Accueil / T H E M E S / ECONOMIE / Argent / Dan Price créateur de l’entreprise sociale ?
Dan Price

Dan Price créateur de l’entreprise sociale ?

Un patron qui accepte de diviser son salaire par 14 pour assurer le bien-être de ses salariés est déjà extrêmement étonnant. Mais lorsque l’action se passe aux États-Unis ou le bisness est le totem absolu. Ce qu’a réalisé Dan Price, fondateur de Gravity Payments, tient pour beaucoup du paranormal ou en tout cas d’une stratégie perdante. Combien de temps encore avant que le monstre avide, cupide et sans pitié, des affairistes américains ne dévore Dan Price ?

Dan Price

 

En tout cas l’humaniste ou surtout très rusé fondateur de l’entreprise Gravity Payments de Seattle, a un sens très pointu de la communication. Car le 13 avril 2015, lorsqu’il avait annoncé à ses employés que dorénavant le salaire minimun de l’entreprise serait l’équivalent de 5 251 euros mensuels, NBC News et le New York Times étaient présents pour propager l’idée d’un printemps américain pacifique et social.

Coup de pub génial ou coup de folie qui allait précipiter l’entreprise spécialisée dans le traitement des cartes de crédit dans le précipice ? Toujours est-il que l’initiative du PDG philanthrope n’a pas été appréciée par tout le monde. Notamment par le multimillionnaire conservateur Rush Limbaugh qui avait alors déclaré « Voilà pourquoi je l’espère cette société est une étude de cas dans les programmes de MBA sur la façon dont le socialisme ne fonctionne pas. Socialisme, le mot hideux et inadmissible est lâché. Selon lui, Dan Price ne pourrait donc que « se planter ».

Et que diriez-vous si votre entreprise vous proposait…

  • 70 000 dollars de salaire minimum
  • De grands avantages médicaux, dentaire et optique
  • Des opportunités de bonus
  • Des congés payés selon votre choix
  • Des sorties parrainées par la Société
  • Des petits déjeuners et déjeuners traiteur

Le rêve non ? Car « chacun gère ses horaires. Ce sont les employés qui savent quand ils doivent être au travail. La confiance a remplacé le contrôle. Plus encore, Gravity Payments fait partie des entreprises américaines qui laissent leurs employés décider de leurs congés. Les employés prennent leurs vacances quand ils veulent et ils en prennent autant qu’ils veulent. »

Mais comment est-ce possible, il y a forcément anguille sous roche, un piège quelque part.

D’autre part, qui, sauf un utopiste rêveur, pourrait croire que le patron d’une entreprise sacrifierait 90% de ses revenus et son parachute doré pour que le monde du travail si dur et exigeant se transforme en paradis sur terre ? Regardez le patronat français qui se plaint constamment que les salariés de l’hexagone sont des nantis. Avec 5 infâmes semaines de congés payés et les suicidaires 35 petites heures hebdomadaires de travail, plus une multitude de jours fériés et de RTT. Sans oublier le monceau de charges sociales que le patron doit payer pour ses ruineux employés.

C’est vrai que les abonnés du Médef ne forment pas une organisation caritative, et n’accepteront jamais de baisser autant leurs salaires que Dan Price. Et puis le partage des bénéfices est plutôt réservé aux actionnaires, alors que l’entreprise de Dan Price n’est pas cotée en bourse.

Maintenant le salaire des salariés est fonction des résultats de la société. Dans ces conditions comment imaginer un instant que la charge de travail ne soit pas la même pour tout le monde et que des employés pourraient travailler moins que d’autres sans se faire montrer du doigt. Bonjour l’ambiance. Un accord a donc dû être passé entre eux sur les congés payés et la durée du travail. Mais ne sommes-nous pas là devant un exemple assumé et accepté d’une forme de libéralisme et du « travailler plus pour gagner plus » ?

« Aux Etat-Unis il n’existe pas d’obligation légale pour les employeurs d’octroyer des congés payés à leurs salariés et de fait, un quart des salariés n’en bénéficient pas, ce qui ne signifie pas qu’ils ne prennent pas de congés. Dans les grandes sociétés (Corporations), deux semaines de congés payés sont règle courante, et peuvent être complétés parfois de congés non rémunérés. (Wikipédia)

Tentative de décodage du site Les Echos.fr en six questions qui pourraient tempèrer l’enthousiame ambiant. Le journal économique a calculé que sur un salaire de 5400 euros, si vous déduisez 45% de charges, il resterait un revenu net mensuel de 3000 euros. Ce qui vous en conviendrez est quand même beaucoup mieux qu’un Smic.

Mais six mois après ce changement de logiciel, que devient l’entreprise de Dan Price ?

D’abord, son frère également créateur de l’entreprise, « l’accuse de s’être alloué de larges compensations » avant de passer à l’acte. L’affaire est en justice.

D’autres lui proposent ironiquement « un canapé », on ne sait pas si c’est pour une analyse psychiatrique ou pour lui servir de point de chute après sa ruine.

Certains clients ont déserté l’entreprise par peur d’une augmentation des prix. Voilà pour le côté négatif.

Pour le côté positif. Les profits et le chiffre d’affaire sont doublés et « la fidélisation des clients est passée de 91 à 95% ». deux employés ont quitté l’entreprise contre dix recrutés.

Le plus préoccupant pour Dan Price et bien sûr le procès avec son frère Lucas, prévu pour 2016, qui pourrait le ruiner.

Alors, Dan Price créateur de l’entreprise sociale ou surtout homme d’affaire très avisé qui pourrait donner des idées à notre économie en panne ?

A propos de gruni 57

avatar
J'ai une fâcheuse tendance à l'ambiguïté. Ce n'est pas ma faute je suis tombé dans le deuxième degré quand j'étais petit. Depuis, pour me soigner, j'ai tenté une cure prolongée sur Agoravox. Le résultat a été désastreux, c'est encore pire qu'avant. Alors ne me prenez surtout pas au sérieux, mon cas déjà désespéré pourrait s'aggraver avec une grosse tête.

Check Also

Afghanistan : les leçons du fiasco occidental…

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux (Royaume-Uni, Canada, etc.) engagés depuis fin 2001 dans une coalition militaire en ...

3 Commentaire

  1. avatar

    raisonnez un peu, que diantre, Gruni…

    dans le texte de présentation de propagande de votre nouvel héros, il est indiqué ceci :

    « Dan Price finance partiellement l’opération en réduisant son salaire par 14. Il passe d’un million à 70.000 dollars, le temps que les résultats de l’entreprise reviennent à leur niveau actuel (2,2 millions).

    En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-132011-le-salaire-minimum-a-5-400-euros-en-6-questions-1112257.php?3ya3QB694pibfq1G.99 »

    le gars se goinfrait donc à lui seul la moitié des revenus de sa boîte (on ne parle même pas de bénéfices..) à lui SEUL..

    et vous le trouvez philanthrope ???

  2. avatar

    Se goinfrait…peut-être; mais il est à noter qu’un philanthrope pauvre, c’est difficile à trouver. À moins que vous en connaissiez un?