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Coke en stock (CCLXVIII) : l’empreinte des nouveaux Cartels

Manifestement, le marché a l’air de changer : les atterrissages se précipitent, symptôme d’une forte demande à satisfaire (pendant la période de fin d’année, c’est fou ce qu’on semble avoir consommé comme poudre blanche, faute de neige…).

Les gros porteurs à réaction sont arrivés (de loin) au Belize, au Guatemala et dans le Yucatan mexicain (Campeche et Quintana Roo). Des arrivages nombreux, venus d’endroits plus diversifiés aussi, et qui sont également la preuve de luttes intestines au sein des différents Cartels, dont de nouveaux venus cherchent à bousculer la hiérarchie établie. Avec encore plus de drogue, mais aussi de technicité et de violence, hélas !!!

 

Une aile bleue dans le brouillard de Peten

 

 

 

 

 

 

 

Les vieux Gulfstream ne sont pas en reste dans cette frénésie d’arrivages. Le 15 décembre, les militaires guatémaltèques découvrent dans le brouillard matinal les vestiges encore fumant d’un appareil de belle taille (cf ici à droite). 


C’est près de Quiché, (au centre du pays, à la frontière avec le Mexique), sur une énième piste clandestine aménagée : en fait l’allée de ce qui semble être une plantation de maïs (?). Le lourd appareil a réussi à se poser et les trafiquants y ont mis le feu une fois sa cargaison déchargée. Un procédé courant, on le sait. De l’engin ne sont reconnaissables qu’une portion d’aile et l’empennage. Sur ce dernier figure une immatriculation XB-BZH, qui semble fausse (c’est en fait XB-OZH, qui elle est dûment enregistrée !).  L’engin a une particularité rare : ses ailes sont peintes, sur l’extrados au moins, peut-on distinguer, voilà qui va faciliter la tâche car les avions ont plutôt leurs ailes blanches en général. Les couleurs répertoriées et leur disposition sur ce même empennage et l’un des winglets révèlent qu’il s’agît d’un appareil bien connu ayant sillonné les cieux aux USA et au Mexique : c’est le XB-BBO, effectivement bien reconnaissable, le Gulfstream numéro de fabrication 164, ex XA-ESC, autrement dit un avion pas vraiment neuf (il a débuté sa carrière en en 1975 !)un vénérable ancêtre, sacrifié sur l’autel des narcos, encore une fois ! C’est bien l’ex XB-BBO, ex Grupo Camil (important groupe alimentaire né en 1963 au Brésil et qui commencé dan la culture du riz) jusque 2013, au moins. L’avion a effectivement aussi le dessous des ailes bleu (cf ici à droite) !!! C’est le N°164 de la série des GII G-11159 SP datant de 1975 et il avait été racheté par Alcance Global Jet, de Toluca au Mexique avant de changer d’immatriculation et d’arriver entre des mains restées inconnues.., à moins que ce ne soit toujours celles d’Alcance, à l’adresse Facebook indigente.

Ce qui le laisse entendre, c’est que le 9 novembre 2019, un mois avant sa chute, la société a fait venir de chez Gulfstream même (General Dynamics Co.) une pièce d’aluminium non déterminée de 7 kilos valant 2300 dollars, via Panjiva, qui trahit ici ses liens avec son propre avion… elle en était toujours le propriétaire, donc !!! L’adresse indiquée de livraison (« calle 3 »)  étant celle d’un hangar de l’aéroport de Toluca (ici à gauche) !!! Avec un peu de chance, on s’est dit qu’un tel appareil si reconnaissable du dessus devait être repérable sur Google Earth : or  en janvier 2017 face à un hangar situé un peu plus au sud de l’aéroport (ici à droite) on en a repéré un similaire… Hélas l’arrière et ses réacteurs bleus ne correspondent pas ! Il existe bien d’autres Gulfstream aux ailes bleues, comme ce N169HM, le N221WR, ou encore le bel N878DB, mais comme vous pouvez le remarquer chez ce dernier , son fuselage est lui intégralement blanc….  Dommage : on savait que Toluca était la plaque tournante des vols de jets transporteurs de coke (la plupart en décollent et y reviennent une fois chargés !), on aurait eu ici pour la première fois une preuve tangible de ce trafic  !!!

