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Coke en Stock (CCXCIX): le Yucatan, là où tout a commencé

Le Quintana Roo revenu à la une des journaux avec tous ces jets qu’y s’y écrasent ? Ce n’est pas un hasard. Plutôt une simple continuation de ce qui perdure depuis la grande époque de Pablo Escobar et d’un de ses barons surnommé le « Seigneur des Cieux », autrement dit Carilio Fuentes. Déjà à l’époque, Cancun, la ville du tourisme de masse et des clubs de foot, faisait figure de fief narco et aujourd’hui encore:  cela fait plus de trente ans que cela dure, en effet, là-bas (1) …  Retour sur l’histoire désastreuse d’un pays qui ne connaît plus depuis des décennies que la corruption, la gangrène des trafics et la trahison de ses élites politiques…

La photo est représentative : malgré le temps, et un accoutrement bien différent de ces costumes cintrés d’antan, on le reconnaît bien avec son visage si reconnaissable et son éternel rictus. L’homme qui descend de la la camionnette de police, c’est bien en effet Mario Villanueva, 72 ans aujourd’hui, l’ancien chef de la municipalité de Benito Juárez, dans le Quintana Roo, puis plus tard le gouverneur de l’Etat, l’ancien responsable du Parti révolutionnaire institutionnel au pouvoir (le PRI), au parcours assez sidérant. L’homme vient de profiter en quelque sorte de la crise du Covid-19 puisque que « pour des raisons humanitaires« , le gouvernement fédéral du Mexique vient de l’autoriser à poursuivre « sa procédure pénale en cours » depuis son domicile, une autorisation accordée par le Président Andrés Manuel López Obrador, qui a tenu à faire savoir que c’était bien au risque de contagion du COVID-19 et non une faveur, ce qu’on n’a pas hésité à lui reprocher en effet. Villanueva n’est qu’un exemple en plus : en 15 ans, le pays a connu 7 gouverneurs différents, qui ont été accusés de corruption !!! Outre Mario Villanueva (Quintana Roo), on compte en plus Andrés Granier (Tabasco), Tomas Yarrington (Tamaulipas), et Jesús Reyna (Michoacán), Salazar Mendiguchia (Chiapas), Luis Armando Reynoso Femat (León Guanajuato). Humberto Moreira (Coahuila).

La vie de travers

Villanueva, surnommé « El Chueco » (littéralement « en travers » en raison de la forme tourmentée de son visage), en effet a été arrêté (cf ici à gauche) voici bien longtemps, le 25 mai 2001, à Cancun, justement après avoir fui la justice pendant deux années (et s’être réfugié… au Belize, on reste bien dans le même contexte de frontière hyper-perméable !). Condamné à 36 ans et 9 mois de prison au départ (ramené à 28) à Mexico, il a extradé en 2010 à la demande des USA (demande faite en 2007)  pour y être une seconde fois condamné à 11 ans de prison en 2013 (moins 6 car les 3 premières années sans jugement on été comptées double). Les américains lui reprochaient d’avoir reçu 19 millions de dollars du cartel de Juárez afin de fermer l’œil sur ses activités, plus une prime  500 000 par cargaison transportée via le Quintana Roo, qu’il dirigeait politiquement au moment des faits, en plus d’avoir blanchi de l’argent, notamment via la banque Lehman Brothers. Libéré en décembre 2016, extradé vers le Mexique en janvier 2017, enfermé à Chetumal en 2018, on comptabilisait chez lui 19 ans de prison effectués, avec encore trois à effectuer sur place. Sa libération pour cause de Covid19 n’est pas un bon signal donné par le fantasque président actuel.

Entre temps était tombé son principal accusateur : Alcides Ramón Magaña (ici à droite), surnommé  « El Metro » en raison de sa petite taille mais un des chefs les plus sanguinaires du cartel de Juárez, alors l’organisation criminelle la plus puissante du pays. Il s’était fait pincer alors qu’il parlait depuis une cabine téléphonique la nuit, à Villahermosa, Tabasco. C’était le lieutenant direct de Vicente Carrillo Fuentes et son « centre d’opérations exclusif » était la station balnéaire touristique de Cancun, d’où ses liens avec Villanueva !!! Tout cela en lien rapproché avec la famille du président alors au pouvoir.

