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De la nécessité d’adopter un discours rassembleur en Ukraine

 

Le président de l’Ukraine, Petro Porochenko, adopte depuis plus d’un an un discours qui cristallise les tensions à l’intérieur de son pays, alors que le conflit territorial dans le Donbass se poursuit en silence. Il est peut-être temps, maintenant, de prôner l’union et la réconciliation entre Ukrainiens, afin de mettre un terme à ces affrontements meurtriers.

L’Ukraine, empêtrée dans un conflit quasi-fratricide, panse ses plaies depuis plus d’un an. A cause du conflit territorial qui a éclaté en avril 2014 dans la région du Donbass – à l’est du pays –, plus de 8 000 personnes ont été tuées, dont des civils. Et l’économie ukrainienne est exsangue : chaque jour, Kiev dépense entre 5 et 7 millions de dollars pour combattre les forces prorusses massées à la frontière avec la Russie, et le FMI prédit une chute de son PIB d’environ 9 % en 2015 – contre 6,8 % l’an dernier. Il faut souligner que la région du Donbass pesait 20 % du PIB ukrainien avant le déclenchement de la guerre. Une force de frappe économique sur laquelle Kiev ne peut aujourd’hui plus compter. Pourtant, le gouvernement de Petro Porochenko poursuit sur sa lancée volontaire, certes, mais qui cristallise assurément les tensions de son pays. Alors que l’on pourrait se demander si une attitude plus fédératrice et un discours davantage rassembleur ne seraient pas à privilégier pour tenter de sortir l’Ukraine d’un conflit larvé et meurtrier.

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« Le Donbass a toujours été et demeure une partie de l’Ukraine »

C’est en tout cas l’avis d’un certain nombre d’hommes politiques ukrainiens, au premier rang desquels l’ancien ministre des Finances publiques du pays, Alexandre Klymenko. Qui rappelle, d’emblée, à une journaliste de CNN, en décembre 2014 : « Le Donbass a toujours été et demeure une partie de l’Ukraine. » L’ancien membre du gouvernement de Viktor Ianoukovitch, originaire de cette région, rappelle également que des scrutins – un référendum d’autodétermination, d’abord, et des élections législatives, ensuite – ont eu lieu en 2014 : « Je pense que le Donbass devrait pouvoir décider de son sort. » Sur sa page Facebook, le fondateur de l’ONG Restoring Donbass – initiative visant à ramener la paix dans la région et qui se focalise sur ses habitants avant tout – attirait enfin l’attention de son pays sur la nécessité de demeurer Ukrainien. « Nous, Ukrainiens, sommes engagés dans des discussions imposées de l’extérieur : qu’est-ce qui est juste pour le pays ; quelle région est la mieux ; quelles sont les idées les plus patriotiques. Ce faisant, nous perdons la chose la plus importante : l’Ukraine. »

Impossible, en effet, d’affirmer le contraire : le conflit à l’est du pays est sorti depuis très longtemps du seul cadre national ; par deux fois, des forces extérieures – à savoir, en l’occurrence, la Russie, l’Allemagne et la France – ont tenté de le résoudre. Sans succès notoire pour l’instant. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Petro Porochenko, le président ukrainien, ne cesse de jouer la carte de la partition. Avec, parfois, un peu d’excès : « Poutine veut aller aussi loin qu’on l’y autorisera. Il veut toute l’Europe », répondait-il à Libération en août dernier, alors que le journaliste l’interrogeait sur les suites du conflit. Lorsqu’on lui demande s’il ne faut pas plutôt privilégier la conciliation et le rassemblement, le chef de l’Etat adopte immédiatement une posture défensive : « C’est un territoire ukrainien ! C’est une véritable agression contre mon pays. Et une violation brutale du droit international. »

« N’est-il pas temps de s’unir et de se réconcilier entre Ukrainiens ? »

Délicat, par conséquent, d’entrevoir une issue pacifique dans ces circonstances. Comme un clin d’oeil à l’Histoire, Kiev s’est d’ailleurs mise à restaurer de vieux chars soviétiques pour partir à l’assaut des combattants prorusses du Donbass. En un an, quelque 1 500 engins ont ainsi été rénovés, pour seulement 105 nouveaux produits. L’usine, en tout cas, tourne à plein régime : « Nous sommes passés depuis quelques mois à deux équipes, ce qui veut dire que l’usine fonctionne 16 heures par jour », explique en effet son directeur, Viktor Kozonak. Si c’est une – relative – bonne nouvelle pour l’état de l’emploi en Ukraine, cette annonce en dit long sur la volonté conciliatrice de Kiev, proche du néant. Moquant et, surtout, regrettant cet état d’esprit, Alexandre Klymenko s’interrogeait sur sa page Facebook : « N’est-il pas temps de s’unir et de se réconcilier entre Ukrainiens ? » Avant d’affirmer : « Il n’y a qu’ensemble que l’on peut être forts et utiles. La réconciliation à la place de la guerre ; l’unité au lieu des récriminations ; la création après les ruines. »

L’ambition est belle – tout au moins est-elle louable. Mais sera-t-elle entendue par le gouvernement de Petro Porochenko ? Rien n’est moins sûr. Non seulement il privilégie depuis plus d’un an un discours musclé, mais le président de la République semble même naviguer à tâtons sur cette mer déchainée qu’est l’Ukraine aujourd’hui. Sans compter qu’en abandonnant une partie de ses capacités d’action, dans l’optique de résoudre le conflit territorial, à quelques puissances étrangères, le chef de l’Etat ukrainien s’est tiré une balle dans le pied.

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