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Derrière le procès de Bouaké, l’ombre pesante des marchands d’armes en Afrique (9)

Il est temps d’en arriver, après huit épisodes, aux soutiens politiques d’un tel marchand d’armes.  Sans trop de surprise, ils sont évidement liés à la droite dure, sinon l’extrême droite et a un anticommunisme viscéral qui mène aussi à Reagan et ses successeurs dans le genre.

 

Tokoph n’aura pas eu le temps de serrer la main à Donald Trump, mais chez lui dans son salon, un cadre de photo le montrait fièrement aux côtés de l’ineffable G.W.Bush et un autre auprès de son père. 

 

David Tokoph a été très proche de l’armée et de l’administration américaine, comme on va le voir aujourd’hui :  un de ses fleurons aériens avait été auparavant un transporteur de prisonniers de prisons fédérales !!!

 

 

Les multiples sociétés de Tokoph et ses liens avec l’armée américaine

 

 

Un visiteur de  Polokwane, appelé Great Dane et fort spécialisé, avait soulevé une autre question en présentant un de ces clichés où figuraient deux appareils. A gauche le Boeing déjà connu, immatriculé ZS-SIM B737-200 d’Inter Air, et à ses côtés un 737 tricolore, arborant une feuille rouge sur le fuselage et  un vieil avion ancien Avensa YV-74C de 1979 qui a aussi un pedigree surprenant, car il a été un temps (pendant deux années de 1990 à 1992 un des Trump Shuttle, à savoir un des premiers avions de ligne du magnat sous l’immatriculation N921TS (puis US Air Shuttle).

 

 

 

Le service des Trump Shuttle (à gauche c’est le N906TS) s’arrêtera au bout d‘à peine deux ans, avec 135 millions de dollars de dettes. US Air négociera la reprise sur 10 ans.  Elle deviendra US Airways en 2000.  A la Gardia, les hélicoptères de Trump Air, devant lesquels il aimait tant poser, prenaient le relais pour les plus fortunés.  Ce n’est pas la première entreprise de Trump qui a fini en faillite complète !  Le N921TS devenu  N143AZ sera enregistré chez une mystérieuse société appelée Blue Falcon Corporation. Or on retrouvera assez vite qui se cachait derrière cette entreprise créée le 24 octobre 1991 et installée à El Paso, au Texas : c’était encore et à nouveau David Tokoph !!! Une société détentrice également du Boeing 727-35 N° de fabrication 18817. Un 727 encore, étrangement peint d’un intitulé « Air1 » … l’appareil était le N4616, et avait porté de multiples surnoms : chez National Airlines  tout d’abord où il s’appelait « Doris« , chez Pan Am où il avait été surnommé « Clipper Young Mechanic », et enfin chez Greco Air Inc, puis Aviation Sales, avant de s’inscrire chez Blue Falcon Corp !!

On remarquera que Tokoph n’hésitait pas à faire glisser ses jets d’une de ces sociétés à une autre. Dans quel but, lui seul devait le savoir. Jouer avec les impôts et les taxes pourrait être la piste la plus simple, au-delà de tout usage délictueux plus grave.  Il n’empêche : d’appeler un 727 du même nom que le jet présidentiel, avouez que c’était sinon puéril pour le moins ridicule !!!  Plus surprenant encore lorsqu’on découvre un autre cliché du Boeing N°18817, datant plus tardivement (de 1993), pris à Orly en France lors d’une visite officielle :  l’appareil était alors tout blanc avec un seul filet bleu et arborait une cocarde militaire américaine sur ses réacteurs.  Il avait en effet été intégré sous le N°83-4616 dans l’Us Air Force !!!  Comment donc Tokoph avait-il pu faire pour revendre un avion aussi ancien à l’armée reste un mystère qui sent fort le cadeau pour services (discrets) rendus.  L’avion aurait été scrappé depuis.  Un de ses collègues, le N°83-4616 avait fait une apparition remarquée quatre ans auparavant à Air Tatoo en juillet 1989.

