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De l?avenir de la nation

Jean-Pierre Bonhomme

Votre serviteur est inquiet. Il se dit que l?anglicisation de Montr?al emp?che le Qu?bec de s??panouir vraiment et que la fuite en banlieue de la plupart des familles fran?aises de la m?tropole est probl?matique pour l?avenir national. (L?emploi du mot national est volontaire et il est employ? dans le sens de la soci?t? qu?b?coise; ce qui semble autoris?!).

Il se dit aussi que le gouvernement responsable de cet ?panouissement, celui de Qu?bec ne para?t pas int?ress? ? consid?rer cet aspect ?national? de ses actions. Il subventionne m?me cette int?gration ? la soci?t? anglo-am?ricaine en ?couvrant de son aide financi?re? ses institutions d?j? puissantes. On pourrait craindre ainsi que le r?ve d?une soci?t? fran?aise bien identifi?e et bien humaniste soit en train de s??craser dans le magma impersonnel de l?Am?rique du nord anglo-am?ricaine;? le diction selon lequel le Qu?bec serait ?un film am?ricain avec des sous-titres fran?ais? s?av?rerait.

Plusieurs des amis de ce m?me serviteur font valoir pour leur? part que le diagnostic est trop s?v?re. Tu ne vois que la petite b?te noire lui disent-ils; les journalistes ne voient que les gros nuages; que l?ombre de la vie, pas sa lumi?re; et que, malgr? tout, la soci?t? qu?b?coise est plus riche qu?il n?y para?t; elle se d?brouille bien dans bien des domaines. Et n?est-il pas vrai qu?en banlieue il y a des bouillons de culture pr?ts ? ?clater et ? r?sonner dans le monde. Il se pourrait m?me, indique-t-on, que le Qu?bec soit un exemple de bonne conduite sociale pour l?humanit? enti?re.

Alors que reste-t-il ? faire pour ce serviteur d?prim?? Prendre acte, oui, du ciel bleu,? des grands humoristes et des bons moments de notre Assembl?e nationale? Il est vrai que, du point de vue individuel l?humanit? d?ici n?a rien ? envier ? celle du reste du monde. Mais est-il si ?vident que, collectivement, les choses soient si brillantes?

L?auteur de ces lignes s?oblige ? penser, pour voir la lumi?re, que les Qu?b?cois sont en train de s?inventer une nouvelle spiritualit? ?humaniste? ? apr?s avoir sabord? le vaisseau eccl?sial ? et que cela produira bient?t une vague de splendeurs philosophiques.

Et puis, se dit-il maintenant, il y a des signes qui montrent que le milieu scolaire fera dispara?tre nos hordes d?analphab?tes fonctionnels; au point o? il ne sera plus n?cessaire d?expliquer ? chacun ce que peut bien ?tre le trait? de Paris!

Peut-?tre bien; et ce serait tant mieux.

Le serviteur est m?me pr?t ? accepter que la ville centrale du Qu?bec, sa soi-disant m?tropole, soit une collection d?ethnies anglicis?es et que des choses nouvelles soient en train de se pr?parer dans le fond de Laval et de Repentigny. Cela se peut et il l?esp?re.

Mais il y a quand m?me des mises en garde ? faire, des nuances ? apporter. Les civilisations se construisent, se b?tissent en ville. Le r?ve ?cologique d?une soci?t? pure et belle ? la campagne n?est que cela un r?ve. La culture s?enrichit dans la pierre de la ville, pourvu que les pierres soient bien pos?es et que leur agencement soit harmonieux.

Dans cette perspective le serviteur est bien pr?t ? donner leur chance aux banlieues et ? faire son deuil de la ville actuelle proprement dite. Un gros deuil. Mais encore faudrait-il que la raison et la spiritualit? y trouve leur compte.

Montr?al, dans l??tat actuel des choses et ? bien des ?gards la capitale Qu?bec aussi, sont des villes o? il n?est pas fr?quent de rencontrer des enfants et des adolescents. Ceux-ci vivent en p?riph?rie. C?est comme cela en Am?rique du Nord (au nord du Mexique). Mais une ville sans enfants n?est pas une vraie ville, c?est une sorte de lieu de commerce.

