25 février 1852 la parole de cette criminelle multirécidiviste la veille de sa décapitation dans la métropole bretonne sur l’échafaud du Champ de Mars. Une sorte de confession – évidemment apocryphe – dans laquelle la cuisinière incarcérée ne révélait pourtant pas la totalité de ses forfaits à la mort-aux-rats. Mais Hélène Jégado ne pouvait éluder le fait que, dans tous les lieux où elle était passée, elle avait assaisonné d’arsenic les soupes de tout ou partie des personnes habitant les maisons où elle était employée, en laissant derrière elle une longue litanie de cadavres.

D’aucuns ont affirmé que cette femme simple, devenue experte du « bouillon d’onze heures », y avait été poussée par une pulsion meurtrière qui semblait l’avoir habitée dès son enfance. Certains ont même vu dans ce parcours assassin d’une implacable et glaçante froideur une identification pathologique d’Hélène Jégado à l’Ankou. Il est vrai que cette effrayante personnification de la Mort était omniprésente dans les croyances du temps et sur les sculptures des enclos paroissiaux, notamment en Basse-Bretagne. Il est vrai également que la mère de la gamine brandissait fréquemment cet Ankou comme une menace pour maintenir Hélène et sa fratrie dans la crainte de Dieu. Une petite fille aurait été terrifiée à moins. De là à avoir l’esprit durablement perverti, au point de tuer, de tuer encore, de tuer toujours avec autant de détermination que d’application… C’est pourtant ce qui semble s’être passé. Avec, à la clé, une curiosité : Hélène Jégado étant une psychopathe collectionneuse, elle avait tenu à garder un souvenir de chacun de ses assassinats, ou du moins de la plupart de ceux qui avaient débouché sur un trépas. Étonnant personnage ! Quel qu’ait pu être son réel profil psychologique, cette redoutable tueuse en série a été et reste une fascinante criminelle qui n’a sans doute pas fini de susciter des interrogations.

Tout ce qui figure dans ce texte est à retrouver, en beaucoup plus détaillé et enrichi de nombreuses gravures et de reproduction des documents d’époque, dans la superbe exposition « Hélène Jégado : un bol d’arsenic ? » qui se tient aux Archives départementales de Rennes* jusqu’au 10 janvier 2020. Un évènement à ne pas manquer pour tous ceux qui résident ou séjournent momentanément dans la région, tant le travail accompli par les responsables des Archives et de la conservation du Patrimoine d’Ille-et-Vilaine est remarquable. L’exposition est d’autant plus attractive que ces personnes – Claude Jeay, Éric Joret et Marion Ferrer – ont eu la bonne idée de la concevoir en mêlant les fac-similés de documents d’origine, telles des pièces de l’instruction et du procès, à des planches de dessins extraits de la bande dessinée en deux tomes Arsenic consacrée à Hélène Jégado en 2017 par l’auteur Olivier Keraval et le dessinateur Luc Monnerais**. Quelques éléments de scénographie ainsi que des reconstitutions sculptées de la tête des principaux protagonistes du procès complètent l’espace d’exposition. Autre point intéressant : l’un des panneaux est consacré aux méthodes de médecine légale de l’époque et notamment aux travaux du professeur Faustino Malaguti sur le cas d’Hélène Jégado. Un autre retrace l’histoire de la « cuisine à l’arsenic » longtemps associée à la marquise de Brinvlliers. Un troisième situe le procès et l’exécution dans le contexte politique de l’époque, dominé par le Coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Au total : 16 panneaux, tous d’un grand intérêt.

Une autre exposition, basée sur les mêmes éléments et mise en scène autour du bureau reconstitué de Me Dorange, l’avocat d’Hélène Jégado, sera visible au Centre d’Animation Salvador Allende de Saint-Malo jusqu’au 5 novembre 2019 en marge du festival de BD Quai des Bulles. Les amateurs de nature sauvage et de bol d’air iodé pourront même voir une 3e exposition sur Hélène Jégado dans le superbe cadre du sémaphore de la Pointe du Grouin du 21 au 25 octobre 2019.

Pour mémoire, rappelons que l’histoire d’Hélène Jégado a inspiré à l’écrivain Jean Teulé une biographie romancée intitulée Fleur de Tonnerre (Julliard, 2013). Un film éponyme a été réalisé en 2017 par Stéphanie Pillonca-Kervern avec l’actrice Déborah François dans le rôle de la Jégado, alias « Fleur de Tonnerre ». Quant aux deux tomes de la BD ArsenicAscension vers l’échafaud et L’ombre de la décapitée –, ils viennent d’être regroupés par Keraval et Monnerais dans un ouvrage unique comportant 110 planches de dessins auxquelles s’ajoutent 10 pages documentaires ; cette BD, publiée par l’éditeur finistérien Locus Solus, est intitulée La Jégado, tueuse à l’Arsenic. Une histoire à déguster sans modération, au contraire des soupes de cet effroyable Ankou en coiffe de coton et robe de laine*** !

1 rue Jacques Léonard – 35 000 Rennes (bus lignes C4 et 14, arrêt Préfecture)

** En marge de cette exposition, l’on peut voir en vidéo une interview d’une quinzaine de minutes dans laquelle les deux créateurs de la BD « Arsenic » exposent la démarche qu’ils ont suivie.

*** Plus probablement en « milaine » (mélange de laine et de lin) ou en « berlingue » (mélange de laine et de chanvre).

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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