Car c’est cela la découverte principale des années 2000 : tous le pays est bien pourri jusqu’à la moëlle par les cartels colombiens et leurs importation massives de cocaîne. Le cartel Juárez était alors commandé par Vicente Carrillo Leyva, 24 ans seulement (arrêté le 2 avril 2009), le propre fils d’Amado Carrillo Fuentes, connu sous le nom de Seigneur des Cieux pour son énorme flotte d’avions gros porteurs transporteurs de coke. Ce dernier, on le sait, est décédé le 4 juillet 1997 dans une clinique dans laquelle aurait raté une chirurgie plastique. Le bras droit de Vicente Leyva est son oncle, Vicente Carrillo Fuentes, mieux connu sous le nom d’El Viceroy, et ses complices Ismael Zambada García, le Bras droit de Joaquín Archivaldo Guzmán Loera (El Chapo)El Mayo Zambada (toujours en place), Juan José Esparragoza Moreno (alias El Azul marié à marié à Gloria Monzón, la belle-sœur de Joaquín Guzmán) ; Eduardo González Quirarte, (“Lalo”, “El Primo” ou “El Flaco”, il s’est tiré une balle dans la tête en 1998 et aurait survécu, mais il aurait perdu la mémoire) Marcos Arturo Beltrán (mort en 2009) et Albino Quintero Meraz (« El  Beto » arrêté en 2002) , tous membres du « commandement collectif » du cartel. Parmi eux se trouvait aussi « El Metro » Magaña.

Jusqu’au plus haut de l’Etat

La chasse aux trafiquants a surtout montré leur degré d’implication jusqu’au plus haut sommet de l’Etat (jusqu’à Carlos Salinas de Gortari  comme pour ses successeurs Ernesto Zedillo, Vicente Fox, Felipe Calderón et Enrique Peña Nieto soit de 1994 à 2018). A l’époque de l’arrestation d’El Metro, plusieurs hommes sont en effet en fuite, et pas des moindres, car il s’agit de hauts gradés de la police du pays, impliquée jusqu’au cou dans le trafic : l’ancien directeur de la Police judiciaire fédérale (PJF) Rodolfo León Aragón; l’ancien commandant et sous-délégué de la PJF, Guillermo González Calderoni (proche d’Amado Carrillo Fuentes, devenu informateur de laDEA, il sera assassiné le à McAllen (Texas(2)), et les frères Víctor Manuel et José Luis Patiño Esquivel, respectivement  l’ancien directeur opérationnel et l’ancien commandant de la PJF, qui avaient eux aussi protégé le cartel de Juárez. En 1997, la police a également arrêté le général Jesús Gutiérrez Rebollo (ici à droite), accusé d’avoir des liens directs avec Amado Carrillo, qu’il aurait protégé : on découvrira qu’il était détenteur d’une fortune de 3 256 000 dollars dissimulée dans diverses banques, plus, des biens immobiliers et des bijoux, alors qu’il n’avait déclaré depuis 1989 que 209 203 dollars de revenus annuels ! Un dossier d’Interpol intitulé « Tropical Empire », rendu public en 1997, liait également « El Metro » Magaña à un ancien responsable du gouvernement, Emilio Gamboa (ici à gauche), très proche ou membre carrément du Cartel du Golfe. « Selon les informations des services de renseignement, Gamboa a entretenu des relations avec Magaña et Villanueva par le biais d’un ancien agent judiciaire nommé Marcela Bondenstandt. Il y a deux ans, elle était liée au cartel du Golfe et des enregistrements ont été faits la liant au Français José María Córdoba Montoya, ancien conseiller du président Carlos Salinas ». Et oui, car Montoya, conseiller présidentiel influent,  est né en 1950 en France, à Arles !!! Un conseiller formé à Polytechnique par un dénommé Jacques Attali (que l’on retrouve au sein de PlaNet Finance, société de Montoya ! De Gortari, lui, a été élu le 6 juillet 1988 dans des circonstances troubles, liées à des manipulations informatiques flagrants envers son adversaire Cuauhtémoc Cárdenas, largement en tête et déclaré néanmoins battu, doublées de l’incendie d’un endroit où avaient été stockés les bulletins papier…  il avait hérité au passage du titre de « Machiavel mexicain ». Ce qu’il a été effectivement et est encore hélas.