Une bien belle glissade !

Le 5 octobre 2019, c’est un autre gros bimoteur que l’on retrouve perdu au fond d’un champ de cannes à sucre. L’avion, qui venait du Honduras, a manifestement effectué une superbe glissade sur l’aile avant de finir par s’immobiliser, par miracle encore intact, sans aile brisée son aile gauche a failli se séparer du reste de l’avion). Vu de plus haut, la glissade est en effet assez extraordinaire. L’engin n’avait pas tenté de se poser sur une piste ou une allée : il s’était carrément vautré dans le champ, après peut-être bien un manque de carburant, l’appareil selon les autorités provenant du Honduras voisin. Sa localisation précise est celle de la finca Palajuyú de Sipacate, près d’Escuintla (d’autres sources indiquent la finca Bonanza à Gomera Escuintla).

Ici en vue du paysage local : les monceaux de poudre blanche sont ceux de la récolte du sel de mer et non de la poudre de cocaïne !!! Les journaux télévisés du lendemain matin font la visite des lieux en diapositives fixes.

L’appareil, fort reconnaissable, est bien un long Beechcraft, modèle 200, immatriculé N17PG… qui est aussi celle d’un ancien Learjet 36 de 1975 (36-013), de chez Phoenix Air (e 1992) en fait .

L‘avion est encore rempli de sacs de cocaïne, alors qu’à l’extérieur on peut voir des bidons d’essence répandus tout autour (ils étaient posés au-dessus des sacs de coke dans l’avion). Les sacs (au nombre de 71 !), une fois ouverts, montrent un lot effarant de paquets de cocaïne (ci-dessus), qui une fois étalés occupent une bonne partie d’une des allées du champ dans lequel l’avion est tombé. Il y en a 1522 de paquets, soit  un peu plus d’une tonne et demie de cocaïne !!! Mais l’avion ne contient pas que cela. Il a apporté aussi des armes, beaucoup d’armes. Les habituels AR-15 sont présents, en version à canon long ou court. De quoi fournir toute une escouade : on dénombre en effet cinq pistolets, neuf fusils automatiques, un lance-grenades et huit grenades mais aussi dix gilets tactiques anti-balles, neuf gilets à poches à munitions, 117 chargeurs,  dix radios portables, un téléphone satellitaire Immarsart. De quoi nourrir toute une petite armée. Des armes dont se sont servis les trafiquants, qui n’ont pas hésité à tirer sur les soldats venus les arrêter. Lors de la perquisition de l’appareil, on arrête paraît-il un dénommé Luis Rolando Méndez Becker, 38 ans, qui serait capitaine et pilote aviateur de l’armée de l’air guatémaltèque, « pour avoir volé un téléphone satellite de l’avion situé à Escuintla » (ici à gauche). Or les photos montrent un homme en t-shirt et non un militaire : aurait-on ainsi cherché à ne pas trop ébruiter l’idée comme quoi c’était le pilote de l’avion ou un des trafiquants en tout cas  ?

Le 18 décembre, un autre gros bimoteur avait réussi à se poser à « El Chico » dans le Retalhuleu (c’est sur la côte sud), dans un champ préparé, récemment fauché pour son arrivée. Une longue et large piste bordant une palmeraie, idéal pour y parquer l’appareil si besoin était. Mais on n’en sait rien : il ne reste pratiquement rien non plus du gros avion, qui a été complètement incinéré par les trafiquants. A peine si un cliché révèle un bout de moteur droit, qui permet de reconnaître celui d’un Beechcraft 200, un de plus… On n’arrive hélas pas sur Google Earth à retrouver exactement tout de suite l’endroit. Mais un peu plus au nord, vers Tilapa, un long terrain de 800 mètres de long  (sur plus de 32 m de large !!!) semble être la zone d’atterrissage convoitée, situé au 14° 29.238’N et 92° 9.572’O (sur son flanc nord-est, il y a bien des palmiers de disposés).