Le cas passé à la trappe d’Aero Africa

Les archives historiques sont importantes on le sait. Surtout dans le cas de David Tokoph, car depuis sa disparition on s’amuse beaucoup à effacer ses traces …beaucoup de traces.  Comme j’ai suivi les exploits du bonhomme sur plusieurs années, je n’ai pu que le constater. Sur le net en particulier, des « nettoyeurs » sont passés, à l’évidence pour lui redorer de façon posthume le blason. Le plus bel exemple, je pense, est ici : j’avais eu la présence d’esprit de sauvegarder la copie d’écran de la présentation d’une de ses firmes-écran appelée « Aero Africa », en septembre 2015, sur Wikipedia. Trois ans après, voici ce qu’il en est advenu, toujours sur Wikipedia :

Le texte de 2015 disait ceci : « Aero Africa est une compagnie aérienne charter basée au Swaziland. La compagnie aérienne figure sur la liste des transporteurs aériens interdits dans l’Union européenne, David Tokoph possède et exploite Aero Africa, ainsi que Interair, depuis sa base d’El Paso. Les deux compagnies aériennes, et une troisième, opèrent à partir d’un hangar à Polokwane, en Afrique du Sud pour réduire les coûts. Son ingénieur d’entretien de vol, Douglas Stewart Robinson, est le frère d’Anthony Gilbert Robinson, qui est mort en 2001 alors qu’il faisait passer clandestinement des « Perlemoen », de Polokwane à Harare. La CAA n’a jamais abouti à une conclusion ou résolu ce cas ». Ou, vous avez bien lu : le fameux Robinson mort écrasé par ses ormeaux (cf l’épisode précédent) était bien le propre frère du compagnon de route de Tokoph, son technicien principal !!!  Or si vous vous rappelez également le nom de celui qui était venu proposer deux avions Convair au président du Treskei, il avait pour nom… « Tony » Levinson, et avait proposé à la présidence l’appareil appartenant à … David Tokoph !!!  Sidérant !!!

L’étrange provenance des avions de Tokoph

Tout aussi sidérant est le Boeing 727 qu’utilisait Aero Africa. « Né » ou baptisé N276US chez Northwest Airlines en octobre 1975, le tri réacteur s’est retrouvé en 1996 au Justice Prisoner and Alien Transportation System (JPATS) sous l’immatriculation N109KM puis, toujours avec le même exploitant, sous celle du N2034 jusqu’en 2002, arborant alors une livrée blanche à filets verts. Un drôle de service, propre aux USA : « La Justice Prisoner and AlienTransportation System (abrégé en JPATS), surnommée « con air », est une compagnie aérienne du gouvernement fédéral des États-Unis chargée de transporter des détenus d’une prison à l’autre «  nous apprend Wikipedia (cette fois pas retouché !). L’avion à cette époque était le second du lot « Au début des années 1970, les États-Unis Marshals ont offert un transfert de la Federal Aviation Administration (FAA) un avion Boeing 727. Bien qu’aucun but n’ait été désigné à l’origine pour cet avion, un fonctionnaire a eu l’idée de l’utiliser pour le transport de masse des détenus fédéraux. Le prédécesseur de JPATS était le Système national de transport de prisonniers des États-Unis, Service des Marshals. » Dans le mot « offert », on peut entendre à la place le mot « saisi », ce que l’administration a l’habitude de faire, mais cela aurait pu être l’opportunité de racheter à bas prix un avion revendu alors par les US Marshals à une société en difficulté qui se débarrassait de ses branches mortes pour se restructurer et redevenir rentable (elle avait failli disparaître trois ans avant seulement). Mais si l’on se souvient de notre épisode précédent, on constate que les dates coïncident et que le 727 pourrait très bien être l’avion de Katebe, le bailleur de fonds de David Tokoph !!!

Des bandes vertes, rouges ou bleues… pour la « Con Air » 