Avec lui, c’est toute une famille de prévaricateurs et de corrompus qui arrive au pouvoir. L’Etat va devenir le tremplin de leurs ambitions personnelles, à savoir la quête d’argent, réalisée sur le dos de leurs électeurs bernés ou passifs. Même une fois disparus du pouvoir, il en hanteront les coulisses : l’avant dernier président (Nieto) était par exemple leur jouet, manipulé distance. Le point culminant étant l’année 2014; celle où les Cartels décident de s’attaquer franchement au marché européen de la cocaïne, comme je l’ai rappelé ici. La France faisant partie de leurs objectifs (ici à droite le Gulfstream significatif aperçu brièvement à Biarritz avant transporté 1 tonne, sinon plus, de coke)..

Un concurrent assassiné

Le président de l’époque était allé très loin comme j’ai déjà pu vous l’expliquer ici avec la mort d’un de ses rivaux, qu’il avait programmée : Luis Donaldo Colosio Murrieta (ici à gauche) n’avait pas pu accéder à la présidence, il avait été assassiné à Lomas Taurinas le 23 mars 1994, d’une balle à bout portant de .38 Taurus en pleine tête et une autre dans le ventre, en pleine sortie de meeting électoral. L’assassinat avait été filmé de bout en bout. L’assassin (Mario Aburto Martínez), présenté comme un loup solitaire, donnera 18 versions différentes de son méfait.  En fait, on se dirige depuis plusieurs années d’enquête sur un assassinat commandité par le parti PRI lui-même, à savoir le président Carlos Salinas de Gortari, et son chef de cabinet, assassinat colosioJose Maria Cordoba Montoya, qui en auraient été les instigateurs.
Après le décès, en effet, d’autres meurtres laissent présager d’un complot mené en haut lieu : Joseph Federico Benitez Lopez, directeur de la sécurité publique à Tijuana, qui menait une enquête parallèle sur l’assassinat est ainsi tué par une bombe le 28 avril 1994, et le 17 avril 1996, Arturo Ochoa Palacio, délégué du PGR (le 
Procureur général de la République, équivalent du Garde des Sceaux en France) est lui aussi  tué à Baja California, or c’est celui qui avait demandé à examiner de plus près les copies des différentes bandes enregistrées de l’assassinat. Pour certains, le second coup de feu au ventre était celui d’un second tireur… (la balle aurait été différente).  Et il aurait été tiré après, alors qu’on emmenait le corps dans une camionnette, selon une autre théorie encore.

Le bunker d’Escobar, les pieds dans l’eau

C’est avec De Gortari que le pays a vraiment sombré, pour devenir le champ de tirs actuel des cartels de la drogue. Carlos Salinas de Gortari était réapparu aussi lors d’une affaire de vente d’une mystérieuse villa située dans la station balnéaire de Tulum dans le Quintana Roo, au Mexique. En 1994, la rumeur voulait en effet qu’elle appartienne à la famille de l’ancien président, alors que rien vraiment ne le prouvait. Une immense villa appelée Casa Magna, qui sera saisie par  le bureau du procureur des États-Unis en 1997, au prétexte que c’était une maison de narco-trafiquant.  Car au départ, cette immense villa aurait appartenu à « à une femme inconnue, venue de l’état de Sinaloa ».  Et en réalité, elle avait été édifiée très certainement par Pablo Escobar dont l’inconnue était le prête-nom.  Les murs très épais (la villa ressemble aussi un peu à un bunker !) avaient été conçus à l’épreuve des balles, paraît-il !!!  « A cette époque, Escobar était lié au trafiquant de drogue mexicain Amado Carrillo « Le Seigneur du Ciel », un chef du cartel de Juarez, qui était responsable du déplacement de la cocaïne de la Colombie aux États-Unis, il n’est donc pas surprenant que Escobar ait souhaité avoir une propriété avec vue sur l’océan sur la péninsule du Yucatan » peut-on lire. »  Après un abandon de trois ans, le service de l’administration fiscale, responsable de la perception des taxes, a cédé la propriété (en 2005) à la société Amansala, S.A. de C.V., de Melissa Glee Perlman et Erica Joy Grace, de Sacramento, en Californie qui lui a donné le nom de « Casa Magna Amansala Eco Chic Resort ».  Cela a duré jusqu’en 2008 lorsque le ministère des Finances a déterminé qu’une femme du Sinaloa, appelez Sandra Eufrocina Chavez Vega, était la véritable détentrice de la propriété selon son représentant légal, un avocat de Jalisco nommé Carlos Gonzalez Nuño ».

