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Darmanin à l’Intérieur : femmes violées, passez votre chemin !

La nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’Intérieur a choqué un grand nombre de nos concitoyennes, provoqué des actions de protestation des féministes et, comme l’on pouvait s’y attendre, suscité de vigoureuses polémiques. Une chose est sûre : ces polémiques ne risquent pas de s’éteindre tant le symbole – un présumé violeur patron des polices de France ! – fait figure de mépris affiché des femmes sexuellement abusées…

La nomination de Gérald Darmanin au ministère du Budget dans le gouvernement d’Édouard Philippe avait déjà fait l’objet de multiples protestations, mais elles étaient loin d’être aussi audibles que celles qui, à juste titre, agitent aujourd’hui, non seulement la classe politique, mais une grande partie de la société. Le ministre bénéficiait alors de la présomption d’innocence, suite au dépôt, en 2017, d’une plainte pour viol par une ancienne militante de l’UMP, Sophie Patterson-Spatz. Eu égard aux caractéristiques techniques de ce poste ministériel entièrement dédié à la gestion des finances de notre pays, on pouvait comprendre que cette présomption d’innocence n’interdise pas à Gérald Darmanin l’accès à Bercy, le ministre du Budget n’ayant de facto pas le moindre rapport hiérarchique avec les forces de police et de gendarmerie.

Il n’en va plus de même aujourd’hui. Certes, Gérald Darmanin bénéficie toujours de la présomption d’innocence dans le cadre de la reprise* des investigations judiciaires ordonnée le mardi 11 juin 2020 par la Cour d’Appel de Paris aux chefs de harcèlement sexuel, viol et abus de confiance. Mais l’arrivée du maire de Tourcoing place Beauvau – moyennant un chantage politique** sur l’exécutif qui a coûté le maroquin de l’Intérieur à Jean-Michel Blanquer – rompt avec une évidence en termes de conflit d’intérêt : on ne peut pas, au plan éthique, diriger les forces de police du pays et, en même temps, être soi-même sous le coup d’investigations pénales ! Il est en outre désastreux, dans un pays où le recueil de la parole des femmes violées par les policiers et les gendarmes laisse encore beaucoup à désirer, d’avoir à la tête du ministère un homme dont le comportement a pu être précisément celui que viennent dénoncer les victimes dans les commissariats et les gendarmeries.

Imaginons un instant que Gérald Darmanin soit condamné dans cette affaire. Autrement dit que le ministre de l’Intérieur soit reconnu coupable de viol. Le scandale serait énorme, et à la hauteur de celui qui avait secoué le pays avec l’affaire Cahuzac. Et pour cause : dans les deux cas, les justiciables incriminés auraient été condamnés pour des faits en rapport direct avec leurs fonctions ministérielles : Jérôme Cahuzac en tant que patron des cellules d’enquête en charge de lutter contre la fraude fiscale, Gérald Darmanin comme patron des policiers et gendarmes en charge de lutter contre les agressions sexuelles et les viols !

Il était déjà choquant de voir Gérald Darmanin ministre du Budget. Il l’est encore plus de le voir ministre de l’Intérieur. Mais de cela ni Emmanuel Macron, ni son nouveau chambellan Jean Castex n’ont conscience. À moins qu’ils n’aient agi de manière délibérée en balayant d’’un revers de main les attentes de toutes les femmes et jeunes filles victimes de harcèlement sexuel, d’agressions sexuelles et de viols, passés et à venir. Ce serait la marque d’un insupportable mépris pour toutes celles qui ont subi, subissent ou subiront les agissements des prédateurs sexuels !

Rappelons que Gérald Darmanin avait bénéficié d’un non-lieu le 16 août 2018 puis échappé à un appel de cette décision par la plaignante au motif d’un dépassement de délai. Cette décision a été invalidée le 14 novembre 2019 par la Cour de Cassation, d’où la réouverture des investigations sur décision de la Cour d’Appel.

** Gérald Darmanin a tout fait pour obtenir le maroquin de l’Intérieur. Le Canard enchaîné du 8 juillet nous a appris qu’il avait exercé un chantage à la démission pour parvenir à ses fins. Exit Jean-Michel Blanquer dont l’hebdomadaire nous apprend qu’il était assuré du poste et avait déjà commencé à constituer son cabinet.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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