Passe encore pour un seul exemplaire, se dit-on, cela peut être le fruit du hasard. Où ça dévient plus inquiétant, c’est quand on épluche les registres des US Marshals, justement… Car l’ U.S. Departement Of Justice n’est pas à l’origine de la provenance d’un seul 727 livré à David Tokoph… En 1995, rappelons-le, l’Immigration and Naturalization Services (ICE) et les US Marshals ont été rassemblés sous le nom de Justice Prisoner and Alien Transportation System (JPATS). Le N276US de NorthWest Airlines, saisi le 22 novembre 1996 par les Marshals devenu N109KM puis N2034 arrive chez Grecoair le 29 juin 2004 en devenant 7P-LAA (déclaré au Lesotho !!!), puis Inter-Air Airlines six mois plus tard, à l’habitude de Tokoph, dirons-nous en gardant la même immatriculation.  Le 7 mai 2005, il passe ensuite chez Naturelink Charter (sans changer de livrée il est ici à droite), une compagnie fondé par Chris Briers (pilote  également de Pacific Aerospace PAC-750 X-Stol) en 1997 et basé au Wonderboom Airport de Pretoria. Il finira sa carrière chez Abakan-Avia, société russe, avec l’immatriculation TL-YJT (et donc de République centrafricaine !!!). Chez NatureLink, l’avion aura un drôle de rôle qui laisse entrevoir d’étranges liens : se dirigeant vers des destinations comme l’Irak, restée dangereuse, il avait en fait servi à tester le système CAMPS, une série de contre-mesures contre les attaques de missiles portables (Man-Pads) développé par Saab. La sorte de chose qui ne pouvait se faire sans l’assentiment… de la CIA bien entendu !!!  Même chose pour le N127 à bandes rouges, le tout premier « Con Air » (avion de prisonniers mis en service le 13 juillet 1966 pour devenir N27 puis N2777 au gré des lubies de l’administration pénitentiaire et même en juillet 1995 devenir N530KF (ici à gauche), pour arriver dix ans plus tard le 1er juillet 2005 chez Aero Africa et passer 3D-ZZN, puis glisser chez Inter-Air sous l’immatriculation ZS-IJK le 17 mars 2006. Mais aussi le N18G des Marshalls, à bandes bleues, récupéré chez « Aviation Enterprises » après avoir été en remontant le temps chez Mubarak Al Hassaw, Piedmont Airlines,  Air Finance International, en ayant démarré en février 1966 à la Lufthansa. Il revient, toujours dans le ministère de la justice N113 en 1990, pour être versé trois ans plus tard chez le fameux Justice Prisoner and Alien Transportation System… et finir Blue Falcon Corp autre société de David Tokoph, comme on l’a vu, le 21 février 2005, tout en gardant son immatriculation en N113. C’est quand même sidérant chez lui, cette source particulière de 727…  En 2010, les 727 avaient disparu, seuls restaient encore six MD-83 (des DC-9 allongés, ici le N965AS  scrapé en 2015), deux Hawker 800 (ici le N2033), un Saab 2000 (N92225 visible ici) et un vieux Beechcraft BE-99. Deux B-737 ont remplacé depuis tous ses appareils. Le N639CS et le N640CS  qui ne vont pas chômer: pas moins de 1000 prisonniers seraient déplacés chaque jour aux USA.

Des avions provenant du ministère de la Justice alors que Tokoph avait un lourd différend avec elle !!!