Au temps d’Escobar, c’est une dénommée Fanny Barrera Coartas, identifiée ainsi dans les rapports du PGR comme étant en relation avec le Cartel Medellin, qui avait en effet supervisé les travaux de construction de « Punta Piedra« , le premier nom de l’édifice. En 2002 avaient été arrêtés trois Colombiens au Costa Rica en train d’acheter un arsenal de guerre d’une valeur de 25 millions de dollars, en offrant de la cocaïne en échange. Celle qui est derrière cela et qui à Mexico jouait alors les reines de la jet-set s’appelait Fanny Cecilia Barrera, qui est en réalité au service des paramilitaires auxquelles ces armes étaient destinées. C’est Carlos Romero Ali Varela, un trafiquant d’armes ayant la double nationalité, colombienne et  vénézuélienne, qui était ce jour-là tombé dans un piège tendu par des agents du FBI, en compagnie de Barrera. L’armement était destiné à Carlos Castaño (le paramilitaire fascisant colombien) !!!  La villa est devenue depuis un hôtel, appelé « Milamores ».

Le beau-frère supprimé

Un autre opposant de De Gortari a lui aussi connu une fin tragique le 23 mars 1994 : son propre beau-frère (!) : « quelques mois plus tard, le beau-frère de Salinas, José Francisco Ruiz Massieu, président du PRI, a également été assassiné en plein jour à Mexico, éliminant les deux chefs officiels les plus visibles et les plus puissants du PRI au Mexique, Colosio et Ruiz Massieu. Finalement, Ernesto Zedillo a été élu président » (c’était l’ex chef de campagne de Luis Donaldo Colosio !). Et là aussi, on était retombé sur la même filière : c’est d’abord Fernando Rodríguez González, du PRI, qui est arrêté à Zacatecas et avoue qu’il a lui-même engagé un tueur à gages, Aguilar Treviño, payé 500 000 dollars pour tuer Massieu. L’enquête est étrangement menée par le procureur général adjoint chargé de l’enquête,  qui n’est autre que le propre frère de la victime !!! Elle traîne surtout en longueur. Gonzalez mouille aussi le député PRI Manuel Muñoz Rocha qui alors fui en demandant la protection de la police pour son retour, mais il faut attendre le 28 février 1995, pour que Raúl Salinas, frère de l’ancien président soit lui aussi arrêté en tant que cerveau réel de l’assassinat de Ruiz Massieu.

Les soupçons portent aussi alors sur le propre frère de l’assassiné, Mario Ruiz Massieu, le procureur déjà cité, qui a démissionné depuis de son poste après avoir ralenti l’enquête tant qu’il le pouvait. Celui-ci est intercepté à Newark aux États-Unis, avec 46 000 dollars dans ses bagages, surpris en train de rejoindre l’Espagne et on retrouve aussi qu’il dissimulé dix-sept millions de dollars aux États-Unis dans divers comptes bancaires. Il se suicidera en 1999.

