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Connaissez-vous Richard Dethyre ?

Il est moins connu que Dominique Seux ou François Lenglet, mais quand on s’arrête un instant sur son parcours, on se reprend à espérer en des lendemains un peu meilleurs.

A l’origine, Richard Dethyre est ajusteur. Militant CGT, il participe auMouvement des chômeurs. En 1987, il crée une association de chômeurs proche du parti communiste, l’Association pour l’emploi, l’information et la solidarité des chômeurs et des précaires, qu’il préside jusqu’en 1999. Il devient consultant et réalise plusieurs études sur les salariés saisonniers.

En 2010, il est cofondateur à Ivry-sur-Seine du restaurant coopératif La Guinguette du Monde. Cette même année, il coordonne le premier forum des saisonniers du tourisme à Aubagne.

En 2012, il participe à la création de la troupe de théâtre Les Z’enTrop qui joue la pièce Comment ils ont inventé le chômage.

Il s’est par ailleurs impliqué depuis 2010 dans un programme d’habitat mis en œuvre par la coopérative S3CA Coop Coteau, constituée par un collectif de dix familles ivryennes en vue de lutter contre la spéculation immobilière.

Richard Dethyre

Titulaire d’un DEA en sociologie, il écrit beaucoup. Ci-dessous, un article du 27 juin 2014, sur le site Cerises :

« Un séisme caché, nié »

L’échec du Front de gauche prend sa source dans son incapacité à s’enrichir de ce qui pourrait faire sa force. Le vote des chômeurs, des jeunes, des ouvriers pour 30 à 35 % d’entre eux pour le FN est analysé chez « nous » avec ce qui me semble être une distance sociale qui éclaire ou révèle la nature du problème que je voudrais développer ici.

Il nous faut déjà illustrer cette profonde rupture par les chiffres officiels (bien qu’ils soient largement triturés) : il y a 8,5 millions de chômeurs et travailleurs précaires ; 1 offre d’emploi pour 57 demandes, 130 millions de repas distribués au resto du cœur. Il s’agit du marqueur le plus tragique de la France d’aujourd’hui. Après avoir été licenciés, les « fins de droits » font la queue à la soupe populaire. Double humiliation.

Cette réalité-là, un véritable séisme, n’a pas sa place dans la vie politique d’aujourd’hui. Pourquoi ? Qu’est ce qui est en jeu ?

Au-delà des chiffres, la connaissance de ce qu’ils représentent est essentielle. Parmi les forces militantes de la gauche alternative une distance sociologique s’est établie avec ce peuple. On assiste à une certaine « gentrification » de la gauche alternative. Qui révèle et alimente une désincarnation de son rapport à la société réelle, une distance avec le peuple tel qu’il est aujourd’hui ; à cela s’ajoute le dictat des comptables et des gestionnaires. Ainsi, rien ne pourra bouger si nous ne modifions pas la place que doit avoir le peuple dans une démarche de rassemblement : réelle, concrète, symbolique. Il faut avoir l’ambition première d’être POPULAIRE. Comment ?

C’est un long, mais indispensable processus. Bougeons nos représentations, notre manière de voir, nos priorités, notre militantisme. Mettons-nous résolument aux côtés de ceux qui sont délaissés, méprisés, humiliés, oubliés : comment parler du peuple sans rien partager avec lui ? J’ai lu pas mal de contributions intelligentes, mais aucune ne m’a convaincu quant à une réponse à ce besoin crucial.

A-t-on réellement idée de ce qu’endurent tous ceux qui se heurtent aux guichets de la Sécu, de Pôle emploi ? Ou celui qui subit l’accueil glacial en mairie pour n’avoir pas payé la cantine ou la colo, ou pour qui les courriers de sommation se succèdent. Ce sont les mêmes qui ne peuvent pas payer de loyer, les mêmes dont les enfants arrivés en âge de partir resteront à la maison surpeuplée. Mais qu’y pouvons-nous ? Nous ne sommes pas responsable du manque de logement, ce sont les gouvernements… Et comme le dit un maire adjoint : « On est bien obligé de faire un premier tri en fonction des ressources, il n’y a pas de logement. »

Que veut dire être privé de resto, de vacances, de projets ? Jamais de ciné, la voiture trop vieille que l’on ne peut plus réparer. Tout cela, pour le savoir, il faut le partager. Les plus fragiles sont poussés à une consommation à haut risque. Si tu n’as pas, tu n’es pas, dit la publicité ! À l’angoisse de ne pas pouvoir s’ajoute la honte, les humiliations, le sentiment de ne pas être capable. Ne jamais être en paix, et puis abandonner, ne plus demander, renoncer tellement tout parait difficile, impossible, et puis ruminer. Comme une lente maladie, la dérive s’impose et fait passer des millions de personnes de l’autre côté de la rive.

Bibliographie

  • La révolte des chômeurs (en collaboration avec Malika Zédiri), Robert Laffont, 1992. (ISBN 2-221-07295-2)
  • Chômeurs la révolte ira loin (en collaboration avec Hélène Amblard), La Dispute, 1998. (ISBN 2-84303-015-3)
  • Travail salarié et conflit social (collectif), Presses Universitaires de France, 1999. (ISBN 978-2130502937)
  • Avec les saisonniers. Une expérience de transformation du travail dans le tourisme social, La Dispute, 2007. (ISBN 978-2-84303-152-6)
  • Les Z’enTrop; comment ils ont inventé le chômage, Arcane 17, 2012. (ISBN 978-2-918721-22-2)
  • L’envers de la fraude sociale; le scandale du non-recours aux droits sociaux(collectif), La Découverte, 2012. (ISBN 2707173703)

Bernard Gensane

 

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