David Tokoph passionné d’aviation ? Très certainement (il en est mort, même pourrait-on dire, avec son avion de collection). Arnaqueur ? Tout autant ! Car  force est de constater qu’il avait commencé tôt dans le genre…  C’est un journal d’Albuquerque, datant de 1972, qui nous l’a appris (pour cela il nous a fallu fouiller pas mal d’archives, car pas mal ont été « nettoyées » depuis son décès. D’abord, on constate qu’il avait l’art, déjà, de créer des sociétés fantômes, telle First Southwest Corp (à ne pas confondre avec First Southwest Corporation créée en 1895 !), avec lequel il s’était engagé pour acheter tout d’abord un avion, un T-33 d’entraînement, immatriculé N12424, (221 FAU, ancien avion uruguayen) avec toutes  ses pièces de rechange, qu’il avait offert ensuite en grand seigneur à la ville de Bernalillo, au Nouveau-Mexique, (fief de la base de Kirkland), en cadeau à la tribu Navajo du coin et son représentant Pete MacDonald « à des fins promotionnelles »  (le T33 arborant les insignes Navajo apposées par David Tokoph) indique le jugement du juge C.Ryan, car un procès avait automatiquement suivi ce « don » incongru : David Tokoph avait acheté l’avion avec un billet à ordre à rembourser à la Banque… ce qu’il avait bien entendu oublié de faire entre-temps. Les indiens ayant rendu l’avion, sa propriété était en suspens, la Banque était désireuse de le récupérer et elle l’avait donc tout bonnement saisi !!! Selon Arthur Romaine, responsable sur place de la FAA « l’avion n’avait pas été enregistré » et n’avait pas davantage de certificat de vol ! L’appareil récupéré sera plus tard (en 1979) exposé au musée de Dayton en Ohio arborant le N°FT696 (USAF 9696, ici à gauche). Ceci pour la première aventure du genre. Mais il y en a eu une deuxième dans la foulée… Acoquiné avec un banquier indélicat de l’Albuquerque National Bank, appelé Waldo Wiest, il force celui-ci à obtenir un prêt de 100 000 dollars après d’un dénommé Walter Rencehausen, responsable d’une boutique de vélos, alors qu’il ne pouvait être garanti par… First Southwest Corp, la première société d’aviation de Tokoph qui ne présentait en fait aucune garantie sérieuse (à droite l’image basse résolution – hélas- de la page 20 du Albuquerque Journal relatant les faits). En fait, il en avait fondé deux, de sociétés : « First Southwest Corp » et « McDonnell 220 », qui avaient été créées à environ deux mois l’une de l’autre durant l’été 1972. Tokoph admettra plus tard au tribunal qu’il était le président de chacune des compagnies et que comme garantie, en quelque sorte, le sénateur Anthony Lucero figurait sur la liste comme vice-président et Kim Ehler ainsi qu’un autre des frères de Tokoph, Gary, en étaient les administrateurs. Pas vraiment la bonne référence ce Lucero : en 1975,  le même Lucero (décédé en 2001), originaire de Bernalillo, démissionnera, en reconnaissant avoir reçu des pots de vins d’un contractant désireux d’obtenir des contrats « pour des habitants d’Albuquerque « . Ceux de Tokoph, à l’évidence ! A noter que Tokoph se coltinera un autre avis de justice: une remontrance du 6 mai 2009 portant sur l’entretien de ses avions de Grecoair et notamment la qualité de l’essence qu’il utilisait dans son hangar (et une cuve souterraine non conforme). Pas de quoi l’avoir empêché de voler en tous cas…

Une importante escroquerie bancaire 

Plus intriguant encore:  les papiers de First Southwest Corp. avaient été rédigées par son frère, Dana « Danny » Tokoph, mort en 1973,  sans qu’aucune cause de décès n’ait été transmise au tribunal. Des prêts d’une valeur totale colossale de 696 803 dollars sur une période de deux ans avaient été obtenus au total par la firme fantôme. Pas trop regardant pour monter un dossier bidon, le banquier Weil, en cheville avec David Tokoph, avait inventé des noms de prêteurs, qu’il avait surnommé sur son carnet personnel « Strawman », (des « hommes de paille »), tels « Jane Klinger » et « House Auto Sales » qui n’existaient pas, et dont les noms avaient été découverts dans le dossier. Tout était en fait surévalué : au 30 juin 1972, les actifs détenus par First Southwest Corp., y compris les actions et les biens immobiliers, totalisaient 414 642 dollars pour une valeur nette de 254 175 dolllars selon les déclarations du banquier, alors que Tokoph savait très bien que ses actifs étaient évalués à moins de 200 000 dollars  et avaient même une valeur nette inférieure à 125 000 dollars. Dans l’affaire s’est retrouvé mêlé Richard Tokoph, père de Gary et David Tokoph, gestionnaire d’une société immobilière, la « Montgomery Apartments » inscrit en juillet 1972 à la State Corporation Commission en tant que trésorier adjoint et directeur de First Southwest Corp, Pas moins de 17 chèques en bois avalent ainsi été tirés. Au tribunal, David Tokoph avait chargé tous les autres, y compris son frère décédé et Ehler, qu’il avait licencié et qui selon lui avait embarqué les livres de compte de la compagnie destinés au bureau du procureur des États-Unis « à peu près au moment où il a quitté son emploi»…  En échange de la magouille avec son banquier, Tokoph avait reçu de Weil, au nom de First Southwest, un chèque de 200 000 dollars (aujourd’hui cela représente 1 199 630 dollars !) pour acheter une pièce rarissime en aviation, un jet McDonnell 220, un appareil qui n’existe qu’à un seul exemplaire (sorte de Boeing 707 en réduction, c’est l’ex modèle 119 devenu 220, d’où le nom de la société créée spécialement) devenu la nouvelle obsession aéronautique de David Tokoph après le T-33. Un premier chèque de 75 000 dollars avait permis de l’obtenir, le reste devant servir à sa restauration. Une fois découverte en septembre 1972, le banquier véreux avait été contraint de démissionner. Lors du procès, le 23 octobre 1973, Weil s’était désolidarisé et avait plaidé coupable au chef d’accusation de conspiration et s’est déclaré non coupable des autres chefs d’accusation. Au procès de Tokoph, Weil avait donc témoigné en faveur du gouvernement, son témoignage devenant à charge contre Tokoph. « Le gouvernement a présenté de longs témoignages et des pièces volumineuses pour retracer les fonds utilisés par l’appelant, First Southwest, et McDonnell 220 (une autre société contrôlée par l’appelant). La plupart des fonds ont été attribués à des prêts bancaires. Des preuves ont également été présentées pour montrer le peu d’affaires menées par les sociétés de l’appelante. Le «comptable» des opérations de l’appelant a préparé un résumé du produit total des chèques tirés sur les comptes de la société. Ce résumé indiquait que 61 587,84 dollars avaient été versés à l’appelant à titre de prêts et de tirages au comptant. Au moment du procès, 60 000 dollars avaient été versés pour le prêt de Montgomery Apartments et aucun paiement n’avait été effectué pour les quatre autres prêts comportant des pots-de-vin ». Au final, le jury déclarera le banquier indélicat et David Tokoph coupables de pas moins de 23 infractions bancaires et condamnera le jeune broker d’avions à quatre années de prison ferme. Au final aussi, le préjudice subi par la banque se portait à près de 700 000 dollars (cela en ferait 4 198 705 millions aujourd’hui) !!! David Tokoph démarrait fort dans la carrière de broker, avec 4 millions à rembourser !!!