Les Caravelle de la coke

Le trafic de drogue avait lieu essentiellement alors par avion, et le « Seigneur des Cieux » était déjà passé avant tout le monde aux gros porteurs avec une nette préférence pour les Caravelle (cocorico !) comme le rappelle ici David F.Marely dans son encyclopédie des Cartels  : « l’histoire a retenu un autre préalable à l’expédition du Mali. Un jet commercial a en effet effectué un vol au départ de Colombie vers le Mexique, avec un lot astronomique de drogue à bord : c’était en 1994, et l’avion utilisé… cocorico, une Caravelle !! Son incroyable histoire figure dans un magazine des narcotiques américains. Suivie par un Orion P-3 muni d’un radar lenticulaire, la Caravelle s’était posée sur une piste en terre à Sombrerete près de la Sierra Madre dans l’état de Zacatecas, au Mexique, en pleine nuit, à une heure du matin, le 4 août 1994. Elle était tellement surchargée qu’elle en a explosé un pneu. Trois Chevrolet Suburban ont été nécessaires pour la vider : elle contenait entre 8 et 10 tonnes de cocaïne ! Les trois conducteurs de camion étaient… officiers de la police fédérale mexicaine ! La police arrêtera plus tard un convoi de 16 véhicules de la police des transports dans lesquels avait été transvasé les 3/4 de la drogue contenue dans la Caravelle. L’opération avait été élaborée de bout en bout, en fait, par le chef du bureau mexicain des narcotiques, Mario Ruiz Massieu, en réalité le maître de tout le réseau. Les investigations de la police américaine conclurent à l’implication du frère aîné du président mexicain, Raul Salinas de Gortari. L’enquête démontra également que l’armée mexicaine avait participé au déchargement de l’avion. La corruption incroyable du gouvernement mexicain d’alors avait rendu caduque la lutte contre la drogue ! Les américains n’en sauront rien : pour ne pas déclasser le Mexique de son titre accordé par Clinton « d’allié de lutte contre la drogue », on étouffera l’affaire Massieu, qui remontait pourtant jusque Amado Carrillo Fuentes, alors « Maître des Airs » des vols de cocaïne dont il avait été l’initiateur avec Massieu. A l’époque, le chargement valait 200 millions de dollars... Pour des observateurs, le Mexique de 1994 est déjà une« narco-démocratie »… Fuentes aurait possédé une fortune de 25 milliards de dollars ! De quoi acheter toutes sortes de collections ! Fuentes, mort pendant un opération de chirurgie plastique ratée, a laissé une descendance… qui continue son « œuvre » : son propre fils, arrêté le 2 avril 2009. Un des plus violents du moment. » Les appareils de Fuentes (il y en avait 27 !) étaient enregistrés sous le nom d’entreprise Taxi Aéreo del Centro Norte S.A. de C.V. (Taxceno), et partaient des bases de Torreón et Coahuila principalement puis à Hermosillo dans le Sonora.C’est dans Hermosillo qu’il fera bâtir son extravagant palais de style arabisant, présenté souvenr comme le « Palais des Mille et Une nuits » depuis abandonné et recouvert de tags.

« La portée de ses opérations aériennes serait révélée par ses quelques vols ratés: un avion de ligne bimoteur Sud SE 210 Caravelle I0R de 27 ans, immatriculé auprès de la compagnie aérienne Aerosucre, a quitté l’île de San Andres. Colombie, le 4 août 1994. et— après avoir fait le plein au Panama au-dessus de la péninsule du Yucatan dans l’espace aérien mexicain et atterri sur un ancien aérodrome de compagnie minière près de Sombrerete, Zacatecas. Son vol ayant été observé aux radar, par les fédéraux; qui ont vu rapidement apparaître des camions et ont constaté que 7,5 tonnes de cocaïne avaient déjà été extraites, bien qu’il restait encore 2,5 tonnes à bord de cette Caravelle. L’avion a été saisi et mis en fourrière et transporté par avion à la base militaire Aérea ou « Military Air Base » (BAM) Nimcro I à Santa Lucia dans l’État de Mexico, pour être incorporé à la Fuerza Aérea Mexicana ou à la « Mexican Air Force » (FAM) comme moyen de transport (ici à gauche). . Une deuxième Caravelle âgée enregistrée auprès de la compagnie aérienne colombienne SRC a été détectée en train de voler dans l’espace aérien mexicain le 2 mars. 1995, et filmé lors de son atterrissage à Punta Baja près de Guaymas, Sonora, où sa cargaison a été déchargée. Cet avion a également été saisi et incorporé à l’armée de l’air mexicaine – mais une telle utilisation prodigue d’avions à prix élevé a non seulement rapporté d’immenses bénéfices, mais a également renforcé le prestige de Carrillo dans les cercles de trafic et lui a valu la renommée de Sefior de los Cielos ou de «Lord of the Skies « pour avoir acheminé ses stocks intermédiaires vers les points de passage réels du nord du Mexique aux États-Unis ». Une des Caravelle saisie a fin ses jours posée sur 3 pilons, exposée dans un parc aquatique… (ici à gauche et à droite)

