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« Délicieux » : un film à déguster sans modération !

À l’affiche depuis 8 jours, le film « Délicieux » est un mets de choix, un incontestable régal servi par une brochette d’excellents acteurs, un scénario aux arômes subtils, une image chatoyante et une musique originale fort gouleyante…

Réalisée par Éric Besnard, cette comédie historique de mœurs est avant tout une très belle fable en costumes du 18e siècle. Et si l’on se délecte du propos culinaire de son auteur, on apprécie également le contenu social de ce nouvel opus qui n’est pas sans rappeler Le goût des merveilles du même cinéaste. Délicieux est une critique acerbe du mode de vie aristocratique à l’aube des temps révolutionnaires, ainsi qu’un plaidoyer pour les idées de progrès portées par les philosophes.

L’action se déroule en province, peu avant la Révolution de 1789. D’origine très modeste, Pierre Manceron*, venu de la boulangerie, est devenu grâce à ses talents de cuisinier le maître queux du duc de Chamfort, un noble de haut rang qui aspire à entrer dans le cercle des intimes du roi.

Le début du film montre les préparatifs du festin, puis le service à table du duc et de ses invités, des aristocrates ambitieux et pédants, fascinés par la cour de Versailles. Cédant à son goût pour l’innovation, le cuisinier a préparé une sorte de mignardise salée de son invention : faite d’une alternance de truffe et de pomme de terre enrobée d’une pâte de sarrazin, il la nomme « le délicieux ».

Une faute aux yeux du seul homme d’église présent à la table du banquet. En quelques mots cinglants, il retourne les convives qui, l’instant d’avant, s’extasiaient sur la qualité des mets servis. Seul, debout face à ces femmes et à ces hommes en habit de satin et portant perruque, le cuisinier subit les injustes critiques de cette assemblée de nobles veules et versatiles dont les traits d’esprit, assénés avec de méchants sourires, sont autant d’humiliations.

Pour n’être qu’un serviteur, aussi bon cuisinier soit-il, Pierre Manceron n’en est pas moins fier : il refuse les excuses qu’exige le duc et quitte son service en compagnie de son fils. Installé en pleine campagne dans un ancien relais de poste couvert de chaume et grossièrement dallé de pierre disjointes, il voit arriver une femme qui, malgré la pauvreté des lieux, entend devenir son apprentie. Qui est-elle ? S’agit-il d’une putain en rupture avec son état ? Ou d’une marquise déclassée ?

Le fait est que c’est cette femme qui, par son dévouement et son opiniâtreté, va redonner à l’orgueilleux Pierre Manceron le goût de cuisiner et de créer en harmonisant les produits du terroir. Elle qui le conduira, avec ce jeune fils disciple des philosophes des Lumières, à ouvrir le premier restaurant de l’histoire, un lieu de plaisir gustatif où tous les clients seront les bienvenus, qu’ils soient nobles ou roturiers, qu’ils aient de la fortune ou de modestes revenus.

En s’appuyant sur le fait, historique, que le concept de « restaurant » est né en cette fin du 18e siècle, Éric Besnard, co-scénariste du film avec Nicolas Boukhrief, signe une fresque haute en couleur et pleine de charme. Une œuvre à clins d’œil dont le début n’est pas sans rappeler le Ridicule de Patrice Leconte, et la fin l’avertissement lancé par Bertrand Tavernier aux aristocrates dans l’un de ses meilleurs films : Que la fête commence.

Ajoutons qu’au point de vue jeu, Délicieux est servi de manière magistrale par l’excellent Grégory Gadebois aux fourneaux, l’impeccable Isabelle Carré en apprentie déterminée, le remarquable Benjamin Lavernhe – de la Comédie française – en duc odieux, sans oublier Guillaume de Tonquédec, parfait en intendant obséquieux.

Délicieux bénéficie en outre d’une musique originale de grande qualité due au talent du compositeur Christophe Julien. Mais aussi d’une superbe photographie, tant des paysages du Cantal que des intérieurs, et notamment des étals de cuisine très soignés, certains plans rappelant les natures mortes à l’ancienne, dans le style des peintres hollandais.

Délicieux n’est pas un film destiné aux amateurs exclusifs d’aventures intersidérales ou de grands spectacles riches en courses-poursuites et en explosions, pas plus qu’à ceux qui se délectent de polars sombres et sanglants. Délicieux n’en est pas moins l’assurance pour tous les autres de passer un excellent moment de cinéma. Et peut-être de s’ouvrir l’appétit, tant les plats mis en image semblent de nature à contenter les plus fins gourmets.

Pourquoi ce nom : Pierre Manceron ? Faute d’information donnée à ce sujet par Éric Besnard, l’hypothèse la plus plausible est un clin d’œil à l’historien Claude Manceron, spécialiste des temps prérévolutionnaires dont il a si bien conté les épisodes dans le cycle intitulé Les hommes de la Liberté.

Bande-annonce du film Délicieux : lien.

À lire : « Le goût des merveilles », une superbe ode à la différence.

A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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