Le but ?  S’offrir un avion de collection !

Et ce n’est pas fini. Autre cas du même tonneau, en juillet 1972, Waldo Wiest (partenaire du père de Tokoph), son frère, lui et Nicole Payne avaient déposé les statuts d’une obscure société appelée « Blue Crystal Mining Co. Inc », dont l’adresse était située au 7615 Indian School NE. Ceci pour la façade, il semble bien. Pour la justice, six ans après, ça ne passait toujours pas en tout cas, après les premières aventures ratées du jeune acheteur de jets  : on juge fédéral « ordonne le 16 juin 1978 à Richard A. Tokoph du Nevada de remettre sous 10 jours tous les documents, livres, registres et certificats d’actions appartenant à la compagnie minière que ses fils ont fondée. Tokoph, père de David et Gary Tokoph, qui avec Waldo H. Wiest et Nicole Payne ont formé Blue Crystal Mining Co. Inc. en juillet 1973, est poursuivi en justice pour les documents par la firme minière ». Après l’audience, le juge du district américain Edwin Mechem avait en effet conclu que « Blue Crystal a subi et continuera à subir un préjudice irréparable si les documents de l’entreprise en possession du défendeur ne sont pas retournés … immédiatement ». Tokoph et son avocat n’étaient pas présents à l’audience, ce jour-là. La poursuite intentée par Blue Crystal « soutenait que Tokoph, qui a été président de la compagnie de juillet 1973 à décembre 1975, a refusé de rendre la propriété à moins de  recevoir 84 000 dollars ». « David Tokoph a été arrêté par le FBI plus tôt cette année », prenait-on dans l’article, « pour ne pas avoir semblé commencer à purger une peine de quatre ans pour avoir escroqué Albuquerque National Bank de près de 700 000 dollars (4 millions actuels, comme déjà dit)… » Nous sommes alors en 1978, et David Tokoph aurait donc du rejoindre la prison depuis longtemps déjà (six années) ! Comment expliquer qu’il ait pu autant passer au travers ???  Et comment expliquer qu’il passera encore une nouvelle fois au travers ??? Ou même toute sa vie, au final ???