En provenance d’un autre pays ?

C’est à Escuintla également que l’on avait retrouvé les vestiges d’un autre gros bimoteur incendié le 8 juillet 2019.  L’avion avait brûlé toute la nuit. Celui-là présentait une autre particularité, difficilement détectable, au premier examen de ses débris. Le journal du matin de la chaîne locale TV23 avait d’ailleurs titré « l’avion mystérieux », pour ajouter encore à l’intrigue. Les restes calcinés montraient ceux d’un Beechcraft, type 200 plutôt, ce que confirmera quelques jours après une photo ouvrant un article de la Prensa Libre qui dévoilera sa taille et ses emplantures d’ailes extérieures aux nacelles moteurs caractéristiques. Un grand appareil, relativement ancien, dépourvu de Winglets et de coffres supplémentaires en nacelles de moteurs, sans immatriculation lisible – fausse ou pas, car disparue dans l’incendie-. L’avion présente une particularité rarissime et difficilement explicable : ces tuyères d’échappement de turbines paraissent peintes en blanc !!! Du jamais vu en ce cas, et irréalisable, avec la chaleur expulsée  (il existe bien un système celui de chez Davis destiné à minimiser la signature thermique d’un Beech 350 mais ça ne ressemble pas à ça non plus, en revanche on découvre que le métal fort clair utilisé pour les siennes par Commuter Air Technology a dessin venturi correspondent plutôt  à ce qui a été observé ici) ! Elles sont donc en métal (plus clair), et neuves, car non marquées par un usage intensif.  Ses moteurs auraient-ils été changés récemment ?  Autre singularité : ces pipes d’échappement intrigantes n’ont visiblement pas la même forme des deux côtés !!! De même pour les hélices, celle de droite portait des traits de bouts de pale, l’autre pas. Aurait-on changé l’un des moteurs à la volée ? C’est la solution qui s’avance, au vu de ces particularismes bizarres observés !!! Tout en faisant remarquer que c’est toujours fort risqué de dépareiller ainsi les moteurs sur ce type d’engin !!! Mais pour un vol unique et sans retour, ça peut s’expliquer, même si le vol a dû s’avérer délicat avec cette flagrante disparité (il volait en crabe ?) !!!

Au côtés de l’appareil complètement détruit (sauf l’empennage, la pointe avant, les ailes  et les fuseaux moteurs), on a retrouvé des bidons d’essence bleus, les habituels ravitailleurs des avions de coke, mais cette fois agrémentés de larges entonnoirs permettant de le ravitailler sans l’aide de pompes, et un lot de haches, peut être destinées à tenter de le camoufler à proximité. Visiblement, l’avion aurait dû repartir, comme c’était prévu sur place ! Un autre reportage de Guatevisión nous révèle une petite partie de son immatriculation (deux lettres à distinguer V et Y, c’est peu, ici à droite), mais de toute manière celle-ci sans doute fausse…

Mais au détour du reportage de TV23, une autre image retient notre attention.  Sous l’empennage, seul élément encore intact, côté gauche, un petit logo fort particulier est demeuré reconnaissable sur le plan vertical. Surprise, c’est celui bien connu d’Ecuador Love Life, un logo officiel en Equateur, choisi par le Ministère du. Tourisme du pays !!! Celui qu’arbore fièrement par exemple ici le l’Embraer ERJ-135BJ Legacy 600 FAE-051 du gouvernement équatorien !!!

Notre « mystérieux » appareil provient donc certainement lui aussi de ce pays !!  Un oubli de la part de trafiquants qui ont révélé ainsi une autre source de départ des vols de cocaïne vers le Guatemala !!!

L’ombre des Templiers ?