Votre serviteur, en tout cas, est pr?t ? changer d?id?e, ? se d?barrasser de son int?r?t imm?morial pour l?urbain central de la m?tropole et de la capitale. Mais ? une condition.

A la condition que les banlieues deviennent des villes, de vraies villes. Pas des dortoirs comme ceux qui tapissent l??le J?sus autour de deux stations de m?tro, elles-m?mes enferm?es dans des parkings d?sertiques.

Pour cela il faudrait que la raison et l?humanisme surgissent du gouvernement ? Qu?bec. Il faudrait que notre ?tat se donne des instruments pour cr?er de l?urbain v?ritable. Dans l??tat actuel des choses les pavillons individuels de banlieue encerclent des centres commerciaux et c?est cela la vie en p?riph?rie. Vivre en banlieue, oui, pourvu que le centre de ces soci?t?s nouvelles soit le centre de la collectivit?, pas celui du commerce.

Pour cela il faudrait que notre soci?t? se donne un lieu de r?flexion; un lieu qui se nomme le minist?re de la Ville, comme il y en a en certains pays d?velopp?s, par exemple. Qu?elle se donne au moins des structures d?am?nagement o? le pouvoir est donn? aux am?nagistes, aux architectes, aux urbanistes, pas aux ing?nieurs de la Voirie.

La civilisation n?est pas une affaire de circulation automobile; c?est un lieu o? les individus interagissent facilement, souvent ? pied, afin que l??me commun s?enrichisse.

C?est la gr?ce que votre serviteur souhaite dans ce ciel bleu de notre soci?t?.

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2 Commentaire

  1. avatar

    Evidemment que la banlieun’est pas le centre de l’accomplissement humain, ni le bouillon de culture et de raison. C’est dans la concentration d’idées et d’interraction de la ville que ce développe cette dynamique.

    Mais la banlieu ( pour y demeurer ) n’est vraiment pas ce dortoir vide que vous dénoncez. Dans ces banlieus se retrouve la vie de quartier, l’interraction simple et sincère avec les voisins,l’entraide. C’est l’endroit de repos tranquille qui fait du bien après une journée active intellectuellement à la ville.

    J’adore la ville, avec toutes ses couleurs, sa dynamique, sa diversité, sa puanteur même. Mais j’apprécie tout autant la simplicité de la banlieu.
    Ces routes et centres commerciaux ne sont que commodités, penser que la banlieu n’est que cela, c’est comme penser que la ville n’est qu’industrie et criminalité.

    J’ai aussi des doutes à demander l’intervention des gouvernements, urbanistes, etc dans le développement. Ces technocrates me semblent bien plus abilité à créer des monstre idéologiques qu’à développer la vie de quartier.
    Les villes ont évolués au gré des besoin et préférences de leurs habitants. Laissons les banlieux faire de même.
    Laissés à eux même, les habitants de la banlieu travaillent continuellement à améliorer leur millieu de vie selon leurs interets.

    Bien que la ville se vide le soir, elle se reveille à chaque matins, toujours plus dynamique et forte.
    La banlieu est une monde vide le jour mais celui-ci s’éveille en fin d’après-midi avec ses enfants qui y jouent, ces gens qui marchent paisiblement dans les rues avec leurs poussettes toujours prets à faire un brin de jasette.

    Autant qu’on ne peut apprécier une ville du haut des airs ou dans une chambre d’hotel, on ne peut apprécier une banlieu en circulant sur la 15 ou en magasinant au centre 10/30 ou 440, ou est-ce 660? Il faut y entrer….

  2. avatar

    Il en va des peuples comme il en va des hommes. Il y en a qui choisissent de se laisser mourir, voire de se suicider.

    Il est encore temps, pour le peuple québécois, de se ressaisir (et surtout de se réveiller) Mais le temps presse.