Quarante deux ans de lutte pour faire effacer (sans succès) son dossier

Car cette affaire, et cette condamnation visiblement non digérée, il passera une part de sa vie désormais à tenter de l’effacer. Pour des raisons que l’on comprend :  difficile de faire désormais des affaires dans le milieu avec un tel casier judiciaire à traîner derrière lui  !!! Condamné jeune, à 21 ans à peine, en 1972, David Tokoph avait en fait été placé en 1974 sous la juridiction particulière dite du Federal Youth Corrections Act, avec un rappel pour lui formulé en 1984.  Une jeunesse qui lui permettait de ne pas effectuer sa peine, selon un particularisme des lois américaines. Un dossier intitulé Tokoph, 514 F.2d 597 (10th Cir.1975) en témoigne au sein de la justice américaine. Un texte judiciaire visible en ligne précise que « nous notons que la loi a été abrogée en 1984, mais au moment de la condamnation de Tokoph, elle prévoyait que lorsqu’un «jeune contrevenant» tel que défini dans la loi «était mis en liberté surveillée» et répondait à certains critères statutaires, «le tribunal pouvait. à sa discrétion, libérer inconditionnellement le délinquant. « 18 U.S.C. § 5021 (b). Une telle décharge « annulera automatiquement la déclaration de culpabilité, et le tribunal délivrera au jeune délinquant un certificat à cet effet. » Id. C’est ainsi que l’affaire s’est déroulée. C’est-à-dire, Tokoph a reçu une peine de probation sous le FYCA ». « En 1982, il a été libéré sans condition, la peine a été annulée et le tribunal lui a délivré un certificat à cet effet. Ainsi se trouvait la relation entre Tokoph et son histoire pendant environ trente ans » note le texte. Car pendant plus de trente ans, David Tokoph avait tenté – en vain- de faire effacer cette tâche de son dossier judiciaire, et on le comprend : s’il voulait obtenir des marchés aux USA, car une simple recherche faite par ses clients aurait ruiné ses espoirs d’emporter le marché. Cela aussi explique en grand partie son expatriation en Afrique ou en Belgique. « Tokoph a ensuite déposé une requête dans le district du Nouveau-Mexique pour «sceller et radier des déclarations de culpabilité en vertu de la Loi fédérale sur les services correctionnels pour les jeunes, en vertu de l’article 18 USC. § 5021. « Les Etats-Unis s’y sont opposés. Le tribunal de district a reçu des informations sur la requête, a examiné les autorités et les arguments des parties et a conclu que, selon le précédent régissant ce circuit, la FYCA ne prévoyait aucun pouvoir légal d’ordonner la radiation ». Bref, il n’y est jamais arrivé, la Justice US lui refusant l’amnistie qu’il souhait tant… Il avait essayé pourtant à plusieurs reprises devant des juridictions différentes, sans jamais y parvenir malgré l’aide de ses avocats qui avaient tenté sans succès de rappeler des affaires similaires. Le jugement de l‘United States Court of Appeals,Tenth Circuit, du 23 décembre 2014 avait donc mis un terme définitif dans son acte No. 13–2128.. « Nous confirmons donc la décision du tribunal de district selon laquelle la FYCA n’habilite pas les tribunaux à annuler les condamnations, et qu’il n’y a pas d’autorité inhérente et équitable pour accorder le redressement demandé dans cette affaire. Nous notons que les procédures ci-dessous ont été scellées à la demande de l’appelant, qui, à l’époque, croyait toujours qu’il convenait de sceller son dossier de condamnation. Ayant déterminé qu’il n’a pas droit à une telle réparation, nous déterminons en outre qu’il n’y a aucune raison de sceller le dossier en l’espèce et de le rendre non scellé« . En 2014, à la veille de sa disparition, et quarante deux ans après les faits, David Tokoph était toujours un paria pour la Justice US ! Une année seulement encore avant son décès !!!.