« Une paire de Caravelles âgées a décollé dans la nuit du 4 novembre 1995. Portant une charge combinée de 25 tonnes de cocaïne sud-américaine, d’une valeur estimée à un demi-milliard de dollars, selon la DEA. L’une d’entre elles, enregistrée auprès de la compagnie aérienne colombienne Iberoamcricana de Carga, s’est écrasé à l’aube suivante sur la plaine d’El Baturi près de Bahia dc Todos los Santos dans le sud de la Basse-Californie, bien que son contenu ait été rapidement déchargé sur des camions (avec l’aide de la police locale) et pourchassé,  avant que cet engin endommagé ne soit incendié. Le second a atterri en toute sécurité ailleurs. Carrillo a également utilisé des biréacteurs Aerocommander 500, décollant de l’extérieur de Mazatlân pour atterrir sur de petites pistes d’atterrissage près d’Ojinaga, Palomas. et Agua Prieta » (3) . L’entreprise de Fuentes était devenue très florissante. « Cette même année 1995. Le cartel de Carrillo avait même acheté une participation de 10 millions de dollars dans le Grupo Financicro Anâhuac, un groupe financier mexicain en difficulté qui comprenait une unité bancaire nommée Banco Anâhuac utile comme bureau de change pour blanchir des profits illégaux. Et la bonne fortune du patron de la drogue, âgé de 39 ans, s’est encore étendue lorsque son plus grand rival. Le chef du Cartel du Golfe, Juan Garcia Âbrego, a été arrêté de manière inattendue en janvier 1996, laissant Carrillo avec l’organisation de drogue intacte la plus puissante du Mexique. »

La terrible vengeance des héritiers 

Le roi du ciel mort par arrêt cardiaque lors de son opération ratée, ses médecins, dont l’anesthésiste, se retrouvent l’objet de la vindicte de la famille Fuentes. Soigner un narcotrafiquant est un métier à très hauts risques. « Quatre mois après la mort d’Amado Carrillo. Des bidons d’huile de 66 gallons partiellement remplis de ciment et dégageant une odeur nauséabonde ont été trouvés le long de la route reliant Mexico à Acapulco le 5 novembre 1997 près de la ville d’Iguala, Guerrero. Après leur ouverture, il a été constaté qu’ils contenaient un liquide épais, rouge foncé qui, trois semaines plus tôt, était de la chair humaine. Transportés à Mexico pour un examen médico-légal, leur contenu a rapidement été identifié comme les restes menottés, les yeux bandés, brûlés, torturés et garrottés – avec les ongles déchirés – de l’oreille, du nez et du spécialiste de la gorge de Sinaloan, Jaime Godoy Singh, également, comme les docteurs Carlos Humberto Avila Meljem et le Colombien Ricardo Reyes Rincon, défunts membres de l’équipe chirurgicale malchanceuse des narcos. Un quatrième, un médecin nommé Pedro Rincon (Pedro López Saucedo), et sa famille ont été emmenés clandestinement aux États-Unis en novembre 1997, et mis dans le programme de protection des témoins … » La description de la découverte macabre est ici. Elle montre la sauvagerie dont étaient capables ces individus.