Un autre gros Beechcraft a été retrouvé le 3 décembre complètement incendié à en Sayaxché, Petén près du village de San Pablo, après avoir semble-t-il réussi néanmoins à se poser :

Deux cadavres complètement carbonisés ont été découverts dedans. Pourquoi et comment seraient-ils morts alors que leur avion semblait avoir fait le plus difficile ? La seule réponse possible est celle d’un guerre des gangs où tous le coups sont permis, y compris d’attirer l’avion dans un guet-apens pour mieux se saisir de son contenu ! On verra un peu plus loin que l’hypothèse n’est pas si absurde que ça et qu’elle et même plus répandue qu’on ne le pense… Un idée renforcée par une indiscrétion donnée par la police, qui précise que l’appareil aurait pu être utilisé par « Nueva Generación Cartel« , un groupe nouveau de trafiquants de drogue mexicains opérant à Alta Verapaz, qui fait partie d’Izabal et du Peten on le rappelle. L’appareil semblait être un long Beech 300 ou 350 aux dessous noirs avec quelques filés dorés, le dessus des fuseaux moteurs étant eux aussi noirs. PubiNews, le lendemain nous montre un élément important pour l’enquête : l’empennage vertical révèle un petit logo bien visible. Un écusson noir, strié de blanc, avec ce qui semble de chaque côté deux haches entrecroisées et un heaume dont l’ouverture représente une croix. Le problème étant bien sûr l’existence d’un cartel s’appelant Los Caballeros Templarios, un groupe issu de La Familia Michoacana, (cité ici déjà) actuellement en pleine opposition au Jalisco New Generation Cartel, plus jeune, plus violent (si c’est possible de l’être) encore et beaucoup plus entreprenant, qui lui aussi utilise une symbolique templière (ici à droite). Seraient-ils allés jusqu’à affubler un de leurs avions à sacrifier avec ce genre d’emblème ? Faudrait-il qu’il soient tous deux sûrs de leur impunité !!! Ci-dessous une démonstration de force de New Génération : la symbolique déployée et toute militaire comme on peut le voir :

En juin dernier, Servando Gómez Martínez, allias « la Tuta » ou “El Profe,” leader des Caballeros Templarios, qui avait été arrêté le 27 férie 2015, a été condamné et emprisonné pour 55 ans pour le kidnapping d’un homme d’affaire en 2011.

L’idée comme quoi des trafiquants devenus très sûrs d’eux iraient même jusqu’à faire leur propre publicité sur leurs appareils transporteurs n’est pas totalement absurde en effet (mais ce serait nouveau).  On a trouvé en décembre 2019 un petit Cessna arborant le même logo sur son empennage que celui qui décorait ses paquets individuels de cocaïne !!! Cela en dit long en fait sur l’impunité dont se prévalent ces trafiquants, ou le désir de publicité nouveau dans le genre auquel tiennent ceux de Nueva Generacion !!! Cet avion, un Cessna TU206F, siglé « Red Bull » en quelque sorte avec son beau taureau rouge avait été trouvé abandonné en Argentine, en effet, cette fois, à l’autre bout du marché en quelque sorte, dans la zone rurale de la commune de San Fabián (département de San Jerónimo), à environ 70 kilomètres de la ville de Santa Fe. L’avion provenant de Bolivie selon la police  (son immatriculation -CP 2580– avait été grossièrement maquillé à la bombe de peinture). C’était bien en tout cas l’U20603405 N 85490 enregistré TSI0520-C en date de 1976 !!! Un ancien hydravion alaskan de chez  Blue Moon Advantages Ltd (le N8549Q) !!! Il  ne disposait plus dedans que des sièges avant et ses ailes étaient encore chargées en carburant…

En juillet le journal la Prensa Libre a proposé une infographie de l’état des lieux des arrivées, où tout n’a pas été comptabilisé, mais elle nous donne une petite idée de ce qui s’est passé avec cette invasion de sauterelles à moteurs durant les 6 premiers mois : on constate que tout le pays a été touché… Selon les forces de police, l’appareil provenait du Honduras.

On notera le 18 mai qu’un biréacteur est spécifié par le journal (en bas à gauche), près du village d’El Chico, pas loin de Champerico, Retalhuleu. J’y reviendrai en précisant que ce n’est pas un Hawker, mais un Gulfstream, celui-là… Le Hawker s’était posé dansa la  Finca San Fernando ,, qui est située à Sipacate, prés d’Escuintla…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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