La proximité politique, ça aide

Un paria qui avait néanmoins pu continuer ses affaires, visiblement, sous la protection de personnes restant sourdes à ses ennuis judiciaires ou qui avaient fermé les yeux sur son comportement antérieur. On sait l’intérêt que des services secrets peuvent avoir à utiliser ce genre d’individu, à qui on peut facilement en ce cas promettre de nettoyer le dossier en échange de missions particulières. C’est comme ça qu’on « tient » certains agents en effet. Visiblement, c’est le schéma qu’avait dû suivre Davis Tokoph. Autre point saisissant: c’est en effet la même firme (Abakan-Avia) qui est devenue détentrice du Gulfstream N721CN, ex Suresh Maharaj, arrêté pour trafic de cocaïne et devenu l’un de ceux détenus ensuite par Marc Didier. Or la même encore dispose aussi d’un vétéran du trafic de drogue avec le DC-9 de Mexico devenu chez elle XA-UNZ (l’ex avion de Kenny Rodgers !) …  Voilà qui commence à faire beaucoup il me semble !!!  Toute cette série de liaisons fort douteuses ne peut que nous amener à conclure que notre fameux Tokoph travaillait effectivement pour la CIA, en espérant que ses bons et loyaux services pour la patrie lui fassent oublier ses erreurs de jeunesse, du moins sur le papier. A-t-il bénéficié de passe-droits, a-t-il été aidé en haut lieu pour monter à l’étranger ses sociétés de vente d’armes ? Dans son hommage posthume visible sur le net, on le retrouve à avoir rencontré les deux présidents Bush. Père et fils. Je ne pense pas que ce soit en effet donné à tout le monde (3)…

Présent aussi en Érythrée ?

Mais notre homme n’a pas sévi que là, note notre site dédié qui fourmille de renseignements sur cette période à ne pas oublier, comme pire exemple de duplicités de différents pays. « Une autre question reste de savoir ce qu’un mystérieux avion d’Aero Zambia faisait à Asmara, en Erythrée, où il s’était retrouvé dépouillé de ses moteurs et les ailes. Au début de la guerre Éthiopie et l’Érythrée en 1998, ce Boeing 727, immatriculé 5Y-BMW, a été touché par un missile sol-air éthiopien, tel qu’on peut le voir stationné à l’aéroport d’Asmara. Basé sur les allégations de la participation de la d’Aero Zambia dans le trafic d’armes vers l’Unita, la présence de l’avion à Asmara, pris pour cible par les missiles éthiopiens, est devenu plus inquiétante, mais sa mission n’a jamais été révélée » note le site : le propre des missions de la CIA, en effet !!! Pour le bureau d’investigation US, l’explication est tout autre : le Boeing aurait été tamponné au sol par une ravitailleuse, et le temps de le réparer, une attaque de Mig avait troué le fuselage derrière le cockpit, obligeant à refaire les connexions électriques. Le 5 juin 1998 en effet « Le Boeing 727-5Y BMW était parti à Asmara livrer des fournitures de secours au gouvernement érythréen lorsque son aile gauche a été endommagée par un camion-citerne à la fin mai 1998. En attendant la réparation de pièces de rechange, l’avion a été mitraillé par un chasseur MiG au cours du cinquième raid de juin 1998 et endommagé par des tirs d’armes petit calibre. Le câblage endommagé derrière le cockpit était de nature telle que toute la zone devait être re-câblée (voir ici le bel ’impact au dessus de la porte). Il a été décidé de ne pas réparer l’avion. Le Boeing a été acheté par International Air Parts et a été dépouillé de ses moteurs et d’autres pièces. Les Erythréens ont découpé les ailes et l’ont remorqué à trois kilomètres de l’aéroport sur la route principale vers le site de l’Expo ». Personne n’a crû évidemment que l’appareil amenait de l’aide humanitaire ! Ce qui explique la fermeture peu de temps après d’Aero Zambia. Les frères Tokoph, pris pourtant la main dans le sac dans une des zones les plus sensibles du monde, n’ont jamais pourtant été inquiétés.. L’avion, les deux ailes découpées et les réacteurs enlevés, est devenu un « avion-maquette d’entraînement » amené à 3 km de l’endroit où il s’était posé.

L’avion était bien un ex-Seagreen N8104N, lui-même ancien Amerijet. Il était au nom de Tana and Mara Aviation lors de son crash, une société kenyane, comme opérateur, mais appartenait toujours à Seagreen. Avec les inscriptions de la CIA, dans des boîtes postales comme bureaux !!! Dans un parc près de l’aéroport d’Asmara, en Eythrée demeure un vestige des activités fort douteuses de marchand d’armes de David Tokoph, pour ceux qui en doutaient encore.  Si l’on a repeint depuis la carcasse en blanc pour lui apposer le vocable «  training mockup », c’est certes pour le protéger de la corrosion. Mais c’est aussi pour effacer le logo bien visible sur le gouvernail de queue de la firme de Tokoph à savoir… celui d’Air Zambia !