 

(1) la Mecque du tourisme de masse, étrillé avec verve ici par Mikael Faujour de « Voyageurs du Net » (c’est ravageur et savoureux) : » Vivre dans l’artifice, dans l’illusion, l’irresponsabilité et le toc : est-ce donc cela à quoi aspirent tant de touristes ? Communier dans un absurde imaginaire borné par le désir de consommer : de la bière, du soleil, des femmes à gros nibards… Désir de s’insérer dans un paysage de carte postale comme on voudrait passer à la télé… Une communion dans le présentéisme, dans l’indifférence à la culture et au passé… Telles sont les promesses qu’accomplit Cancún, porcherie touristique et paradis de la classe moyenne amerloque, logée comme une métastase dans le cœur encore vibrant de la culture et de la population mayas « (…) « Cancain, qu’est-ce ? Apparue quasiment ex-nihilo à la fin des années 60, conçue pour siphonner les serfs du Capital transformés en « touristes » pour quelques semaines, Cancain ne manque pas d’arguments : une mer curaçao, des logements aux standards occidentaux et une nombreuse et jetable valetaille à la peau cuivrée, dévouée à leur agrément. Natürlich, le tout avec une souveraine indifférence à l’environnement écologique et social : dans la région, on aime les Mayas quand ils se donnent en spectacle ou quand on en parle au passé. Au présent, on ne les aime ici qu’en tant qu’asservis aux petits marquis du capitalisme touristique, comme leurs ancêtres l’étaient aux aristocrates et aux prêtres. Deux types de serfs du Capital qui sont bien loin de se donner la main pour lui faire la nique.)  » Si la connerie est la décontraction de l’intelligence, comme l’énonçait Gainsbourg, le tourisme en est la nation – fédérale – absolue, avec ses capitales disséminées comme des métastases sur le globe entier. Tout comme la guerre est l’occasion de faire ailleurs ce qu’on ne peut faire chez soi, le tourisme participe d’une guerre économique mondiale qui produit ses plus puissants ravages chez les pauvres du monde, ces gueux du XXIème siècle. A la différence que, cette fois, ce ne sont pas tant des soldats qui vont étriper des villageois et violer des villageoises, mais des ingénus avides seulement de se dorer la peau… et, à l’occase, de se « taper une pute » (même mineure, tiens, pourquoi pas ? puisque là au moins on se fera pas emmerder par cette horrible chose qui fait entrave à la Liberté, nommée la Loi…). Délocalisation de l’abject humain, comme les industries délocalisent leurs déchets et leur exploitation ; comme l’on envoie ses restes aux pauvres : vieilles sapes, vieux médocs, vieilles tires & vieux bus… Le monde des perdants de la mondialisation vu comme un dépotoir matériel et moral, qui ne mérite que nos rebuts, que ce dont on ne veut pas chez nous. Zones franches de la moralité semblables à celles, économiques, où ne s’applique qu’une loi « light »… toujours au profit de ceux qui ont le blé. »

« Et dans quels hôtels stocke-t-on ces cargaisons de touristes ? Représentez-vous ce que serait Saint-Tropez si elle avait été confiée à des urbanistes ayant sévi à Las Vegas ou Disney, et vous aurez une idée approximative de ce dont il s’agit. Des constructions obèses, atteintes de ce gigantisme prométhéen des Nord-Américains qui, les premiers, jetèrent leurs immeubles vers le ciel pour en déloger tout ce qu’il y a de grand : les Idées, la Beauté, les déités, leurs modernes tours de Babel modernes à la gloire de l’Hybris et de Mammon (…)  Cette folie verticale, ce refus du sol, de la terre, de l’ancrage, cette projection vers les hauteurs où l’on ne voit plus rien du sol : tout est dit dans ces constructions, de leurs concepteurs et de leur obsession égotique consistant à revendiquer « qui c’est qu’a la plus grosse » – fortune, tour, bagnole, qu’importe. Ce commun mal urbanistique, dont on ne mesure même plus de quelles cervelles surchauffées d’infatuation elles sont sorties, bouffit aussi Cancún. Et, à ces tours de l’Orgueil, répondent des cochonneries postmodernes piquant dans le répertoire de formes architecturales mayas pour donner un cachet « local » à leur camelote aux allures de Disneyland. Ainsi, tel hôtel ou tel bar se trouve coiffé d’un toit de chaume évoquant les demeures traditionnelles mayas, tel autre affiche des frises évoquant le motif architectural des « grecques » de temples. Car, sur la Riviera Maya, on aime le « maya » quand il est un label touristique, ou un répertoire inerte et commercialisable de formes, de monuments – pas quand il est un être vivant ayant droit à la dignité. Souvenirs d’un double DVD envoyé par une amie ayant passé quelques semaines dans la zone – et perdu quelques places dans mon estime –, où des locaux se donnent en spectacle dans des simulacres de leur tradition qui évoquent autant le Puy du Fou qu’une version plus évoluée des zoos humains. Braves « sauvages » modernes que les touristes applaudissent de bon cœur, sans mesurer qu’ils perpétuent la destruction de ce patrimoine jeté en pâture à leurs yeux cons, sots, mateurs. Ici est l’empire du faux, un paradis hors du monde des humains, éloigné de 6 kilomètres de la ville elle-même où vivent les vrais Mexicains. Bulle abstraite où tout n’est que parodie, paradis artificiel, paradis des artifices et des fesses, sans art. Jugez-en plutôt les noms des établissements qui, pour faire « couleur locale », arborent tous les mots attendus du répertoire « latino » et rappellent les heures les plus sombres de « Sur un air latino » de Lorie : « Casa Tequila », « Plaza la Fiesta », « El Sombrero – Too bueno to be true », etc.

(2) « En , alors commandant dans l’État du Tamaulipas, c’est lui qui, avec l’aide du FBI, réussit à capturer et tuer le parrain Pablo Acosta Villarreal (en), alors à la tête du cartel de Juarez . Cependant, un câble du FBI de 1986 le décrivait déjà comme corrompu, à l’époque pendant laquelle il dirigeait la lutte contre les narcotrafiquants. Le commandant favorisera ainsi le trafiquant du Tamaulipas, Juan Garc­a Abrego, qui profitera du déclin des trafiquants du Sinaloa. En , il fait arrêter Félix Gallardo, alias El Patron, lequel est inculpé pour l’assassinat d’un agent de la DEA, Enrique Camarena, et d’autres crimes. En 2009, Félix Gallardo écrira une lettre de sa prison, accusant González Calderoni de l’avoir « trahi » et d’avoir entretenu avant son arrestation des contacts avec lui, l’ayant donné aux autorités en raison de fortes pressions. Il l’accuse également de participer au partage des territoires entre mafieux. Fin 1992, González Calderoni fuit le Mexique à la suite d’accusations d’enrichissement illicite. Il devient alors informateur de la DEA et du FBI, vivant au Texas, en tant que témoin protégé jusqu’en 1994.

(3) Miguel Ángel Martínez alias “El Gordo” y “El Toloche”, pilote d’El Chapo (ici à droite) avait témoigné sur un atterrissage a cet endroit : « le petit avion, rempli d’une tonne de cocaïne colombienne, a manqué de carburant à l’approche d’une piste d’atterrissage clandestine située près d’Agua Prieta, au Mexique. Le pilote a réussi à faire atterrir l’avion grâce aux instructions d’un guide mexicain, mais n’a pas pu ralentir. Les deux moteurs s’étaient arrêtés. Lorsque l’avion a freiné après avoir dérapé, les pneus se sont détachés, a déclaré le guide aux jurés lors de sa comparution lundi. Et qu’est-il advenu de l’envoi évalué à un million de dollars? « Il a été sauvé », a répondu l’homme. Ce vol dangereux, mais avec une fin réussie, a été la première mission complète de Miguel Ángel Martínez en tant qu’employé d’un novice dans le secteur de la drogue, un jeune et ambitieux trafiquant du nom de Joaquín Guzmán Loera. »

Sur les Caravelle mexicaines cet excellent résumé :

http://drsamuelbanda.blogspot.com/2014/10/los-narcojets-de-la-fuerza-aerea.html

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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