(1) j’avais rédigé deux articles intitulés  « Un marchand d’armes disparaît, et ses fantômes réapparaissent » dès le 31 août 2015 sur Agoravox, alors que David Tokoph avait été annoncé comme décédé à l’hôpital le 20 août, après de crash de son T-28 la semaine précédente. Mais alors lassé par le trollisme à répétition dans le site pendant huit années de suite (ce qui continue, avec les mêmes revenus sous d’autres faux nez) et le blocage des parutions de ces mêmes trolls, j’avais alors quitté le site pour rejoindre CP. Deux articles qui sont à la base de ceux parus ce jour, agrémenté de celui sur Viktor Bout dont j’ai également tenu la saga sur Agoravox.

(2) Chose étonnante, le rédacteur de l’exergue du live de Don Rogers nous apprend qu’il a travaillé sur le cas du Boeing du Mali en tant qu’expert : »L’Hôtel Hercules est le fruit d’une étrange rencontre, une de celles qui auraient pu se passer sans Internet. Au début de l’année 2010, Alexandre Avrane d’Aerotransport Databank et moi-même (Sergio Finardi, disparu, hélas en 2015avons coopéré sur le cas d’un Boeing 727-200F immatriculé en Guinée Bissau sous le nom de J5-GCU. L’avion – en provenance du Panama – a été trouvé incinéré à une piste d’atterrissage « informelle » à environ 150 km au nord de Gao3 dans le désert Mali le 2 novembre 2009. Le débarquement et la destruction subséquente du vieil avion a été prouvée plus tard comme étant connectée à l’une des les opérations de cocaïne d’un réseau de l’espagnol, de français et des ressortissants colombiens et leurs complices, de deux hommes d’affaires et des représentants du gouvernement, au Mali et en Guinée Bissau ». 

« L’expert en aviation et écrivain Tim Wright, à ce moment-là faisait des recherches sur le sort d’un de ces avions fantôme et était également en contact avec M. Avrane.Kamina »… Cécile Chalancon de Slate avait finement rappelé le 15 mars 2014 son article de 2010 sur la disparition du Boeing 727 844AA, disparu, volatilisé, car volé, en 2003. C’est toujours resté un mystère, ce vol de 727… dont on rappelle qu’il avait été loué par … la compagnie nationale, TAAG Angola Airlines !!! Qu’est donc devenu Benjamin Charles Padilla, le seul capable de l’avoir fait décoller ?


(3)
on a aussi retrouvé un lien passé inaperçu semble-t’il avec l’armée : la propre fille (aînée) de David Tokoph, Gina Marie, décédée après lui à 48 ans, en novembre 2017. Dans son album posthume, mis en ligne par sa famille, on découvre qu’elle a été militaire et a participé activement à la Guerre du Golfe comme infirmière (comme « Combat Medic ») en y raflant au passage une National Defense Service Medal. Rentrée aux USA, elle avait eu l’honneur de s’occuper de…  la « First Lady », Barbara Bush, au Walter Reed Army Hospital. Elle avait aussi posé devant le F-5 de son père avec les petits-enfants de ce dernier (photo ici à gauche).

 

Une excellente source ici :

ABSTRACT: The new commercial LM-100J Hercules is launched, a look at L-100 Hercules commercial operators, clandestine airlines fly illegal or illicit arms and guerrillas to then flying UN peacekeepers, Red Cross, UNICEF, WFP ? so they profit from starting and escalating conflicts to profiting from peace as well ? flags of convenience, rendition, “extraordinary” rendition flights, arms brokers and it all comes together in one shady business, the ‘unscrupulous’ side of commercial aviation !

une autre toute aussi passionnante :

http://www.wiloo.be/20110617_Armsflyers.pdf

On y retrouve Sergio Finardi, le présentateur du livre de Don Rogers, avec en couverture le Boeing de Tokoph !!!

sur Ostende et Tokoph

http://users.skynet.be/cleanostend/clos_en.htm

On peut aussi lire ceci

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-ii-a-la-recherche-du-88401

Coke en stock (LXXIII) : la CIA, l’héroïne … et l’Australie (Part 1)

Un document sur le JPTAS :

https://www.justice.gov/sites/default/files/jmd/legacy/2013/11/30/fy13-jpats-justification.pdf

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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